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Comme la petite seiche

Publié le par la freniere

Sylvie Brès  1954-2016

Sylvie Brès 1954-2016

Comme la petite seiche jette son encre, fragile parade, écrire l’extrême de l’expérience
pour tromper la mort — cache-cache indécent peut-être et pourtant pudeur du partage avec
ceux qui sont touchés par la maladie, et ceux qui l’ignorent
— sauvegarde partielle et
dérisoire.
Revendiquer, pied à pied, terme à terme, cette humanité qui vacille et pourtant
qui résiste, me semble par-delà l’effeuillage absolu, une douceur octroyée, une irruption de conscience.
L’encre jetée, la limpidité revient…
Nous nous baignons dans la même mer.
Nous respirons le même air et le tissu de nos songes n’est pas si différent !
Les larmes n’ont-elles pas toujours ce goût salé à travers l’univers ?


Sylvie Brès

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Patti Smith

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Erri de Luca : S'engager

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Anamorphose

Publié le par la freniere

Tu revenais de tes marches lentes, étouffé de pensées, étourdi d'oiseaux. Tu avais, sur la lèvre un bout de poème, mille frelons dans l'esprit. Tu étais oiseau et aile et branche. Tu étais la vague en plein midi, le chant d'une ruche, tu étais l'âme, le mot, tous les mots, tous les ciels, l'infini sous la langue.

Tu n'as jamais su quel idiome t'habitait. Tes mots migrant d'un pôle à l'autre de ton enfance t'ont toujours égaré. Ta parole métissée, mal tissée, mal venue, mal reçue, s'indure en toi. Cancer profond, sournois qui pousse ses métastases avec un acharnement aveugle.

Ce jour-là, tu avais perdu la complicité de ton verbe. Tu étais soudain au-dehors, à la marge du non clos où bruissaient les rumeurs des autres. Écœuré de trop de failles, de béances offertes sans pudeur. Saturé du rose furtif, de plissures, d’ombres rapiécées qui couvrent mal. Saturé de ton ébranlement, de tes désirs.

Peu importait ta couleur secrète. Peu importait ce moi grandi par à coups. Peu importaient les sutures, le bourgeonnement sauvage de tes pensées, tu revenais nu, défait de ta marche solitaire et sensible. En toi un étranger palpitait que tu ne reconnaissais pas.

Agnès Schnell

Publié dans Poésie du monde

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Le corps obscur de la lumière

Publié le par la freniere

La terre serait meilleure sans la présence de l'homme. À leur corps défendant, les poissons lèchent un ruisseau de pétrole. Les vieux cherchent leurs clefs, mais les nouvelles portes s'ouvrent avec une carte magnétique. C'est l'âme qu'il faut changer, non la couleur des murs. Il y a sûrement un rapport entre la mort d'un homme et celle d'une pierre. La parole s'inscrit entre la soif et l'eau. Je fouille de la langue le corps obscur de la lumière. Les fantômes du réel se confondent avec les hommes de l'imaginaire. Embrouillée dans les chiffres, la planète vomit. Le corps de la vérité dérape entre les crottes de chien et les somnifères. Le temps a beau être une source, la mémoire est une poubelle, un seau troué recueillant l'eau du souvenir. Si l'homme rêve d'avoir des ailes, les oiseaux chient sur les statues et les automobiles.

 

Il faut plus d'élan pour ne plus bouger que pour avancer. Le ciel ne protège de rien et la terre tremble quelque fois. Le lierre s'accroche où il peut, l'arbre à sa terre. L'homme croit sauver le monde, mais il court à sa perte en jouant aux apprentis-sorciers. Au guichet de la vie, l'amour est le dernier de la file. Le pain vient à manquer quand arrive son tour. La banque a tout raflé, des éteules sur le sol aux miettes sur la table. Embrassés par le vent, les arbres se touchent pour ne pas tomber. Il faut vivre parmi nos gestes et habiter nos mains. Mes épaules s'appuient sur les épaules du paysage. Des baisers brillent dans la poussière. Les plantes se bouturent et s'aboutent.

