Voici venir

Publié le par la freniere



Voici venir l’hiver, les arbres recourbés sous le poids de la neige. Voici venir le froid, les mitaines mouillées, les engelures aux doigts et le givre des larmes. Le noisetier de la cour compte ses os qui craquent. Les mésanges grossissent sous leur smoking d’hiver. Voici venir le gel, les pages écrites près du poêle entre les cordes de bois et la sciure des mots. Le vin de glace prend feu sous l’écorce des veines. Les oiseaux tombent en neige avec les plumes d’ange. L’âme des fleurs s’éteint le temps d’une saison. Le temps ferme les yeux et le soleil éclate dans les pupilles des chevreux. La neige enterre les œillets, le silence, l’humus. Le feu se barricade dans l’âtre des rêveurs.

        

Voici venir le blanc. Les couleurs font la grève. Le ciel s’éteint. Le bleu se tait sous la barbe du froid. Toute la faune terrestre a renoncé au style. Il faudra la syncope des braises pour affronter l’absence, le mystère du feu. Les bancs de neige à venir anticipent l’attente, le lapsus des arbres, la dormance des sèves. La léthargie du temps résume l’horizon. Les métaphores se perdent dans le silence des oiseaux. La première bourrasque se compose à la hâte. Le ciel signe à peine ses paraphes neigeux. J’oublie le nom des fleurs. La terre perd ses oripeaux sous la peau des flocons. L’espoir de vivre a changé de visage. Le regard doit vivre au-delà des couleurs.

        

Voici venir le givre dont se nourrit l’espace, le sol glacé qu’aucun oiseau ne gratte. On ne sait plus où commence le sol ni comment il achève. Celui qui cherche une route doit se fermer les yeux. Les objets ne sont plus que formes évanescentes. La nature s’habille plus sobrement qu’avant. La musique des arbres se résume au silence. Les sources végétales se sont cristallisées. L’éternité se tait dans le brouillard des nids. Le ciel s’accroche aux dégouttières. Le vent s’immobilise sur la dentelle des corniches. Le rêve de l’eau persiste dans un sommeil de glace. Les chiffres de la pluie sont devenus craquants. La terre doit résoudre l’équation de la neige.       


Voici venir le temps où les oiseaux se taisent. Il est parti l’été culbuté dans les foins. Voici venir la glace et les bonhommes de neige, ces gros bébés bouffis qu’habillent les enfants. Le vent dessine sur la vitre les étoiles du gel. J’avance comme un loup. J’avance vaille que vaille. J’avance comme un train qui a perdu ses rails. L’été est minuscule et l’hiver si long, la chaleur trop courte pour la taille du froid. Le vent ne tourne plus les feuilles pour y lire le temps. Il tourne en rond sur les écorces blêmes, le silence des pierres, l’aphasie de la neige. Il n’y a plus de phrases entre les guillemets mais un grand vide blanc entre les parenthèses.

 


Publié dans Prose

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MiKla 15/10/2009 09:20


J'aime tellement quand tu écris l'hiver...