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Le printemps des poètes

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Le printemps des poètes

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Un cahier ordinaire

Publié le par la freniere

Un cahier ordinaire

Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaître l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.

Ile Eniger « Un cahier ordinaire »

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Écrire

Publié le par la freniere

Écrire

Ecrire, c’est faire vœu de pauvreté.

... c’est une question de timbre, de voix.

... Les mots laissent passer le texte, comme les fleurs, le vent.

Ecrire, c’est dire une vérité que la vie ne supporte pas.

... C’est dire adieu à quelqu’un à quelque chose qu’on reverra le lendemain. On ne peut pas divorcer.

Ecrire donne envie de lire...

Il faut montrer ce qu’on écrit. Ne serait-ce que pour savoir jusqu’à quel point, c’est résistant.

... On a tous un bout de monologue dans la peau. Il faut le donner aux autres, même si l’on s’en méfie.

Il faut écrire pendant que c’est chaud.

Ecrire transfigure la vie, ne la change pas.

... La poésie, seule, et rarissimement, touche le ciel véridique.

Parfois, le soir, il me prend l’envie de téléphoner au bon dieu.

G. Perros, Extraits de Papiers collés

Cher Brice,

Le plus beau poème du monde ne sera jamais que le pâle reflet de ce qu’on appelle la poésie, qui est une manière d’être, ou, dirait l’autre, d’habiter ; de s’habiter.

Toutes les réactions des hommes relèvent de la poésie. Ça ne trompe pas. La poésie, c’est l’indifférence à tout ce qui manque de réalité.

... C’est le seul engagement qui vaille, parce qu’il englobe la souffrance. Un homme de cet ordre, je me demande s’il peut pleurer. Mais il peut empêcher les autres de le faire.

Cette passion du réel, qui fait longer des précipices, ce goût exclusif, comment ne nous rendrait-il pas plus aptes à comprendre autrui, et pas le comprendre comme ça, non, mais le remplacer, en quelque sorte, le relayer dans son poème interne, retrouver avec lui la source, nettoyer le lit de son eau vive, et remettre en branle la circulation originelle.

C’est derrière les mots qu’il faut aller voir, les mots sont des repères qui peuvent nous tromper si on les manipule de travers. Il y a une charge de silence qu’il faut respecter...

Un grand poète, c’est un monsieur qui, une fois, ne s’est pas trompé, a pris la voie royale de tous ses possibles...

Il est probable que nous sommes le poème de Dieu, fragments de langage unique.

Il y a des moments de fulguration, qui éclairent nos murs, nos limites, qui nous laissent à penser que tout n’est pas absolument absurde...

La poésie, comme je l’entends, c’est le seul obstacle au suicide... Il n’y a pas moyen de se suicider en poésie, puisque c’est, comment dire, déjà fait.

En fait, la poésie, c’est de considérer tous les hommes en poètes, comme s’ils étaient des poètes. Et s’y tenir.

Moi, je vais vous dire, j’ai envie d’être heureux. Un peu comme on dit bêtement que les clochards le sont. Heureux de rien, et incapables de lever le petit doigt pour figurer dans le spectacle...

Mes coulisses, c’est le ciel, la mer, le vent, l’arbre, et qui m’aime me suive ! Je n’en démordrai pas, je n’en démordrai pas, c’est un pacte avec ce qui me paraît plus vrai que tout le reste, avec ce qui me rend à un langage plus modeste, plus fragile par rapport à celui des hommes de société, dont je comprends mal la nonchalance active...

J’ai déniché une mansarde où travailler en paix. Une table, une chaise, une lucarne. Un peu comme si je partais à l’école, tous les matins. Tania n’y trouve pas à redire.

Je vous embrasse, vous et Éliane.

Écrivez.

