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Été

Publié le par la freniere

On entend le ciel armer ses fusils et les cuivres du soleil martèlent les heures jusqu'au blanc des façades. C'est encore le temps des cerises dans les rires de mémoire quand déjà, gorge dure tendue, la terre craquelle sous la charge d'été. Un plomb incandescent dessèche ses crevasses. Chaque orage sec la plisse davantage. Haletantes, des bouches de soif vident les fontaines. Les portes des granges sont ouvertes, les bêtes en alpages, les mouches abandonnées dans l'air poussiéreux. Aux talus arides s'affaissent le jaune étique des herbes. Les cigales psalmodient au brasier de midi et dans le mûr des blés quelques coquelicots exaltent la récolte. Ici, ailleurs, nulle part, partout, , la vie respire à petits coups, pendue au clou brûlant de la forge estivale.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

On a toujours en tête la place pour une  balle. Le plus souvent, c'est le fusil qui manque.

Publié dans Aphorisme du jour

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Corpusculaire

Publié le par la freniere

Corpusculaire

Publié dans Glanures

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Comme une feuille au vent

Publié le par la freniere

Il y en a qui vivent avec les yeux fermés à clef,

le cœur vidé de ses meubles,

les bras fermés aux autres,

les deux pieds dans les plats.

Mes souliers sont usés à tant chercher la route

et mes poches trouées par les clous des poèmes.

J’avance ligne à ligne au-devant du couchant.

Je n’entends plus qu’à peine les trilles de la vie.

Sa lumière s’amenuise en repliant ses ailes.

Je ne sais déjà plus contourner les tempêtes.

Mes yeux regardent à peine les îles des nuages.

Le jour hésite au ras des arbres.

Chaque seconde travaille à mourir un peu moins.

Si le temps s’arrêtait,

je tomberais de moi comme une feuille au vent.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Temps sec

Publié le par la freniere

Il te brûle le désert

L’éclat de la solitude

Si dur si sec

À quoi ça sert le désert

 

C’est là où retombe

Toute la poussière du monde

 

 Christiane Loubier

 

 

Publié dans Poésie du monde

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Dans le vide

Publié le par la freniere

Dans le vide

 

Il m’avait dit : dans six mois

c’en sera fini de moi

et de mon cancer.

Il voulait que j’aille le voir

dans sa montagne, là-bas.

Il voulait me donner ses livres

avant le grand voyage.

 

Passant par là il y a peu,

j’ai appelé, voulant m’arrêter,

mais ce jour-là, il n’y était pas.

Peut-être l’avait-on conduit à l’hôpital,

Peut-être était-il assommé de médicaments,

ou si occupé à tromper la solitude

en tête-à-tête avec sa bibliothèque

que plus rien ne pouvait l’atteindre...

Comment savoir ? Il m’avait dit aussi

qu’il n’avait plus ni famille

ni amis sur qui compter.

 

Je n’y suis pas retourné. Bêtement,

j’ai laissé passer le temps.

Mais à plusieurs reprises depuis

j’ai tenté de l’appeler, en vain,

la gorge nouée, imaginant là bas

le téléphone qui sonne

dans une maison vide.

Et c’était un peu comme si j’avais,

silencieuse,

la mort au bout du fil.

 

Michel Baglin

 

consulter L'ardent Pays

 

Publié dans Poésie du monde

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Mes vieux os

Publié le par la freniere

Si on ouvrait mon corps

on trouverait des mots,

une chanson de ma mère,

les mains de mes enfants

retenant mes vieux os.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Depuis qu’on laisse aux bombardiers le soin de labourer la terre, les jardiniers sont fossoyeurs.

 

Publié dans Aphorisme du jour

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L'utérus des étoiles

Publié le par la freniere

Nos racines commencent dans l’utérus des étoiles. Elles ramifient dans l’eau jusqu’au caprice du feuillage, jusqu’au poids du parfum, jusqu’aux gestes des mains, de l’abeille au pollen, de la source à la mer, de la poussière au ciel. Les oiseaux sont mes frères, les roches mes cousines, les bêtes mes amis. Je les remercie tous. Les grands bras de la pluie font partie de mon corps. Le soleil est en moi comme je suis en lui. Les herbes qui ont faim alimentent la pluie. La sève respire par les feuilles en hommage au soleil. Les plantes sont d’anciens rochers aux sources planétaires. Un grand fleuve de quartz irrigue la forêt.

Je suis uni à la croissance, à la fécondité, aux morts, à tout ce qui pullule au ventre de la terre. J’apprends à vivre feuille à feuille, d’une racine à l’autre, de la graine à la table, de la vache à l’étable, de la semence au fruit, du fœtus à l’idée. Je vois avec l’oiseau des deux côtés de la tête. Je deviens l’étamine quand je mange du miel. Je parle avec la terre comme un arbre avec l’eau. J’écoute à peine les prophètes de malheur, les banquiers et les prêtres. Je suis comme un enfant qui s’accroche à la lune. Je nomme chaque pierre avec un nom de fleur.

La pierre, la paille, la transparence de l’eau, le mot, la plante, la fraîcheur, chacun veut voir la lumière. Même la taupe dans le noir de sa terre. On ne sépare pas la vie d’avec la mort. On ne sépare pas la nuit d’avec le jour ni le silence des mots. On ne sépare pas l’utérus de la terre de son odeur séminale. Toutes les racines se touchent. Toutes les feuilles qui tombent nourrissent les vivants. On ne sépare pas la fleur de l’abeille ni l’oiseau de son vol. Quand il pleut quelque part, il fait soleil ailleurs. On ne sépare pas le rêve de l’enfance ni l’homme de la femme. On ne sépare pas les yeux en sourires ou en larmes. Le pétale caché alimente la fleur. Chaque fleuve est un arbre à l’envers. La mer prend racines dans les feuilles des sources.

