Mercredi 11 octobre 2006
L'HOMME AU TRÈFLE

Pour être vous,
Pour être vous tous,
Je me suis séparé de vous tous.

Très seul, secret, sans bruit j'ai cueilli dans les landes
Un trèfle tout tremblant d'une haleine de cheval
Et c'est mon seul ami.

J'ai pris ce seul ami
Pour m'avancer jusqu'au coeur des hommes mes frères
Et ne les toucher que d'une nourrissante plante.

Armand Robin  Poèmes indésirables
 
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Samedi 19 août 2006
Vous ne sentez pas tous que vous sentez un peu le sang ?
 
Si pour tuer parmi vous un brigand
Vous salissez en lui non le crime, mais l'âme,
Plus que lui vous devenez brigands
Et c'est le brigand qui vous aura tués.
 
Si vous laissez tuer sans protester
Un innocent,
Un seul innocent,
Plus un seul d'entre vous n'est innocent
Et vous serez tués sans qu'il y ait rien pour protester.
Si vous ne sauvez pas les justes, rien ne viendra vous sauver.
 
Si vous raillez un vaincu, plus que lui vous serez vaincus ;
Si vous désespérez des âmes, votre âme sera désespérée ;
Si vous affamez les esprits, votre esprit sera langue affamée ;
Vous serez dépouillés, si vous songez à dépouiller ;       .
Si vous êtes vengeance, une vengeance contre vous a déjà commencé ;
Si vous faites le mal pour punir le mal, vous devenez le mal.
 
Je vous parle très fort parce qu'effrayant est ce que je VOIS,
Que tous les signes sont rassemblés,
Qu’un destin me contraint de proclamer
D’une folle, terrible, implacable VOIX
Ce que je VOIS.
 
Je voudrais trouver pour vous des mots non truqués
Pour que dans l'imminente épouvante vous soyez tousun peu aidés ;
Je voudrais éviter que dans le silence abominable tous vous mourriez.
 
Vous venez tous d'entrer dans l'ère du Grand Forfait ;
Vous allez vous trouver devant l'HOMME assassiné.
 
Votre assassinat vient de commencer ;
Déjà sans le savoir vous êtes tous assassinés.
Armand Robin
 
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Mardi 15 août 2006

Vous vous promenez le dimanche au bras de vos femmes,
Vous leur faites faire le tour de votre règne terrestre
Qui est fait d'APPROBATION.

Pour plaire à l'APPROBATION
Vous mettez sur vos femmes de l'or, du diamant et même des croix
Volés,

Vous leur enlevez leur âme et les prostituez à l'APPROBATION
Puis avec ces prostituées               
Vous FAITES l'amour,

Mais vous n'ÊTES jamais l'Amour.

Vous allez chez les riches,
Vous n'allez que chez les riches,
Non par pitié parce qu'ils SONT les pauvres
Travaillant chaque jour davantage à leur pauvreté,
Mais parce que vous les croyez des riches

Et même des enrichis.

Vous allez chez les puissants,
Vous n'allez que chez les puissants,
Non par géante pitié parce qu'ils sont les irrémédiablement prisonniers
Mais parce que vous croyez qu'eux seuls ne sont pas en prison,
Eux qui non seulement sont seuls en prison, mais sont LA prison,

Tellement LA prison que leur présence répand partout sur terre les prisons.

La guerre des militaires, la guerre des civils, la guerre des banquiers,
Vous l'acceptez,
La guerre contre les âmes,
Vous l'acceptez.
Il n'y a que le nourrissant SCANDALE
De ceux qui ne veulent AUCUNE guerre
Que vous n'acceptez pas.

On peut attaquer vos biens terrestres puisque vous les défendez,
On peut vous les prendre               
Puisque vous les avez mis au centre de vous au lieu de votre âme

On peut vous mettre en prison puisque vous croyez aux prisons,
On peut vous juger puisque vous jugez,
On peut faire que vous SOYEZ très abaissés puisque vous craignez de PARAÎTRE abaissé.

Il n'y a qu'avec l'Ame que vous ne soyez pas,
Il n'y a que chez le Christ que vous n'alliez pas ;
Vous n'allez chez le Christ que s'il est dans vos églises
Recouvert d'or, de VOTRE or
Volé.

Il va falloir que le salut vous quitte,
Il va falloir ôter de vos bouches l'hostie,
Oter d'entre vos dents VOTRE phraseur Christ.

Armand Robin
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Samedi 12 août 2006

Le dimanche

Le citoyen

mécanisé - machinisé - robotisé - capitalifié - fascistifié - défascitifié - stalinisé - hitlérisé – nazifié - démocratisé - socialisé - communisé - réactionnarisé - révolutionnarisé - taylorisé - stakhanovisé -militarisé - collectivisé - étatisé - usinifié - unifié - progressivisé - pasteurisé - molotovisé - fordisé

Se réveille un peu moins bêtifié :
« Çà, mais nom de Dieu, mais j'ai des yeux !

« Et même j'ai des yeux qui sont MES yeux ;

« Ces yeux, si j'essayais

« De m'en servir pour REGARDER ! »
Le dimanche
Le citoyen

Reste un danger.
 

Il se souvient d'avoir entendu dire quelque part :
« Le dimanche, c'est le jour du seigneur. »
Et chaque dimanche il fait le seigneur.

Il menace d'aller

Dans les bois, dans les prés
Et là, TERREUR, TERREUR, ce qu'il regarderait
Existerait.

Il menace d'aller prendre

Des leçons chez les plantes !

Et même il peut lui venir l'idée

D'aimer un cheval, un oiseau,
D'écouter

Un ruisseau.

Le dimanche
Il pense

Qu'il peut prendre un peu de vie pour s'en endimancher

Et même il pense

Qu'il peut penser.

Un tel crime contre le crime ne peut plus être toléré :

Vite affichez :
TU N'IRAS PAS TE PROMENER,
AUX CHAMPS TU N'IRAS PAS RÊVER.

TU IRAS VOTER.

Armand Robin
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Dimanche 14 mai 2006

On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,

Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l'Âme
Au nom de la Raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice,

Puis on supprimera la justice.

On supprimera l'Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l'Esprit de Vérité
Au nom de l'Esprit Critique ;
Puis on supprimera l'esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du Sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le Sublime
Au nom de l'Art,
Puis on supprimera l'art.

On supprimera les Écrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint
Au nom du Génie ;
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète
Au nom du Poète ;
Puis on supprimera le poète.

On supprimera les Hommes du Feu
Au nom des Éclairés,
Puis on supprimera les éclairés.

On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière ,
Puis on supprimera la matière.

AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L'HOMME ;
ON SUPPRIMERA LE NOM DE L'HOMME ;
IL N'Y AURA PLUS DE NOM.

NOUS Y SOMMES.

Armand Robin   Les poèmes indésirables
  

 

 

 

 

 

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Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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