Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Frère de l'herbe et du sang

Publié le par la freniere

Je mesure l'odeur de l'herbe, la larme de sève à mes chaussures, la goutte de sang à la blessure du monde. La vie est une béance plus grande que l'univers. J'avance, l'œil sur l'horizon, l'horizon sous les étoiles ; j'avance l'œil moins grand que l'infini ; je tutoie le vent et l'arbre. Des miettes de mes ancêtres s'y promènent, s'y reposent, se marient à l'écorce des arbres, à l'écorce du vent et au parchemin de mes rêves. J'avance l'œil sur l'horizon et je bois le soleil, et je bois la plaine. J'arpente un chant d'oiseau, un rêve de givre et de futur, un rêve de passé. Où es-tu ? Qui es-tu ? Toi dans l'ombre de mes pas : un arbre qui me regarde, un oiseau plus haut que le ciel, une étoile perdue dans les années lumière. Une larme de sève à mes chaussures, j'avance à ma rencontre.

Quand je sauve une abeille tombée à l'eau, un oiseau prisonnier des griffes de mon chat, le petit homme raisonnable, celui qui se croit si grand qu'il croit que la terre n'est pas assez grande, qu'il faut coloniser l'espace, le petit homme raisonnable rit. Il croit que certaines vies sont infimes. Je ne suis pas raisonnable, toutes ces vies me sont indispensables comme l'enfance, comme le rire. Toutes vont à mes côtés comme une partie de moi. Je suis un fils du ciel et du vent. Inlassablement, je scrute à la recherche de l'ancêtre, l'ancêtre homme, l'ancêtre brindille, l'ancêtre poisson, l'ancêtre amibe. Je cherche l'ancêtre du rêve, le premier frisson de la goutte d'eau.
L'homme raisonnable n'en a que faire, il règne dans une jungle de marchands de papier, de marchands d'hommes, de marchands de vies, de marchands de biens. Il règne sur les territoires de la monnaie.
Je parcours la vie en indigène. Je suis d'un ailleurs de paix si incompréhensible aux hommes raisonnables que leurs cartographes s'y perdent. Dans mon monde, j'habite avec des abeilles, des chats et du ciel, aucune place pour les marchands de terre, aucune médaille pour les spéculateurs de l'opulence. La terre, même captive, même soumise, même arrachée à la nature, violée, lapidée, empoisonnée de chimie, reste et restera un morceau d'univers indigène. Ma Terre pleure quand vous la détruisez, elle est mon manteau, ma parure, ma vie, mon tombeau.

Mesurez-vous l'odeur de l'herbe, le chant de l'oiseau, la douleur de l'arbre, quand vous abattez la forêt, quand vous goudronnez ?
Vous parcourez la vie à la hussarde. Vous évaluez l'oiseau, l'arbre et le chant, en poids, en profit. La bête n'est plus la bête, dans votre regard elle devient viande. La forêt n'est plus la forêt, dans votre regard elle est stères, mètres cubes, charpentes, charbon, copeaux. L'homme n'est plus homme, dans votre regard, il est bras, sueur, consommateur et machine exploitable. Vous oubliez que le chant, l'odeur et l'horizon, sont ma richesse.

Vous en tirez vanité. Le reste, n'est que dégâts collatéraux.
J'avance l'œil sur l'horizon, l'horizon sous les étoiles. J'avance l'œil moins grand que l'infini. Je tutoie le vent. J'attends que l'arbre me parle. J'attends que cesse le tumulte.
La vie est une béance plus grande que l'univers.
Je suis frère de l'herbe et du sang.

Jean-Michel Sananès

Publié dans Jean-Michel Sananès

Partager cet article

Repost 0

Fidèles à nos blessures

Publié le par la freniere

Fidèles à nos blessures

"Restons fidèles à nos blessures"

Menacé de naissance
collectionneur d'abîmes
j'en appelle à toutes les peuplades des mots
pour résister à la blessure du monde
et sur les grandes pierres
je dépose mon habit de noyé.