G. Perros, Extraits d'une lettre à Brice Parain 1962

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Arthur Fousse

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Arthur Fousse, poète, philosophe et romancier né en 1993, après des études en classes préparatoires et des fréquentations d’hôpitaux, fait le deuil d’une vie normale après son enfermement psychyatrique. Incurable, selon ses propres mots, il se consacre dès lors à l’écriture. Il fait le pari de la concision et de la simplicité, avec force et engagement et plusieurs ouvrages à son actif, son travail d’écriture à travers ses multiples formes, poésie, essai, roman, fait le vœu d’obtenir une vision totale de la réalité, avec réalisme et intensité.

Quelques poèmes à lire sur: Recours au poème
https://www.recoursaupoeme.fr/arthur-fousse-le-vieil-homme…/

De Arthur Fousse, poète interné par une société qui craint les génies et les ostracise dans ses cages institutionnelles :

autrefois les rives étaient si proches…
maintenant
dans le gué de mes larmes,
le chagrin transi,
les mots las,
la queue qui ne bande plus
et le triste assistanat des griefs, et la pension,
et aussi
les sédatifs,
les comprimés
et tout ça,
la mort travaille plus la matière
que le silence n’use l’esprit. dans ma main,
je lis mille sillons
plus profonds qu’une douve,
et j’y lis un écartèlement
que je ne peux franchir.
tous mes potes malades sont morts
et je suis le dernier sur le banc de touche.
la mort nous garde en réserve
et les joueurs comme des secondes
ne cessent de s’envoyer la balle.
nous nous sommes peut-être trompés.
peut-être n’étions-nous faits que pour tisser
le suaire d’un monde
qui ne devait que cacher la lumière
d’un faussaire.
peut-être devions-nous simplement nous taire
et attendre.
maintenant,
je regarde ces rides dans le coin de mes yeux, j’y lis des frontières qui ont croisé le fer
avec l’éternité
et qui sont restées closes à jamais.
des barbelés tristes sur un visage de honte.
et dans le noir,
parfois, j’entends un bruit venir de très loin,
de vieilles musiques jouent encore pour moi.
nous ne pouvions qu’apprendre à oublier
et disparaître
pour ne jamais nous souvenir.
les doigts, eux, tissent une autre honte.

Arthur Fousse, In “le vieil homme parle et les aubes ont toutes coagulé dans le sel et autres poèmes”

Arthur Fousse

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Bruts de poésie

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Promesses

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Promesses

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Ray Charles

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Ils ont dit

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Juarroz

Juarroz

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You are so beautiful

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Le règne de la barbarie (extraits)

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Le règne de la barbarie (extraits)

Quant à vous
poètes de ces temps de lucre
vendeurs de poésie
en petites tranches d'émotion
en petits sachets d'érotisme
mystiques à cœur de fausset
n'arrivant pas à la cheville d'Al Hallaj
grands démissionnaires de la lutte de nos peuples
vous
camouflant votre impuissance
derrière les théories ronflantes du Grand Art
complexés jusqu'à la moelle
par les reflets vacillants
d'une littérature qui se meurt
sur les rives de la Seine
ou de la Tamise
j'empaille vos écritures
dans le musée de mes anciennes illusions
et je tends la main
à mes frères combattants
ceux qui comme Maïakovski
et Nazim Hikmet
savent de quel tocsin les mots sont capables
quelle terrible vérité et quel amour véhicule le poème
quand c'est le peuple qui le dicte.

...

ne me cherchez pas dans vos archives
effrayés par mes dénonciations
je ne suis pas de la nature de l'écrit
cherchez-moi plutôt dans vos entrailles
lorsqu'une cavale de vers
distord vos tripes
cherchez-moi dans l'urine des fièvres
dans le paludisme des ruelles

dans la boue des cataractes
écrasez mes noms interdits
marchez sur les sorts que j'irradie
mais à mon cri
cassez les cruches de miel
égorgez des taureaux noirs sur les seuils des mosquées
nourrissez mille et mille mendiants
alors je viendrai
vous cracher dans la bouche
crever vos tumeurs
expulser vos maux ataviques
encore je vous préfère
en la droiture de vos socs
mes frères aux mains rugueuses
mes frères au sommeil de racines.

ABDELLATIF LAÂBI

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