Poésie du monde

Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 17:09

je ne t’écris pas – je m’oublie

 

je m’oublie – un vent rouge souffle sur mon pays

je m’oublie – vibrant dans le courant des marées

humaines 

elles incarnent son fleuve et son courant libre

l’allant vers le rêve que nous rêvions enfants

mais aujourd’hui

j’ai un carré rouge à la place du coeur

la fleur de lys dans la gorge

mes mains tendues sont des drapeaux

 

si je ne t’écris pas

c’est que l’histoire s’écrit

 

Catrine Godin


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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 16:23

Je n’étais pas fait pour être comédien

Je n’étais pas fait pour grand-chose

 

***

 

Je prolonge mon passage

en délassant mon corps osseux

dans la musique d’un vers

qui étrangement sort

de ma carcasse.

 

***

 

Mais que vaut ma petite existence

face aux malheurs de ce monde ?

 

***

 

Il faut voir Paris

pour s’assurer de l’indécence

d’une société qui se voudrait humaine.

 

***

 

Il est vrai que partout sur le globe

les mendiants pullulent majoritaires

 

***

 

A Auray

ils vont croissants

pareils

aux cheveux des têtes blondes

 

***

 

Où en étais-je exactement ?

Ah oui !

Merci à ce monde

de vivre l’émotion

à foison

jusqu’à la déraison.

 

Jean Thebault


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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 16:20

Comme une odeur de mort qui vous colle à la peau, pour qui connaît Paris et les bords de la Seine. Pour qui connaît Paris, la balance à viscères, les tiroirs, les bocaux, la puanteur des jours. Pour qui connaît des nuits, l'étrange carrefour, des vies, des cœurs, des cris, ou de ce qu'il en reste. O putain de clarté, Place Mazas, à l'entour. Comme une odeur de mort, qui vous poursuit et vous précède. Pour qui connaît l'humiliation, qui la partage sans rien dire. Et qui ne parle plus. Qui fait d'instinct vers l'autre, comme un signe de tête. Comme pour signifier qu'il est encore vivant. Qu'il a honte soudain. Qu'il n'ose plus parler. Qu'il a perdu sa langue. Comme une odeur de mort sur d'infinis charniers. Pour qui ferme les yeux, pour qui cache ses larmes. Pour qui pleure sans bruit, pour ne pas déranger. Pour qui aime écouter sur les lèvres du vent, pour qui aime d'un trait comme on boit le silence. Pour qui connaît la sève, et tutoie les racines, et la terre, et la mer, les paroles et les vents. Pour qui protège un feu avec ses mains tremblantes. Pour qui aime écouter le rire des enfants, la symphonie des cœurs et la clarté de l'aube. Et qui souffle en solo sur l'asphyxie du temps. Et qui souffre, et qui souffre, pour habiter toujours l'étincelle rebelle, pour refuser la nuit, pour accueillir le jour.

 

L’écriture est une marche une navigation, un voyage par le souffle des mots, par le rythme de la musique, par le truchement du cœur, le plus petit qui soit, vers des villes et des campagnes, vers des hommes et des femmes, qui pensent ou ne pensent pas, qui travaillent ou ne travaillent pas, selon l’heure.

Qui, par la haine et le mal, encercle tout un peuple, étouffe l’humanité de son regard froid, selon l’heure ou l’endroit ?

Pour toujours, il nous faudra agir ensemble, demeurer familier du même quotidien et tutoyer les mêmes vents, les mêmes routes, pour nos têtes et nos jambes, nos neurones et nos doigts, car vivre est un travail nécessaire à l’accomplissement de la vie, rien d’autre !

 

Certains cherchent et ne trouvent pas…

D’ailleurs, j’y vais. J’y pense. J’en suis.

J’apprends à mes oreilles à décliner la couleur du temps qui passe toujours d’une saison à l’autre.

Mais comment apprivoiser cette étrange musique qui compose mon chant ?

J’enchaîne des étincelles et une clarté sombre féconde des couleurs invisibles pour des yeux ouverts en grand nombre au cœur d’une fleur de tournesol.

Pour un frère qui manque toujours à l’appel, pour un nouvel état sauvage, pour le souffle vivant des séductions perpétuelles qui succombent aux passions, aux pouvoirs arbitraires, aux applaudissements feints et aux ronronnements stériles, faut-il vivre sur un pied pour laisser moins de traces ?

Faut-il ménager ses méninges, ses montures ou ses yeux et demeurer hagard dans des brumes matinales pour battre le record du Grand soporifique qui nous invite à tout instant à compter des moutons sur le livre du monde ?

