Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Le téléphone «intelligent» est  l'apogée du lèche-vitrine.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ceci dit, la poésie n’est pas que lutte désespérée avec le quotidien, ses mensonges et ses appauvrissements, ses afflictions et la tournure que ça a pris ; elle est aussi hommage, exaltation des manifestations infimes de la vie, de l’intimité vulnérable et de brins de submersions amoureuses – et tentative agile de faire toucher cette intimité à l’universel. Exaltation d’amitiés artistiques aussi, et toujours et encore adresse afin de regarder à travers les fissures de la chape de plomb (fissures qu’elle crée), pour voir et donner à voir et donner à entendre les infinies charges émotionnelles possibles face aux plus menus, aux plus délicats miracles de la vie. Et c’est par là où elle peut remplir une de ses fonctions les plus hautement importantes, l’invention puis l’intervention de nouveaux sentiments, et sentiments nouveaux qu’elle seule est apte à proposer à autrui. Et c’est sans doute sa fonction la plus gracieuse et la plus subversive à la fois. La place qui lui appartient avec le plus de virulence se trouverait donc au lieu d’échange entre l’expression vécue du sensuel le plus nuancé et la position insoumise dans les spasmes maladifs du monde contemporain. Ce lieu est un mouvement perpétuel. S’il est donc question d’un mouvement de va-et-vient entre les émotions personnelles et la place publique, entre l’intime et le vaste du monde, des mondes, il est forcément question de mouvement de vie, précieux, extrêmement précieux mouvement de vie. Mouvement éphémère après mouvement éphémère, et donc mouvement éternel après mouvement éternel. Car où réside l’éternité si ce n’est dans l’instant vécu ? Qui dit mouvement, ou peut-être errance, dit action, action génératrice de souffle. Souffle vital, essentiel dans le vaste des mondes, dans l’ère de Fukushima, en temps de guerre.

 

Tom Nisse

 

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Nouveau neuvain

Publié le par la freniere

1453319_10201022370509430_510226702_n.jpg

 

photo: L. S.

 

j’ai une si j’ai une si beaucoup peur

j’ai panique j’ai une tellement panique

 

avec son obscur ses gels & son transi

l’hiver à l’horizon se met à gesticuler

 

l’été c’était si bonheur et tant de baisers

l’été avait été si soleil & si sourires

 

j’ai panique j’ai une tellement panique

ça me minera du dedans & du dehors

 

et c’est écrit — cet hiver me tuera

 

Lambert Schlecther

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Les nouvelles du soir

Publié le par la freniere

 

À l'heure où la lumière enfouit son visage dans notre cou, on crie les nouvelles du soir, on nous écorche. L'air est doux. Gens de passage dans cette ville, on pourra juste un peu s'asseoir au bord du fleuve où bouge un arbre à peine vert, après avoir mangé en hâte; aurais-je même le temps de faire ce voyage avant l'hiver, de t'embrasser avant de partir? Si tu m'aimes retiens-moi, le temps de reprendre souffle, au moins juste pour le printemps, qu'on nous laisse tranquilles longer la tremblante paix du fleuve, très loin jusqu'où s'allument les fabriques immobiles...
Mais pas moyen. Il ne faut pas que l'étranger qui marche se retourne, ou il serait changé en statue: on ne peut qu'avancer. Et les villes qui sont encore debout brûleront. Une chance que j'aie au moins visité Rome, l'an passé, que nous nous soyons vite aimés, avant l'absence, regardés encore une fois, vite embrassés, avant que l'on crie "Le Monde" à notre dernier monde ou "Ce soir" au dernier beau soir qui nous confonde...
Tu partiras. Déjà ton corps est moins réel que le courant qui l'use, et ses fumées au ciel ont plus de racines que nous. C'est inutile de nous forcer. Regarde l'eau, comme elle file par la faille entre nos deux ombres. C'est la fin qui nous passe le goût de jouer au plus fin.

