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Le droit à l'oubli

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Terre à bonheur

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Terre à bonheur

Un mot n’est pas un clou
Qu’on pique sur la plage et qui, là, reste seul,
Egaré sur le blanc au milieu d’autres mots

Un mot
C’est plein de mains
Qui cherchent à toucher

Un mot, ça va
A la recherche d’autres mots
Pour quelque chose
Ça veut dire, ça veut
Se gonfler de paroles
Où le silence a déposé

Un mot, ça veut servir
A relier les choses

Un mot, ça veut marcher
Aussi vite et plus vite
Que le temps, puisqu’il marche
Et que tout ce qui va moins vite
Est malade et rogné par le rien peu à peu

Un mot n’est pas un clou
Qu’on plante ici ou là
Pour marquer un passage

Un mot, ça peut
Vouloir jouer, mais pas un jeu
Sans conséquence

Un mot, un autre mot
Pas n’importe quel mot
Celui qui fait
Qu’on voit plus fort et qu’on avance
Avec plus de courage
En regardant les choses

Eugène Guillevic In - Terre à bonheur

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J'aurai ton âge

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J'aurai ton âge

à mon père Arthur Pleau (1922-1976)

"en quelques lignes
comment rejoindre le soleil perdu
que tu retiens

je t’écris
tel un décalque
dans l’effleurement des feuilles

mes poèmes
sont fréquemment ton contour
mais je ne le dis à personne

alentour de moi
le monde est sans toi

par-dessus ton épaule
la lumière n’avait aucun défaut

j’aurai tout fait pour m’approcher
de ta voix
trouver refuge dans une parole
qui s’élèverait avec la mienne

et si les mots
comme une corde
que je tire vers moi
ramenaient une image un appel
une certaine éternité

j'aurai bientôt ton âge

toi mon père allongé
au bout de chaque page
comme un tissu de pierre
qui maintient tout ensemble

les morts ne savent rien de la mort
sinon une lampe de terre
sans la pesée de la flamme (...)

tes lèvres étaient le dernier alphabet

je me souviens d’avoir trébuché
sur ton ombre

personne n'osait la franchir

j'ignorais alors que les fenêtres
seraient le refuge de certains paysages
plus lents que d'autres

j'avais en moi
des distances immuables

souvent je me penche au-dessus de ton nom
étrange abécédaire de l’ombre (...)

que retenir de tout cela

je sais que l’absence
est l’infini reflet de soi"

Michel Pleau, "J'aurai bientôt ton âge", Éditions David, 2018

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Parole rouge

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Parole rouge

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Toutes les lettres d'amour

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Réalité fulgurante

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Portrait de Prével par Antonin Artaud

Portrait de Prével par Antonin Artaud

Il faudrait écrire comme on vit, sans penser, et que se dessine le ciel tel qu’on peut l’apercevoir un matin de neige brûlé par la solitude des toits, qui déchirent les lambeaux des étoiles suspendues à faible hauteur.
Et l’on ne voit rien, l’on n’entend rien de toute cette misère atrocement perdue au déclin de l’indéterminé.
Je me souviens d’une de ces journées toute proche de l’agonie comme ma vie toute proche de l’amour, mais qui jamais ne l’atteint. Et je dessine d’un tra
it noir et incisif tout ce qui s’y rapporte de cruel et de follement vécu. Je m’étais réveillé tard d’un sommeil léthargique et fidèle, qui ne me laissait rien de son baume d’une grandeur levée sur un monde frénétique et vertigineux. Il ne me laissait rien. Et je repris bientôt le cilice de l’inconsistance et de la dureté des formes. Je souffrais mais, en même temps, j’avais gardé comme un exposé du délire, et je compris bientôt que le crépuscule s’établissait pour atténuer la fausse lumière. Le mirage entre la veille, le sommeil et le monde en hauteur se désagrégeait dans le ciel de mon cerveau, qui n’apercevait plus rien qu’une extraordinaire confusion de la douleur amnésiée par sa réalité fulgurante.
 

Jacques Prevel

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Speak White

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Je ne veux pas quitter le Liban

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Je ne veux pas quitter le Liban

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Cinéma Paradiso

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Sur le sens du mot migrant

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Sur le sens du mot migrant

J’ai toujours trouvé faux le nom qu’on nous donnait : émigrants.
Le mot veut dire expatriés ; mais nous
Ne sommes pas partis de notre gré
Pour librement choisir une autre terre ;
Nous n’avons pas quitté notre pays pour vivre ailleurs, toujours s’il se pouvait,

Au contraire nous avons fui. Nous sommes expulsés, nous sommes des proscrits.
Et le pays qui nous reçut ne sera pas un foyer mais l’exil.
Ainsi nous sommes là, inquiets, au plus près des frontières,
Attendant le jour du retour, guettant le moindre changement
De l’autre côté, pressant de questions
Chaque nouveau venu, sans rien oublier,
sans rien céder,

Sans rien pardonner de ce qu’on a fait, sans rien pardonner.
Ah ! Le silence du Sund ne nous abuse pas !
Les cris qui montent de leurs camps nous les entendons jusqu’ici.
Nous-mêmes
Ressemblons à des rumeurs de crimes qui auraient réussi
À franchir les frontières. Chacun de nous marchant,
Souliers déchirés, dans la foule

Dénonce la honte qui souille aujourd’hui
notre terre.
Mais nul d’entre nous
Ne restera ici. Le dernier mot
N’est pas encore dit.

Bertolt Brecht in Poèmes de Svendborg, 1939 (éd. L’Arche, 1966)
(Trad. Gilbert Badia et Claude Duchet)

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