Combien faut-il avaler de couleuvres, pour effacer d’un trait de plume toutes les vérités qui nous tiennent lieu de mémoire ?

Demain, il nous faudra nettoyer nos têtes, avec des crânes semblables aux notres, pour oublier toutes nos migraines et réactiver tous nos neurones.

Demain, il nous faudra nous battre pour retrouver notre liberté perdue.

Avant que la nuit ne tombe !

Préparons-nous !

Soyons en avance !

 

Gilbert Joncour 

 


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Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 14:45

l'année d'après
au mois de mars
bien plus nombreuses que nous
les fleurs ont commencé à revenir sur les arbres

sur l'autoroute vide
en direction de Washington
les dix mille enfants restants dans la région
se passaient des pousses
de main en main
petit seau pour éteindre la grande faim

j'étais parmi eux
il n'y avait pas que manger
il y avait aussi tenir l'autre main dans sa main
et être ensemble
être la drogue

la drogue circulait
la drogue c'était l'espoir
la drogue c'était l'humain
on venait de loin pour se respirer
la drogue ne changeait plus l'esprit
comme le faisaient celles d'avant
la drogue provenait de l'esprit

c'était l'étrange cadeau du nuage empoisonné
à certains d'entre nous

vers Times Square
libre d'obstacles
le vent grondait dans les verrières trouées
un prédicateur le faisait parler
un grand noir évangéliste au pardessus gris impeccable
campé juste devant les restes de la tour Axa

Hollywood avait disparu depuis longtemps dans un cratère
mais sous les paroles de l'évangéliste le vent s'animait
tête jambes et bras d'air
comme dans les movies d'idoles irréelles
qu'on pouvait encore voir
pas plus tard que l'année d'avant
le vent reconstruisait les tours puis les jetait de nouveau à terre
puis il prenait les spectateurs dans ses bras

le vent avait un peu changé
s'était comme solidifié
les survivants parlaient déjà de mettre en place des lignes de transports
qui suivraient savamment son souffle
le nom du réseau était même déjà prêt
God's arms
-les bras de Dieu-
avec un tel nom tout pouvait repartir comme avant
sinon mieux

plus loin dans Central Park
une toute jeune fille avait élu domicile au pied de la grande statue d'Alice
accroupie sur son champignon
elle faisait des choses
étranges
avec les arbres et avec elle-même
elle répondait très aimablement si on s'adressait à elle
mais parlait peu si personne ne l'y invitait
dans son lycée l'année d'avant
elle s'exerçait encore à taire sa différence
cette année elle apprenait peu à peu à être quelqu'un

on l'appelait Fern
-la fougère-
elle ne défiait personne
ne présentait aucun projet au monde
elle élevait juste un troupeau vert de feuilles de lianes et de mousses
qu'elle semblait patiemment mêler aux autres formes de vies
pour créer une suite au monde
dans une logique qui nous échappait

la très longue chaîne des pousses
acheminée par les dix mille enfants depuis l'autoroute
passait devant Fern
et j'étais parmi eux
elle leur envoyait des tiges vertes qui s'enroulaient doucement au passage
autour des poignets des garçons
et des chevilles des filles
et Fern la Fougère lisait l'heure tout haut pour eux
là où se rejoignait la feuille et la peau

pas l'heure des montres
mais à chacun d'entre nous elle lisait l'heure exacte de sa vie

puis Fern a gentiment montré du doigt Esperanza
- ma soeur-
et
¡ Dios mio !
les longs cheveux d'Esperanza se sont mis à fleurir
et ma sœur a souri comme si le monde commençait à cette seconde même
j'en ai lâché ma poignée de pousses
et Fern la Fougère est venue la ramasser pour la replacer dans ma main
avec un clin d'œil

puis le prédicateur nous a rejoints
déjà à l'aise sur son nouveau sentier de souffle
déposé par les bras de Dieu
sur le champignon d'Alice
du côté du lièvre de mars
il a enlevé son beau pardessus gris
et l'a posé sur les graines fragiles au pied de la statue
après y avoir pratiqué quelques trous pour que les graines respirent

il faisait encore frais
le printemps était encore fragile
mais malgré tout
depuis le début de notre vie
je crois bien que c'était notre année préférée

 

Stéphane Méliade


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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 20:06

 

Ils ont tout perdu.
La couleur
de leurs cheveux,
leur vieil ami
le chien,
leurs parents.
Ils ont parfois des larmes
aux yeux
que personne
ne comprend.
Et pourtant,
c'est facile de savoir
pourquoi!
A cinquante-sept ans,
qui voudrait bien
les adopter?