 

Philippe Jacottet

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

D'une pomme à l'autre

Publié le par la freniere

D’une pomme à l’autre, la terre s’alimente. Du plancton au banc de baleines, la mer se nourrit. Un grain de sable peut devenir une perle et le charbon un diamant. Les musaraignes ont beau se faire des tunnels sous six pieds de neige, un aigle les détecte. Un loup peut les flairer. Un homme a beau se faire un cocon, si le froid pénètre à l’intérieur, il ne vit qu’à moitié. À cacher l’âme sous les choses, c’est le sens qui se dissout, c’est l’homme qui se perd. On communique moins bien sous une grande antenne qu’entre quatre yeux. Des millions de mots se perdent dans les textos, des milliards de caresses, des milliards de larmes, des milliards de gestes. Les lèvres sèchent sans d’autres lèvres. Les langues s’ankylosent dans un sabir de foire. On a rangé la muse au musée des paroles. Elle était trop usée pour la publicité, les slogans et les comptes à rebours. On a beau rire de moi, je la garde avec moi. Elle m’éveille la nuit et grignote mes pages pour une miette de pain.

        

L’amour se tricote comme un chandail de laine. Quand il devient trop grand, on ajoute du rêve. Les femmes assises dans l’hiver en font des châles, des tuques et des mitaines. On est rendu trop loin dans le froid des machines, l’insignifiance et l’inutile. Le vent brûle dans les flammes comme des ailes fatiguées. L’amour maigrit quand le salaire augmente. Le temps prend toute la place. Les dettes sont plus grosses. On troque les caresses pour une auto de l’année, une partie de golf ou un face lift. On passe du neutre à la cinquième sans savoir pourquoi, une roue sur l’accotement et l’autre sur le vide. On ne voit qu’un néant dans le rétroviseur et les néons devant qui dansent dans la nuit. J’ai la bouche pleine de mots qui me rognent les dents, la tête pleine d’idées qui me rongent les sangs. Dans les mots, il y a plus que le mot. Il y a des lèvres et des oreilles. Il y a plus que du sang dans une blessure. Il y a plus qu’un cœur dans un cœur. J’ai la main qui brûle à ouvrir tant de portes, des bleus sur les épaules à tant les défoncer, des cicatrices au cœur. J’ai des morceaux de poumon qui chantent par ma bouche, un pouls de poule mouillée aux battements trop doux.

        

Nous savons trop de choses. Nous sommes des chiens savants auxquels on met une laisse. Je préfère les loups, les orties, les échardes et les clous qui dépassent. On devient vieux trop vite. On finit par aimer même le goût du vide. Assis devant l’écran, les hommes sont devenus des meubles. Chacun a son tiroir, son miroir, son ronron. Des siècles d’histoire pour en arriver là, un homme moins vivant qu’un arbre. On est tué pour rien, un drapeau, un voile, une croix, un magot qu’on mégote. Je suis du chêne où l’on grave son nom. Je suis du jour et de la nuit. Je suis du temps qui reste non celui du passé. Je suis du bois dont on fait les guitares. Je suis du cœur gros des tournesols, du versant gauche du cœur, d’une cabane dans les arbres, d’une échelle de corde. Je suis d’un chat de ruelle aux moustaches vibrantes. Je suis d’un vol d’oiseaux gris dans un pays de neige. Je suis de la marelle où sautent les enfants, de la merveille enfuie et des chevaux sauvages. Je suis d’un verre qui se fend, d’une vitre cassée, d’une lucarne aveugle. Je suis de la terre noire où l’inconnu déborde. Je suis de chaque homme qui tombe et se relève. Je suis de l’étonnement et du miracle d’être deux. Mes voyelles faseillent au milieu de la brume et mes virgules boitent au milieu d’une phrase. Une ombre se déplace d’arbre en arbre. Plein de petits soleils accueillent la rosée. Il ne faut pas que la terre prenne le pli des hommes.

