Ulysse

Publié le par la freniere

Au sud du bastingage

il n’y a plus rien jusqu’à la Terre Antarctique

Léviathans et sirènes labourent ces prés marins

ce portulan gaufré de vagues

où d’immenses pans de ciel

s’abattent en averses fourbues

sans que Dieu lui-même

en soit informé

 

Chaque soir tu regardes la timbale du soleil

plonger en hurlant dans la mer pommelée

clins d’œil des forts matous lovés dans les cordages

Les espadons bleus filent devant l’étrave

bande de bijoutiers en fuite

 

Voilà des mois que tu n’as pas reçu de lettres

tu es le dernier des parias à bord de ce navire

le cœur rendu, un torchon d’étoupe à la main

tout noir de souvenirs déjà

tu t’abolis dans le tremblement des hélices

tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles

 

Caillots ensoleillés de la mémoire

et dénombrement des merveilles

quand tu savais vivre de peu

ta vie t’accompagnait comme un essaim d’abeilles

et tu payais sans marchander

le prix exorbitant de la beauté

 

Praz-de-Fort, 1978

 

Nicolas Bouvier

Publié dans Poésie du monde

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