 

Tous ceux qui pensent avoir raison ne savent jamais de quoi. L'air est chargé d'une poussière d'images. Du face à face à l'interface, on finit par ne plus rien voir que les slogans publicitaires. Le temps piétine où personne ne marche. L'air bouge tout autour. On peut mourir, mais on respire. Chaque instant est un clin d’œil de l'éternité. Le vide entre les corps se remplit de présence.

 

Les mains ont changé leurs rapports à la chose. Elles massacrent maintenant ce qu'elles aimaient toucher. Les composants du monde macère dans l'humus, sauf les ordures de l'homme. Imperméables au sel, des cannettes en plastique rongent le fond des mers. Le pétrole se mêle aux sang des massacrés. Sans l'appel du coucou, les villes ne s'éveillent qu'au bruit des tiroirs-caisses et des écrans de la Bourse. Le Dow Jones grossit entre deux morts tout frais. Les yeux sans regard font mal jusqu'à la cécité.

 

La pierre qu'on dit muette se taille dans le bruit. La chute d'un homme peut le mettre debout. Nos regards collent sur tout, cherchant la faille, la fêlure, le revers des choses. Je me sens comme en cage. Les fenêtres sont hautes et les pensées sont basses. Je m'évade en écrivant, en lisant, en rêvant. Je m'évade par la trouée des pages. Je goûte les lettres une à une. Mes mains s'éveillent bien avant moi. Elles préparent le café et taillent mes crayons.

 

Tant qu'à perdre son temps, il vaudrait mieux inventer des armes qui conviennent à ceux qui les refusent. Dans le véhicule de vivre, l'amour a des ratés. Le moteur rote et puis repart malgré les bielles qui s'encrassent. Le visible et l'invisible se côtoient. Les ailes des oiseaux ne font pas que voler, elles parlementent avec le vent. Les grains de sable se reconnaissent entre eux. Accordé au réseau de la sève, il est rare qu'un érable s'ennuie.

 

Chaque saison en cache une autre. La sève coule de l'une à l'autre. L'été s'écrase en plein fracas. Il suffit d'une caresse pour éloigner le malheur, faire éclater la haine en parcelles de rosée. L'amour inemployé me sert de boussole. Tant de caresses attendent au bout de chaque main. Je voudrais vivre au ras de l'herbe, à la hauteur des nuages, dans l'odeur du pain frais et les bruits de papier, mêler l'horizontale avec la verticale. C'est en souriant que je voudrais mourir et le reste du temps grimacer de bonheur.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

À Gianmaria qui prophétise que l’évolution finira bien par entériner l’obsession duselfie et que les hommes en conséquence naîtront avec un bras plus long que l’autre, je fais remarquer que, plus vraisemblablement, c’est le volume de leur cerveau et de leur crâne qui va se réduire et qu’ainsi le recul sera suffisant pour la photo.

Éric Chevillard

Publié dans Ils ont dit

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Mise en lumière

Publié le par la freniere

Mise en lumière

Impossible de rater Michel La Veaux dans une foule. Grand gaillard, le directeur photo (Pour l’amour de DieuLe démantèlement) est de surcroît doté d’un rire reconnaissable entre tous. Invité du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ), il est du jury de la compétition internationale. Ça tombe bien, car on se demandait où il en était avec son projet de documentaire sur Jean-Claude Labrecque, géant du 7e art et maestro de la direction photo, lui aussi. Eh bien, il se trouve qu’il le tourne en ce moment même, révèle-t-il en se délestant de ses fonctions officielles le temps d’un entretien.

 

Ce film, Michel La Veaux en parlait déjà au moment de la production de son documentaire Hôtel La Louisiane. D’emblée, il faut savoir que Jean-Claude Labrecque est l’une des idoles.