        

Trop de vivants sont tristes au fond des ascenseurs. Trop de vivants sont seuls. Trop d’hommes sans tête se refont une peau neuve. Trop d’autres se font la peau. Trop de douleurs inconnues se cachent dans la foule. Trop de fillettes bercent une poupée de coton sur les genoux de la mort. Trop de paniers percés inondent les commerces. Des hommes en colère tournent en rond dans le tunnel des idées. Des milliers de visages dans les fenêtres vides hésitent avant de sauter. J’aime les yeux qui donnent ce qu’ils savent, les vieux qui font la manche pour un bout d’absolu, la lumière du matin se glissant sous la porte, la misère qu’on soigne avec des mots d’amour, la colère des ronces devant le sécateur. J’échange le mot chien contre un seul mot d’enfant. J’ai des sabots trop lourds sur le plancher des vaches, des élastiques au bout des mains pour retenir la vie, une pelle d’enfant pour atteindre la mer. Je ne suis qu’une virgule dans la grammaire du monde. Je marche avec les pieds d’une écriture plus ou moins régulière. Je n’ai pas assez d’ailes pour l’oiseau. Une vie ne suffit pas pour tout recommencer en gardant le meilleur. Avec des points de suspension, je fais des ponts d’amour pour enjamber le vide. J’ajoute mes traces à celles du renard, mes pieds à la marelle, mes yeux au paysage, ma ligne de vie à l’horizon qui monte. J’ajoute mon odeur à la saveur des sauges, mes cicatrices à la blessure des anges.

        

Il y a trop de femmes en talons aiguilles plantées dans le bras des rues et le gras des trottoirs, trop de faux sourires pliés en quatre dans le tiroir du bas, trop de menteries pour être vrai, trop de grimaces de singe à l’ombre des miroirs, trop de boutons qui manquent à ma veste d’hiver, trop de pas vites tirant le diable par la queue, trop de grosses poches écrasant les petits, trop de fillettes fourrées vite fait dans le fond des ruelles, trop de peau qu’on exploite, trop de remords, trop de rats morts au fond des caves, trop de débiles, de fuckés, de soûlons, de fêlés de la caboche, de manigances, de combines, de grosses légumes pourries à l’os, trop de sueurs, de pisse et de malheur, trop de chagrin et de gâchis, trop de chiens sales jappant trop fort, la rage aux dents, le poil en feu, trop de bagosse et de boswell, de niques à feu et de gasoil, trop de chichi, trop de magouas, trop de chaouins qui se tapent les cuisses. Quand l’hiver est trop frette, même le malheur file un mauvais coton. Je me tire d’icitte. Je décrisse. Je décabane. Je décocrisse pour grimper dans les arbres ou faire la courte échelle. Je prends la clé des champs. Je lève l’ancre et le pouce. Je quitte la chambre close pour l’horizon jamais atteint. Avec aux omoplates des cicatrices d’ange déchu, ma gueule de survenant mort trois fois plutôt qu’une, mon vieux cœur magané qui n’en fait qu’à sa tête et mes guenilles sur le dos, je fais peur aux fantômes. Je n’ai pas vu de lumière dans l’ennui des tunnels, seulement celle des phares sémaphorant à vide sur le chrome des bazous. Là où la nuit trempe dans l’eau, je me remonte la peau des pieds jusqu’au ras des paroles. Je veux aimer les yeux ouverts, les narines plantées dans un jardin d’odeurs, les mains dans un ruisseau d’eau claire. Il faut savoir s’étirer pour ne pas qu’on rapetisse. Je viens au monde dans le courage des cavernes. Je n’ai pas fermé l’œil dans le fond noir de l’ombre. J’apprends le premier feu, l’appétit, l’alphabet. J’apprends à regarder la vie, une pomme après l’autre, à respirer par les poumons du rêve. J’écris à reculons comme on chante en anglais sans connaître la langue. Une pluie subite répond à la poussière des corps. Un seul oiseau qui chante peut suffire au matin. Il faut tenir debout, l’oreille collée au monde, garder le pas gagné et regarder les fleurs avec les yeux d’un papillon. Un peu de roche, un peu de terre suffisent au marcheur. Il faudra rebâtir lorsque la lutte aura cessé, réciter du Prévert, se laisser jouir par la vie.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Sous le signe des sens

Publié le par la freniere

Je lis le poème. Je le regarde. Il

me fixe. Me transporte sur ses

grandes ailes déployées vers ce

lieu étrange qui me construit à

même les autres. À même leurs

vertiges, j’apprends. J’apprends à

naître dans le poème. J’ose

quelques mots embués sur la ligne

blessée du temps. Blessure à

même la blessure, j’écris des

signes, miroir des sens. Je rôde

autour de la volupté. Je m’en grise

même ! Puis je dégrise, éclatée en

vers. Vers qui ? Vers quoi ? Vers

ce poème qui m’apprenait le sens

des signes. Signe des différences

à reconnaître dans une parole

unique. Signes dans l’ascension

d’un désir. Désir des sens. Sans

dessus dessous à même les sens,

le désir à naître.

