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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Il me faut aller vite dans tous les sens

parce que partout autour de moi

des femmes qui vont mourir se donnent

à des hommes dont la mort est certaine.


 

Jacques Becker

Publié dans Ils ont dit

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Derniers saluts

Publié le par la freniere

Derniers Saluts ce soir

ceux que je t'envoie n'ont pas de fin

pas plus que mes salut salut à Pas question

que les transmette la divine diligence.

 

Tournant de l'œil s'effondrent les violettes

que le temps tiède a trop étreintes

c'est légitime il est resté

sans les voir depuis l'an dernier.

 

Salut assiduité des fleurs

assurant votre retour périodique

salut assiduité du sans retour

tu as suivi à la lettre les morts.

Salut étreinte des ténèbres

qui accueilles le légitime, elles sont restées

sans te voir dès avant ta naissance.

Salut refus d'ouverture de tes yeux

salut Inespéré promesse pleine de grâce

qu'à nouveau ton regard trouvera l'audace un jour

de s'ouvrir vers le mien terrifié.

Salut refus d'ouverture de tes yeux

— laissez-passer de la mémoire

pour que vienne les voir quand elle veut

l'aube d'une journée perdue.

 

Quant à toi monde

qui condescends à vivre

tant qu'a besoin de toi le hasard

dont les maux sont le fruit

de ta fertile résistance,

qui t'avilis à vivre

pour que te paie d'un bonsoir tout au plus

pendant sa traversée

une pleine lune ventriloque

que dire

salut à toi aussi.

 

 

Kiki Dimoula

Publié dans Poésie du monde

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À la mémoire

Publié le par la freniere

A la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

Un homme beau est mort qui signait d'un soleil
il s'appelait Sénac
Jean Sénac

un homme beau est mort qui signait d'une rose
il s'appelait Djaout
Tahar Djaout

depuis toute leur enfance est morte pour le monde...

sous l'amandier nomade
ils venaient tous les deux
à l'eau du soir blessée
ils ramassaient les ombres
pour en faire des pétales

toujours l'inespéré accompagnait leurs pas

toujours dans leur maison
on partageait le pain
toujours dans leur maison
on partageait le sel
et la douce patience qui tremble au bord des larmes...

les amandiers sont morts de leurs blessures...

et la mort en grand nombre a frappé en vingt ans!

hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les couleurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les douleurs

hier c'était Sénac aujourd'hui c'est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
sur cette même Terre de toutes les splendeurs...

assassinés chez eux en des temps différents
et semblables pourtant...

deux hommes beaux sont morts
tous deux enfants d'orages
et deux frères pourtant

deux hommes beaux sont morts qui signent d'un Silence...

 

Tristan Cabral

Publié dans Tristan Cabral

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

L’infini, à tout homme, quoi qu’il veuille ou fasse, l’infini, ça lui dit quelque chose, quelque chose de fondamental. Ça lui rappelle quelque chose. Il en vient…

 

Henri Michaux

Publié dans Ils ont dit

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Vers toi

Publié le par la freniere

Je viens à toi comme un chevreuil vers le ruisseau. Poil dressé, écume à l’âme, je brame, je t’appelle, je crie. Je voyage vers ta main, vers l’au-delà, vers toi. L'espace tout entier est notre lieu sacré. Chaque côté ouvre sur l’amour. C’est la même eau où l’on se baigne, la même chair, le même feu. Nos mains se trouvent en se touchant. Mes lèvres s’ouvrent sur ta bouche. Tu me rends plus fidèle à tout ce que je crois, au vol des oiseaux, aux graines qui mûrissent, à la force des hommes quand ils restent debout. La façon d’être ensemble nous prolonge l’un l’autre.

 

Tu es encore plus belle qu’hier. Tu es toujours plus belle. Ta beauté prend toujours une couleur nouvelle. Dansons, mon amour! Ton corps sait si bien inventer la musique. Même si dehors la neige éteint le feu, mon corps s’enflamme sous tes doigts. Tu m’habites dans tout le corps. Tu es le monde dans toute sa plénitude. Tu m’aides à porter ma parole dans toute sa grosseur. Les hommes ne savent rien. Seule une femme leur apprend qui ils sont.

        

Je te vêts tout entière de ce qui touche : les doigts, les lèvres, les murmures. T’écrire, c’est t’aimer. Battre du cœur, c’est t’aimer. Respirer l’air, c’est t’aimer. Boire de l’eau, c’est t’aimer. Respirer l’érable, c’est t’aimer. C’est pour toi que je vis. Je tiens ta main comme un écho, mêlant ma langue à ta parole, mon oreille à la tienne. L’espace est plein de toi. Je m’en nourris. Lorsque tu apparais, les tournesols tournent vers toi. La pluie se lave comme un chat. Les fleurs sont plus belles qu’avant, l’espérance plus grande, la vérité plus vraie. Je ne vis plus éparpillé. Nos centres se rencontrent.

