Va voir ailleurs (j'y suis): Vickie was here 2e partie

Publié le par la freniere

Dans mon dernier texte, je vous racontais que l’écrivaine Vickie Gendreau, décédée d’un fulgurant cancer du cerveau en mai dernier, avait développé certains liens avec Trois-Rivières, y allant essentiellement pour la poésie et pour le travail. Elle travaillait pour une agence de danseuses nues, qui l’amenait au Scrabble régulièrement.

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À la fin de 2011, Vickie est venue rester quelques mois à Trois-Rivières. Elle veut écrire un premier livre, elle a commencé à contribuer au blogue Terreur! Terreur! et elle danse.

 

Ces quelques mois-là, bizarrement, je n’ai presque pas vu Vickie. Elle ne tenait pas à voir de monde, elle voulait écrire. Je n’ai jamais su son adresse à Trois-Rivières. Je sais qu’elle a eu un appart dans Ste-Cécile, puis a partagé un loft sur la rue Notre-Dame au centre-ville, en haut du Cubain je pense.

 

L’ai vue une fois au Zénob. Elle feelait vraiment pas. Une histoire d’amour qui n’allait nulle part, avec un gars de Trois-Rivières, le lutin. On a salement bu. Vickie était d’une générosité presque absurde avec moi.

 

Et je la lisais le lendemain sur Terreur! Terreur!: «Pu de Vickie. Vickie en chute libre. Comme une cenne noire lâchée du sommet de la Tour Eiffel. Tombe, vitesse d’une balle de gun, dans le crâne de mon idée la plus sombre, y érige domicile, commence par fermer tous les rideaux. Rideau rouge. Prémonitoire?»

 

L’ai vue une autre fois, au Nord-Ouest, en après-midi. Elle m’avait texté: «Viens-tu boire quelque chose?» Elle travaillait au Scrabble ce soir-là. Ça lui tentait pas. Elle écrivait, compulsivement, dans un cahier. Elle m’en a montré des morceaux. J’aurais passé la journée et la soirée à lire ce cahier.

 

Vickie aimait son travail de danseuse. Mais ça ne devait pas être simple, par moments. On pouvait le lire: «Mais en attendant, je suis danseuse. Danseuse nue. De manière limite pathologique.» Mais, ça c’est de la poésie, on peut y dire ce qu’on veut. Mais quand même, ça devait pas être simple. On pouvait essayer d’en rire:

 

– Pour 9$, tu fais quoi?

 

– Je te joue La pire journée au monde d’Avec pas d’casque en pets de noune.

 

En tout cas, elle était plutôt à l’aise d’en parler. Et elle pouvait faire pas mal d’argent. Et elle savait dépenser. Une année, en décembre, elle était allée danser à Fermont, je ne sais pas combien de mille piasses elle a pu faire en une semaine là-bas. Mais c’était avant Noël, et Vickie avait fait toutes ses emplettes des Fêtes à Fermont, tsé la ville la plus chère du Québec?

 

Cette année-là, Vickie était venue au souper des orphelins de Noël que j’organisais avec ma blonde sur Niverville. On était une vingtaine, ça grouillait. En fin de veillée, Vickie m’a pris en photo devant le frigidaire en train de m’écrire «Ed» sur le ventre pour l’envoyer à Ed Hardcore et son site d’Hardcorettes (NSFW). Elle a aussi cuisiné divinement, comme toujours, et nous a offert, à Véro et moi, des strings de Noël qui font de la musique. Ça fait encore partie des décorations du sapin de Véro.

 

Vickiestérie

 

Automne 2011. Mes souvenirs du OFF-Festival de poésie sont nombreux et fous. Le 5 à 7 de bouffe faite en poèmes que Vickie a organisé. Être allé au Coconut Bar (voir photo), dans l’affreux RAV4 tape-cul de Benoît Paillé, avec Mathieu, Sophy, K. Phaneuf, et Vickie dans la valise qui arrêtait pas de rire tout en criant «ayoye» à chaque bosse qu’on prenait. Hilarité générale, jokes de cloaques. Les lectures de poésie, le soir. Le party. Les amis. La vie qu’on pense qu’elle dure longtemps.

 

Vickie était restée chez moi quelques jours. Elle avait fait une épicerie de dingue. Elle passait beaucoup de temps à cuisiner, et puis à dormir dans la chambre de mon fils, avec la chatte noire qui l’adorait.

 

Je ne sais pas exactement ce qu’elle faisait de ses journées. Elle se reposait peut-être de Montréal. Je ne sais pas. Des zones secrètes chez Vickie, il y en avait des quartiers, des villes entières. Des fois, j’aurais eu des questions à lui poser, mais parler avec Vickie, c’était comme prendre un billet d’autobus au hasard. Destination inconnue. Avec Vickie, c’était toujours, tout le temps, absolument le moment présent, urgent, hilarant, étourdissant. Elle arrivait, j’avais pas terminé de lui donner mon deuxième bec sur la joue, qu’elle pouvait déjà me dire: «Man, écoute ça. J’arrive de telle ou telle place. Pis j’ai vu la chose la plus fucking drôle…» et c’était parti pour des heures.

 

Je vous raconte la suite dans mon prochain texte. Suite et fin. Ça achève. En juin 2012, Vickie aura son diagnostic de cancer du cerveau. Les mois d’avant auront été difficiles par moments, son corps envoyait d’étranges signaux que personne ne comprenait. Je n’y comprends toujours rien.

 

Publié dans Société par Sébastien Dulude.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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