 

Hughette Bertrand

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Grandir

Publié le par la freniere

Si longtemps

Que le temps nous métisse

Si longtemps que je te connais

De mot en mot

De jour en jour

Le vent me ré-enfante

Je t'aime
Sans fard ni leurres

Je t'aime à en tisser le bleu des rêves
Je t’aime comme je respire

Je t’aime comme je traverse la nuit

Au matin, j’escalade des rires

Je foudroie des dragons de papier

Je tricote des mots en habits de gris et de joie
Au soir, je phrase des espaces clairs

Tu m’as appris

Dans l'encadré d'un rire

Je suis un homme sans médaille

Je ne flambe plus des rêves de paille

J’ai trouvé la lueur plus grande que le jour

Je vais en moi
Je jette les mots creux

Je porte un cœur lavé d'espérances inutiles

Je t'aime sans fard ni leurres
Je t’aime et je passe
L'avenir compte ses jours
Notre temps glisse à rebours

Je sais maintenant
Que l'indispensable habite peu de mots

Je sais maintenant que grandir
c'est désapprendre les apparences
C'est apprendre à aimer,

A comprendre, à accepter, les êtres tels qu'ils sont
Dans l'absolue nudité de leur fragilité
Dans le simple habit de leurs défauts
C’est les trouver suffisamment grands
Pour emplir l’univers de tendresse illimitée.

 

Jean-Michel Sananès

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

Partager cet article

Repost 0

Nous étions trois

Publié le par la freniere

Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

 

Elle avait interdit au ruisseau

d'aller faire peau neuve

dans la maison.

Pour garder bien au sec -disait-elle-

nos rires, les miroirs et le grand cahier vert.

 

Dès que midi sonnait,

on dépliait les chemins.

Quelques éclats de voix,

juchés dans le pommier,

cherchaient à tâtons

les vieux nids,

la main calleuse du père.

 

Les fenêtres invitaient le soleil

à la danse du poème.

Hostie sous la langue,

les mots fondaient,

déambulaient dans nos veines,

jusque sous l'écorce du ciel.

 

L'été glissait,

s'abreuvant aux mamelles de vent.

 

La maison, accroupie sur la page,

sentait le cassis, l'encre violette et la cire d'abeilles.

De ses doigts, légers,

elle époussetait ses rides,

caressait le duvet de l'ange,

pianotait sur l'étang.

 

La maison, parfois,

appareillait pour d'autres visages,

mais toujours revenait.

 

Le père, alors, allumait un grand feu.

La mère en profitait pour faire la lessive,

repeindre les murs,

trouver un nom au dernier né des ormes.

 

Puis elle s'asseyait,

entre vague et aubier,

pour que tout le bleu advienne.

 

Nous étions trois,

sous le porche,

à sucer les mots tiédis de la mère.

 

Brigitte Broc

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Tant que j'écris

Publié le par la freniere

Sur les autoroutes de la couleur du deuil, les valises de char ont la taille d’un cercueil. L’homme ne rêve plus. Quand il raisonne, sa tête résonne comme une tirelire. Il y a ceux qui cueillent les fruits mûrs et d’autres des sous noirs, ceux qui bâtissent des étables et d’autres des prisons, ceux qui jouent à la marelle et d’autres à la guerre, ceux qui tirent à la courte paille et d’autres des oiseaux, ceux qui ouvrent la bouche pour chanter et d’autres pour mentir. Les masques tombent un à un. J’y mets le feu aux poudres. On n’apprend plus aux enfants à marcher, mais à ramper. On les oblige à nettoyer leur cage. L’homme est comme ces animaux qu’on mène à l’abattoir et qui ne mordent plus. Malgré les bungalows et les tours à bureaux, nous habitons les restes. L’électricité tout comme le pétrole hypothèquent la terre. J’ai hâte que les camions à bennes transportent la poussière des prisons, les banques démolies, que le chiendent dévore l’asphalte et que les pissenlits mangent le béton par les racines. J’attends ce temps sans brique ni fanal, sans cadran ni drapeau. Sans le sou sans pays, j’attends ce temps un carnet à la main, une bêche dans l’autre, un pied dans la marge et l’autre dans la terre. L’âme a faim d’autre chose que du pain. Il n’est pas normal qu’on se méfie des poignées de main. Et pourtant… Je sais pourquoi pleurent les saules, pourquoi les bêtes ont des crocs, mais je ne sais pas pourquoi les hommes font la guerre. La colonne vertébrale est comme un cran d’arrêt dans le canif du corps.

