Ténu

Publié le par la freniere

Je vois le ciel, il est trop haut. Où ai-je posé - ou perdu - le rire, la joie, les mots riches de riens ? J'avance le long d'une barrière verte et ajourée, amie, mais une barrière quand même. D'un côté les fleurs, les pelouses tendres, un univers de bout de bras, de bout de rêve. De l'autre la rocaille, la terre empoussiérée, la peur vrillée, un comptant de broussailles à ruminer. Je suis de cet espace aléatoire. Ailleurs a beau me faire de l'œil, je sais qu'il vit sans moi. Quelques souffles de crêtes, papillons en cavale dans le pertuis des jours font parfois trouée sur la route pèlerine. Leur tendresse force une fenêtre. S'invitent sans carton, un petit air d'y croire, un frisson de peau, des images lointaines. Tout bouge en douce indifférence. Bouleversante est la trame des souvenirs. Puis les souffles repartent, contents de leur petit séjour en terre autre. Qui dirige le mouvement d'aller ici ou là ? Au trouble des yeux, restent des choses fortes, vivantes, un flottement ténu, et mes mains vidées du grand rêve. Crucifiée au quotidien, je n'ai que ce regard brouillé de basse peine, et quelques étincelles de cailloux, sous mes souliers.

 

Ile Eniger

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