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Va chercher!

Publié le par la freniere

Va chercher. Va chercher ! L’oreille comme un chien rapporte la musique. Un doigt s’évade de la prison des mains et crochète le poing d’une simple caresse. Je joue aux billes avec les mots. J’en fais des p’tits bateaux, des toupies, des proverbes sans barbe, des oursons sémantiques en chemise de pilou, des bourgeons syllabiques. Chez un boiteux, il y en a qui ne voient que le pied dans la tombe. Ils ne voient pas le pied qui danse. Même au cœur de l’hiver, le printemps au ventre réclame son quignon..

 

Va chercher. Va chercher! Le regard ne sait plus où trouver l’horizon. On trompe trop souvent la vie avec des belles paroles. C’est comme une herbe douce sur un lit d’orties, le sacré profané par les mangeurs d’hosties, le fil des vers à soie transformé en drapeaux. Devant la mort, les mots perdent leur sens mais retrouvent le sang. Le soleil parle par les ombres. De la terre à la pluie, la sève des racines circule dans le fruit. Il y a sûrement un pont entre le feu et l’eau, un oasis de lèvres dans un tunnel de soif, une aiguille d’eau fraîche dans une botte de sable, l’espoir d’une forêt dans les cendres encore chaudes, un reste de poème dans un livre comptable.

 

Va chercher. Va chercher ! La main revient bredouille. Il n’y a plus un os qui ne soit pas rongé. Dans la marée des balançoires, je voulais toucher le ciel. Je me suis coupé le front sur la ligne d’horizon. Je lance des cailloux comme on crache dans l’eau pour se sentir en vie. Je ne suis jamais libre en attendant les mots. Je me libère en écrivant. Pourquoi tant d’hommes marchent-ils en traînant leur prison ? La liberté fait-elle si peur ? Il ne s’agit pourtant que de vivre comme si la mort n’existait pas.

 

Va chercher. Va chercher ! L’oiseau ne ramène plus la pelote de neige. Il tricote des tuques pour les épouvantails, des foulards de nuages sur la tôle des toits et des chandails de glace sur les poteaux de clôture. Elle ne parle pas la neige. On doit lire ses phrases dans les traces des loups, les pointillés des mésanges, les plumes des chevêches. Les images se perdent dans les soucoupes des paupières. Une ombre sans mémoire rince le bleu des yeux.

 

Va chercher. Va chercher ! La pensée ne sait plus où donner de la tête. Un jour ou l’autre, le soleil aura froid. L’arbre et la pierre s’emmêlent mais jamais le plastique n’embrasse le pollen. On a brisé la ligne d’horizon, forcé les serrures de l’eau. On a tordu le cou au rêve des tulipes. On a versé du plomb dans la soupe du cœur. Malgré tout, je rallume la mèche au milieu des rafales. Une seule brindille peut tenir tête au froid, une goutte d’eau peut contredire le fer comme un flocon de couleur dans l’arc-en-ciel de neige.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Un homme de couleurs

Publié le par la freniere

Un homme de couleurs

À Émile Bellet

 

L’inapparent prend forme sous le pinceau du peintre. L’image s’enracine dans l’humus des gestes. Des questions pointent sur la toile que la forme résout, que la couleur appelle, ombres puisées à même l’ombre, faisceaux d’éclairs dans la nuit. La terre rêve d’étoiles, le ciel de racines.

 

Des lignes infinies ordonnent le chaos. Dans l’arbre qu’on dessine, le souffle des racines anime le feuillage. D’infinis tremblements agitent l’horizon. L’axe de vie renoue avec l’origine. Une simple rature absorbe le silence. Les bords du monde se touchent dans un point de lumière. Une poignée de temps se répand sur la toile.

 

Sous le pinceau du peintre, le monde s’imagine. Il n’est jamais qu’une âme répandant sa couleur. Une lumière intime ordonne ses reflets. Tant de rouges et de bleus redressent l’horizon. En remuant les doigts, un homme de couleurs défriche l’absolu sans ouvrir la bouche. La musique des formes s’écoute avec les yeux.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Les choses ont remplacé les hommes. Les armes ont remplacé les âmes.

Publié dans Aphorisme du jour

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Kermesse littéraire du Plateau

Publié le par la freniere

Kermesse littéraire du Plateau

Du 25 au 27 août prochain, la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie, La Passe et la Coop Coup d'griffe vous invitent à la Kermesse littéraire du Plateau, qui se tiendra dans le parc Lahaie, devant l'église St-Enfant-Jésus du Mile-End, où ils viennent tout juste d'emménager après un long et difficile processus de relocalisation. Un événement ouvert à tous et toutes, où la littérature sera à l'honneur, dans ses multiples déclinaisons.

