LaFreniere&poesie
photo: Michel
Mallet
Salut à tous ! Je ne suis pas présentable, paraît-il. J'ai
habité treize ans avec un loup, c'est vous dire. Chez moi il y a des vaches qui volent, des pierres qui pondent, des oiseaux que l’on trait et les montagnes de roches voyagent en camion. Ailleurs
je ne sais plus trop bien si les trains partent à l'heure, si les chenilles chantent ou font du pouce. Quand il pleut, les arbres explosent en silence.Je n'ai qu'un bac en rues, en trottoirs, en
tavernes, un doctorat d'espoir. J'ai pris les mots où ils étaient, dans
la bouche et la rue, loin des grammaires, des dictionnaires et des académies. J'ai appris à écrire dans les tavernes et les restaurants cheap, sur le skaï des minounes et les toilettes de
gare. J’élève des poules pour pondre des poèmes. Et même des lapins dont je me sers des oreilles pour capter la parole. J’écris à grandes pelletées de phrases qui font un bruit de
terre en tombant. J'écris au fil à plomb. Je
me nourris de terre, de pollen, de cailloux. Je ramasse les virgules dans les armoires aux feuilles et l'eau blanche des songes dans la paume des rochers. Je mange les pépins pour renaître en
pommier. Je trace l'étoile du Berger dans la laine encore fraîche. J'arrache les larmes au cimetière, les minutes à l'horloge. Je promène un jardin au bout d'un baluchon.Ce matin je me suis posté
pour aller vous rejoindre. Je serai dans l'enveloppe. La boîte à malle s'est perdue. Le facteur s'est pendu. La postière est enceinte et ce n'est pas de moi. J’ai toujours écrit sans savoir
comment ni pourquoi. Je continue pour les mêmes raisons.
Jean-Marc La Frenière
Ça y est! J’ai fini par donner raison à tous ces ingrats qui me lançaient, lorsque je chialais contre le Québec, de m’en aller si j’étais aussi malheureux.
Mes cliques et mes claques : quatorze ans d’infrastructure mièvre, de ponts et patries défaillantes, de pianos désaccordés avec neuf bières dessus qui ne sont pas à moi, de mitigez vos passions,
de guerres de clocher chez les athées, de jobs empruntées deux mois aux vieux, de culs de banlieusards et de fils à papa qui sentent le pipi jusqu’à quarante ans, d’échecs professionnels déguisés
en succès, d’urticaire devant l’ignorance volontaire malgré tant de bibliothèques et de connexions haute-vitesse, d’immigrants all-dressed, d’indifférence intolérante, de surdose de hockey,
d’accents laids, d’abus de la GRC et de l’impôt, d’éducation déficitaire mais arrogante, de grèves inutilement festives, de bon indoor qui gèle la volonté, d’art terroriste et messianique et de
rêves partis dans un reflux de sloche…
Tant de banques et de neige, qu’est-ce qui reste au pays? Je l’ai déjà dit : il faut encourager les gens de bien, qui ont encore une créativité en règle, de
quitter le pays, de donner leurs miracles à des peuples plus reconnaissants et moins suicidaires que celui-ci. Je renonce à finir épuisé, rongé par le cancer d’un pays mort-vivant, comme Pierre
Falardeau, martyr. De plus, ceci n’est pas mon pays. C’est l’hiver [sic].
…
cliquez ici pour lire la suite
Frans Ben Callado
J'écris avec la terre, Éditions Chemins de Plume, Nice, 2012
La matière du monde, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012
Un poète qui passait par la voie de non évitement un certain soir, qui clignotait à la gauche de mon super petit écran, et que j'ai tout de suite aimé. Un autre qui viendra garnir les remparts de ma mémoire vieillissante, ses deux recueils m'attendant patiemment chez mon libraire indépendant.