 

Je bois l’eau de la nuit pour me rendre invisible, mais je suis qu’une ombre en chemise de nuit que visent les fusils et que mordent les chiens. Du stress à la détente, le sens du monde change selon qu’on ouvre ou qu’on ferme la main. Les eaux qui passent sous le pont clament leur liberté. Certains jours, le vent s’appuie sur mon épaule. Certains autres, il fait claquer les portes et renverse les chaises. Tels des animaux, les nuages de pluie marquent leur territoire en pissant sur le sol. J’ignore ce que j’écris mais j’en connais la route. La fin commence dès le début. Nous avons tous la mort tatouée sur la peau. Entretemps, un cœur se débat dans notre habit de vie. Quand le soleil se couche, des milliers de grains de beauté tatouent la peau du ciel. J’emprunte à la parole comme la lune sa lumière. Il y a des mots qui se rencontrent et d’autres qui s’évitent, des phrases qui s’attirent et d’autres qui se fuient. Il n’y a pas d’amour entre la chair et le métal. Un monde en ruines se prépare. Aller sur la lune ne soulage en rien la misère du monde. En plus des tsunamis, des tornades, des ouragans, il y a aussi la guerre. Les hommes s’entretuent par drones interposés. Avec ce qui reste, je bâtis sur la page une maison de papier en petits blocs de mots. J’écris le mot haine contre la haine, le mot guerre contre la guerre. Quand j’écris le mot ruche, mon crayon fait son miel dans le zigzag des abeilles. Les syllabes qu’on écrit sont déjà plus qu’un mot. Un mot avec un autre peut devenir un corps, une route, une maison, un homme. Le fruit retourne à sa racine. La pluie remonte vers le ciel. Les métaphores s’affolent dans leur cage en papier.

 

J’avance entre les très beaux jours et les moins beaux, entre l’enfer et le paradis, entre la fleur et le poignard. Les marches qu’on descend sont les mêmes qu’on monte. Les montres sans aiguilles n’arrêtent pas le temps. Le passé simple ne l’est jamais et le présent est imparfait. Le squelette qui nous porte est celui de la mort. Quand l’homme a joué l’homme, il s’est perdu au jeu. Devant l’injustice, la haine, la cruauté, je lâche les mots comme une meute de chiens. Je crie. J’aboie. Je hurle. La vérité suffoque sous une couche de poussière. Entre vivre et mourir, seul l’amour a du sens. On se sent petit entre les arbres. On se sent vide entre les édifices. Je préfère le petit au néant, la luciole au néon, le nécessaire au trop plein. Tant que j’écris, je resterai debout. Je narguerai la mort. On n’invente jamais rien. Tout existe quelque part. Je me soumets aux mots pour défier la loi. Un seul quignon de pain, une fleur qui éclot, un chat qui passe comme un ange, nous invite à la vie.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Antigone

Publié le par la freniere

20 ans             morte

De la main de son propre frère

 

Elle voulait

Adopter les moeurs occidentales

Étudier

Fonder une famille

 

Promise contre son gré

Elle a fui

 

Traquenard familial

 

Il a abattu la jeune femme

Et tout les Sadia du monde

 

 

6 et 9 décembre 2007

Poème composé avec des mots extraits de l’article de Frédéric Dubois paru dans le quotidien wallon L’Avenir.

Les parents viennent d’être condamnés pour  ce meurtre

par la justice belge, en décembre 2011)

 

Béatrice Libert

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0