 

« J’ai su assez jeune que je voulais être directeur photo. Michel Brault et Jean-Claude Labrecque étaient pour moi des maîtres absolus. Ils étaient mes héros. Avec le recul, je me considère chanceux d’avoir eu des héros québécois. Lorsque Michel est décédé, j’ai eu doublement de la peine, d’une part de le perdre, et d’autre part parce que j’ai constaté qu’aucun documentaire, un vrai documentaire de cinéma, ne lui avait été consacré, juste à lui. Et tout de suite, j’ai pensé à Jean-Claude, et il m’est apparu impératif que cette erreur-là ne soit pas répétée. »

 

Hommage au bâtisseur

 

Né à Québec en 1938 et fait orphelin deux fois plutôt qu’une après le décès prématuré de ses parents adoptifs, Jean-Claude Labrecque entra à l’Office du film du Québec (OFQ) à 18 ans. Débrouillard, et vite passionné, il parcourut le pays d’est en ouest, du nord au sud, apprenant ce faisant un métier vis-à-vis duquel il devint extrêmement exigeant.

 

Comme réalisateur, on lui doit des fictions mémorables aux accents de vérité, commeLes smattes et Les vautours, et des documentaires intimes sur des poètes (Michèle LalondeGaston MironMarie Uguay), des athlètes (Jeux de la XXe olympiade), des politiciens (À hauteur d’homme)… Il a souvent monté ses films, les a toujours scénarisés.

 

En tant que directeur photo, notamment sur Le chat dans le sac de Groulx, À tout prendre de Jutra, La vie heureuse de Léopold Z. de Carle, et Entre la mer et l’eau douce de Brault, il a brillé. Surtout, il a innové.

 

« Jean-Claude est un bâtisseur de notre cinéma, note Michel La Veaux. Dans ma profession de chef opérateur, de directeur photo, Michel [Brault] et lui ont pour ainsi dire tout inventé ici. Ils n’ont pas eu le choix, mais ce qu’ils ont créé constitue un héritage immense. Jean-Claude est un virtuose qui aime les extrêmes ; l’entre-deux l’ennuie. Sa maîtrise des instruments est incroyable. Je pense par exemple à son filmEssai à la mille : la NASA avait envoyé un objectif de 1000 millimètres [qui contient plusieurs lentilles] à l’ONF, où on devait vérifier les optiques. Dans un outil scientifique destiné à filmer des lancements de fusées, il a tout de suite perçu le potentiel artistique, poétique. »

 

Dès le moment de la conception, Michel La Veaux n’envisageait pas un documentaire traditionnel. Cela n’aurait convenu ni à son sujet ni à lui.

 

« Jean-Claude possède une telle rigueur tout en étant complètement, complètement passionné par la lumière. Je partage ça avec lui : la passion de la lumière. C’est ce qui a guidé mon approche. La recherche de la lumière, la quête de la lumière, à travers une vision du cinéma qui va au-delà de la technique ; qui pousse plus loin. Et comme c’est ça qui nous anime tous les deux, je voulais qu’on parle de ça, à la caméra. Je voulais faire un film de cinéma parce que Jean-Claude ne mérite pas moins que ça. »

 

Fort de la participation enthousiaste de Jean-Claude Labrecque, Michel La Veaux a d’ores et déjà filmé du matériel dont il est heureux. Dans le milieu, c’est connu, le premier est une source inépuisable d’anecdotes de récits de tournages incroyables.

 

« Il a un tel savoir à transmettre. Et il a un front de boeuf ! Pour son documentaire La visite du général de Gaulle au Québec, il a foutu l’aide de camp du général dehors et il a pris sa place dans la limousine. Il a fait stopper le croiseur militaire qui transportait de Gaulle sur le fleuve afin que son équipe et lui montent à bord avec de l’équipement. Ça paraît impensable, et pourtant, il l’a fait. Il a fait tout ça, et bien d’autres choses. Mais toujours pour servir son sujet. »

 

Et pour servir les intérêts supérieurs du cinéma.

