Une forme de prière

Publié le par la freniere

Quatre éléments ont suffit pour commencer la vie et c’est eux qu’on pollue. Sans un peu de révolte, même l’eau de l’âme sent la merde. Je veux être ce vent qui traverse les cages pour les laisser plus vides. J’ai franchi la colline au-delà des grands arbres. Aucun facteur ne monte ici. J’invente des missives au beau cachet d’eau-forte. Les petits pas des suisses servent de tampon des postes. Je regarde plus bas le désordre des choses. Aucun tracteur n’y peigne l’herbe folle. Un vieil épouvantail tend ses perches aux oiseaux. Le vent balaie sa cour. Nettoyer sa maison est une forme de prière. Je récite à voix basse des poèmes d’enfant. Je n’attends rien des hommes. J’attends tout de la vie, un petit tout fragile, une goutte d’infini sur une main de soif, une semence qui monte, un arbre qui s’habille pour séduire les grives, une plante sans chlorophylle qui nargue les saisons. Ce sont les fleurs qui font pousser la terre. Les érables de la plaine ont des bourgeons d’acné comme des ados d’écorce. Le printemps montre son cul à petits coups de hanche. Il fait briller le soleil sur le bout de ses souliers. Le visage de l’aube  refait son maquillage. La vie reprend haleine dans le vol des abeilles. Les couvoirs des arbres attendent les œufs neufs. La machinerie des ronces affûte ses outils. C’est le temps d’échanger mes mots à plume pour des images à nu.

 

Il y en a qui vivent avec les yeux fermés à clef, le cœur vidé de ses meubles, les bras fermés aux autres, les deux pieds dans les plats. Mes souliers sont usés à tant chercher la route et mes poches trouées par les clous des poèmes. J’avance ligne à ligne au-devant du couchant. Je n’entends plus qu’à peine les trilles de la vie. Sa lumière s’amenuise en repliant ses ailes. Je ne sais déjà plus contourner les tempêtes. Mes yeux regardent à peine les îles des nuages. Le jour hésite au ras des arbres. Chaque seconde travaille à mourir un peu moins. Si le temps s’arrêtait, je tomberais de moi comme une feuille au vent. La route que je suis n’est pas encore ma route et l’homme que je suis cherche toujours à naître. Arrivera-t-il un jour où mes pas d’en avant rejoindront ceux d’avant ? Chaque instant prétend ne pas mourir. Chaque heure fait de même. Le temps préfère s’en moquer. Je me protège de la mort en respirant du pain. Tout est possible ou impossible, le meilleur comme le pire. Chaque semence cherche sa métaphore. La fraise a choisi d’être fraise, la fougère du matin une armature de rosée. La sève hésite entre la fleur et l’arbre. L’exaltation des cimes commence par la base. L’infini puise dans le néant comme un ange dans l’homme. La vérité d’un fruit n’est pas toujours la fleur. Il y a des plantes sans chlorophylle. Je ne suis pas vraiment de l’aventure humaine. Je ne vends pas mon âme à l’appétit des choses. Je trouve ma lumière dans les quatre éléments. C’est la vie que l’on mène qui corrige la mort. Un brin de paille suffit pour englober le tout. Je le porte à la bouche en souvenir de l’aube. Il ne faut jamais croire à l’inertie des choses. Tout bouge dans la vie. Tout l’univers se tend et se distend. Il en va des mots comme des hommes, d’un mal héréditaire, ils cherchent l’antidote.

Publié dans Prose

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