Samedi 24 juin 2006
Avec sur mon dos
l'ourson bleu des images
rescapé de l'enfance
je traverse la vie
comme une enseigne usée
par l’orage et le sang.
Trop malhabile pour aimer,
trop petit pour les mots,
je dépose mes clefs
dans les yeux de chacun.

Je me perds souvent
dans la trame des phrases.
Je fais des accrocs
dans la dentelle du son.
sJe détonne parfois
dans le micro du sens,
J’ai appris la grammaire
au fil du couteau,
mon verbe dans la rue,
mes voyelles dans la chair.
Je dors la tête sur demain
et les doigts sur la peau.
J’essaie tant bien que mal
de ravauder sans fil de soie
les vêtements du silence
usés par la colère
et l’espérance déçue.
Je signe d’une main tremblante
des paraphes de vent
pour attiser l’amour
et laisser à la vie
sa place dans la mort.

Je ne sais pas
ce que c’est qu’un poème
mais le poids du bâillon
me pèse quelque fois.
Je me confonds au chant
de celui qui l’arrache.
Le fruit qui pousse
dans la poussière,
dans la neige ou le sable
ne renie pas sa branche.

Je fais un trou dans l’apparence
étonné malgré tout
du cœur qui s’y trouve
et des caresses à venir.


par la freniere publié dans : Les pieds dans les plats
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Mercredi 22 février 2006

Je prends l’espoir dans la glaise,
les citrons, l’hippocampe.

Je prends tout ce qui passe,

les virgules d’un arbre,
le fou rire du vent,
les pieds de céleri,

les bras de mer,

l’œil du cyclone,

la tête des marteaux.

Je n’ai pas de fond

comme le puits donnant son eau,

les racines qui retiennent la terre,

les voix qui se nourrissent

dans l’humus du silence

comme des vers de terre.

Je ramasse et redonne

les fleurs d’oranger,

les miettes de pain,

les gouttes de pluie,

les trous de bouton,

les odeurs de tempête,

l’âme des violons

dans le ventre des arbres

près des pieds de chaise

et des montants de lit.

J’enfonce sans relâche

le clou de ma parole

dans les planches de salut,

le chalumeau du rêve

dans le bois des érables.

Je prends l’espoir dans la peau,

les cheveux et les dents,

l’écume des chevaux,

la bave des crapauds.

Je prends le rire des enfants

pour nourrir mes rides,

les messages invisibles

entre la chair et l’os,

la lumière dans l’eau

et l’air qui s’échappe

par les mailles du filet.

Je prends tout de la vie,

le temps qui court comme un lièvre,

l’amour qui mûrit

comme un fruit maladroit,

l’enfance qui persiste

sous les cheveux blanchis.

Il faut tant de bois

pour se chauffer.

Laissez-moi croire encore

à la beauté des pierres,

à la bonté possible,

à la sagesse des shamans,

à la tendresse des femmes,

à la caresse des enfants

qui nous sauvent du pire.

 
 

 

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Mardi 14 février 2006

Sœur de l’eau, frère du vent,

 

je suis l’homme et la femme,

 

à la fois graine et fleur

 

et la saveur du fruit,

 

les deux ailes du temps

 

faites de lave et de froid,

 

le fromage bleu qui pue,

 

le vin qui chante,

 

l’eau qui a soif

 

dans la bouche d’un puit.

 

Je traîne dans mon ombre

 

mon Richelieu d’enfance

 

venant jeter ses rives

 

à l’estuaire du monde.

 

 

 

Je suis la menthe et l’origan,

 

les sources invisibles

 

d’où jaillissent les pluies,

 

l’envers des ombres blanches

 

que la neige fait voir.

 

Je suis doute et déroute,

 

la pupille des sommets,

 

l’argile des ténèbres.

 

Je suis sable et seconde,

 

le refus des rebelles,

 

le grand oui du printemps,

 

l’idée hors de sa cage

 

et le serpent dans l’ombre.

 

 

 

Je suis mystère et lait,

 

cicatrice et morsure.

 

Je suis misère et laine

 

tricotée d’amertume.

 

Le signet des paroles

 

marque ma place d’homme.

 

Je suis lune et soleil,

 

l’âpre flamme du corps,

 

l’écume des secondes,

 

les traces dans la neige

 

inscrites sur la page.

 

Je suis la bêche en pleurs,

 

la vérité en fleurs,

 

la parole qui épouse la main,

 

l’espoir qui se relève

 

au bras du désespoir,

 

l’accolade et la vie.

 

 

 

Je suis le grain des mots

 

dans le grain de la voix,

 

le sainfoin, le safran,

 

les malles entrouvertes

 

dans le grenier du cœur,

 

le noir du réel

 

courtisant l’absolu,

 

le rouge vif du sang,

 

le bleu des ecchymoses.

