Vendredi 9 mai 2008

J'ai vécu O longtemps au fond d'un enfant triste
A tromper mon ennui sous des longs ciels de traîne
Doublure de mon double en cette mise en scène
Le pion chauve c'est sûr était un piètre artiste

Ma folie je veux dire ces accès de poème
Qui me montaient parfois comme une fièvre obscure
Je la cachais rageur la secrète brûlure
Sous des masques bon teint pressentant l'anathème

Mais j'entendais la voix celle de l'intérieur
Celle qui vient du sang des veines et des artères
Triturant forcené dans mon vocabulaire
Les mots incandescents qui diraient ma fureur

Et les heures et les jours les mois et les années
Et les adolescences et les maturités
Tout cela passe vite et le temps vous surine
Coin du bois dans le dos d'une lame assassine

Va je m'y suis brûlé à tous ces incendies
A tous ces feux de paille allumés dans ma vie
J'y ai brûlé d'amour autant que de révolte
Mais qui sème son Chant son seul écho récolte

O tout brinquebalé dans l'ornière des routes
Au long de ces années poussières envolées toutes
Ces nuits toutes ces nuits trouées de braseros
Quand le cœur bat de l'aile là bas plus loin plus haut

Quel ange aveugle en moi planta sa banderille
Et quelle flamme bleue dans mes circuits grésille
J'en sais si peu l'ami sur cette étrange affaire
Mais le peu que j'en sais m'empêche de me taire

Jean Vasca

 

par la freniere publié dans : Chansons
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Jeudi 21 février 2008

pour nos amis québécois

Moi qui vis à Paris depuis plus de vingt ans,
Qui suis né quelque part au coeur de la Champagne,
Jusqu'à ces temps derniers je m'estimais content,
Mais tout est bien fini, la panique me gagne.

Quand je lève mes yeux sur les murs de ma ville,
Moi qui n'ai jamais su plus de trois mots d'anglais,
Je dois parler par gestes... et c'est bien difficile...
Alors je viens chez vous retrouver le français.

Mes amis pour un rien se font faire des check-up,
Moi je me porte bien, j'en rigole de confiance,
J'écoute des longs playings le soir sur mon pick-up;
Des rockmen, des crooners, y en a pas mal en France.

Et j'bouffe des mixed-up grills, des pommes chips à gogo,
Alors que j'aim'rais tant manger des pommes de terre
Avec des p'tits bouts d'foie et des p'tits bouts d'gigot,
Mais pour ça c'est fini, il faudra bien s'y faire.

On boit des lemon dry dans les snack-bars du coin,
En plein coeur de Paris ça me fait mal au ventre,
Et l'odeur des hot-dogs j'la sens v'nir de si loin
Que mon coeur se soulève aussitôt que j'y rentre.

Et l'on fait du footing, du shopping, des plannings,
De quoi décourager mêm' la reine d'Angleterre.
Ma femme la s'main' dernière s'est fait faire un lifting,
J'ai fait du happening pour passer ma colère.

Mais ça peut plus durer, j'peux plus vivre comm' ça,
J'aime le vieux langage que parlaient mes ancêtres.
Je vous jure que chez nous il s'en va pas à pas
Tant pis pour nos enfants, ils s'y feront peut-être,

Mais moi je n'm'y fais pas, alors j'ai pris l'avion,
J'ai salué Paris du haut de ma nacelle,
Je suis venu chez vous chercher avec passion
Au bord du Saint-Laurent ma langue maternelle.

Bernard Dimey
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Mercredi 20 février 2008

Le loup, depuis toujours, a eu le mauvais rôle.
Sous son grand manteau noir, il ricane, le drôle.
C'est le vilain Apache, le sanguinair'e Sioux,
C'est l'esquinteur d'enfants, c'est le grand méchant loup.

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres Américains,
Combien de visages pâles et combien d'Indiens ?

Les trois petits cochons, tout au fond de leur planque,
Entassaient leurs millions (y avait pas encor'e d'banque)
Lorsque surgit, vengeur, le drapeau noir en main,
Notre Arsène Lupus, notre Arsène Loupin.

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres marchands de grains,
Combien d'Oncle Picsou et combien de Mandrin ?

L'agnelet dodu buvait dans l'onde pure,
Cachant dessous sa laine une tendre nourriture.
Le loup, en salivant, lui dit : « Mon pauvre agneau :
Même Jean de la Fontaine raffolait du gigot. »

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres suceurs de sang,
Combien de cannibales, combien de non-violents ?

Le Petit Chaperon rouge, déjà fieffée salope,
Avec son p'tit pot d'beurre et sa petite culotte,
A dit à l'animal : « Tu viens chez moi, mon loup ? »
A une pareille invite, qui refuse, qui de vous ?

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvre triste tapin,
Combien reste-t-il d'anges et combien de putains ?

Le loup, sur son chemin de jeûne et de misère,
Explique à un beau chien, bien luisant, bien prospère,
A la vue de la chaîne accrochée à son cou :
« A toi la vie de chien, à moi la mort du loup. »

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres caniches nains,
Combien y a-t-il d'esclaves et combien de mutins ?

Ne mêlez plus le loup à vos sales histoires.
Vos contes, vos dictons, c'est de la merde à boire
Et si la faim, elle fait sortir le loup du bois,
Vos guerres vous font sortir de partout à la fois.

Pauvres mecs, pauv' blancs-becs, pauvres tristes filous,
Combien reste-t-il d'hommes, dites-moi, et de loups

Henri Tachan
par la freniere publié dans : Chansons
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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