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Depuis

Publié le par la freniere

Depuis qu'il ne parlait plus
il regardait le monde
longuement le regarder

Lorsqu'il perdit l'usage de ses yeux
il se contenta de l'écouter
longuement l'écouter

Lorsqu'il perdit l'usage de son ouïe
il se contenta de le caresser
longuement le caresser

Puis il perdit l'usage de ses mains
alors il se contenta de l'humer de toutes ses narines
longuement le humer

Il arrivât qu'il perdit même le sens de l'odorat
il se contenta d'avancer ses lèvres pour le goûter
longuement le goûter

Désormais il était tout entier dans ces lèvres
qui embrassaient les pierres



4 janvier 2017
En passant par la station Lozère,
devant la Maison de Charles Péguy.

 

Gérard Larnac

Publié dans Poésie du monde

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Buffy Sainte-Marie et Joni Mitchell

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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En mémoire de mon loup

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Gérard Bloncourt 2

Publié le par la freniere

Il a connu André Breton, Aimé Césaire, Georges Brassens, Pablo Picasso, le peintre cubain Wifredo Lam, le révolutionnaire vietnamien Ho Chi Minh, les écrivains haïtiens Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis et René Depestre, et bien d’autres personnes encore, des anonymes dont il garde des souvenirs encore vifs.
A 89 ans, Gérald Bloncourt a encore une poigne de fer quand il vous serre chaleureusement la main, l’œil aiguisé, le sourire aux lèvres, et une excellente mémoire. Devant un café dans son appartement parisien proche du Faubourg Saint-Antoine, il rappelle ses années de jeunesse. Le peintre haïtien est né en 1926 à Bainet (Haïti), d’une mère française et d’un père guadeloupéen, venus tenter l’aventure dans la seule île indépendante des Caraïbes à cette époque. Il passe toute son enfance à Jacmel dans le sud d’Haïti et son adolescence dans la capitale Port-au-Prince.

"Autodidacte"

« J’ai été engagé très jeune politiquement », confie-t-il. « Pour cela j’ai d’ailleurs été viré du séminaire collège où j’étudiais. Puis j’ai rejoint la classe ouvrière, tout en continuant à peindre. Je suis autodidacte. » En 1944, Gérald Bloncourt participe à la fondation du Centre d’art haïtien à Port-au-Prince, qui marque l’entrée et la reconnaissance de la peinture haïtienne sur la scène internationale. Deux ans plus tard, il devient l’un des principaux dirigeants des journées dites des « Cinq Glorieuses », avec les écrivains Jacques Stephen Alexis et René Depestre.

Ces journées de contestation révolutionnaire entraînent le renversement du gouvernement Lescot en janvier 1946. Mais une junte militaire lui succède. « J’ai alors été arrêté à plusieurs reprises puis finalement expulsé d’Haïti », précise Gérald Bloncourt. « Interdit de transit sur le territoire des Etats-Unis où j’étais considéré comme terroriste, je me suis retrouvé dans la République dominicaine du dictateur Trujillo, où j’ai été aussi arrêté. Puis grâce à André Breton et l’écrivain français Pierre Mabille (alors conseiller culturel de l'ambassade de France à Port-au-Prince, ndlr) j’ai pu prendre un bateau pour Fort-de-France. »

Après quelques mois passés en Martinique, Gérald Bloncourt s’installe à Paris où il poursuit ses activités artistiques. Egalement passionné de photographie, il se lance dans le photojournalisme en 1948, d’abord comme responsable du service photo du quotidien communiste l’Humanité, puis comme reporter indépendant avec d’autres grands journaux de la place comme Le Nouvel Observateur, L’Express, Le Nouvel Économiste et Témoignage Chrétien, entre autres. Il couvrira de nombreux conflits sociaux et internationaux, comme la Révolution des Œillets au Portugal et la guerre du Front Polisario contre le Maroc au Sahara occidental.