Tristan Cabral
Poème inédit extrait de “N'abusons pas de notre mort”

D'autres poèmes inédits de Tristan Cabral paraîtront prochainement sur le magazine en ligne DANGER POESIE.

 

Publié dans Tristan Cabral

Partager cet article

Repost 0

Comme un gaucher

Publié le par la freniere

Les mots contiennent le réel et inventent le reste.

J’écris comme un gaucher dans un monde de droitiers.

J’écris comme un rêveur dans un monde de penseurs.

J’écris comme une épine dans un monde de pétales.

J’écris comme une cigale au milieu des fourmis.

J’écris du fond des choses comme une craquelure.

Je suis un autobus pour la voix des objets,

un taxi pour ailleurs,

un homme sur la paille regardant le soleil.

Je marche sur les mains sans me fermer les yeux.

 

Il y a trop d’accrocs sur l’habit des caresses.

Le cœur grelotte sous la neige.

Il y a trop de rêves qu’on abandonne aux chiens,

trop d’os mis en laisse.

Je vois des ombres s’évader de leur propre soleil,

l’espoir des voyages dans les rails oubliés,

l’empreinte des images dans les regards éteints.

J’écris à pas de loup sur les chemins de laine.

Les mots ajoutent au cœur les veines qui lui manquent.

Je ne sais pas mourir.

J’apprends à peine à vivre.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Va chercher!

Publié le par la freniere

Va chercher. Va chercher ! L’oreille comme un chien rapporte la musique. Un doigt s’évade de la prison des mains et crochète le poing d’une simple caresse. Je joue aux billes avec les mots. J’en fais des p’tits bateaux, des toupies, des proverbes sans barbe, des oursons sémantiques en chemise de pilou, des bourgeons syllabiques. Chez un boiteux, il y en a qui ne voient que le pied dans la tombe. Ils ne voient pas le pied qui danse. Même au cœur de l’hiver, le printemps au ventre réclame son quignon..

 

Va chercher. Va chercher! Le regard ne sait plus où trouver l’horizon. On trompe trop souvent la vie avec des belles paroles. C’est comme une herbe douce sur un lit d’orties, le sacré profané par les mangeurs d’hosties, le fil des vers à soie transformé en drapeaux. Devant la mort, les mots perdent leur sens mais retrouvent le sang. Le soleil parle par les ombres. De la terre à la pluie, la sève des racines circule dans le fruit. Il y a sûrement un pont entre le feu et l’eau, un oasis de lèvres dans un tunnel de soif, une aiguille d’eau fraîche dans une botte de sable, l’espoir d’une forêt dans les cendres encore chaudes, un reste de poème dans un livre comptable.

 

Va chercher. Va chercher ! La main revient bredouille. Il n’y a plus un os qui ne soit pas rongé. Dans la marée des balançoires, je voulais toucher le ciel. Je me suis coupé le front sur la ligne d’horizon. Je lance des cailloux comme on crache dans l’eau pour se sentir en vie. Je ne suis jamais libre en attendant les mots. Je me libère en écrivant. Pourquoi tant d’hommes marchent-ils en traînant leur prison ? La liberté fait-elle si peur ? Il ne s’agit pourtant que de vivre comme si la mort n’existait pas.

 

Va chercher. Va chercher ! L’oiseau ne ramène plus la pelote de neige. Il tricote des tuques pour les épouvantails, des foulards de nuages sur la tôle des toits et des chandails de glace sur les poteaux de clôture. Elle ne parle pas la neige. On doit lire ses phrases dans les traces des loups, les pointillés des mésanges, les plumes des chevêches. Les images se perdent dans les soucoupes des paupières. Une ombre sans mémoire rince le bleu des yeux.

