Patrice Desbiens

Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 18:59

Elle n’est pas morte.

Elle fait semblant.

Comme toutes ces choses que

nous avons l’air de faire.

 

Elle lit ceci par-dessus mon

épaule.

Je sens sa main

maternelle et glaciale

sur mon épaule.

Elle dit mon nom.

Elle répète mon nom, comme

une litanie.

Elle se répète.

Je me répète.

J’écris ceci avec l’efface de mon

crayon, comme une cassette qui

se rembobine.

Je me sers un autre verre de

scotch.

Je la sens derrière moi.

Je me retourne et elle est

partie.

 

Je me retourne.

Je me répète.

Je me rappelle.

Des places.

Des faces.

Une place.

Une ville.

Au sud du vrai nord où

le ciel mord la terre.

Cette ville n’est pas morte.

Elle fait semblant.

Cette ville n’est pas facile.

 

Elle est porte.

Elle est prologue et

épilogue.

 

J’écris ceci :

Elle n’est pas vivante.

Elle fait semblant.

Comme un rêve.

Elle est vraie comme un

rêve.

Comme un livre.

 

Je suis tout petit.

Je suis dans la maison de ma

mère comme si j’étais dans

son ventre.

J’ai chaud.

Je suis bien.

Je ne me rappelle de rien.

Je joue avec mes Dinky toys sur

un lit à couverte rouge.

Les plis de la couverte forment

des montagnes et des vallées où je

les fais promener.

Où je les fais vivre des vies et des morts

sans corps et sans pays.

Je suis présent dans le passé.

Ma mère me regarde jouer avec mes

Dinky toys en préparant le déjeuner.

J’écris ceci :

ce mot :

soupane.

Je ne vois rien.

J’ai faim.

J’ai les mains sales d’avoir tellement

Joué à la guerre.

 

Patrice Desbiens   Un pépin sur un poêle à bois


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Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 07:59

on a le choix :

mourir de cancer

ou

mourir de peur.

devenir fou

ou

devenir mou.

 

l’apostrophe sanglante

d’un homme qui

se pend.

son corps bat

dans le vent.

 

une mouche qui se jette

dans un verre de vin

blanc parce

qu’elle n’en peut plus

de le sentir sans

jamais le voir, sans

jamais le boire.

 

avoir le goût

de tout.

avoir le tout

sans le goût.

c’est toujours trop.

ce n’est jamais assez.

 

La folie et la mort

nous guettent.

il n’y a rien de romantique

dans un homme qui se pend

quand son corps bat dans le vent

comme un drapeau sans pays.

 

Patrice Desbiens

 

(poème écrit à la mort d’André Paiement, poète, dramaturge, musicien, chanteur et âme du groupe franco-ontarien CANO)


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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 15:17

On

1.

On cherche la vérité

sous les assiettes

mais on ne trouve que

le pourboire.

 

2.

On cherche la sortie de

secours tandis que

la radio raconte des

calomnies.

 

3.

On est surpris d’avoir vécu

passé l’âge de

trente ans.

 

4.

On est comme des cadeaux

qui attendent que

l’arbre de Noël

pousse dans le salon.

 

Patrice Desbiens


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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 02:02

 

Hier, vendredi saint et tout est ouvert

comme des jambes de femme -, ça fait du bien quand on n'est pas obligé de prier pour

pénétrer -

ô ma belle ville de québec tu me fais bander comme un p'tit jeune - les jeans trop serrées

contre le cœur - le soleil meurt et renaît d'un nuage à l'autre - petit jésus meurt à trois heures et toulmonde s'en christ -

je visite des amis et il y a une femme

là, belle - des yeux comme deux pleines lunes comme

si une par mois n'était pas assez - elle sait faire bondir ses cheveux comme dans les annonces de shampoo -

on parle de mines et elle dit : ô moi tu sais les

mines

tu sais la terre tu sais toute cette terre tu sais sous la terre comme ça je pourrais pas y vivre la terre mère

tu sais c'est trop sensuel j'aurais peur d'y rester

_ oui tabernacle comme si un mineur pensait à se mettre

en descendant dans une ruisselante cage sachant

trop

bien ce qui l'attend, il ne pense pas trop au trou

de la terre mère parce qu’il sait (tu sais) que les

       enfants

qu’elle fera ne seront jamais les siens -

en tout cas je me tiens après mon verre de bière

       pensant

“this crazy board wouldn’t last 30 seconds in

        Sudbury ” -

et je continue ma marche - vent de ville Québec

       comme

plein de doigts dans mes cheveux - je marche et

les

souvenirs me déchirent le linge comme une

      amante affolée -

chaque couenne de rue m’émeut - chaque pétard

       me met en retard

- chaque femme croisée est un pétard à

 retardement -

Je suis « on the road » vers une rencontre avec

        les apôtres de

Kérouac qui attendent qu’il ressuscite - «  where’s

       Jack ? »

et je vois le grand slaque Jack qui se réveille le

       dimanche

de pâques après une brosse de deux jours - il se

       passe une main

dans les cheveux - « last ring i remember i was

       drinking wine

with these twelve hippies - where the hell am i ?

       where’s the

Iight in this goddam place ?..”