        

Je mets ton ciel en moi, ton sourire partout. Ton regard vertical ne visant que le haut, je grimpe dans tes yeux. Il n’y a rien pour ralentir ta course. Tu veux quitter le poids du monde. Je suis venu pour toi. Je suis venu t’aimer. Je ne céderai pas un seul cil de toi, un seul geste d’amour. Si la pureté existe, si le monde est parfois bon, c’est à cause de toi, mon amour. Il me faut toi pour croire en l’homme.

        

Prends mon temps. Prends mon air. Prends-moi tout. Je t’aime. Mon âme est éprise. Mon corps est amoureux. Il t’aime. Il respire par toi. Il espère pour toi. Tu apportes l’été dans son pays de glace. Tout son sang prend son sens à faire battre ton cœur. Nous sommes assis côte à côte, tendrement, dans la chaleur d’aimer. Tu agences des fleurs dans le vase de ma main et j’y respire tes odeurs.

        

Il n’y a que tes yeux pour lire dans mes yeux, ta main pour agrandir la mienne. De chaque côté du paysage, c’est toi. La gauche et la droite se rejoignent dans tes yeux. Sur tous les tableaux d’embarquement des aérogares, des gares et des ports, je ne vois que ton nom comme destination. Ma langue fouille dans ta bouche pour y trouver l’amour. La pierre que je soulève est légère avec toi, la vie plus chaude, les phrases verticales. Tous mes passeports sont valides pour aller jusqu’à toi.

 

Allant vers toi, je vis. Tu es ce que j’ai de meilleur. Mon cœur ressemble à ton visage quand je parle avec toi. À prononcer ton nom, ma langue bande comme un sexe. D’une page à l’autre, mes mots viennent caresser tes yeux. L’amour existe, je l’ai trouvé. Ensemble, nous allons bien plus loin que nos corps.


Publié dans Prose

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Les Blancs se moquent de la terre, du daim ou de l'ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous faisons de petits trous. Nous n'utilisons que le bois mort. L'homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L'arbre dit « Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l'abat et le débite. L'esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu'à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l'homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ». Mais l'homme blanc n'y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment l'esprit de la terre pourrait-il aimer l'homme blanc?... Partout où il la touche, il y laisse une plaie.

Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)

Publié dans Paroles indiennes

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Dans le déluge des apparences

Publié le par la freniere

Noé de pacotille, je rame avec un Bic. Je cherche l’âme dans le déluge des apparences. Quitte à passer pour fou, je résiste au courant.  Je prends la vie sur mes genoux. Elle me mord et me griffe, me caresse parfois. Je n’hésite pas devant les mots. Je me cogne sur eux. La moindre chose me sert de regard. Je cherche la chaleur sous une main de neige. Je tombe et me relève. Je me raccroche aux mots quand la matière s’agite. Le livre me soulève sur ses épaules de pages. La nuit, je ne ronfle pas, je craque comme du vieux bois. J’en profite pour écrire entre deux quintes de toux, des phrases gutturales, des voyelles enrhumées, des consonnes à moitié flagada, le bruit rouillé d’un vieux Farmhall, celui avec deux petites roues qui se renverse à rien. Il ne suffit pas de gratter la surface pour atteindre le fond. Additionner des chiffres ne hausse pas le niveau du cœur mais fausse la balance. Si je peine à devenir un homme, c’est une question de valeur. Les grands hommes d’affaires sont à la taille de leur mépris des autres. On ne fait pas d’affaires sans casser des hommes. Je ne mange pas de cette omelette. S’il arrive qu’un boucher aime les bêtes, je n’ai pas vu de banquier aimer les pauvres.

 

Pourquoi faut-il que la majorité soit malheureuse pour la jouissance de quelques-uns ? Le travail forcé est une honte. Celui qu’on fait pour le plaisir garde sa part de vivant. Est-il normal qu’on valorise les horaires au détriment du temps ? Les vacances à date fixe, c’est comme un chien sortant de sa niche jusqu’au bout de sa chaîne. L’homme qui se croit civilisé est terriblement infirme comme animal. Il n’écoute pas le vent, le soleil, la terre. Seul le profit dirige sa vie. Il ne rend plus de services, il les vend. La réussite du parvenu met son âme en échec. On punit celui qui vole de l’argent mais on honore celui qui vole des idées. On oublie trop souvent l’importance de la main dans le travail de l’écriture. La main à plume tient aussi la charrue. J’en apprends plus à regarder l’oiseau qu’à lire les journaux. Son chant ne ment jamais.

 

L’intolérance du croyant ou celle de l’athée, quelle différence quand on remplace Dieu par un veau d’or ? Ceux qui dépensent des sommes folles sont les mêmes qui se mettent à quatre pattes pour trouver un bouton. La morale de l’argent a remplacé le troc. On ne donne plus, on prête. On ne prie plus, on quête. On n’échange plus, on vend. C’est d’abord le pauvre qui méprise la pauvreté. Le riche la voit d’un bon œil puisque c’est elle qui lui permet d’être riche. L’argent qui passe d’une main à l’autre finit toujours dans la même main. Partout, c’est l’équité qui manque. On taille toujours la vie dans des habits trop larges ou trop serrés. Il faut vivre à la pointure de l’âme. Lorsque la peau des murs finit par démanger, on gratte jusqu’au sens. Il ne sert à rien de faire des plans. On rencontre toujours ce qu’on ne cherche pas. J’écris comme un soudeur. J’avance sur la page en pièces détachées. Je ne pose pas de rivets. Je laisse dériver le feu du chalumeau.