Gérald Bloncourt continue de s’adonner à la peinture, sa passion. « C’est un besoin. Je peins depuis que je suis gamin. C’est ma façon de m’exprimer et de communiquer ». Ses œuvres (tableaux, dessins, gravures) sont principalement exposées en France, en Haïti et aux Etats-Unis. Il publiera également de nombreux ouvrages, des récits, essais, poésies et des albums de ses photographies (plus de détails sur le blog de Gérald Bloncourt ici), tout en militant activement sur le plan politique, notamment contre la dictature des Duvalier. Après la chute de « Baby Doc » en 1986, Gérald Bloncourt se rendra en Haïti, après quarante ans d’absence.

Un pays auquel il reste viscéralement attaché. « Ma culture est haïtienne, ma vie, mes racines sont haïtiennes. C’est Haïti qui m’a tout donné et où j’ai tout appris. C’est un pays très abîmé à cause des dictatures qui se sont succédé mais c’est un pays fabuleux. Haïti c’est quand même la première révolution victorieuse d’esclaves et d’affranchis, ce n’est pas rien. C’est un peuple magnifique. Un peuple de créateurs dans un creuset culturel. » Cependant Gérald Bloncourt avoue ne pas souhaiter visiter son pays natal actuellement. « Tout ce que j’ai connu a été détruit durant le séisme. Tout est encore par terre. Je n’ai plus le courage de voir ça. Et puis je ne peux pas supporter d’être invité à des réceptions pour boire du champagne alors que le peuple crève », déplore-t-il.

Philippe Triay

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Une fleur de garage

Publié le par la freniere

Les événements futurs, ils existent déjà. Ils murmurent derrière la porte. Ils frappent pour entrer. Ils se répandent derrière le passé. On les voit sans les voir. Ils fuient comme des coquerelles quand on éclaire la pièce. Ils trébuchent sur les meubles. Ils palpitent dans les cosses des pois, les artères du cœur. Ils sont là dehors. Ils envahissent les rues, les fondations, les toits. Ils passent entre les bancs et s’accrochent aux tuyaux des égouts. On ne distingue plus le masque du visage, le paysage de l’image, le sourire du bâillon, la fine fleur du mauvais miel. Une fleur de garage côtoie une soupape de jardin. Tous les morceaux du temps s’agrippent à l’espérance.

La flamme attire l’ombre. Elle s’y jette et brûle sa lumière dans un dernier éclat. Les murs font partie de l’homme sauf pour les enfants. Ils tiennent la porte ouverte et brisent les fenêtres. Les oiseaux font partie de leurs mains, la mer de leurs pas, le ciel de leurs jeux. Il ne faut pas que leurs rêves se transforment en poussière, que l’escalier du cœur se mue en précipice. Quand l’agenda est plein, l’avenir se courbe sous le poids. Chaque loi qu’on impose, chaque idée reçue, chaque forme dictée par la mode, chaque vérité qu’on proclame, le numéro qu’on porte et l’encre sur un chèque menottent le hasard. Chaque guru, chaque chef, chaque Dieu retardent le bonheur. Le temps ne change pas mais l’espace l’ignore qui n’a pas de frontières. Il arrive que les couleurs du jour se perdent dans le noir, que les trompettes s’éteignent dans un bruit de klaxon. Les visages derrière la vitre, pour peu qu’on s’en souvienne, laisse des traces de buée comme des fantômes buvant de l’ombre. Le silence des oiseaux fait un vacarme d’ailes. J’entends marcher derrière le mur. Ce sont mes propres pas qui précèdent les miens. Une clôture de questions se dresse devant moi. Ses barbelés m’arrachent les neurones. Les mots se jettent sur les gueules du vide. Ceux qui croient faire tourner le monde n’en sont que les toupies.

