Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Amuse-gueule

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

On va rien lâcher

Publié le par la freniere

Ma petite gueule d'amour, mon Polo, mon ami Châtaigne. On va rien lâcher, on va aimer, regarder derrière pour rien oublier, ni les yeux bleus ni les regards noirs.

 

On perdra rien, peut-être bien un peu, mais ce qu'il y a devant, c'est si grand. Ma petite gueule d'amour, mon Polo, mon ami Châtaigne. T'as bien le temps d'avoir le chagrin éternel. S'ils veulent pas le reconstruire le nouveau monde, on se mettra au boulot. Il faudra de l'utopie et du courage, faudra remettre les pendules à l'heure, leur dire qu'on a pas le même tic-tac, que nous, il est plutôt du côté du coeur. Fini le compte à rebours du vide, du rien dedans.

 

Ma gueule d'amour, mon petit pote d'azur il est des jours où je ne peux rien faire pour toi. Les conneries je les ai faites, et c'est un chagrin qui s'efface pas. Faut pas manquer beaucoup pour plus être le héros, faut pas beaucoup... Je t'jure petit frère, faut freiner à temps. Va falloir chanter l'amour, encore plus fort. Y'aura des révolutions qu'on voudra pas, et d'autres qui prennent leur temps, pourtant c'est urgent.

 

Où est la banque ? Il faut que je mette une bombe, une bombe désodorante, une bombe désodorante pour les mauvaises odeurs du fric qui déborde. Pas de place pour les gentils, pour les paumés de la vie. Chez ces gens-là, on aime pas, on compte.

 

Ma petite gueule d'amour, mon Polo, mon ami Châtaigne. P'tit frère, putain, on va le reconstruire ce monde ! Pour ça, Tonton, faut lui tendre la main. Tonton, il peut rien faire si t'y crois pas. Alors faudra se regarder, se découvrir, jamais se quitter.

 

On va rien lâcher. On va rester groupé. Y'a les frères, les cousines, les cousins, y a les petits de la voisines, y'a les gamins perdus qui deviennent des caïds de rien, des allumés qui s'enflamment pour faire les malins. Y'a la mamie qui peut pas les aider, qu'a rien appris dans les livres, mais qui sait tout de la vie. À force de ne plus croire en rien, c'est la vie qui désespère. Faut aimer pour être aimé. Faut donner pour recevoir.

 

Viens vers la lumière, p'tit frère. Ta vie c'est comme du gruyère, mais personne ne le dis que tu as une belle âme. Ma petite gueule d'amour, mon Polo, mon ami Châtaigne. On va rien lâcher. On va aimer regarder derrière pour rien oublier.

 

Richard Bohringer

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

On ne dit pas les mots

Publié le par la freniere

Où allons-nous ? Que faisons-nous ? L’âme est à l’étroit dans notre corps en location. Aliénés par le superflu, on détruit ce qui suffit pour vivre. On a troqué l’intelligence pour des idées toutes faites, le temps pour des horloges, l’espace pour des images de synthèse. La mer nous recrache du gasoil au lieu de papillons de sel et de grimoires d’algue verte. Nous sommes allés trop loin dans l’ignorance de la terre. La colère des abeilles a fait tourner le miel et celle des oiseaux détraque les avions. Des tours à vent ont remplacé les arbres. Que mettrons-nous demain à la place des montagnes ? Que ferons-nous de l’homme qui a faim ? Nos mains toucheront-elles le bois, la pierre et l’eau ? Nos pieds retrouveront-ils la nostalgie de l’herbe ? Avant d’écrire, il me faut déplier les ailes d’un cahier, trouver la bonne plume et me laisser porter comme une mer soutient la vague. On ne dit pas les mots, ce sont eux qui nous disent. L’écriture existe par elle-même. J’ai besoin d’elle pour savoir où je suis, où j’en suis, d’où je viens. Je dresse avec les mots une maison de sens, de signes, de sons. Sur la table où j’écris, la lumière est vivante. Elle fait bouger sa chevelure d’ombre.

        

Dans le feuillage des lettres, les métaphores luisent comme des fruits. Mes yeux entendent leurs odeurs. Je croque leur chair sémantique. L’eau des mots ne se boit pas, elle se lit. Il ne sert à rien de rattraper le temps. La terre tourne au ralenti. Nous marchons sur des os. Nous traversons des ombres. Les morts sont plus nombreux que les vivants. Les plantes ont une haleine de femme, les pierres une sueur de mâle. Les choses ne sont pas muettes. Elles s’entretiennent à travers nous. Le dehors est dedans. Le centre s’est perdu dans la périphérie. Il y a des mots qui ne savent pas voler. Ils se tiennent au bord de la marge et risquent de tomber. On doit les mettre entre parenthèses. L’écriture est un bazar, une shoppe à souvenirs, un débit d’émotions. Juste à côté d’une chaise baroque et d’un cercueil d’encre, une vieille affiche offre ses mots d’hier. Un loup me hurle des questions. Je n’ai pas de carcasse en réponse mais une proie mentale. Beaucoup trop de chasseurs s’y sont cassé les dents.