il s'allume une cigarette et voit à la lueur de son feu les

murs d'une mine noire et humide - « i gotta get out of

here ... » -

il a la foi plus gros que la panse mais il ne peut pas bouger

la pierre devant l'entrée - « bill ? is this one of your jokes ?

remember the william tell stunt bill ? bill ? bill, open the

door it's not funny anymore !.. wherc's mémère ? --- »

et les cloches sonnent et assomment - les pigeons claquent

des ailes et le ciel est bleu à craquer - et ici au 510

St-Gabriel la tortue dort comme un chat et Joëlle parle

comme un poème -

c'est le printemps et c'est pâques et les prêtres ne font

plus peur à personne à québec -

et en ontario c'est un congé aussi mais tout est fermé -

il faudra que j'y retourne un jour pour voir si j'y suis------

 

(18 avril 1987)

 

Patrice Desbiens

lors du spectacle Québec Kérouac Blues


 


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Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 23:52

 

On rit dans les brancards quand

je dis que ma mère quand elle

voyait venir l’orage

allumait des lampions

récitait son chapelet et

mettait des rameaux en croix

au-dessus de toutes les fenêtres.

 

Elle disait que le tonnerre pouvait

rentrer par la radio ou la

télévision ou même à travers les

chassis doubles.

 

Ça chuchote dans les chiottes

ça regarde ses mains

ça s’échange des rictus sous la

table de cuisine

jusqu’à ce que

la foudre frappe à porte

et demande de voir un membre

de la famille.

 

Patrice Desbiens

 



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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 19:49

 

À ma naissance

à l’hôpital Notre-Dame

à Timmins

tout le monde

veut savoir

c’est-tu

un gars

c’est-tu

une fille ?

 

Le docteur Boutin

regarde le petit

corps césuré qui

flotte comme un

cerf-volant au bout

de son cordon ombilical

et répond

non…

c’est un

poète

 

Patrice Desbiens

 



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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 18:00

 

Tout jeune

je faisais des grimaces

à l’homme

dans la lune.

 

Ma mère me disait

si t’arrêtes pas

tu vas

rester comme ça

toute ta vie

comme

Jerry Lewis.

 

Aujourd’hui

Jerry Lewis est

resté comme ça

toute sa vie

et

 

je suis devenu

l’homme dans

la lune.

 

Patrice Desbiens

 



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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 20:08

 

1


La seule place où je

voudrais me poser ce soir

c’est

dans tes bras

 

Respirer comme un

avion en amour

se balançant de

gauche à droite

entre les lumières

de tes yeux

 

avant d’atterrir

une fois pour toutes

une roue à la fois

 


2


Finir mon verre

de vin

 

Finir ma

cigarette

 

Le lit m’attend

aéroport

entre deux aéroports

 

Il n’y a pas de

lumières

il n’y a pas

d’amour

 

Je m’écrase

avec un bruit

de pluie et de feu

dans la nuit

 

il n’y a jamais

de survivants

 


3


Le petit aéroport

de mon lit

t’attend

ciel ouvert ou

ciel couvert

jour et nuit

 

Les petites lumières

de Noël

allumées de chaque bord

de la piste d’atterrissage

de ton corps

m’accueillent

 

Les petites roues de

ma Cessna chaude

touchent enfin

terre et

et toi

 

Patrice Desbiens

 

 


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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 04:17

 

On a cloué des planches sur

les fenêtres de mes yeux.

 

Une lumière folle essaie

d’entrer par les craques.

 

J’ai le souvenir de l’espace

entre les planètes.

 

Où est ma voix dans

la poussière du silence ?

Le bruit du pourquoi et du

pourqui.

Migraine de la mémoire.

 

Toutes ces années passées sous

un ciel qui sent le

bois brûlé

et

 

le soleil qui a

l’abat-jour

un peu croche

sur la tête.

 

Patrice Desbiens

 



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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 21:27

 

Dans ma chambre, sous le lit, j’ai gardé un morceau du petit ruisseau où je l’ai rencontrée.


Parfois, je sors le petit ruisseau et je le place précieusement sur le plancher pour l’écouter couler.


Il se déroule devant mon regard.


C’est comme une vidéo du bout de vie que nous avons vécu ensemble.


Au Colysée du livre on se court après pour trouver des trésors dans la poésie.


Comme des enfants avec nos rires en dedans du calice de nos cœurs à la messe du matin, on se prend la main, on s’aime, on se regarde et ça fait un bruit d’étoiles.

 

Patrice Desbiens

 



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D'un mot l'autre

À paraître bientôt

Numeriser0015.jpg

J'écris avec la terre, Éditions Chemins de Plume, Nice, 2012

 

La matière du monde, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012

Information

À voir et à entendre

Parutions

 


Éditions Trois-Pistoles
La langue est mon pays, Trois-Pistoles, 2010
1105200-gf.jpg
 
Éditions d'art Le Sabord
Un feu me hante, 2009, Trois-Rivières
avec des illustrations de Lino

t_unfeumehante.jpg

Prix Voix nouvelle au Salon du livre de Trois-Rivières 2010
Éditions Chemins de plume
     
L'Autre versant, 2006, Nice




















 
Parce que, 2007, Nice













Manquablement, 2009, Nice















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