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Publié le par la freniere

Christian Tortel

Christian Tortel

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Fourre-tout

Publié le par la freniere

Ma bibliothèque est un fourre-tout, une sacoche pleine de larmes, un sac d'écolier, un coffre à crayons, un verre de plastique rempli de stylos à bille, un havresac de marin, une grosse malle de pensionnaire, un baluchon de rêves, une sébile de gueux. Tout se mélange, les belles de jour et les filles de joie, les serviettes avec les torchons, les grenades qu'on mange d'une bouche rougie et les grenades qu'on lance sur les champs de bataille, les feuilles de lotus flottant à la surface de l'eau, les carpes sautillant pour attraper des mouches, les canots d'écorce et les kayaks inuits, les tortues d'eau et les grenouilles assourdissantes, les archipels de Sorel et les îles Mouk-Mouk, le canon de Pachelbel et les canons à neige, les carmélites et les pirates, le camion de Marguerite Duras avec le Grand Canyon, Janis au confluent du sperme et des larmes, la fête des grillons, la messe des cigales, le salaire de la peur et les raisins de la colère. Les goélettes transportant de la poudre vers Sept-Îles croisent des bateaux de papier. Spinoza jase avec Thoreau. Kérouac jazz avec Charles Parker. Les fleurs côtoient les sacs de billes. Au passage des autos sur les routes en laveuse, les ratons laveurs étouffent dans la poussière et les chevreuils toussent. Je me suis fait de soif pour boire le monde dans une goutte. Je me suis fait de faim pour croquer le ciel dans une miette. Chaque jour, un équipage de vivants s'embarque dans la mort. D'autres s'éveillent au chant du coq. J'ai le cœur qui bat ou débat. Chaque matin, le moi déjeune avec les choses, mettant du miel dans son café et du futur dans son assiette. Le soleil brille comme un jaune d’œuf. Le temps rissole entre les transes et les outrances. Je ramasse la vie dans les mégots qui traînent, les pas perdus, les mondes écroulés. J'habille ma parole de lambeaux de poésie, tissant la vérité avec mille pattes de mouche.

Parmi les églises vides du Québec, celle de Saint-Fer est pleine. La sonnerie des cloches annonce encore la naissance et la mort. Je suis certain que tous ces catholiques, s'ils avaient à choisir entre Dieu et la richesse, choisiraient l'argent, quitte à trahir la foi, le monde, la terre entière. Ils disent croire au Christ, mais mettent tous leurs espoirs dans des billets de loterie. C'est faire peu de cas de la vertu de l'espérance. On devrait célébrer des messes plus païennes, comme dans la petite église de Maplegroove, cédée par les Irlandais à la municipalité d'Irlande. On y entend du jazz et des poètes, de la chanson et du folklore, non le prêchi-prêcha bénissant les banquiers et les voleurs de vie. L'âme rouillée des choses n'a pas de souvenirs, ni la tôle des chars ou la fumée des pneus jetés dans le ravin. Chacun acquitte comme il peut le salaire du malheur. Chacun hausse le ton sans avoir rien à dire. Personne n'écoute plus personne. Mon pied titube sur le sol. Je touche du crayon de grandes marges blanches. Malgré le froid, lorsque j'écris, un papillon se pose sur le dos de ma main.  Les phrases prennent corps dans la musculature du verbe, la mastication des lettres, l'appétence des mots. Dans l'assemblage des images et des mots, je vois ce qui n'existe pas. Peu importe, la vie réelle finit par nous forcer la main. Suite à l'ouragan d'hier, il n'y avait plus d'ombre tout autour, qu'un immense trou noir, un grand vent de panique, un immense néant. Plus rien ne séparait le sommet de l'abîme. Tout le ciel a glissé vers le sol. Les quelques instants où le soleil a disparu m'ont semblé plus longues qu'une journée entière. On ne sait où sont passées les bêtes. Il n'y a de cadavres que ceux des arbres et des poteaux téléphoniques. Le vent griffait l'espace à grands coups d'ongles contre le mur du temps. J'ai vu des arbres déracinés, partout des géants terrassés, une maison mobile emportée par l’œil du cyclone, des toits de grange arrachés, le poitrail du sol cravaché par le vent, des loques démembrées de caillasse et de pluie, des cicatrices de terre, une érablière complètement dévastée. La terre est en colère. Il y a dans le vent une force que rien n'arrête.