        

Le matin ouvre les volets dans la maison des feuilles, l’auberge des merles, la grange à foin. Les arbres bougent sans changer de place. Même né de la terre, j’habite dans un ailleurs sans lieu, à tous les temps du verbe être. Une vie commence dans un mot. Une mort s’y annonce. Il y a un autre temps dans le temps, un autre espace dans l’espace. Une montagne toute entière tient sur une page, même pliée en quatre. Un fleuve la traverse. Une bête irritée déchire le papier. Les mots s’enfuient jusqu’à la bouche. Le temps se casse. Les hommes se brisent. Les gestes s’ankylosent. Il faut recommencer. La mémoire compose et décompose le temps. Le silence n’est pas une routine mais un état. J’aime la solitude. Elle est comme cette eau endormie dans l’agate, l’infini enfermé dans une boite en carton. Il suffit d’un nom, d’un mot, d’une phrase pour déchirer la boite et faire sauter l’agate. Une tache d’encre s’envole en un geyser de syllabes. Il est difficile de saisir la substance des pensées, elle coule comme l’eau. Il est une autre vie, une présence plus vraie, un homme moins futile. J’écris pour le savoir. Mon crayon est une aile dessinant sur le ciel, une limace laissant un long fil verbal, une pelle creusant la terre des neurones, une grappe d’étincelles dans une chambre obscure. Les mots regardent ce qu’ignorent nos yeux. Il est un autre temps sans passé ni futur. Tous les grands fleuves du monde, les plus hautes montagnes, le sel, le quartz, la chevelure des arbres, les petits grains de pollen, les abeilles inventant l’alvéole, les yeux du tigre, les bras de mer, le sang des coquelicots viennent d’où je viens, d’une amibe silencieuse, d’une mère d’argile, de la rencontre du temps et de l’espace. Nous ne possédons rien d’autre que le savoir, et l’amour est la forme ultime du savoir.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Le loup des mers

Publié le par la freniere

à Tristan Cabral
cheval cabré
chroniqueur des exodes
grand fraternel

pour ADM

en souvenir de  Jack London, Arthur Rimbaud et Nora Nord

 

Aux profondeurs du bouge
une triste humanité,
sous la lanterne rouge
graillonne et racle des pieds:

les putains à gros culs
de maigres alcooliques,
d'ex-prisonniers tondus,
de vieux marins à chiques.

Dans l'odeur de bière sure
et de tabac miellé,
un homme au regard dur
à l'instant vient d'entrer.

Les goules anisées
piquent du nez dans leurs seins.
Les rejets des marées
tachent leurs mentons de vin.

Les gueules des marins
mordent les tuyaux de pipes;
ils hument l'air salin
pour s'aérer les tripes.

Et dans leurs mains crevées
tremblent les verres de rhum.
Leurs cabans sont mouillés
et ils sentent l'opium.

Mais ce n'est pas de drogue
que leurs regards s'affolent
et que leurs masques rogues
comme leurs vieilles boussoles,

pointées vers le Grand Nord,
espèrent intensément
l'aventure de haut bord,
des ivresses de pleins vents.

L'homme, c'est Loup Larsen,
Le loup des sept mers.
Il scrute les trognes malsaines.
Son sourire est amer.

Grand Capitaine
Il cherche des matelots
pour toutes sortes d'aubaines
et pêcher le cachalot.

Il est botté de cuir,
et noir du bas en haut,
maître sur son navire,
ses désirs sont brutaux.

Il se dit dans les ports,
qu'il mène les équipages,
à insulter la mort
par folie et courage.

Et cette fois encore,
des faces de Boucan
et des mastiqueurs d'or
se lèvent et sont partants.

La vie est une gueuse
qu'il faut prendre d'assaut,
une grande amoureuse
qu'on paye avec sa peau.

Demain ils appareillent.
Ils n'ont ni froid ni peur.
Ils sont en état de veille.
"La vraie vie est ailleurs".


 Yann Orveillon

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

La poésie, c’est une femme nue qui se baladerait sur les Champs-Élysées en plein jour, et qu’on ne remarquerait pas. Qu’on ne verrait pas. Sinon, brièvement, les aveugles.

