Triste est la mort

Publié le par la freniere

Une fourmi s’était égarée, trottinant insouciante, sur la céramique de la salle de bain. Michel, un mètre quatre-vingts, lui mit le pied dessus. Depuis l’âge de cinq ans, époque où elles lui volaient ses biscuits, il est en guerre contre les fourmis. Il m’a été donné d’assister aux funérailles.

 

Une sœur, une amie, une mère, allez savoir, une congénère en tout cas est venue à son secours. Et me voilà témoin d’une hospitalisation. La fourmi s’apitoya sur le corps de sa semblable au risque de subir le même sort. Mais mes pieds restèrent calmes, captivée que j’étais par la scène. La fourmi infirmière tournait autour de la blessée jaugeant les dégâts. Puis elle décida de la ramener à la maison, l’empoignant de reculons et retraversant la salle de bain en traînant le corps malade. Au beau milieu de son parcours, elle capitula, laissant là la malheureuse, et disparut.

 

Qu’allais-je faire du cadavre ? Je décidai de le laisser là à mon tour pour voir s’il y avait une suite aux évènements. Quelques minutes plus tard, la messagère revint avec de nouvelles intentions, étant allée probablement annoncer la mauvaise nouvelle à la colonie.

 

Il n’y avait rien à tenter sinon de dire la mort. On sait que les fourmis peuvent porter dix fois leur poids, alors ce n’était pas la lourdeur de la trépassée qui faisait problème. Mais pourquoi ne pas l’abandonner dans la fosse ouverte du carrelage brillant ? Les fourmis s’occupent de leurs trépassés, il n’y avait pas d’autres raisons. Elle reprit le chemin poussant cette fois le cadavre de côté pour le ramener aux vivantes, qui sûrement pleuraient et voulaient la voir une dernière fois.

 

Line Mc Murray

Publié dans Poésie du monde

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