Le loup avance à pas d'homme. Je lui parle à mots de loup. La lune écoute nos pensées. Nos mouvements dans l'espace atteignent l'inconnu. La vie est nue. La vie est simple. Il y a ceux qui jettent. Il y a ceux qui gardent. Il y a ceux qui oublient et ceux qui se souviennent trop bien. Le plus petit fétu me prête sa lumière. Je lui offre ma voix contre un peu d’espérance. Quand j’écoute les oiseaux, j’ai les oreilles d'un arbre, les yeux d'un lac pour dessiner la soif. Sur mon horloge interne, l'aiguille du sang croise l'aiguille du vent. Je compte l'infini sur les aiguilles de pin. Les oiseaux se répondent d'un nid à l'autre, faisant de la forêt une toile de sons, une verte symphonie, une musique végétale. Je respire dans ma tête le parfum des fougères. Je nomme chaque oiseau. Mes lèvres sont des fleurs.

Les voyages vont et viennent. On ne part jamais, on ne fait que revenir. On va toujours plus loin vers le centre du monde. La porte de sortie est la porte d’entrée. Nous palpons les métaux, les rivages, les hanches. La fleur dans la graine appelle déjà l’abeille. Les étoiles dans l’air noir sont un sel de lumière. Je prends les choses par la main, la révolte à la taille. Les jours changés en cendres, j’en fais des nuits de miel. De la cloche du lichen au vol du papillon, du feutre de la neige au murmure des fleurs, le silence varie. Tout parle autour de nous et demande qu’on l’écoute. Qu’un oiseau fasse un nid dans les bras du lierre, c’est tout le mur qui chante.

Le théâtre des feuilles agite ses ficelles, petits mimes sonores avec des yeux de pluie. Le sang du monde palpite dans son arbre de veines. Tout le corps de la terre s’arc-boute au soleil. Assis comme un lotus, j’écris des mots humides sur le bord de l’étang. Les ouaouarons s’agitent et préparent la nuit. Leurs syllabes dans l’eau font des bulles de lumière. À l’école de l’herbe, le vent dessine sur le vert les muscles des racines dans une mère d’argile. Les fourmis tracent dans le sable un chemin planétaire. La rosée tète encore les petits seins des blés. Un petit suisse roux grignote mon crayon. Il est parti cacher les lettres du mot noix dans le creux d’une page, le cœur en améthyste dans un écrin d’écales. J’ai vu tout l’univers dans ses petites mains, une forêt d’amandes dans ses grands yeux noisette.

Des planètes anciennes colorent l’émeraude, allument les pétales. L’aube frileuse au soleil pale du matin, l’aube coureuse de grève dans un hamac d’écume, l’aube fileuse d’étamine prend son bain de rosée. Rien ne meurt vraiment. J’écoute le potier enterré dans l’argile, le jardinier qui monte en graines, la vaisselle, le silence, les breloques ancestrales, les arbres, les chardons qui deviennent charbon, le forgeron qui rouille sur les rails oubliés, l’affûteur de couteaux qui lance des éclairs. Je porte dans mon sang des globules d’ancêtres. Tout un fleuve utérin remonte par les arbres, les artères du bois, les nervures du roc, les capillaires de l’humus. Les os du quartz brillent sous l’épiderme végétal. D’un dernier coup de crayon, j’en dessine le cœur. Ce n’est pas un oiseau qui cherche à voler. Ce n’est pas une fleur qui cherche à éclore. Ce n’est pas un fantôme qui cherche à renaître. C’est comme une ombre chaude au fond de la matière, à peine le phosphore précédant le silex, le pain de l’homme caché dans la farine du monde, un petit poing de neige où brille une braise, un atome d’atome retenant l’explosion.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Dans la langue des chiens

Publié le par la freniere

S’il faut une couleur

à l’encre sur la page

qu’on me traduise en fleur

en caresse en baiser

en jargon de galet

en rime de Cadou,

en vers de Villon

en ver dans la pomme.

 

S’il faut du son

dans mon silence

de l’avoine dans ma tête

du rire dans mes yeux

qu’on me traduise en pleur

en nuage de rêves

en cheval au galop

en murmure de source

en grosse bûche d’érable

ou en fétu de paille.

 

S’il manque une musique

à mes maigres bagages

qu’on me traduise en pluie

en guitare en cigale,

en coffre de jouets

oublié par la vie

qu’on traduise mon bruit

en opus de Bach.

 

S’il faut une basse-cour

à mes coquilles vides

qu’on me parle en oiseau

éclairé par le ciel

qu’on traduise ma voix

dans la langue des chiens

qu’on accroche l’amour

à mes grelots déserts

qu’on me traduise en miel

dans l’espoir des abeilles.

 

Je ne veux pas rose

qui n'aurait pas d'odeur

pas d'épines pas de sang

Je ne veux pas de prose

dans le rire des enfants

Je ne veux pas de pose

dans le sang noir du doute

Je ne veux pas d'un homme

qui n'aurait pas de peine

pas d'épaules pas de cœur

 

Jean-Marc La Frenière

 

mis en musique par Loulou de Villères

 


 

Publié dans Poésie

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