Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Si notre cœur était assez large
pour aimer la vie dans son détail
nous verrions que tous les instants
sont à la fois donateurs et spoliateurs
et qu'une nouveauté jeune ou tragique
toujours soudaine
ne cesse d'illustrer
la discontinuité essentielle du temps

 

Gaston Bachelard

 

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Catherine Ringer: Les Bohémiens

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Gitane

Publié le par la freniere

Elle n'est pas contre le fait qu'on la photographie. Elle est belle et n'a rien à prouver ni rien à perdre, pas même son naturel.

 

Elle veut bien poser un peu, là, comme on l'a surprise, l'enfant tétant son sein dans les rues de Sacro-Monte, le visage ouvert à l'avenir.

 

Elle admet être un emblème. Le temps d'un cliché. La tête haute et le regard fier, mais une ride au front pour le jeu ou l'ironie.

 

Elle n'est pas dupe, elle accepte d'être souveraine. Pour tous les siens derrière elle, leurs vies levées dans les voiles du vent, leurs peaux qui s'écorchent aux barbelés parfois.

 

Un arrière-plan de sourires la porte. Celui des femmes surtout, leurs braises ardentes, qu'elle célèbre. En rayonnant.

 

Michel Baglin               

 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Je me souviens de ce temps, enfant, quand les mots manquaient aux choses, lorsque les bruissements de syllabes n'avaient pas encore fait pour moi leur travail de recouvrement, n'avaient pas encore su nommer ce qui au fond, dans l'abîme intérieur, essayait de briller ... Le point zéro de l'illumination fut une nuit du mois d'août, sur une minuscule route de la Montagne Noire. Nous étions une vingtaine d'enfants et trois moniteurs que la Voie lactée guidait vers ce théâtre du ciel où le soleil allait se donner en spectacle ...

 

Comment dire l'ambiguïté de ce bonheur innommable? Ce creusement vertigineux que la nuit, les odeurs de pignes et de fougères installèrent en moi comme un double insaisissable avec lequel - je le pressentais déjà - j'allais devoir dialoguer et composer. Mais composer quoi et comment? Je découvris, cette nuit-là, la partie occulte de l'ivresse que procure l'expérience du réel absolu: la grande solitude, ce désert où manque le poème qui seul peut approcher l'indicible et, parfois, le faire partager. J'étais heureux, mais triste de tant de bonheur solitaire; et ce vide qui était aussi un trop-plein me nouait la gorge et m'étouffait. Je voulais offrir, mais j'ignorais le geste de donner.

 

Jean-Luc Aribaud

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Poids

Publié le par la freniere

à force d'années le corps
de plus en plus lourd à sortir le matin
et à rentrer le soir

 

un sac d'os et de viande
obscurs

 

pas de jachère du temps pas d'interstice
pour les questions elles viennent la nuit
quand on ne dort pas

 

heure à heure haler le jour
à salaire inchangé

on dit fatigue usure
comme si c'était le plat du jour
ou météo passagère

 

en fait ça s'érode et se grippe
peu à peu
s'encrasse

 

les yeux se creusent

baisser la tête
la rentrer dans les épaules

 

feu muré

 

mais aucune raison de dire
oui

 

Antoine Emaz

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Nourrir l'alphabet

Publié le par la freniere

Entre ses larmes et ses menstrues, beaucoup de sang, beaucoup de cris, très peu de sens, la vie est là, féroce et forcenée. À chaque fois que je veux croire en l’homme, une bombe saute quelque part, une femme se fait violer, un enfant de huit ans travaille dans une mine. À chaque fois que je veux croire en Dieu, un pape ou un ayatollah exige des martyrs. Je ne sais pas. Je sais si mal. Il est plus difficile de parler d’amour que de vendre des armes. À la merci des frères des écoles chrétiennes, le trou de mon éducation ne fut qu’un marécage. J’ai appris à la dure ce qu’il fallait d’espoir. La vie est pure et sale. Je façonne son corps avec des mains mentales, du pubis à la nuque. Parmi les tonnes d’orties, une fleur me suffit, une petite fleur des champs. J’effleure à peine du doigt le global cosmique. Ce que je n’atteins pas me pousse vers le haut. Sur la page encore blanche, je hurle avec les loups. Je grimpe la montagne. Je traverse la nuit, les déserts, les toundras, les banquises. Je pénètre la pierre. J’embrasse le soleil. Je stridule comme un insecte d’encre. J’entrevois l’invisible dans les bulles pures du rêve.