Sur le piano des routes, mes pas poussent des poids sonores. J’avance à l’oreille dans la cohue du monde. Le costume du temps se coud à notre insu. Le jardin se recouvre de neige. Les pas ont tant de routes. Les mains ont tant de gestes. Je ne trouve plus les mots. J’écris sur une seule ligne d’horizon comme une main qui suit la rampe. Les points ne sont que des silences chantournant la musique. Le vent qui ranime les flammes est le même qui les éteint. Je racle comme une drague l’humus des images, l’abîme entre les jours, la faille entre les hommes. Il ne faut pas désespérer. La canne blanche d’Homère lui servait de crayon. La mort n’est qu’une tache de naissance sur le biceps de l’infini, une petite vague dans le sillage cosmique.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Je n'ai pas besoin d'argent

Publié le par la freniere

Je n'ai pas besoin d'argent.
J'ai besoin de sentiments,
de mots, de mots choisis avec soin,
de fleurs comme des pensées,
de roses comme des présences,
de rêves perchés dans les arbres,
de chansons qui fassent danser les statues,
d'étoiles qui murmurent à l'oreille des amants.
J'ai besoin de poésie,
cette magie qui allège le poids des mots,
qui réveille les émotions et donne des couleurs nouvelles.

Alda Merini

Publié dans Poésie du monde

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Ne parle pas aux soleils gris

Publié le par la freniere

Ne parle pas d’amour
aux oiseaux des murs

Tiens-toi tranquille
ne dérange pas l’horizon du silence

Sois secret comme l’île
peuplée de totems et de lances

Retiens ce qu’il reste de nuit
sous tes paupières

En cas de détresse danse
danse danse

Jusqu’à ce que Mère Terre
écoute ta blessure

Danse jusqu’à ce que tes dents
blanches rient

Mais ne parle pas d’avenir infini
aux soleils gris
aux lunes de tristesse et d’errance.

 

André Laude

Publié dans André Laude

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La chanson de Roland

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Une poétesse répond à Rambo

Publié le par la freniere

Salut Bernard,

Je viens de regarder attentivement ton entrevue à Tout le monde en parle. Aussi attentivement que j’ai pu regarder tes passages à la Commission Charbonneau. Tu le sais, ça fait longtemps que je m’intéresse à ton travail, à la façon dont tu prends parole pour les travailleurs de la Côte-Nord.

Avant d’aller plus loin, je tiens à te parler des femmes de chez nous. De celles qui aiment jaser de « linge pis de leurs patentes ». Je les connais bien, elles sont mes tantes, mes cousines, ma mère… Et elles tiennent la maison debout. As-tu oublié comment ça marche une famille, sur la Côte-Nord, quand l’homme fait du 40 / 10 ? Honnêtement… Tu le sais comme moi que c’est la femme qui administre. Que c’est elle qui se retrouve avec la charge d’organisation quotidienne que demande une famille. C’est elle qui reste, c’est elle qui éduque, c’est elle qui calcule pis qui poste ben souvent les chèques pour payer les « tarmes », c’est elle qui sait ce qui est bon pour ses enfants, c’est elle qui voit à ce qu’ils manquent de rien chaque jour, c’est elle qui surveille, s’inquiète pis qui mets ses culottes ben souvent. En plus de laver celles des autres. Si tu veux jaser de linge, ça va être à ce niveau-là.

Je comprends que c’était une joke. Mes mononcs en disent des pires plusieurs fois par jour, l’affaire c’est que mes mononcs ne se présentent pas comme député de Duplessis aux prochaines élections. Tu le sais comme moi : tu vas passer, Bernard. On le sait tout le monde que tu vas être élu. Alors je me permets, à titre de citoyenne originaire de la Côte-Nord, de t’exposer mon point de vue qui, je l’espère, sera considéré plus sérieusement qu’un conseil sur des marques de brassières.