 

E. C. Belli 


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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 15:16

Je rends grâce à ce qui déroute, fausse les compas, arrête la montre.
Au grain de sel ou de ciel dans l’engrenage froid des journées.
Aux accès de fièvre qui affûtent les nerfs, aux impromptus du doute, aux coups de blues.
Aux renvois lyriques des révoltes assagies, aux crises de foi,
   comme à ces états d’âme tellement décriés sans lesquels un homme ne serait jamais
qu’une raclure de bidet.

 

(…)

 

Je rends grâce à qui se cabre,
   certain pourtant que le cimetière sauvage de l’humus le réconciliera un jour avec la terre.
Aux bêtes que nous sommes et dont la vie se sert, aux hommes que nous devenons en grattant la blessure.
A tous ceux qui, sachant qu’il est une même nuit derrière la parenthèse que devant,
   n’ont renoncé ni à user de l’outil, de la guitare ou de l’encre, ni à soigner les corps,  

ni à planter des arbres.

 

(…)

 

Je rends grâce au poète en nous qu’une simple vague fascine,
à cette part résiduelle qui nous ressemble encore au bout de nos fatigues et des journées perdues,
à cette part que nous voudrions croire aussi irréductible qu’elle est rebelle aux injonctions des modes,
   rétive aux rêves qu’on affrète pour nous perdre
et qui nous fait chercher des mots pour tenter dans la foule
   d’aller réveiller en chacun le poète qui s’est tu.

 

Michel Baglin


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Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 17:06

Outil d’opprobre pour de la poudre à nez

opulence aveugle des teignes du pouvoir

 

***

 

Trémoussement d’une foule obèse

derrière le bras armé de la honte

 

***

 

Ils ont voulu faire un pari sur la guerre

en pensant avaler la planète

 

***

 

Aujourd’hui leur nausée

crache un orgueil poitrinaire

 

***

 

aux chevilles de sable

de leurs géants de papier

 

Robert Fred


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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 22:30

Le soir vient mollement

Une sorte de bonheur sans objet monte en moi

Moment différent

Légèreté poignante

Grande soif d'orage

Index sur mes lèvres car je n'ai pas tout dit

 

Piocher les mots dans mes secrets

En mangeant quelques larmes

Finir la nuit sur ton épaule

Juste des chuchotis en bouche

Moins parler pour mieux se souvenir

 

Parlons en un peu du matin

Vers le vent, le vin , la vie

Les mots espérés tendrement

Naissent au bout des souris

Suturant nos blessures

Finis les mots de la nuit

 

Pour ma tête deux aglafalgan

Envie de dire oui à tout

Un bisou pour la belle au bois dormant...

Debout!

 

Aglaé Vadet


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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 17:54

Nous vivons dans une ville sans fleuve,
   ici
les frontières ne sont faites que de vent
et d'averses. Cela fait peur la nuit
à ma sœur, mais on ne peut
pleurer dans notre maison, peut-être
que ça l'aiderait, peut-être que ça
la rendrait folle. Il gèle
dans sa voix. S'il était possible de
   décrire
des distances sans fleuve, les
   pressentiments
au moins seraient défendables :
   personne
ne s'approche de notre maison et ça fait
   longtemps
que nous n'avons pas vu nos parents.
Mais il n'y a aucun repère, cette ville
est comme un reste de neige en mars.
   Seul le vent
qui pousse la pluie dans sa forme
annonce la sortie de la localité. Notre
   maison
reste couverte de neige et disparue.
 

 

Nora Bossong

 

trad. de l'allemand par Rüdiger Fischer  

 


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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 17:33

 

Ma tombe ne sera pas assez grande

j’ai la tête trop pleine

de ceux que j’aime

 

Il me faudra de l’espace

pour que tous

puissent se mettre debout

dans chacune de mes pensées

 

Anise Koltz

 


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D'un mot l'autre

À paraître bientôt

Numeriser0015.jpg

J'écris avec la terre, Éditions Chemins de Plume, Nice, 2012

 

La matière du monde, Éditions Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2012

Information

À voir et à entendre

Parutions

 


Éditions Trois-Pistoles
La langue est mon pays, Trois-Pistoles, 2010
1105200-gf.jpg
 
Éditions d'art Le Sabord
Un feu me hante, 2009, Trois-Rivières
avec des illustrations de Lino

t_unfeumehante.jpg

Prix Voix nouvelle au Salon du livre de Trois-Rivières 2010
Éditions Chemins de plume
     
L'Autre versant, 2006, Nice




















 
Parce que, 2007, Nice













Manquablement, 2009, Nice















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Jean- Marc La Frenière – 237 rue Principale, app. 210,  Saint-Ferdinand, Québec G0N1N0

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