Lundi 16 juin 2008

Vos discours m'ennuient. Vos cris me font peur. Vos mots n'ont pas de sens pour moi. Pour vous, la parole est une arme, un couteau de cuisine, une calculatrice. Pour vous, parler c'est payer ou réclamer des comptes, acheter des sourires ou des larmes comme des fruits chauds dans un stand au bord de la route. Ce voyage est interminable. Comme si les vacances refusaient de commencer. Vous êtes en train de vous engueuler à l'avant, de vous dévorer sous prétexte de combler la chaleur immobile. Vos mots n'ont que des dents. Lucie est à côté de moi, sa cuisse contre la mienne, le casque sur les oreilles. Elle écoute une chanson de suicidaire en regardant au fond du ciel, derrière le paysage de la route qui défile. Elle a trouvé sa technique. Elle n'écoute plus depuis longtemps. Elle bouche par des couches de musique l'espace entre elle et vous. Moi, je crois que je vais tenter autre chose, je vais offrir mon âme au silence. A partir d'aujourd'hui, je me tais.

Thomas Vinau
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Lundi 19 mai 2008

Je cause au caillou dans ma chaussure
au chien qui bave sur les coussins
je cause aux ridules et aux rhizomes
je cause à la suie et à la sciure
je cause au découvert de ma banque
aux champignons sur le tas de compost
à mon tartre et mes poils de barbe
aux traces sur ses petites culottes
je cause au moucheron dans mon verre
aux moineaux qui boulottent les cerises
à l'écureuil près des poubelles
au vieux bousier qui pousse sa bouse
je cause au pollen dans mes narines
à l'odeur de son oreiller
au tas de linge sale dans le garage
aux fourmis dans une carcasse
à la corde à linge détendue
au bois qui blanchit sous la pluie
aux têtards et aux arachnides
aux dessins près du téléphone
aux vieux livres que je ne lis plus
je cause aux fils blancs dans le ciel
aux matins de pluie sans lumière
aux essuie-glaces de ma voiture
aux enfants qui te font des doigts
aux vieux qui sentent la friture
aux poules aux carpes aux crapauds
aux boules de pétanques rouillées
aux vieux mégot qui se consument
aux pissenlits dans les pavés
aux gouttières aux moustiques
aux amibes aux nuisibles
aux bouteilles dans les ruisseaux
aux vieilles chaussures abandonnées
aux cantonniers aux boulangères
aux pieds de tomates et aux caissières
aux nuits sans étoiles et sans lune
à l'haleine chaude du brouillard
à la mousse des bords de fleuve
aux lombrics et au bois pourri
aux bouquets de fleurs
attachés aux platanes sur le bord des routes
à ma mère à ta soeur
au plombier au facteur
à la cuvette tiède de mes chiottes
mais paraît-il je suis misanthrope
...


Thomas Vinau

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Dimanche 18 mai 2008

Nous marcherons sans but
mais nous aurons des rêves
et les fossés seront des ruisseaux
de jour et de lumière
qui aveugleront
les rats


Thomas Vinau
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Samedi 3 mai 2008



J'écoute Nina Simone. Le ciel bleu est immense et j'écoute Nina Simone. Un escadron de pigeons traverse le ciel et j'entends le rire de Nina Simone, dans l'enregistrement, elle rit à pleines dents avant d'attaquer son piano. Et le ciel me paraît plus immense. Et le bleu est infini. Et les pigeons ne sont plus que des miettes au fond de l'espace. Et Nina Simone chante. A pleine voix. En plein coeur. Elle chante la beauté de ce qui résiste. Et ses doigts roulent sur le piano. Et la lumière blafarde des studios fait trembler l'ombre sur ses joues. Et le piano est détruit depuis longtemps. Et le studio est éteint, obscur, fermé, détruit, depuis longtemps. Et Nina Simone est morte. Et la magie existe puisque Nina Simone est aussi vivante, aussi éclatante, qu'un escadron de pigeon qui file dans le ciel bleu, immense.


Thomas Vinau
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Lundi 28 avril 2008

en traversant Rodez
bourgade calme, plate, grise
aplatie au marteau
en poireautant dans les feux rouges
en regardant les rues
les femmes d'aout
les bistrots
J'ai cherché quelque chose
qui me signifierait
Artaud a souffert ici
comme une insigne lumineuse
en forme d'entonnoir
ou une publicité
sur les électrochocs
mais je n'ai rien trouvé
et puis je me suis dit
que ça pourrait se lire
sur la tête des gens
sur les visages, les mollets,
sur la nuque grasse des paumés
mais je n'ai rien trouvé
Il doit bien resté l'hôpital
et la trace des ongles dans les murs
et les lettres
et l'odeur de merde
mais ce n'est pas ce que je cherchais
et puis je me suis dit
abruti !
N'importe quel asile,
hôpital ou prison
renferme ce secret



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Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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