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Étranges étrangers

Publié le par la freniere

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

Hommes de pays loin

Cobayes des colonies

Doux petits musiciens

Soleils adolescents de la porte d’Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d’Aubervilliers

Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied

Au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

Embauchés débauchés

Manœuvres désœuvrés

Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère

Rescapés de Franco

Et déportés de France et de Navarre

Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre

La liberté des autres.

Esclaves noirs de Fréjus

Tiraillés et parqués

Au bord d’une petite mer

Où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus

Qui évoquez chaque soir

Dans les locaux disciplinaires

Avec une vieille boîte à cigares

Et quelques bouts de fil de fer

Tous les échos de vos villages

Tous les oiseaux de vos forêts

Et ne venez dans la capitale

Que pour fêter au pas cadencé

La prise de la Bastille le quatorze juillet.

Enfants du Sénégal

Départriés expatriés et naturalisés.

Enfants indochinois

Jongleurs aux innocents couteaux

Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés

De jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés

Qui dormez aujourd’hui de retour au pays

Le visage dans la terre

Et des hommes incendiaires labourant vos rizières.

On vous a renvoyé

La monnaie de vos papiers dorés

On vous a retourné

Vos petits couteaux dans le dos.

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville

Vous êtes de sa vie

Même si mal en vivez

Même si vous en mourez.

Jacques Prévert

 

Publié dans Poésie du monde

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La Fête africaine à Inverness

Publié le par la freniere

La Fête africaine à Inverness

Publié dans Glanures

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Enweille!

Publié le par la freniere

Chant-song vidéo d'André Duchesne

Publié dans Poésie à écouter

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Saison en-allée

Publié le par la freniere

La neige devenue noire
Fûme en jetant son brouillard
Sur l’arrogance des primevères

 

Sur la montagne
Plus près des étoiles
C‘est encore l’hiver

 

Un grand cervidé
Lève les yeux
Vers le printemps qui niaise

 

 

Christiane Loubier

 

Publié dans Poésie du monde

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Biennial of Poster Bolivia

Publié le par la freniere

Jorge Gamboa    Mexico

Jorge Gamboa Mexico

Publié dans Glanures

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Glossolalie

Publié le par la freniere

Des sons de l’ange aux hurlements des bêtes, de la musique des étoiles aux contrepoints de l’eau, j’habite dans ma bouche. Mon corps est ma langue. Le paysage autour n’est qu’un habit d’emprunt. Un brin d’herbe apparaît sur le visage des lettres. La réponse à l’espoir n’est jamais celle qu’on pense. Un soleil d’enfant, un poème sans rime, un quatuor à cordes arrêtent-ils la guerre ? L’amour a-t-il sa place dans un compte en banque ? À défaut d’une forêt, j’entaille le mot érable. À défaut de voler, j’agite les voyelles. Je soulève du crayon un silence de mille tonnes. Une eau passant sur des cailloux désaltère ma soif. Ce qui nous fait mourir nous encourage à vivre, à rester debout, à partager le pain. La vie éveille en moi beaucoup plus que la vie.

Dans la forêt des langues chacun parle sa langue. Les mêmes fruits pourtant alimentent la faim. La même sève monte aux branches. Épaule contre épaule, les battements du cœur amplifient la présence. Le mot amour est trop petit pour l’amour, la main trop courte pour le vent, les souliers trop étroits pour la longueur des routes. Il faut des mots pour remplir les idées, ouvrir la voie, tourner la page, faire de tout avec rien. Un brin de paille fait un nid, une plume un oiseau, un nuage la mer, le plus humble vocable une immense prière. Le sifflement du vent invente la musique. Quand le sol se dérobe, je m’appuie sur un mot. Adossé sur une métaphore, je redessine l’horizon. J’élève des abeilles dans l’essaim des regards. Les bras de la parole se soumettent à l’hommerie ou bien ils se révoltent. Murmurant des excuses, les mots se donnent du coude dans les mauvaises nouvelles. Je ne suis sur la page qu’une phrase à déchiffrer, un je qui se dissout et se refait dans l’encre. Je porte sous ma chair le premier squelette, le premier mot, le premier mort.

J’ai appris les mots, les chiffres, les idées, mais l’encre coulait pâle à côté des blessures. J’ai du apprendre l’homme pour connaître le sang. J’ai du apprendre l’or, la sulfate, le plomb, trop de charogne, trop de boue, faire japper le chien dans sa niche de pitié. La réalité parfois prend les formes du rêve. Je tiens les mots comme du sable dans la main. Mes yeux apportent une pomme au tableau de la faim, un petit bol de lait aux icônes assoiffées, un livre de poèmes au Penseur de Rodin, un nez de clown au sérieux, une phrase puant de la bouche à la fiction des choses, une poignée de porte au mur du silence, une écharde au mot bois, un brin d’herbe aux oiseaux.

La phrase est un manteau sur le corps du silence. Enclose dans le petit ou débordant sur l’univers, l’âme est trop grande pour qu’on la voit. Chaque mouvement crée de l’espace. Chaque musique se fabrique une oreille. Juste après le passage d’un jet, le vol d’un oiseau rétablit l’équilibre. Les mots se souviennent de tout ce qu’on oublie. J’ai des trous de mémoire meublés de phrases, une chambre noire au milieu de la tête. Bien au-delà des pages, les mots dansent dans une tempête de gestes, jouant l’éclair ou le tonnerre, paraphrasant la mer, mélangeant les étoiles. Pour cueillir ou chasser, l’homme aurait pu rester à quatre pattes ou grimper dans les arbres, il s’est dressé pour la parole. De la main qui prend à la bouche qui donne, il cherche le chemin. Mes mots se plantent un à un comme une acupuncture d’encre sur la peau du papier. Quand on meurt, c’est la mort qu’on quitte tout autant que la vie. Je me reconnais sous la peau des arbres, la mémoire des racines, la graine qui se déplie sous son vêtement d’écorce. Chaque pas qui s’égare se raccroche à l’espoir. Il y aura toujours des mots sur du papier comme la vie au bout des doigts.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

J'aurai chaussé longtemps les souliers de personne avant d'avoir des pieds.

Publié dans Aphorisme du jour

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Décès de Michel Dallaire

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Journée de la terre

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Michel Garneau parle de Cohen

Publié le par la freniere

Photo: Annick Sauvé   Le Devoir

Photo: Annick Sauvé Le Devoir

Pour la première fois depuis la mort de son ami Leonard Cohen, Michel Garneau raconte celui dont il a intimement fréquenté la poésie en tant que traducteur.

Publié dans Les marcheurs de rêve

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