 

Va chercher. Va chercher ! La pensée ne sait plus où donner de la tête. Un jour ou l’autre, le soleil aura froid. L’arbre et la pierre s’emmêlent mais jamais le plastique n’embrasse le pollen. On a brisé la ligne d’horizon, forcé les serrures de l’eau. On a tordu le cou au rêve des tulipes. On a versé du plomb dans la soupe du cœur. Malgré tout, je rallume la mèche au milieu des rafales. Une seule brindille peut tenir tête au froid, une goutte d’eau peut contredire le fer comme un flocon de couleur dans l’arc-en-ciel de neige.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Un homme de couleurs

Publié le par la freniere

Un homme de couleurs

À Émile Bellet

 

L’inapparent prend forme sous le pinceau du peintre. L’image s’enracine dans l’humus des gestes. Des questions pointent sur la toile que la forme résout, que la couleur appelle, ombres puisées à même l’ombre, faisceaux d’éclairs dans la nuit. La terre rêve d’étoiles, le ciel de racines.

 

Des lignes infinies ordonnent le chaos. Dans l’arbre qu’on dessine, le souffle des racines anime le feuillage. D’infinis tremblements agitent l’horizon. L’axe de vie renoue avec l’origine. Une simple rature absorbe le silence. Les bords du monde se touchent dans un point de lumière. Une poignée de temps se répand sur la toile.

 

Sous le pinceau du peintre, le monde s’imagine. Il n’est jamais qu’une âme répandant sa couleur. Une lumière intime ordonne ses reflets. Tant de rouges et de bleus redressent l’horizon. En remuant les doigts, un homme de couleurs défriche l’absolu sans ouvrir la bouche. La musique des formes s’écoute avec les yeux.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Les choses ont remplacé les hommes. Les armes ont remplacé les âmes.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0

Kermesse littéraire du Plateau

Publié le par la freniere

Kermesse littéraire du Plateau

Du 25 au 27 août prochain, la Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie, La Passe et la Coop Coup d'griffe vous invitent à la Kermesse littéraire du Plateau, qui se tiendra dans le parc Lahaie, devant l'église St-Enfant-Jésus du Mile-End, où ils viennent tout juste d'emménager après un long et difficile processus de relocalisation. Un événement ouvert à tous et toutes, où la littérature sera à l'honneur, dans ses multiples déclinaisons.

*Vendredi 25 août

17h – Inauguration de l’exposition "Refus, dissidence et renouveau : une incursion dans la Médiathèque littéraire de Gaëtan Dostie" au sous-sol de l’église, entrée 5035 rue St-Dominique;

20h – Conférence de Yves Desjardins, de l’organisme
Mémoire du Mile End / Mile End Memories, depuis le parvis de l’église St-Enfant-Jésus;

21h30- Projection en plein-air du film "Gaston Miron, un homme revenu d’en dehors du monde" (2014) et discussion avec le réalisateur Simon Beaulieu.


*Samedi 26 août

13h – Ouverture du micro-ouvert dans le parc Lahaie: emmenez poèmes, proses et chansons!

Durant l'après-midi:
– Visites commentées des expositions extérieure et intérieure;
– Ateliers de création littéraire pour enfants;
– Ateliers de sérigraphie animés par la
Coop Coup d'griffe;
– Kiosques d'éditeurs (
Arcmtl Archive Montréal, Les Éditions de la Tournure - Coop de solidarité, Moult Éditions, Poètes de brousse, Possibles Éditions, Sabotart, etc.).

17h - Moulin à paroles du Plateau-Mont-Royal: de Nelligan et Borduas à Dany Laferrière. Présenté par
Gaëtan Dostie.

19h30 Concert de musique
– avec
La Fièvre, Chabanel, N NAO, Sylvie Legault et Éric Goulet.


*Dimanche 27 août.

14h – Visite guidée de l’Église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End par Laurier Lacroix, spécialiste d'Ozias Leduc et membre de l’Académie des Lettres du Québec;

15h - Sur le parvis de l’église, lecture de membres de l'
Académie des lettres du Québec et d’auteurs ayant publiés dans sa revue Les Écrits;

17h - Clôture de la Kermesse

***
L'événement est organisé avec la participation financière de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal et de la Caisse Desjardins du Plateau-Mont-Royal.
"
Pour les éditeurs qui souhaitent se joindre à l'événement en ayant accès à une table dans le parc Lahaie le 26 août, veuillez nous contacter à lapasse@riseup.net.