        

Je vais au bois comme d’autres au concert. J’ai les oreilles d’un goupil. Je lis dans les ruisseaux comme d’autres Lafontaine. Je regarde les bêtes comme d’autres font la belle. Les animaux s’occupent à vivre. Les hommes s’occupent à tout mais si peu de la vie. J’aime le vent à la hauteur du sol, quand il réveille les insectes et brouille les broussailles, l’odeur des objets pauvres, la couleur des nuages, la neige qui se transforme en eau. Je me retire derrière mes yeux, toujours en quête de lumière. Avec le temps, je vois moins loin, mais plus profond. Le monde est pollué. Je confonds souvent le mot flic avec le mot fric. Avec raison d’ailleurs, le premier protège le second. Il ne sert plus qu’à ça, quitte à matraquer ses propres enfants s’ils défendent leur peau contre les banques, les finances, les marchandages. La paix cosmique s’accorde mal aux magouilles du pouvoir. Elle a besoin de calme, de simplicité, de candeur, de la grandeur des petites choses, de la hauteur des herbes. Elle a besoin de nains beaucoup plus que de grands hommes. Pour sauver la planète, un arbre, une rivière, un lac, il faut la volonté d’être humble, non l’ambition d’être riche.

        

Impoli avec les brutes, les vendeurs, les pédants, je suis courtois avec les bêtes. Si j’entends le silence comme un Blanc, j’écoute le jazz comme un Noir. Je suis un nègre blanc d’Amérique, un canuck, un cajun, un Acadien d’icitte. La mort d’un oiseau m’attriste. La faillite d’un trust me rend gai. Entre les faiseux de rêves et les casseurs de monde, j’ai choisi les premiers. L’âme de l’Amérique se calcule en dollars. Son église est la banque. Son véritable Dieu est une arme rapide, un chapelet de balles. Qui annoncera la damnation de l’argent dans les bureaux d’embauche ? On cache des ordures sous un tapis de roses. Je suis fleur bleu, peut-être, mais jamais un battant qui écrase les autres pour se grimper d’un cran. Grimper où ? Grimper quoi ? L’échelle sociale est un leurre, un miroir aux alouettes qui se plument elles-mêmes. La grenouille qui fait le bœuf, c’est l’équilibre qu’elle détruit. Lorsque son ventre explose, il éclabousse chacun. J’ai sauté dans le vide et j’ai lâché le fil. Dans chacun de mes rêves, il m’arrive de voler. Chaque arbre est solidaire de l’autre, chaque doigt de la main, chaque muscle du corps.

        

Un robineux grelotte contre le mur. Il se ramasse en petit change dans la poche de l’air et disparaît de plus en plus dans le regard des autres. Quand la neige a de la peine, les dégouttières pleurent. Dans ma tête d’enfant, une grosse lune se mouche dans les nuages avant d’éternuer sur mon cahier. La seule façon d’être intelligent est d’être vraie. J’écris des mots qui vivent l’un pour l’autre, qui se lisent l’un dans l’autre, qui s’écrivent l’un par l’autre. Il faut nourrir l’alphabet avec du vrai pain, la nourriture de tous, l’amour avec des gestes, la guerre avec la paix. Je ne loue qu’une page à la fois dans la maison des mots, une chambre sans lit qu’une phrase bancale, des fragments d’idées. À défaut d’un sourire, je salue le soleil d’un mot, d’une virgule d’encre. J’ouvre les parenthèses à défaut d’une porte. J’y croise quelque fois mon ignorance en pleurs, mes angoisses d’enfant. Le bruit d’une allumette rallume la musique. Elle s’envole en fumée du fourneau de ma pipe. Elle fait des o, des a, des lettres qui s’étirent en phrases, en paragraphes, en pages. Sur le point de s’éteindre, elle brûle quelque fois le tympan d’une oreille et réchauffe le cœur.

        

Il n’est plus permis d’être vieux. Trop de faux jeunes encombrent l’horizon. De souvenirs d’enfance en craquements de vie, je me lève chaque matin dans la métamorphose. Avec les mots du jour, je bricole un oiseau. Il s’envole aussitôt que l’air fait vibrer une corde vocale. Nous tâtonnons de la terreur à la nécessité, de l’erreur à la forme. La première planète persiste dans nos gênes comme nous vivons en elle. Que boivent les outardes dans leur grand vol en v ? Que voient les vers de terre, les taupes, les fourmis ? Que rêvent les racines si ce n’est d’un bourgeon, d’une fleur, d’un fruit ? À subir sans but trouverons-nous la voie, entendrons-nous les mots ? Il n’y a pas que l’homme qui souffre de la guerre, tout l’univers saigne. Chaque plante, chaque pierre, chaque bête est un peu de chacun. Sondant la pauvreté, traversant le désert, j’en sécrète la vie. Une seule goutte suffit pour qu’une pierre soit fontaine, que chaque oiseau s’envole.

