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La Charette de Cathy Garcia

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous voulons simplement

vivre sans maîtres

entre hommes égaux quoique dissemblables

fédérer nos mains

pour de justes récoltes

récompensant de justes peines

 

Abdellatif Laâbi

Publié dans Ils ont dit

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Roses et ronces

Publié le par la freniere

Rosace rosace les roses
roule mon cœur au flanc de la falaise
la plus dure paroi de la vie s’écroule
et du haut des minarets jaillissent
les cris blancs et aigus des sinistrés

du plus rouge au plus noir feu d’artifice
se ferment les plus beaux yeux du monde

rosace les roses les roses et les ronces
et mille et mille épines
dans la main où la perle se pose

une couronne d’épines où l’oiseau se repose
les ailes repliées sur le souvenir d’un nid bien fait

la douceur envolée n’a laissé derrière elle
qu’un long ruban de velours déchiré

rosace rosace les roses
les jours où le feu rampait sous la cendre
pour venir s’éteindre au pied du lit
offrant sa dernière étoile pour une lueur d’amour
le temps de s’étreindre
et la dernière chaleur déjà s’évanouissait
sous nos yeux inutiles

la nuit se raidissait dure jusqu’à l’aube

rosace les roses les roses et les ronces

le cœur bat comme une porte
que plus rien ne retient dans ses gonds
et passent librement tous les malheurs
connus et inconnus
ceux que l’on attendait plus
ceux que l’on avait oubliés reviennent
en paquets de petites aiguilles volantes
un court instant de bonheur égaré
des miettes de pain des oiseaux morts de faim
une fine neige comme un gant pour voiler la main
et le vent le vent fou le vent sans fin balaie
balaie tout sauf une mare de boue
qui toujours est là et nous dévisage

c’est la ruine la ruine à notre image

nous n’avons plus de ressemblance
qu’avec ces galets battus ces racines tordues
fracassées par une armée de vagues qui se ruent
la crête blanche et l’écume aux lèvres

rosace les ronces !

rosace les roses les roses et les ronces
les rouges et les noires les roses les roses
les roseaux les rameaux les ronces
les rameaux les roseaux les roses
sous les manteaux sous les marteaux sous les barreaux
l’eau bleue l’eau morte l’aurore et le sang des garrots


rosace les roses les roses et les ronces
et cent mille épines !

roule mon cœur dans la poussière de minerai
l’étain le cuivre l’acier l’amiante le mica
petits yeux de mica de l’amante d’acier trempé
jusqu’à l’os
petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée

de lame de fond et de larmes de feu
pour un simple regard humain trop humain

rosace les roses les roses et les ronces
il y avait sur cette terre tant de choses fragiles
tant de choses qu’il ne faillait pas briser
pour y croire et pour y boire
fontaine aussi pure aussi claire que l’eau
fontaine maintenant si noire que l’eau est absente

rosace les ronces
ce printemps de glace dans les artères
ce printemps n’en est pas un
et quelle couleur aura donc le court visage de l’été ?


Roland Giguère (1954)

Publié dans Poésie du monde

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

À ceux qui restent

 

Je mourrai demain, dans une semaine, dans un an, très vieille,

Je mourrai de peur, d’une maladie ancienne, d'un accident

Dans un hospice ou dans un parc

En plein centre-ville, en regardant mes arrières petits-enfants grimper sur les cordes raides

Les regarder se balancer, le sourire dans les yeux et se lancer des blagues

Je mourrai un matin, en plein midi ou à minuit,

Dans un sommeil de chair qui ne m’appartiendra plus, tellement j’aurai vécu

Je mourrai

mais pas parce que je l’aurai voulu

 

Je mourrai loin de mon pays, en voyage tout inclus, au soleil

Le clair de lune dans mon paysage et la nuit noire dans mes vagues

Je mourrai dans mon petit 4 et demi, allongée sur mon divan,

Avec ma série fétiche et des popcorn au beurre

Je mourrai parce que le beurre aura bouché mes artères,

Et que la solitude m’aura fait peur

Je mourrai assise sur un banc de brasserie à boire mon dernier porto

Ou en fumant une cigarette à neuf mètres de ma maison

Je mourrai

Mais pas de mes propres mains

Je mourrai après mes histoires d'amour et les envers
Après les voyages au Portugal et les soupers tardifs
Après les feux au chalet et la pêche à la mouche
Après les diplômes de mon enfant et les dindes du jour de l'an
Après les couleurs, après la gaieté et en jouant à la fée des dents
Je mourrai
Mais pas par désespoir