*Vendredi 25 août

17h – Inauguration de l’exposition "Refus, dissidence et renouveau : une incursion dans la Médiathèque littéraire de Gaëtan Dostie" au sous-sol de l’église, entrée 5035 rue St-Dominique;

20h – Conférence de Yves Desjardins, de l’organisme
Mémoire du Mile End / Mile End Memories, depuis le parvis de l’église St-Enfant-Jésus;

21h30- Projection en plein-air du film "Gaston Miron, un homme revenu d’en dehors du monde" (2014) et discussion avec le réalisateur Simon Beaulieu.


*Samedi 26 août

13h – Ouverture du micro-ouvert dans le parc Lahaie: emmenez poèmes, proses et chansons!

Durant l'après-midi:
– Visites commentées des expositions extérieure et intérieure;
– Ateliers de création littéraire pour enfants;
– Ateliers de sérigraphie animés par la
Coop Coup d'griffe;
– Kiosques d'éditeurs (
Arcmtl Archive Montréal, Les Éditions de la Tournure - Coop de solidarité, Moult Éditions, Poètes de brousse, Possibles Éditions, Sabotart, etc.).

17h - Moulin à paroles du Plateau-Mont-Royal: de Nelligan et Borduas à Dany Laferrière. Présenté par
Gaëtan Dostie.

19h30 Concert de musique
– avec
La Fièvre, Chabanel, N NAO, Sylvie Legault et Éric Goulet.


*Dimanche 27 août.

14h – Visite guidée de l’Église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End par Laurier Lacroix, spécialiste d'Ozias Leduc et membre de l’Académie des Lettres du Québec;

15h - Sur le parvis de l’église, lecture de membres de l'
Académie des lettres du Québec et d’auteurs ayant publiés dans sa revue Les Écrits;

17h - Clôture de la Kermesse

***
L'événement est organisé avec la participation financière de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal et de la Caisse Desjardins du Plateau-Mont-Royal.
"
Pour les éditeurs qui souhaitent se joindre à l'événement en ayant accès à une table dans le parc Lahaie le 26 août, veuillez nous contacter à lapasse@riseup.net.

 

Publié dans Glanures

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À l'affût

Publié le par la freniere

Lorsque j'écris ton nom

je me tiens à l'affût

entre l'âme et la peau.

Quand je parle de terre,

de mers et de forêts

c'est de toi dont je parle.

C'est toi que je rejoins

par les sentiers du monde.

C'est toi que je vois

dans l'ombre ou la lumière.

C'est ton vin que je bois

dans l'étrangeté de la neige.

C'est toi que je respire

dans toutes les odeurs.

Quand tu habites ma maison

les meubles reverdissent.

C'est toi que je suis

quand je sais qui je suis.

Je te butine à fleur de peau

dans un essaim de mots

parce qu'il faut qu'il y est toi

pour que la vie trouve son sens.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Une devise sans pays

Publié le par la freniere

Dans la tête des vieux, le sang des soldats morts tache encore les bas bleus des lavandes. Recherchant la tendresse, je la trouve parfois au milieu des ordures et chez les chiens sans maître. Qui s'approche du cœur quand je dors la nuit? À qui est l'ombre qui me suit? Peu me chaut les soirs graphiques et monochromes, les quadratures du cercle, le vent qu'on retient par la main n'est pas vraiment le vent. On ne peut pas passer de l'enfance à l'adulte sans se fermer les yeux, sans se toucher la panse au lieu du cœur. Le temps convoque ce qui meurt. Je dois quitter la pièce. Les auteurs s'engueulent sur le dos de mes livres. Les mots enlèvent leur jaquette et finissent à poil. Leur charabia se mêle au braille des caresses.

Une devise sans pays ne tient pas ses promesses. Je me souviens à peine du chant du coq. Les dernières nouvelles s'apparentent au bêlement des agneaux. Il suffit de longer une route goudronnée pour croiser la mort, oiseaux frappés en plein essor, limaces répandues, carnivores écrasés, carcasses de belette. Dans ce temps ivre de chiffres et de menue monnaie, contaminé par l'argent, l'homme la transmet à ses enfants. La terre en meurt peu à peu. La maladie d'amour s'impose comme unique antidote. L'homme n'en meurt pas, mais grandit vers le mieux. Même celui qui s'exprime par l'urine et l'injure apprend le nom des fleurs et celui des oiseaux. Il s'adoucit la gorge au fil des paroles.

J'écris ces lignes assis sur une dalle, les épaules appuyées sur une pierre tombale, mêlant mon encre au sang des morts. Le temps s'accorde à la lenteur des pierres. J'entends battre la sève dans les meubles et la forêt gémir dans le feu. Je vois l'arbre dans les planches et les racines sous les pieds. Il reste dans le bois cette senteur de mouillé, cette mollesse des fleurs, ce piquant des épines, ces odeurs de la vie que les villes ont perdues. Je me croyais seul en forêt. Elle regorge de lumière et d'oiseaux, de petites bêtes et de chevreuils, peut-être quelques ours qu'on ne croise jamais. L'humus qu'on remue distille ses parfums. Blessé à chaque pied par la souffrance du temps, je piétine les routes. J'ai les os qui titubent près d'un ruisseau qui jappe.