 

À la fois tendre et dur

 

je suis dans la colombe

 

et la vieille lumière,

 

dans le marbre pensif.

 

Je suis dans l’alphabet,

 

l’amphore et le silex.

 

Je suis dans le hibou

 

et le chevreuil en rut.

 

Je suis dans les chevaux

 

aux encolures d’orage,

 

dans les pierres en fusion,

 

dans les atomes fous,

 

dans les étoiles froides

 

et les figures de proue,

 

dans la tête du caillou

 

et les épaules du vent.

 

 

 

J’ai mal du mal des hommes.

 

J’ai bonheur quand ils s’aiment.

 

Je défaille et m’agrippe.

 

Je suis douleur et joie,

 

l’avidité des feuilles

 

qui s’ouvrent à la pluie,

 

les yeux des tournesols

 

tournés vers le soleil,

 

la plongée des racines,

 

le futur des fleurs.

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Lundi 13 février 2006

                                              L’arbre monte sans parler

 

faisant grimper les mots,

 

enfonçant les images

 

au ventre de la terre.

 

J’emmêle mes jurons

 

à la faim des oiseaux.

 

Je mêle à la douleur
la tendresse des fleurs,
le fer à la douceur

 

et le miel au béton.

 

J’enfonce ma semence

 

dans l’utérus du temps.

 

 

 

Je suis grain et caillou,

 

fait d’atomes et d’étoiles,

 

amas de molécules

 

qui ruissellent en chant,

 

magma de galaxies

 

à la poursuite du sens.

 

Les rêves les plus fous

 

sont encore les plus beaux.

 

 

 

Je suis rivière et terre,

 

fait d’avoine et de feu.

 

Je suis dans le vieillard

 

qui pardonne à la mort,

 

dans les pas de l’enfant

 

qui se relève encore

 

et s’apprête à courir.

 

Je suis la pierre et l’eau,

 

la montagne et la mer.

 

Je parle pour chacun,

 

pour personne, pour tous.

 

 

 

Je suis comme chacun

 

pareil au vin, au blé,

 

à la table bancale,

 

à l’abeille nouvelle

 

dans le pollen ancien,

 

pareil à la poterie,

 

à la musique des mains

 

sur l’argile des choses,

 

pareil aux hanches nues,

 

au ber, au cimetière,

 

au hurlement du loup

 

dans la gueule d’un agneau.

 

 

 

Je suis la chair et l’os,

 

la mine, le crayon,

 

l’encre sur le papier,

 

les lignes sur la main.

 

Je suis dans l’étranger,

 

l’étrange, le non-dit,

 

celui qu’on ne voit plus

 

quand la foule s’éloigne,

 

la sébile du gueux,

 

le journal mouillé
qui lui sert de drap.

 

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Jeudi 9 février 2006

J’écris avec des mots
Qui se cognent aux murs,
Des ecchymoses d’amour,
Des bleus au cœur,
Des blancs de mémoire,
Des vis qui dépassent
Et des copeaux d’érable.

 

J’écris avec les morts
Qui continuent leur chant,
Les vivants qui se taisent,
Les enfants qui s’aiment
Et ceux qui les protègent.

 

J’écris sur la pointe des pieds
Comme on sort du lit.
J’écris avec la route
Qui ne sait où elle va.

 

Je donne mon regard
Aux fantômes des rues
Et je prête l’oreille
Au mutisme des murs.

 

Je prête un peu de doigts
Aux gestes malhabiles,
Des orteils aux trottoirs
Qui marchent de guingois.

 

Je prête au peu de marches
Aux escaliers branlants,
Le regard des vaches
Aux passagers broutant
Les rails de l’ennui.

 

J’écris avec la mer
Qui nous montre ses dents,
La blancheur de l’hiver
Qui découpe les ombres.

 

J’écris avec une encre
Qui dessine les mots,
Avec des couleurs
Qui portent la parole.

 

J’écris à la jointure
D’hier et d’aujourd’hui
Avec le bruit du temps.

 

J’écris avec les fruits
Prolongeant les racines,
Les ailes des insectes,
Les avoines cassées
Et les yeux d’un aveugle
Qui chante le soleil.

 

J’écris comme je respire
Avec les mots qui passent
Mal sapés pour la page.

 

J’écris pour la bonté
Et la beauté du geste,
Le trognon des pommes
Enceintes d’un verger,
La fleur entrebâillée
Laissant lire à l’abeille
Son pollen sémantique.

 

J’écris avec la pluie
Qui dort dans la neige
Et s’éveille au printemps.

 

J’écris avec le bois
Dont on fait les violons,
Les fleurs dans les champs
Qui meurent sans pourrir.

 

J'écris des mots
Qui touchent à la folie
Avec les mains d'une mère.

 

J’écris avec les poings
Qui s’ouvrent à l’amour,
Avec les lignes de vie
Qui croisent l’aventure.

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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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