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Si j'écris

Publié le par la freniere

Si j'écris

si j’écris c’est pour que ma voix vous parvienne
voix de chaux et sang voix d’ailes et de fureurs
goutte de soleil ou d’ombre dans laquelle palpitent nos sentiments

si j’écris c’est pour que ma voix vous arrache
au grabat des solitaires, aux cauchemars des murs
aux durs travaux des mains nageant dans la lumière jaune du désespoir

si j’écris c’est pour que ma voix où roulent souvent des torrents de blessures
s’enracine dans vos paumes vivantes, couvre les poitrines d’une fraîcheur de jardin
balaie dans les villes les fantômes sans progéniture

si j’écris c’est pour que ma voix d’un bond d’amour
atteigne les visages détruits par la longue peine le sel de la fatigue
c’est pour mieux frapper l’ennemi qui a plusieurs noms.

André Laude In Œuvre poétique, Vers le matin des cerises, © La Différence, 2008

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J'abdique tout

Publié le par la freniere

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La détresse des fleurs

Publié le par la freniere

J'aime écrire au dehors, arpenter les chemins et les routes mal tracées. Je ne me pendrai pas à la ville qui tue, plutôt nourrir les pissenlits dans les montagnes appalachiennes, effeuiller les marguerites sur le bord d'un ruisseau, pêcher les écrevisses dans la rivière Larose, déguster les cent ans près du rang Larochelle. Ce ne sont pas les nuages qui font le ciel moins bleu, mais le regard de l'homme. La vie traîne sa chair comme on traîne son cœur d'une solitude à l'autre, comme on traîne son corps d'un paysage à l'autre, comme on traîne son âme d'une blessure à l'autre.

 

Y a-t-il une détresse des fleurs devant un sécateur, une douleur des bêtes qu'on mène à l'abattoir, une peur d'enfant qu'on transforme en soldat? Combien d'ailes faut-il pour sauver un seul ange? Combien de mots pour soulever les haltères du silence? Combien de plaies cousues avec leur propre pus? Je nomme chaque goutte agrandie par la mer. Un poids s'allège dans ma tête quand je le mets en mots, un trou se comble dans le ciel. J'ai comme du sable dans les tripes et du sang dans les yeux. Ces arbres qu'on abat, un fruit les recommence. Cette vie que l'on porte, on l'apprend peu à peu. Le temps pétrit la pierre où je cherche le blé, la terre où gisent tant de morts, la chair où naissent les enfants. Dans les planches qu'on scie, dans les vitres qu'on scelle, dans les murs qu'on repeint, se préparent des ruines. Tout un paquet de viscères trafique avec les ombres.

 

J'aime les ciels de pluie. Ils pleurent comme les hommes. Ma mère est disparue trop tôt. Je cherche son visage où mes larmes se cassent, ses mains sur ma douleur. Ses mots ont façonné mes lèvres. Ses yeux m'apprennent à voir. Elle me nourrit toujours sous les cendres et la neige. J'ai commencé très jeune à écrire, probablement déjà dans le ventre maternel, des esquisses de mots aux lettres mal formées, des fœtus de phrases sentant le placenta. Ma vie serpente et s'évade par la marge.

 

Où tant d'autres se vendent à l'état, à l'étal, au capital, aux dieux, je suis resté l'enfant qui apprend à parler. Je tombe et me relève. Je rue dans les brancards. Je pleure. Je bredouille. Je crie. Je mets du sang dans mon stylo, des larmes dans mon encre, du sperme entre les pages. Qu'on me donne une tache de boue et j'en fais mon drapeau. Qu'on me donne la neige et j'en ferai du feu. Qu'on me donne le rouge des framboises, le bleu du ciel, le noir des mûres ou des olives, la couleur des fruits, la patience des pierres, le goût si vif des orages, le sucre des oranges et la fraîcheur de l'air. Qu'on me donne un corps et j'en ferai une âme.

 

 J'écoute les moineaux, les piafs, les corneilles et leur voix défoncée comme une barricade. J'en fait des mots, des cailloux, des bijoux, des jeux de mots, des jeux de mains jeux de vilains, des jeux d'enfants perdus dans leur parc à jouets.  Nous portons dans la chair toutes les questions du monde et les choses n'en sont pas la réponse. Je veux des fleurs écloses dans les trous de mes mains, des phrases de poète dans les trous de mes dents, un jet d'étoiles dans un trou de balle, un peu de ciel dans les trous noirs, des yeux de naufragés et des regards de feu dans les orbites vides.

