Tomber sur les mots

Publié le par la freniere

On tombe sur les mots des autres et l'on est séduit parfois par l'à-propos, l'agilité, l'élégance... On contracte alors une dette. Le transfert est un jeu de billes. Le cerveau coule un peu dans le vin sur la table. On est renversé par l'audace qui sacre à grands coups de jarnacs dans la langue exposée aux quatre-vents sur ces grands lacs aux quenouilles de feux de peaux de verbes dépeignés, équarris, striés qui ricochent à l'air et que l'on défendrait jusqu'aux plis osseux du jour qui zigue sur rien. On déterre les murmures de nos petites plaintes sauvages encabanées dans les journaux cuits brûlés de notre belle province chaude. On a l'odeur du lynx. L'hiver décousu est en sang. La révolution de la terre est notre révolution. Ainsi tangue le miroir dépensier dans le compte-gouttes de la tribu aux masques d'écrevisse pour le bon usage de nos soirs penchés vers le tas de plumes, poussières de silence, brume d'encre dans la baraque imprécise du temps recouché sur la page grand ouverte. Reste une écharpe d'étoiles pour le rêve, un arbre pour écrire haut, un collier ponctué storié au cou des ambulanciers. Reste l'urgence de la cour de récréation et la chance de tomber sur les mots des autres.

 

Jacques Desmarais

Publié dans Poésie du monde

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