J'ai vécu O longtemps au fond d'un enfant triste
A tromper mon ennui sous des longs ciels de traîne
Doublure de mon double en cette mise en scène
Le pion chauve c'est sûr était un piètre artiste
Ma folie je veux dire ces accès de poème
Qui me montaient parfois comme une fièvre obscure
Je la cachais rageur la secrète brûlure
Sous des masques bon teint pressentant l'anathème
Mais j'entendais la voix celle de l'intérieur
Celle qui vient du sang des veines et des artères
Triturant forcené dans mon vocabulaire
Les mots incandescents qui diraient ma fureur
Et les heures et les jours les mois et les années
Et les adolescences et les maturités
Tout cela passe vite et le temps vous surine
Coin du bois dans le dos d'une lame assassine
Va je m'y suis brûlé à tous ces incendies
A tous ces feux de paille allumés dans ma vie
J'y ai brûlé d'amour autant que de révolte
Mais qui sème son Chant son seul écho récolte
O tout brinquebalé dans l'ornière des routes
Au long de ces années poussières envolées toutes
Ces nuits toutes ces nuits trouées de braseros
Quand le cœur bat de l'aile là bas plus loin plus haut
Quel ange aveugle en moi planta sa banderille
Et quelle flamme bleue dans mes circuits grésille
J'en sais si peu l'ami sur cette étrange affaire
Mais le peu que j'en sais m'empêche de me taire
Jean Vasca
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