 

Ici, je n'écris pas. Je rapaille, écriture en lambeaux, images désuètes, rimes faciles, ponctuation rebelle, souvenirs, souvenirs, haillons d'espoir, pensées maussades, esperluettes en liberté, microbes d'alphabet, virus du silence. Je découpe les phrases en bonhommes de mots, des sumos faméliques au ventre gonflé d'encre. Même quand je n'ai rien à dire, je ne perds pas le goût d'écrire. Un feu couve sous la cendre. J'avance comme je peux, la bouche vers le fruit, les lèvres vers la soif, les mains vers la caresse, les paupières en veilleuse.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

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Le jardin de ma mère

Publié le par la freniere

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Mains

Publié le par la freniere

Mains

mains

mains d'homme

mains blessures ouvertes à des générosités périmées

 

mains

mains scarifiées

mains de cuir blessé sur  corps surexploités

mains de vieilles carnes mordues griffées à l'usure des jours

 

mains

mains d'hommes dos courbé

mains sans pain, burinées sous des pluies de larmes

 

mains

mains d'hommes suppliciés cœurs asséchés

mains décharnées par trop de faim dans le regard des enfants

 

main

main que fais-tu  sans poignard

quand danse le bourreau qui creuse ta faim ?

 

Jean-Michel Sananès

14 avril 2020

 

 

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À fleur de peau

Publié le par la freniere

Un homme du bout du rang

Une femme du bout de l’île

Un homme de la nuit

Plein de trous d’espérance

Une femme de la vie

Plus belle que le jour

Un homme de fond de mine

Pour une femme à ciel ouvert

Un homme de la neige

Pour une femme de soleil

Un homme de plomb noir

Pour une femme de dentelle

Un homme de la terre

Pour une femme de la mer

Un homme de glacier

Pour une femme de pollen

Tout se conjugue à fleur de peau

 

mis en musique par Jean-Luc Lavigne

Jean-Marc La Frenière

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Poème d'hiver

Publié le par la freniere

La terre a perdu ses eaux

en rigoles de feuilles.

Le vent accouche de l’hiver.

 

Les pneus ne crissent plus

sur la beauté sonore du silence.

C’est à peine si les pas

creusent un trou dans la neige

sans rejoindre le sol.

Les routes ont remplacé

leur chemise de poussière

par un habit de skidoo.

La grande peau des champs

prend une blancheur humaine.

 

Tous les fantômes du Nord

viennent frapper à la porte

en réclamant du feu.

Le miel bourdonne sur le pain

en souvenir des abeilles.

Les fraises dorment en pots

sur l’étagère du haut.

Un dernier verre d’été

s’étoile dans l’évier

en tessons d’espérance.

 

Le cœur se racotille

dans son placard de peau

et ne laisse plus passer

que la chaleur du poêle ?

 

Quitte à passer pour fou

je porterai tes gants,

ta tuque et ton foulard

pour me sentir moins seul

en traversant l’hiver.

 

Jean-Marc La Frenière

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Moanin'

Publié le par la freniere

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Dans ma tête

Publié le par la freniere

Qu’est-ce qui se passe dans ma tête ? Ça sonne creux ou bien trop lourd. Les neurones s’emballent ou restent cois. Ça fait tilt entre mes deux oreilles. J’ai un flipper dans la tête. Des billes roulent sans arrêt. Des bielles coulent entre les nerfs tordus comme des ressorts. Des idées se déguisent en poèmes. Je mets des affichettes partout dans les trous de mémoire, des rustines sur le cœur, des poumons dans la voix. Je tends de petits bras entre chaque virgule, une main gauche dans la main droite, des pas dans les souliers. Le derrière est devant, tout le reste à l’avenant. Mon cœur cogne avec un sang qui manque. Il saute une marche à chaque soubresaut. Je dois sniffer quelques livres de temps à autre, des lignes noires sur du papier, me rincer l’âme dans une mer verbale, siffler du Bach en travaillant, me beurrer l’œil aux couleurs des peintres, aux doigts des magiciennes qui retissent le monde, aux mains d’argile qui le façonnent d’un peu d’air et d’espoir, toucher le monde avec ma langue et la caresse des mots.