 

Georges Perros

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Non au réchauffement climatique

Publié le par la freniere

1532074_681976921835643_495150599_n.jpg

 

                                                   une manifestation pacifique à Montréal

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Lettre de Henry Miller à Anaïs Nin

Publié le par la freniere

nin-miller.jpeg

 

Ne compte plus me trouver sain d'esprit. Finissons-en avec la raison. Ce fut un mariage à Louveciennes, tu ne peux le nier. Je suis reparti avec des morceaux de toi collés sur ma peau ; je marche, je nage dans un océan de sang, de ton sang d'Andalouse, distillé et venimeux. Tout ce que je fais, ce que je dis, ce que je pense tourne autour de ce mariage. Je t'ai vue en maîtresse de maison, une Mauresque au visage épais, une négresse au corps blanc, des yeux sur tout le corps - femme, femme, femme. Je ne vois pas comment je pourrais continuer à vivre loin de toi - ces séparations sont désormais la mort. Qu'as-tu éprouvé lorsque Hugo est rentré ? Etais-je encore là ? Je ne peux pas t'imaginer te comportant avec lui comme tu l'as fait avec moi. Les jambes serrées. Fragilité. Doux consentement du traître. Docilité d'oiseau. Avec moi tu es devenue femme. J'en fus presque terrifié. Tu n'as pas trente ans - tu as mille ans.

 

Me voici de retour et la passion couve toujours, fumante comme du vin chaud. Non plus la passion de la chair, mais une faim de toi, une faim dévorante. Dans les journaux, je lis les articles sur les meurtres et les suicides et je les comprends parfaitement. Je me sens meurtrier, suicidaire. J'ai comme l'impression que c'est une honte de ne rien faire, de se contenter de passer le temps, de le prendre avec philosophie, d'être raisonnable. Où est le temps où les hommes se battaient, tuaient, mouraient pour un gant, pour un regard, etc. ? (Quelqu'un est en train de jouer cet air affreux de Madame Butterfly  - « Un jour il viendra » !)

 

Je t'entends encore chanter dans la cuisine - de ta voix légère, comme celle des Noirs, tu chantes une sorte de litanie cubaine monotone et sans harmonie. Je sais que tu es heureuse dans la cuisine et que le plat que tu prépares est le meilleur que nous ayons mangé ensemble. Je sais que tu t'es souvent brûlée la peau sans jamais te plaindre. J'éprouve la plus grande joie et la plus grande paix à être assis dans la salle à manger, tandis que tu t'agites autour de moi, dans ta robe digne de la déesse Indra, constellée de mille yeux.

 

Anaïs, je croyais t'aimer, avant ; ce n'était rien à côté de la certitude que j'en ai aujourd'hui. Etait-ce si merveilleux parce que c'était court et volé à la vie ? Nous jouions-nous la comédie l'un à l'autre, l'un pour l'autre ? Etais-je moins « moi », ou davantage « moi » ? Etais-tu moins ou plus « toi » ? Est-ce folie que de croire que ça pourrait continuer ? Quand et où commencerait la grisaille ? Je t'étudie tellement, afin de découvrir d'éventuels défauts, des points faibles, des zones dangereuses. Je n'en trouve pas - pas les moindres. Cela veut dire que je suis amoureux, aveugle, aveugle, aveugle. Etre aveugle à jamais. […]

 

Je sais que maintenant tu as les yeux grands ouverts. Il y a des choses auxquelles tu ne croiras jamais plus, des gestes que tu ne referas plus, des chagrins, des doutes que tu ne connaîtras plus. Blanche ferveur presque criminelle dans ta tendresse et dans ta cruauté. Pas de remords ni de vengeance, pas de chagrin ni de culpabilité. Seulement vivre, sans rien pour te sauvegarder de l'abîme si ce n'est un fol espoir, une joie à laquelle tu as goûté et que tu peux retrouver à volonté. […]

 

La vie et la littérature mêlées, l'amour comme dynamo, toi avec ton âme de caméléon, m'offrant mille sortes d'amour, toujours là, solide, quelle que soit la tempête que nous traversons, nous sentant partout chez nous. Poursuivant, chaque matin, la tâche là où nous l'avions laissée. Résurrection sur résurrection. Toi, prenant de plus en plus d'assurance et menant la vie riche que tu désires ; et plus tu prends de l'assurance, plus que tu me veux, plus tu as besoin de moi. Ta voix devient plus rauque, plus profonde, tes yeux plus noirs, ton sang plus épais, ton corps plus plein. Une servilité voluptueuse, une nécessité tyrannique. Plus cruelle que jamais - consciemment, délibérément cruelle. Le plaisir sans fin de l'expérience.

 

Henry Miller

 

glané sur le site Des lettres 

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

L'homme qui plantait des arbres

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

La mise en mer

Publié le par la freniere

L’un  de ses premiers poèmes, écrit à onze ans

 

À Juliette des océans

 

Je regagnais les portes

des marées de septembre

quand une vague morte

est venue me surprendre

 

alors j’ai pris ton corps

j’ai fermé tes paupières

et j’ai longtemps marché

en direction du nord

et puis je t’ai couchée

dans un filet de pierre

 

j’ai tressé dans les algues

des fleurs de sable vert

et je t’ai mise en mer

dans le creux d’une vague

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

Partager cet article

Repost 0

L'enfance

Publié le par la freniere

Devant un tribunal
On convoqua
L’Enfance
Elle vint
Les yeux rougis
Les genoux écorchés
Et les poings bien serrés
Elle déclara 
C’est pas moi…

 

Dan Bouchery 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0