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

À l'affût

Publié le par la freniere

Lorsque j'écris ton nom

je me tiens à l'affût

entre l'âme et la peau.

Quand je parle de terre,

de mers et de forêts

c'est de toi dont je parle.

C'est toi que je rejoins

par les sentiers du monde.

C'est toi que je vois

dans l'ombre ou la lumière.

C'est ton vin que je bois

dans l'étrangeté de la neige.

C'est toi que je respire

dans toutes les odeurs.

Quand tu habites ma maison

les meubles reverdissent.

C'est toi que je suis

quand je sais qui je suis.

Je te butine à fleur de peau

dans un essaim de mots

parce qu'il faut qu'il y est toi

pour que la vie trouve son sens.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Une devise sans pays

Publié le par la freniere

Dans la tête des vieux, le sang des soldats morts tache encore les bas bleus des lavandes. Recherchant la tendresse, je la trouve parfois au milieu des ordures et chez les chiens sans maître. Qui s'approche du cœur quand je dors la nuit? À qui est l'ombre qui me suit? Peu me chaut les soirs graphiques et monochromes, les quadratures du cercle, le vent qu'on retient par la main n'est pas vraiment le vent. On ne peut pas passer de l'enfance à l'adulte sans se fermer les yeux, sans se toucher la panse au lieu du cœur. Le temps convoque ce qui meurt. Je dois quitter la pièce. Les auteurs s'engueulent sur le dos de mes livres. Les mots enlèvent leur jaquette et finissent à poil. Leur charabia se mêle au braille des caresses.

Une devise sans pays ne tient pas ses promesses. Je me souviens à peine du chant du coq. Les dernières nouvelles s'apparentent au bêlement des agneaux. Il suffit de longer une route goudronnée pour croiser la mort, oiseaux frappés en plein essor, limaces répandues, carnivores écrasés, carcasses de belette. Dans ce temps ivre de chiffres et de menue monnaie, contaminé par l'argent, l'homme la transmet à ses enfants. La terre en meurt peu à peu. La maladie d'amour s'impose comme unique antidote. L'homme n'en meurt pas, mais grandit vers le mieux. Même celui qui s'exprime par l'urine et l'injure apprend le nom des fleurs et celui des oiseaux. Il s'adoucit la gorge au fil des paroles.

J'écris ces lignes assis sur une dalle, les épaules appuyées sur une pierre tombale, mêlant mon encre au sang des morts. Le temps s'accorde à la lenteur des pierres. J'entends battre la sève dans les meubles et la forêt gémir dans le feu. Je vois l'arbre dans les planches et les racines sous les pieds. Il reste dans le bois cette senteur de mouillé, cette mollesse des fleurs, ce piquant des épines, ces odeurs de la vie que les villes ont perdues. Je me croyais seul en forêt. Elle regorge de lumière et d'oiseaux, de petites bêtes et de chevreuils, peut-être quelques ours qu'on ne croise jamais. L'humus qu'on remue distille ses parfums. Blessé à chaque pied par la souffrance du temps, je piétine les routes. J'ai les os qui titubent près d'un ruisseau qui jappe.

Ici, les forêts de conifères sont une création récente. Elles remplacent de plus en plus la beauté des bois mixtes. Avec cette manie de tout reboiser d'épicéas, d'épinettes, de pins et de sapins, les forêts se ressemblent. Même la sève s'urbanise. Les arbres quand ils naissent n'ont pas besoin qu'on les photographie. Ils font déjà l'amour avec les éléments. Ils bandent sous le vent, bourgeonnent sous la pluie. Ils craquent ou chantent avec les saisons. Chaque région a son patois. La façon de marcher, de regarder le monde, de serrer la main ou de hocher la tête, font partie de la culture. À côté des dictionnaires, tout un lexique prolifère. La langue et les images en découlent. Même la façon de garder le silence est une façon de parler.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

La vie aurait pu trouver mieux que la mort comme service après-vente.

 

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0