 

Je mourrai avec mes peines, mes échecs, mes déboires

Je mourrai seule, affrontant l’adversité malgré ma misère

Enfouie sous un mètre de honte, je mourrai sans avoir accompli mes rêves,

Nue sous une marée de regards

Me jugeant, tentant de me faire perdre la foi

Ils me tueront goutte à goutte à cause de mon orgueil

Je mourrai

Mais pas de mes propres mains

Je te le jure

 

Je mourrai dans ses bras, forts et vigoureux

Quand j’aurai fait un homme de lui, de ses grands yeux bruns et doux

Quand une femme l’aimera, que ses enfants l’admireront

Je mourrai en laissant, une parcelle de moi

Dans ses gestes et dans sa voix

Je mourrai en silence, sans reproches et sans conseils,

Je serai très faible, une enfant ridée que l’on doit endormir

Je mourrai bientôt ou très tard

Mais pas de mes propres mains

C’est ma promesse

Ma seule victoire sur ta mort

 

Naomi Fontaine

 

Pour tous ceux qui ont perdu un être proche à cause du suicide

 

Publié dans Paroles indiennes

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Avant même la parole, les cris portaient déjà le poids des dictionnaires.

Publié dans Aphorisme du jour

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Cohen en français

Publié le par la freniere

Enregistré à Paris en 1976 par Leonard intégrant des vers de Vivre Tout Seul, une traduction française  du chanteur Serge Lama en 1971. 

Je veux vivre tout seul,
Libre comme un oiseau sur son fil
Sans femme, sans famille, et sans amis.
Je veux vivre, tout seul,
Libre comme un poète en exil ,
Sans visa, sans papiers et sans pays.

J'en ai marre
De toujours faire le beau,
De sourire quand j'ai mal dans mon cœur.
J'en ai marre
Je veux monter plus haut,
A l'abri des chiens et des chasseurs.



[Anglais]

Certain soir,
Je trouve sur ta peau
Quelque chose qui ressemble au bonheur.
Mais hélas,
Tu t'endors aussitôt.
Le matin tu te lèves à 8 heures.

[Anglais]

Version originale:

I want to live all alone
Free like a bird on the wire
Without wife, family or friends
I want to live all alone
Free like a poet in exile
Without visa, without papers, without country
I'm tired
of begging every day,
Of smiling when I am sick at heart
I'm tired
I want to go up higher
With the shelter of the dogs and hunters
Some evenings
I find on your skin
Something that looks like happiness
But alas, you are asleep immediately
In the morning you wake at 8

Publié dans Poésie à écouter

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

On aime bien cultiver l'illusion et s'en faire une peau.

Publié dans Aphorisme du jour

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L'empan

Publié le par la freniere

Même si mes mains sont devenues blanches,
je n’ai pas oublié les ongles en deuil
ni les crevasses que souligne
l’encre indélébile du cambouis.
Je sais des mains calleuses
qui même au repos, la journée faite,
rechignent à s’ouvrir tout à fait,
comme le paysan à se redresser.
Je sais des mains adroites devenant gauches
une fois l’outil posé ;
des mains de femmes
rongées par les acides de l’usine
et d’autres à la peau flétrie
par les lessives et l’engelure.
Je sais des mains outragées,
mains de maçon brûlées de chaux,
écorchées aux pierres,
criblées d’échardes,
ou les moignons des doigts offerts
à la toupie des menuisiers.
Et je revois le poing rageur
du vieil Espagnol de l’exil
qui soudain posait la gouge pour désigner
de son index amputé un horizon perdu
là bas, au bout des larmes et des fusils.
Alors que les miennes sont devenues blanches,
Est-ce donc misérabilisme que d’évoquer
la mémoire des mains ouvrières,
leur intelligence, leur savoir faire,

