Mercredi 19 septembre 2007
Je cherche du bout des doigts,
des orteils et des yeux
la faille ou la lézarde,
la petite bête du cœur
laissée pour morte
sur le trottoir
avec dans son poil
des caresses inutiles.
Je cherche dans la rue
ce qui reste de vie
dans les souliers percés,
les gants sans main
une robe qui bat
et déshabille l’ombre.
Je cherche entre les choses
ce qui reste de rêve
dans les valises mortes
et les âmes en consigne.
Je cherche le chemin.
(…)
Je n’ai pas honte des gens que je fréquente
qu’ils soient prophètes ou mécréant,
bandits ou imbéciles,
poètes ou vidangeurs,
trafiquants de rêve ou paresseux
mais j’ai honte pour l’homme
quand il se fait banquier,
flic, homme d’affaires ou bourreau,
avocat de la poursuite,
comptable du silence
ou notaire du cœur.
Je n’ai pas honte d’être pauvre
mais j’aurais peur d’être riche
sur le dos des enfants.
Laissez-moi seul avec les pierres
qui ne demandent rien,
les fleurs sur les tombes
qui ne quémandent plus.
On marche toujours
un pas dans la lumière,
l'autre dans l'ombre,
un oeil qui voit,
l'autre qui pleure.
On donne la main pour la reprendre
et la parole pour se taire.
L'aveugle voit les roses
avec l'odeur et les épines.
On ne lui offre plus
que des fleurs en papier.
Le désespoir reste à l'affût
des oiseaux du malheur,
le cri des herbes qu'on piétine,
le désarroi des outardes
qui ont perdu le nord,
le rictus des poissons
la gueule sur l'hameçon,
la blessure des doigts
sous le marteau du boss,
le vent qui nous caresse
avec une main d'épines.
Je bute sur les portes
dans la maison des hommes
mais je reste à l'écoute
du moindre signe de vie.
J'écris avec l'espoir
comme un oiseau bâtit son nid
sur un arbre qui manque.
J'écris avec la page
qu'on arrache d'un livre
pour allumer le feu.
Le naufrage des vagues
porte déjà la plage.
Le moindre pas dans le désert
a le sourire de l'eau.
Même si je n'ai rien
je donnerai quand même,
ma pauvreté aux riches,
ma sagesse aux idiots,
mon ignorance aux dieux,
ma naïveté aux autres.
Au visage calciné
je donnerai ma peau,
ma vue aux yeux crevés,
ma vie aux moribonds,
mon visage aux masques
et mes rides à l'enfance.
Aux ignorants, aux cancres
je donnerai mes
lettres
et mes cahiers
jaunis
le
sang noir des blessures
sur la carte des choses,
mes épines à la
rose.
Aux évangiles
trahis
je donnerai mon
âme,
une terre sans
dieu
que la magie
décante,
une route sans
guide
pour suivre la
folie.
Aux langues étouffées
je donnerai ma
voix
et une seconde
chance
aux épaves du
temps.
Je donnerai ma croix
aux jésus de service,
une écharpe de laine
aux éclopés de la haine,
une flamme aux frileux,
un collier de sourires
aux visages de bœuf,
une patine au bois
qui me sert de crayon.
Je donnerai mes yeux
aux paupières qui prient,
l'errance de mes pas
à la route maudite.
Je donnerai ma
vague
aux sables du désert.
Je donnerai mes fruits
aux rêves impossibles,
ma chair aux amputés
et ma langue au silence.
Je donnerai mon cœur
aux abonnés absents,
ma solitude aux foules,
ma bouteille à la mer,
mes racines à la terre
et le bois de ma chaise
pour attiser le feu,
un monde qui commence
au monde qui finit.
Vendredi 15 décembre 2006
Je laboure une terre de papier
Avec des mots qui mêlent
La poussière et le ciel,
Le rire avec le sel.
Avec mes pas sur le rivage
Je prolonge les vagues.
Avec les grains de pluie
Je sème des nuages
Sous le sable des choses.
Pour ne pas me noyer
Dans les larmes oubliées
Je tire avec moi
Le fil de l’histoire
Sans déchirer la trame.
J’accroche mon chapeau
Au clou de l’espérance.
Dans le café du cœur
Je parle avec ma chaise
Et les mégots jetés.
J’attends que l’horizon
Vienne s’asseoir avec moi.
06-12-14
D'un mot l'autre