 

Je souffle sur la braise. J’entretiens le feu dans une cabane de neige, assez pour réchauffer sans que fondent les murs. Il y a dans l’équilibre le léger et le lourd, la rive qu’on atteint et l’eau que l’on traverse, la chair du silence sous le scalpel des mots, le sperme qui s’écoule et l’ovule qui boit. Un enfant sur ses jambes d’allumettes rallume le fagot, la broussaille des routes, le bois sec des pas. C’est comme un feu de joie assoiffé d’oxygène.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

 

Repliés sur l’argent, les hommes se mettent en portefeuille et finissent en petit change. De sou noir en sou noir, ils se dissolvent dans la vente.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Certes, quand on voit une assemblée de poètes, c’est toujours un mauvais moment à passer. On peut évidemment vénérer le miracle, le détour par lequel tant de rabougris, de prognathes, d’égoïstes, de barbus, de podagres, de rentiers, d’asthmatiques, de pédérastes, de bigles et de menteurs sont tout cela et poètes, sans parler de cette sous-classe bilieuse, rancuneuse, vert-de-grisée, pingre et médisante où se recrute le poète catholique. Et c’est un grand poète. Et le bedonnant nous parle d’amour comme personne. Et le mondain jaunâtre, grinçant et monoclé, nous parle de la solitude. Et le millionnaire nous parle du dénuement. Et le partisan, de la liberté. Et la vieille tante, de la pureté. Et ils n’inventent pas, ils sont véridiques, on ne peut pas leur en vouloir. Seulement, comme leur vue risque de causer des dommages irréparables à l’image qu’on s’est faite de leur personne, comme on n’a pas tous les jours un Lorca qui ressemble à ce qu’il écrit, comme on risque à chaque instant de tomber sur l’affreuse photo d’Apollinaire en tourlourou 1900, ou d’apercevoir dans le métro les bajoues et les mamelles de la grande lyrique dont vous rêviez, un remède s’impose : cachez donc les poètes !

 

Oui, je rêve d’un anonymat complet de la poésie, aussi inavouable que l’appartenance aux services secrets, aussi dangereuse, aussi numérotée. (« Avez-vous la dernière plaquette du 1173 ? – Non, il ne donne plus signe de vie. Par contre, le 1414 s’affirme comme un de nos meilleurs agents. Lisez-le donc. – Et le 7521 ? – Il est brûlé. »

 

Chris Marker

 

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Rats de Pierre Autin-Grenier

Publié le par la freniere

Vient de paraître

rats_couvrectoplus.jpg 

RATS

 

de Pierre AUTIN-GRENIER

illustré par Georges RUBEL

 

aux ÉDITIONS CIRCA 1924

 

1, rue Jacques Mawas

75015 Paris

 

Dans les bonnes librairies

ou chez l'éditeur au prix de

7 € l'exemplaire

 

 

http://www.circa1924.com/livres_details.php?d=28

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Sans toi

Publié le par la freniere

Je suis le sans-abri

L’écorché vif

Le sans-peau

Le diaphane

Celui qu’aucune pellicule ne protège

Je suis celui qui a été

Blessé

Près de la bouche

 

Je suis l’errant

L’itinérant

Le désarçonné

Je suis le pauvre

Le voyou

Le désargenté, le désorienté, le déséquilibré

Je mendie

Je te mendie

Assis sur le sol

Les mains dans les poches

 

Je suis le sans-travail

Et le sans-âme

Le sans-mains

Le cul-de-jatte

L’éclopé complet

Je bégaie

Je ne connais ni le jour ni la nuit

Je ne vois plus la différence

Je suis le sans-regard

Le sans-dessein

Le perdu

Le non-trouvé

Je suis l’abandonné de tous les abandons

Le délaissé, le délesté, le détesté

L’empenné

L’oiseau sans envergure

L’obèse sans poids

Le maigre qui n’est pas affamé

Le filiforme, le filigrane

Le léger, le trop léger

Je suis le marin qui n’a pas pied

Sur la terre agitée

L’infirme tué

L’assassiné vivant

 

Je suis le sans-cœur

Le dévoré cru

L’enfant enlevé

Le défait, le détruit, le démoli

 

Je suis celui qui fait pipi contre le mur

Derrière le restaurant

Je suis le chassé

Je suis le pourchassé

Je suis l’eau, le sang

Je suis mon pipi

Je marche dans mon pantalon, je m’arrête

Je suis l’enfant perdu

Je suis seul dans le grand centre commercial

Et je pleure

Avec des néons dans les yeux

 

Louis-Philippe Hébert

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0