leur fierté et le tribut qu’elles paient ?
J’en sais de causeuses qui par pudeur,
se tordent pour mieux se taire,
qu’un tremblement parfois trahit.
J’en sais au bord de l’émotion qui se retiennent,
esquissent à leur insu
le mime du trouble ou de l’envol,
mais qui replient leurs ailes trop lyriques,
mais qui retombent sur des genoux mutiques,
vaincues par on ne sait quelle obligation de réserve,
quelle modestie.
J’en sais surtout qui par poignées renouent
les fils des vieilles solidarités,
des mains rebelles et transgressives
quand elles sortent de leur rôle,
quand elles prennent et tiennent et donnent la parole,
et qu’elles font signes.
Oui, j’en connais qui cherchent,
même dans le vide, même à tâtons,
paumes ouvertes,
une forme à l’avenir.
Si nul ne sait ce qu’elles façonneront,
nul ne doute qu’elles sont l’empan
de l’homme debout,
ni qu’elles donnent la mesure
de l’être industrieux
conscient de tenir, avec sa liberté,
entre le pouce et l’index,
le cousu main de son destin.


 

Michel Baglin

 

Publié dans Poésie du monde

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Un peu de météo

Publié le par la freniere

La fonte des neiges a rouvert le sentier avec tout au bout la vieille cabane à sucre, l'appentis délabré usé par la pluie des années, ses planches vermoulues qu'habitent les fourmis, ses bêtes invisibles aussi réelles qu'un fantôme dans la tête d'un enfant, ses courses d'écureuils, de gnomes et de souris, ses dindons sauvages pavanant comme des clowns ou des fous de village. Ce bâtiment ressemble à un moulin à vent, mêlant ses crissements de poulie aux croassements noirs des corbeaux. Sa beauté aimante les peurs qui nous hantent. Le Grand Meaulnes n'est pas loin, Bozo sur son radeau, les semenciers qui marchent, Golum et le Hobbit. Le sang coule dans l'homme et la sève dans l'arbre. Il pleut depuis deux semaines. Les rivières débordent. Les rives se débondent et l'eau mange les rues. Chassés de leur maison, les hommes vivent en bandes. Ceux qui travaillent dans les érablières n'en peuvent plus. Ils ne désentaillent plus en raquettes, mais en bottes à vache, pleines de bouette, de sloche et de gadoue. Chacun de leur pied pèse une tonne. La neige a fondue trop lentement. Les galeries penchent vers l'avant. Les vieilles granges s'écroulent. Libérés de l'école, les enfants s'encanaillent. Je me souviens qu'à mon enfance, au temps de la débâcle, nous allions parfois à l'épicerie en chaloupe verchères. Nous rêvions de radeaux et de bateaux de pirates. C'était avant qu'on fasse sauter les embâcles à la dynamite. Ça grondait ferme à l'île Gohier, à la jonction du Richelieu et de la petite rivière Montréal. L'une se rendait au Lac Champlain et l'autre se jetait dans le Saint-Laurent. Ici, le niveau d'eau du lac est stable. Il n'a pas vraiment baissé depuis deux ans. Les petites plages autour du lac ont presque toutes disparues, pour le plaisir des pollueurs en bateau et l'ennui des enfants et des pêcheurs de rive. Il faut être pieds nus pour atteindre les quais. Bientôt, on ne verra plus le lac. On construit des condos qu'on ne réussit pas à vendre. Il faut bien que les crosseurs de la construction s'engraissent sur le dos des travailleurs sans carte. Ils font élire les maires pour changer les règlements de zonage. Tout se décide à coups d'enveloppes brunes ou d'ignorance crasse. Les béni-oui-oui élisent l'un des leurs. Les petits coqs de village sont fiers d'être les valets du capital. Ils baisent la piasse, remplacent les bords du lac par de futurs taudis, la cime des montagnes par des éoliennes géantes, les parcs à chevreuil par des cimetières d'autos. Des milliers de skidoos dénaturent la forêt. Les quads voyagent en bandes et font fuir les bêtes. Devant tant de bêtise, il arrive qu'un caribou s'énerve, qu'un ours attaque l'homme. De tout temps, les oiseaux ont chié sur les statues. C'est un grand malheur d'être intelligent dans un village de province dirigé par les radios-poubelles. Les rêveurs doivent marcher sur la pointe des pieds. Dans les palabes des écrans, les fausses nouvelles et les nids de poule, il faut parfois crier pour se sentir en vie.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Gibier farouche

Publié le par la freniere

Autre Chant-song d'André Duchesne sur un texte de Michel X Côté

Publié dans Poésie à écouter

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