Remembrance

Publié le par la freniere

 

Nous nageons la tête sortie de l'eau, croyons-nous, avec tout un chacun dans l'esprit narquois du temps rendu le plus acide possible afin de bien délimiter les bons des méchants, pour se protéger sans doute au-devant des coups.

Ce n'est pourtant pas toujours le temps de rire, d'enfarger les autres, de confondre les sujets avec des pelures de banane délibérément calculées alors qu'on se contre-crisse comme de l'an 1940 des compléments d'objet directs.

J'écris ce qui précède et m'empresse d'ajouter que la liberté rôde au-dessus de nos têtes et qu'elle n'a pas fini de forger des chansons pour tous les matins du monde à venir. Que cela est plus fort que ce qui dégoulinera encore de nos guerres de naguère.

J'écris ce qui me précède et m'empresse d'ajouter que je suis antimilitariste au sens de Les Guerriers de Michel Garneau, au sens où cela, le carnage, n'a pas de maudit bon sens.

Il s'est adonné dans ma vie de jeune étudiant, c'était à la fin du secondaire V, de chercher une job d'été et d'en trouver finalement une avec l'ami Jimmy comme « private » au 22e Régiment de la rue Laframboise à St-Yaya. Subitement, l'ennemi pour simuler, en ce lendemain de la Crise d'octobre, ce n'était plus les Soviets, mais le F.L.Q. et ses bombes!

J'y ai appris « la drill », les premiers soins, le maniement, les communications radio, l'orientation, traversé la piste d'hébertisme, fait le piquet jusqu'à trois heures du matin pour insubordination (punition collective), mangé des cannes de corn'beef et des palettes de chocolat vieilles de 20 ans à Farham... J'ai encore mon poncho-tente imperméable qui me sert en campagne les jours de pluies... L'armée est inusable.

Je suis un pacifiste, je crois qu'il faut chercher à faire autrement dans toute la mesure du possible, éviter par la parole humaine notamment les coups de bâton sur la tête. La violence n'est jamais justifiable sur le plan philosophique et toute guerre est atroce aussi parce qu'on détruit la culture.

En regard des nécessités extrêmes, je garde néanmoins une profonde estime pour le simple soldat qui fait son devoir.

Aujourd'hui pour demain, je l'avoue, je suis bouleversé à chaque fois que j'entends sonner le glas pour un jeune qui s'est fait estropier, tuer en Afghanistan. Je pleure chaque fois.

J'ai commencé à suivre la série l'Apocalypse : je suis désolé de ne pas mieux connaître la grandeur des générations qui nous précèdent et qui ont combattu le fascisme.

J'ai vu L'Armée du Crime et je trouve parfaitement légitime l'action
« terroriste » des jeunes communistes européens de l'époque qui se sont battus pour la France libre.

Anouk est une amie de la famille. Elle est en ville en ce moment. Elle revient de l'Afghanistan pour la troisième fois. Quand on annonce un mort, immanquablement, je pense à Anouk qui n'a pas trente ans...

Je n'ai pas le dixième du courage de ces jeunes d'autrefois et d'aujourd'hui.

Je ne suis pas certain par ailleurs que nous luttons pour la liberté de tous.

J'ai pris un coquelicot à la Gare Centrale. Je n'ai fait que cela de mes dix doigts et de mes meilleures pensées. Un vétéran me l'a épinglé à la boutonnière de mon imper en se piquant le doigt.

Malgré les chansons au-dessus de nos têtes, les vétérans de demain ne manqueront pas!

Dire que ce soir passait à la télé Mon oncle Antoine qui garde la fraîcheur de la première fois et une cargaison entière de poésie.

Cela n'a rien à voir, mais dire enfin que la remembrance, aux yeux de l'obnubile gâté pourri que je suis, est d'abord et avant tout un beau mot vieilli qui vibre dans les buissons de l'automne, autour de la crinière de la poésie, sur le chemin de l'amitié et de la sainte paix.

« Clavier vibrant de remembrance
j'évoque un peu des jours anciens... »
- Émile Nelligan, Clavier d'antan, Poésies complètes.

 

Jacques Desmarais


Publié dans Glanures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article