Une autre souveraineté

Publié le par la freniere

Le verdict de l’élection n’a pas tardé : la souveraineté, le pays,  c’était le rêve de la génération des baby boomers et de la révolution tranquille, mais c’est fini! Les Québécois ne veulent pas d’un troisième référendum. Les jeunes et beaucoup de moins jeunes ne veulent plus d’un Québec assiégé, obsédé par la peur de perdre sa langue et son identité, par le désir de se distinguer et de se séparer plutôt que de s’affirmer et de s’ouvrir aux autres et au monde.

 

Verdict  un peu rapide sans doute. Je ne suis pas sûr du tout que la longue patience et la longue endurance de ce peuple sous l’autorité de ses colonisateurs, de ses conquérants, de ses curés, de ses dirigeants et patrons anglais soit si vite oubliée, ni que nos jeunes éduqués dans nos  écoles multiculturelles et apatrides ont la capacité de mesurer le sens et l’importance de leur  héritage et de leur appartenance à ce peuple unique en Amérique.

 

Mais il est indéniable que la souveraineté telle que prônée dans l’article 1 du programme du Parti québécois, à savoir, un référendum sur la souveraineté de l’État québécois selon le bon vouloir d’un parti gouvernemental, ne tient plus la route, après trente ans de va-et-vient entre le rêve du pays et l’ambition du pouvoir provincial. Une

souveraineté qui ne porte que sur le statut politique de l’État, une souveraineté de haut en bas, par un parti politique qui ne pense qu’au pouvoir comme tous les autres, ça ne nous mène nulle part. Et cette élection, sans que personne ne l’ait prévu, grâce sans doute à l’apparition soudaine du météorite indépendantiste PKP, à fait éclater la contradiction et déchiré le voile.

 

Mais une autre souveraineté est possible, la souveraineté du peuple québécois, celle qui permettrait au peuple québécois de s’approprier directement le pays qu’il habite. Le pays réel avant le pays constitutionnel. Une souveraineté qui se bâtit par la base, de bas en haut. Faire la souveraineté du peuple québécois, c’est permettre au peuple québécois et à ses communautés locales, régionales et nationales, de se réapproprier et de prendre en charge leur territoire, leurs ressources, leurs décisions, à partir des pouvoirs dont nous disposons déjà, et de ceux que les gens jugeront nécessaire d’aller chercher en cours de  route.

 

Concrètement, pour ceux qui veulent s’y consacrer, c’est remplacer l’article 1 du Parti Québécois par un programmes dont les grands axes

seraient :

  1. décentralisation des pouvoirs dans les communautés locales et régionales, afin de leur permettre de prendre en charge leur développement et leurs services collectifs, sous la coordination de l’État national.
  2. réappropriation des ressources naturelles et leur gestion en partenariat avec les communautés locales et régionales, et avec les entreprises communautaires et privées.
  3. permettre au peuple québécois de redéfinir ses institutions démocratiques dans le cadre d’une assemblée constituante non partisane mandatée pour proposer une constitution québécoise et la soumettre pour approbation par référendum.
  4. mettre en place les infrastructures d’éducation et de vie démocratique dans les écoles et chacune des communautés locales de façon à habiliter les citoyens à exercer cette souveraineté populaire, en lien avec leurs représentants élus à l’assemblée nationale.

 

Ce n’est bien sûr qu’une esquisse. En somme, il faut remettre la souveraineté entre les mains du peuple et redonner au peuple l’initiative et la responsabilité de définir le pays qu’il veut et l’autonomie qu’il juge nécessaire et souhaitable.

 

Nous savons désormais qu’un parti politique ne peut à la fois et en même temps vouloir le pouvoir à tout prix, et la souveraineté (de l’État), encore moins la souveraineté du peuple. 

 

Roméo Bouchard

Publié dans Glanures

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