 

L’hiver est là. L’automne s’en est allé, tout penaud sur ses jambes tordues, laissant des feuilles et des brindilles sur le sol. Je dois penser de l’intérieur. Les grandes idées s’embrouillent dans la neige. Le vent s’acharne à coups d’épaules. Le monde a du coton dans les oreilles. Quelques nuages vagabonds tirent le ciel par la queue. Les glaçons luisent comme des ongles. Je dois écrire avec le givre et la neige qui tombe. J’ajoute dans le néant des petites doses de tout, des gouttelettes de vie, des atomes de pain. Le merveilleux existe. Ce n’est pas qu’il se cache, mais nous fermons les yeux. La vie ne serait pas la même si on n’en parlait pas. Il n’y a pas d’histoire dans un poème mais des milliers des pistes. On lit des romans pour s’oublier, de la poésie pour être plus présent. L’un demande une certaine paresse, l’autre un effort de vie. On ne peut pas tricher. Un mot en moins, une image de trop, et tout change. On s’arrête. On revient sur ses pas. On contourne un rocher, et tout ça en restant dans sa tête. La plus belle écriture est celle qui nous emmène dehors, en plein air, en plein champ. On marche sur la page. Mêmes les oreilles deviennent des yeux. Les mains deviennent des ailes. Les mots deviennent des arbres.

Publié dans Prose

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Faubourg de l'Hôpital

Publié le par la freniere

À la mémoire de Francis Giauque

 

Tranquille une douleur

est là parmi les branches

Mais toi tu n’es plus là

Je n’entends plus ton pas

le long de l’allée claire

Je n’entends plus ta voix

C’est un parc immobile

et bourgeois                  Le beau temps

ajoute au désarroi

Hier encore on parlait

de ce mal d’exister

qui te clouait le foie

Au fond de la souffrance

tu avais un œil fixe

et rempli d’épouvante

Tu avais vu des rats

passer par la serrure

pénétrer dans la chambre

Et ta vie était comme

une montée de rats

dans l’angoisse où tout seul

plus seul toujours plus bas

dans un puits de silence

tu fumais regardant

la pendule parfois

Répétant à voix basse

pour la centième fois :

Demain je me descends

On n’y croyait pas trop

Tu as tenu parole

Et c’est l’eau maintenant

qui te tient                    Je la vois

au bout de l’allée noire

Faubourg de l’Hôpital

où tu renonces même

quand les amis te parlent

à leur tendre les bras

 

Georges Haldas

Publié dans Poésie du monde

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Terre de dénuement

Publié le par la freniere

parmi les schizophrènes

les paranoïaques

les névrosés

tous dépossédés d’eux-mêmes

noyés dans les remous de la souffrance

et tant d’autres encore dont je ne parlerai jamais

car les mots ne servent qu’à déprécier

et à jeter la confusion

jamais je n’oublierai ce que j’eus à subir

dans le déroulement implacable des traitements

quelques amis

parmi les plus proches de moi

ont choisi le suicide

comment d’écrire l’horreur

comment cerner le désespoir

qui règnent en ces lieux maudits

quant aux enfants

condamnés

déformés

ravagés

perdus

ils sont la plaie qui ne cessera jamais de saigner

rien ne pourra les sauver

et si le Christ s’égarait parmi eux

il pourrait refaire ses bagages sans dire un mot

et vous visiteurs d’un après-midi partez partez

remettez-vous à vos travaux sordides

à vos partouzes

à vos banquets

à vos carnavals

buvez et baisez

sans vous souciez de tous ceux qui crèvent

rongés par le désespoir et l’angoisse au fond des asiles

mais vous compagnons muets secoués par le délire

attendez-moi

je sais que nous nous reverrons un jour

au fond de l’ornière

nous n’aurons plus rien à nous dire

les mains crispées

nous nous regarderons un instant

et ce sera fini

un seul regard pour des années de silence

 

Francis Giauque

Publié dans Poésie du monde

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Aucun

Publié le par la freniere

Traversée par le cri, sa clameur s'arrête à ma bouche. Rien ne sera dit ou entendu. Rien d'autre que ce vent de paille dans la fournaise du dedans. Craquement, flocon, souffle, ces choses de peu donnent la mesure de la démesure. Dans la faille, ma brisure, je ne bouge pas, les mains tenues aux rebords. Je n'irai pas ouvrir la cage au merle, pourtant j'avais promis. Humble et lasse, la pensée effraie quand elle s'affaisse. Le spectacle ne commencera pas par les mots rouges, ni aucun autre mot. La scène est vide.


Ile Eniger - La maison dans les airs - (à paraître)



Publié dans Ile Eniger

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