Tu as dit, ce soir, vouloir aider la relève de chez nous. Je ne sais pas si ça a été coupé au montage, mais je n’ai pas pu déceler la façon dont tu prévoyais aider cette relève. Je n’ai pas de recette miracle à t’exposer, seulement quelques observations.

Tu trouves-tu ça normal, Bernard, que les hommes de chez-nous travaillent sur la construction de père en fils depuis des générations ? Ça paraît ben, dit de même, ça fait noble… Mais tu penses pas que ça peut être la source du problème ?

Mettons… Parlons de nos enfants. De ceux qui restent et qui resteront peut-être encore à Sept-Îles, Godbout, Rivière-au-tonnerre, Port-Cartier, Havre-Saint-Pierre, mais aussi Baie-Comeau, Betsiamites, Ragueneau, Longue-Rive, Forestville… dans vingt ans. On investit comment dans leur avenir, Bernard ? En envoyant papa faire ses heures pour son chômage c’t’année ? Ça met du pain sur la table une couple de mois, je peux pas te contredire là-dessus, mais à long terme, ça change quoi ? Quand l’école compte trente élèves pis qu’on s’intéresse à rien de plus que ce qui passe à TV ou de c’est quoi la meilleure marque de froque de ski-doo ? Quand on n’a pas de programme culturel pour nos jeunes, quand y’ont jamais vu un noir de leur vie pis qu’y chient dans leurs shorts juste à penser au métro de Montréal… Quand on a un paysage magnifique qui se meurt parce qu’on n’a pas appris que c’était important d’y faire attention ou qu’on refuse simplement d’en faire un attrait touristique parce qu’on a peur des étrangers. Ceux qui immigrent mais aussi les autres : les snobs de la ville qui ont aucune idée de comment ça se passe pour vrai icitte.

Qu’est-ce que ça change, à long terme, que Papa travaille au printemps ? Rien, Bernard. Rien. Les p’tits Kevin, Billy, Derek pis Jordan ils vont faire comme leur père dans vingt ans, parce que c’est ce qu’on leur aura toujours montré : faire son temps en espérant de pas se faire day-offer trop de bonne heure, pour être bon pour avoir son chômage.

Et si la solution était dans l’ouverture, dans la culture, dans la connaissance ? Et si c’était pour nos écoles qu’il fallait que tu gueules fort à l’assemblée nationale ? Si on éduquait nos flots, sacrament ! Ils feraient peut-être mieux que nous autres, plus tard ? Ils auraient peut-être des nouvelles idées, développeraient peut-être des compagnies ? Ils verraient peut-être que ceux d’ailleurs viennent pas les voler, mais que ce sont peut-être des gens avec qui ils pourront éventuellement échanger et même, faire affaire ?

Moi aussi j’t’année de me faire fourrer par en arrière, Bernard. Quand on sait que la Romaine sera jamais rentable, mais qu’on a convaincu ma région qu’elle était nécessaire pour créer des emplois, ses emplois; les seuls emplois qu’on occupe de père en fils, depuis des générations… Je me dis qu’il serait temps que « les miens » se prennent en mains pour faire partie de la solution.

 

Érika Soucy

Publié dans Glanures

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Le veilleur de silence

Publié le par la freniere

Je connais des pays qui s’endorment debout
D’étranges femmes seules y passent les mystères
J’y ai longtemps vécu de lentes agonies
Et je veillais les morts avec des armes blanches

Je connais des pays qui s’endorment debout
Où des aveugles marchent vers de fausses fontaines
Souvent des étudiants jouent à tirer au sort
Celui qui ira seul se brûler sur les places

Je connais des pays qui s’enterrent en silence
Les yeux éteints des loups y laissent des échardes
Et des villes sont rangées au plus profond des fleuves

Des visages s’y heurtent dans mon dernier visage
Et de grands enfants tristes plus vieux que le malheur
Brûlent avant de mourir leurs vêtements d’hiver…

Praha,
Janvier 1969
Après le suicide par le feu
de Jan Palach

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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