Ici, les forêts de conifères sont une création récente. Elles remplacent de plus en plus la beauté des bois mixtes. Avec cette manie de tout reboiser d'épicéas, d'épinettes, de pins et de sapins, les forêts se ressemblent. Même la sève s'urbanise. Les arbres quand ils naissent n'ont pas besoin qu'on les photographie. Ils font déjà l'amour avec les éléments. Ils bandent sous le vent, bourgeonnent sous la pluie. Ils craquent ou chantent avec les saisons. Chaque région a son patois. La façon de marcher, de regarder le monde, de serrer la main ou de hocher la tête, font partie de la culture. À côté des dictionnaires, tout un lexique prolifère. La langue et les images en découlent. Même la façon de garder le silence est une façon de parler.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

La vie aurait pu trouver mieux que la mort comme service après-vente.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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Sans toi

Publié le par la freniere

Sans toi

J'écris comme on perd son sang

Comme on signe une traite

Dans la maison des morts

Comme un soir égaré

Qui lance ses tracts

Au coin des avenues.

Il se fait tard peut-être

Là où tu es

Ou trop tôt.

Chez nous,

La neige est venue vite

La nuit

Comme un voleur d'enfants.

 

Claude De Burine

 

Publié dans Poésie du monde

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Brigitte Fontaine et Jeanne Moreau

Publié le par la freniere

photo: Jérome Mars

photo: Jérome Mars

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Nouveaux Délits

Publié le par la freniere

Nouveaux Délits

Allez encore un ancien édito estival, et je rappelle que les 40 premiers éditos ont été regroupés avec une illustration par édito dans Nouveaux Délits et les 40 éditos < qu'on peut commander à tous moments (10 euros, port offert)

* Juillet 2006 *

De licence à licencieux, d’abandon à délinquance…

Le mot licence vient du latin, licere, licetus, signifiant « être permis » mais aussi « être mis aux enchères, être évalué à »… Il serait sans doute très intéressant de connaître le rapport entre licencia « permission » et licitatio « enchère »… Au XIIe s., le mot loisir, qui vient aussi du latin licere, est un verbe qui signifie « être permis ». Société des loisirs, société du tout permis ?
Au XIIe s., licence est un mot savant, qui signifie « liberté », au XVème, il devient « liberté excessive » et un siècle plus tard, apparaît licencieux, dérivé de licentiosus, « déréglé ». En même temps, la licence devient un titre universitaire, licentia docendi, un permis d’enseigner. Et puis arrive la licence fiscale au XIXème, avec les bienfaits de la révolution industrielle et des colonies… Pour l’argent, avec l’argent, tout est permis. Sans aucun doute.
Et les licenciements alors ? Des permis aussi ? Mais permis de quoi et permis pour qui ?
Quel rapport entre un licencié économique et un licencié en économie ? Lequel des deux est licetus, « mis aux enchères » ?
Saviez-vous que délinquant a la même origine que relique, avec cette racine indo-européenne, leik, « laisser » ? En grec, leipen d’où ekleipen, « laisser en dehors, abandonner » et en latin, linquere, lictus, d’où delinquere, « faire défaut » et puis surtout « faillir, être en faute ». Son participe présent delinquens, a donné délinquant au XVIe s.
La délinquance, elle, est née au XXème, mais est-il besoin d’étymologuer pour comprendre que l’exclusion mène à la délinquance ?
Le licencieux ne serait-il pas un excès, un dérèglement de la liberté de quelques-uns au dépend de tous les autres ?… Lorsque liberté et responsabilité ne marchent plus de pair ?
Imaginons que nous donnions à une poignée de très jeunes enfants la liberté de faire constamment tout ce qu’ils veulent. Imaginons que ces enfants là soient des chefs, d’entreprise, de banque, de partis, d’Etat… L’élite. Des enfants gâtés de trois ans, surdoués peut-être, nés du « bon » côté, c’est certain, et auxquels n’a été fixée aucune limite. Et puis imaginons, la multitude d’enfants laissés en dehors, abandonnés… qui ne vivent que de limites, sur la limite fixée par la conduite irresponsable de la dite élite…
Et moi je vous demande, où sont passés les Anciens dans nos sociétés infantiles ?

Cathy Garcia


 

La moitié des brésiliens ne dorment pas parce qu’ils ont faim.
L’autre moitié ne dort pas non plus, parce qu’elle a peur de ceux qui ont faim.
Jose de Castro

 

Publié dans Glanures

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