Il n’y a plus d’hommes libres. Il n’y a plus que des marchands. Il n’y a plus que  des acheteurs. Il n’y a plus de place pour le rêve. Le retour du réel se pose toujours en termes économiques. Les rêveurs doivent ruser pour vivre, les enfants devenir des rouages. Tout s’affadit sous le règne du dollar. La liberté n’est plus qu’une marque de commerce, la dignité le nom d’une couche pour vieillards incontinents. Soumis  au capital, les corps se neutralisent dans l’équation des choses. Je ralentis face à la frénésie. Le temps, je le garde en réserve. Ça tient comme ça peut dans ma tête. Une petite lumière tient mon corps allumé, une parole d’enfant, une parole de pauvre perdu dans ce langage économique, à peine un chant appuyé sur l’oreille, une berceuse dans le trafic, un grillon dans la voix. Je ne gagne pas ma vie. Je perds mon temps à nourrir les oiseaux mais j’y gagne le tout. L’amour nous fait passer sur terre autre chose que du temps. L’avant et l’après s’abolissent dans un présent perpétuel. Le doux bruit du feuillage assume le silence. Sans le chant des oiseaux, le langage des mots ne serait qu’un mensonge. Chaque geste posé doit élargir la main comme le soleil agrandit l’horizon.

L’automne a répandu son feuillage futur. J’attends la neige et l’étoffe du givre. L’eau brille sur les vitres dans la grâce du gel. Elle blanchit les arbres et le dos rond des pierres. Ce n’est rien, presque rien, une flamme sans feu, une eau sans soif, une langue sans voix, des mots qui offrent plus que le sens des choses et fécondent dans l’homme la floraison du rêve. Chaque ligne d’un poème cherche son sens comme la main d’un manchot la caresse oubliée, la nudité des choses, l’intimité du geste. À charge aux motsd’amour de gouverner la neige, d’enrayer les fusils, de redresser la tige. Beaucoup plus que la pensée, c’est la salive qui nous sauve du froid. La moindre fleur qui pousse me donne la parole. Le moindre homme debout soulève l’espérance et le pain qu’on partage abolit la monnaie. La sève dans les branches alimente les fruits. Le bol tendu des mains laisse fumer ses gestes. À boire le jus des anges me ferais-je plus léger ? De l’argent en plastique aux seins siliconés, où donc est le progrès ? Je veux bien mordre la pierre, boire le sable, mais que ce soit avec de vraies dents. Avec la mort m’asseye sur la page, là où les mots deviennent les appuis-bras de l’âme. Tout ce qui entre et sort par les deux trous des yeux nous presse et nous contient.

Il y a toujours un ange derrière chaque homme, un bel enfant dans un vieillard, des caresses en attente dans une paume fermée, des pas qui craquent sur le plancher de la vie. Le mot le plus parfait n’a appris qu’à se taire. L’alphabet prend naissance entre les lignes du silence. Les feuilles s’émeuvent sous la pluie. Les pierres résistent jusqu’à fendre, laissant la mousse les envahir. La sève resurgit dans les arbres malades. Les couleurs de l’automne s’abreuvent d’ombre et de soleil. Le poids de la rosée caresse les épines. Les ailes des oiseaux s’aiguisent contre l’air. Malgré les fausses rumeurs et les bulletins de nouvelles, j’essaie de percevoir un cri d’inondation juste avant l’incendie, la voix des grandes eaux sous la glace des chiffres, la tape bleue du ciel sur les replis du corps. De toutes les batailles, je choisis la vie.

Jean-Marc La Frenière

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Sans appel

Publié le par la freniere

Toutes ces vies qui s’en vont
Sans appel
Sans personne pour leur tenir la main
Au moment de l’ultime passage
Ces bibliothèques qui se vident d’un trait
Ces pages qui s’envolent
Sans que personne ne les lira jamais
Ces bribes d’existences
Aujourd’hui diffuses dans l’espace
Comme des ailes d’oiseau déployées
Contre l’azur
Ces lumières qui s’éteignent
Dans le brouhaha morbide des mouroirs
Peut-être s’allument-elles ailleurs?
Pour le meilleur
Pour le meilleur
Un dernier soupir
Chargé de tous leurs avoirs
Merci monsieur Lanteigne
Merci madame Dubé
Merci à vous
Merci à grand regret
Merci d’avoir étés
Et de nous avoir faits

Pierre Landry

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