J'aime les exilés de naissance, les rôdeurs, les manouches, les celles qu'on dit folles, les belles hystériques, les ceusses un peu foldingues, les rêveurs, les sans grade, les sans papiers, les pelleteux de nuages, les ceusses qui crient avec les bêtes, les ceusses qui prient avec les arbres, les ceusses qui font un raffut d'enfer à la porte du ciel, les ceusses qui sortent leurs tripes au lieu d'un billet de banque, les malandrins, les mal à droite, les gauches et les gauchers, les ceusses qui n'ont pas le sérieux de l'emploi, les bardes vagabonds et les idoles nomades, les ceusses qui savent l'ivresse d'un simple verre d'eau fraîche, les bêtes radieuses hantant les marécages, les ceusses des steppes sans fin et des hautes montagnes, les celles engendrant des guerriers en maudissant la guerre, rêvant d'en faire des poètes, des clowns, des paysans, les âmes à fleur de blues, les cœurs à fleur de cœur, les frissons à fleur de peau, les paniques à fleur de peur, les ceusses qui voient avec le cœur et embrassent l'aube sur la bouche. J'ai des abeilles dans les yeux, de la cire dans les oreilles et du pollen sur le cœur. Je mets du miel sur la page, du vin sur la table des matières, un peu de poésie dans l'errance et les muscles. De l'euphorie des corps au sang des vagabonds, du cœur des vivants aux âmes infinies, au-delà du possible, commence l'impensable. J'y reste près du feu, de l'enfance, de l'amour, du clapotis des vagues, du murmure des feuilles, du trajet des étoiles, du vertige de l'être. Chaque matin, une histoire nouvelle peut commencer. Une vie entière se dessine avec ses rêves cassés, ses petits bobos, ses grands malheurs, ses éraflures, ses grosses méchancetés, ses rires d'enfant et ses peines de vieil homme. Il faudra des mots pour éponger tout ça.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Black Label

Publié le par la freniere

Black Label

Nous les gueux…

nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

Léon Gontran-Damas

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La lune

Publié le par la freniere

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Francoise Han

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Francoise Han

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Tristan Cabral

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Tristan Cabral

J'investis mes étoiles dans un ciel toujours vide
et la nuit
je promène sur la mer
mes ongles de cellule

dans une enfance couchée à mort
je marche le long d'une autre vie
et j'ai noué mes poings au vol des cormorans

et les éclats de voix croissent et se multiplient quand la métaphore se fait cri

mon corps est d'un autre âge mon sang d'une autre mer
j'habite les révoltes et les révolutions

Tristan Cabral

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T'as payé

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Parole rouge

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Parole rouge

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Confession d'un malandrin

Publié le par la freniere

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Champêtre

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Les sanguinaires étoilent les faïences de l’aube,

le lait des porcelaines que lapent quelques vaches.

Sur la tôle rouillée des granges ancestrales

le miracle des toits accueille de vieux chats.

Ils mangent du soleil en s’étirant la queue.

Le vent déballe sa valise et les cailloux s’enlisent

dans la boue des ruisseaux.

Des insectes s’immiscent dans le bleu des lavandes,

la rouille des fougères, le vert des bosquets.

Les tulipes se balancent dans le hamac du vent.

Les pissenlits jaunissent les espadrilles blanches,

les bas de pantalon et les doigts des enfants.

Je me contente de peu sur la table du jour,

un quignon de pain sec, un verre à moitié vide,

un cahier d’écolier que je noircis de mots,

un livre de poèmes dont je corne les pages.

On meurt petit à petit dans la flore et la faune,

les roches millénaires, l’humus et du présent

et les os des cadavres qui engraissent les plantes.

Un peloton de nuages pédale dans le ciel.

Mon crayon les imite en vélo d’encre noire.

Je sautille en danseuse dans la course aux voyelles,

le circuit des consonnes.

Dans mes poèmes de campagne,

les arbres se racontent des histoires d’amour.

Les oiseaux piaillent, s’épivardent

et volent de branche en branche en nuée de cédilles.

Il arrive que les bêtes enseignent aux abrutis

et que les arbres nous apprennent à vivre.

J’ai fait toutes mes classes à l’école buissonnière.

J’ai appris mes leçons les rames à la main,

Entre les outils de jardin et les crayons à mine.

Les outardes répandent les nouvelles du monde

avant de nidifier au pays des pingouins,

des maringouins et des dauphins.

La pluie arrose les sillons

et la résine pleure dans les nœuds des écorces.

L’haleine de bière précède la marche des ivrognes.

Le vin porte à la tête et leurs idées titubent.

Même si je bois de l’eau,

je zigzague avec eux un peu par habitude.

Je mouille de verjus le gosier de la soif.

Fuyant les autoroutes, je vais à pied ou à vélo,

en mobylette ou en Vespa quand la chance le permet.

Les escargots s’éveillent avec la rosée.

J’écris volontairement des phrases démodées.

Pillant les dictionnaires avec une langue verte.

je crache sur les pages de mauvais calembours.

Quelques rimes s’immiscent dans la prose des jours,

quelques mots en anglais, en colibri, en yack,

quelques sacres en joualvert.

Quand la nuit parle aux chiens, ils jappent aux étoiles.

Les mots de mes poèmes se font la courte échelle

et sautent à la marelle sans atteindre le ciel.

Jean-Marc La Frenière

 

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