 

Démarche humaniste

 

Outre son apport artistique et technique, Michel La Veaux veut célébrer la démarche humaniste de Jean-Claude Labrecque. « Il le dit : son but est de filmer à hauteur d’homme. C’est pas pour rien que son film sur Bernard Landry s’intitule comme ça, mais ça s’applique à l’ensemble de son oeuvre. Jean-Claude a toujours eu, et a toujours à ce jour, cette préoccupation de trouver la meilleure manière de saisir l’humanité de son sujet. »

 

À cet égard, Michel La Veaux estime que Jeux de la XXe olympiade est exemplaire.

 

« Ceux qui ne l’ont pas vu pensent parfois, à tort, qu’il s’agit d’une simple commande. C’est infiniment plus riche. Jean-Claude y filme les athlètes avant et après les compétitions : ç’a l’air de rien maintenant, mais c’était inusité ; on ne faisait pas ça comme ça. C’est un film émouvant. Pendant l’épreuve du 4 x 100 mètres relais, il a placé sa caméra au centre du Stade olympique et il a réussi à filmer la course en un seul plan : un panoramique de 360 degrés hallucinant. Ça, c’est du cinéma. Je suis retourné sur place, avec lui. Je l’ai filmé au milieu de la piste avec la même caméra qu’il avait à l’époque. Je débute sur lui, puis je glisse vers un écran géant sur lequel est projetée la scène en question. À ma manière, en captant le moment, j’ai tâché moi aussi de faire du cinéma. »

 

On a hâte de voir le résultat, un documentaire qui promet d’être, comme il se doit, à hauteur d’homme. D’un grand homme.

 

François Lévesque     Le Devoir

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Les bûcherons de la Manouane d'Arthur Lamothe

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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L'essentiel

Publié le par la freniere

L'essentiel est très peu, vous n'imaginez pas. Moins épais que l'aile d'une libellule, que la lumière éclairant votre parole. Moins lourd qu'un murmure, la nuit, le long d'une rivière, murmure de l'eau entre les pierres. Murmure de la nuit dans la nuit. On a beau me raconter n'importe quoi, m'offrir en partage les idées les plus savantes, mon cœur ne croit qu'en une chose, invisible, impalpable, fuyante, insaisissable, qui nous laisse sans mot. Une chose dont je tairai le nom car il est trop grand, trop beau et, en cela, si naïf. Je tairai ce nom infini qui hurle à la folie dans mon sang. Il ressemble à ces êtres que l'on croise dans les vastes parcs des hôpitaux, assis ou déambulant, chantonnant ou silencieux comme des momies. Ils n'ont tracé aucune route pour leur vie. Ils recherchent un chemin à tâtons, dans les ténèbres. En cela, je leur ressemble. Je remonte à grand peine du fond d'un puits et seul me guide ce rond de lumière au-dessus de mon crâne, cette trappe d'azur, ce bleu grâce auquel j'espère et j'échappe.


 

Joël Vernet

 

Publié dans Poésie du monde

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Patrick Laupin

Publié le par la freniere

Patrick Laupin

Patrick Laupin. Écrivain. Né en 1950 à Carcassonne. A publié une vingtaine d’ouvrages de poésie, prose, récits, philosophie. Tentatives de restitution des lieux de la mémoire et de leurs effets vécus en corps. Depuis 2009, il organise à Lyon des journées de création et d’écriture ( une communauté attentive à l’exil personnifié et à l’étrange et merveilleuse présence du langage en chacun ) qui explorent les liens entre biographie, histoire et inconscient, et tentent de poser les fondements d’une transmission commune entre littérature, poétique, philosophie et psychanalyse. Dans les émissions de France Culture, animées par Colette Fellous, Francesca Piolot, Alain Veinstein, Mathieu Bénézet, les auditeurs ont à maintes reprises salué la douceur d'une passion attentive à une vérité expatriée et à la merveilleuse présence du langage en chacun. La Société des Gens de Lettres lui a décerné le Grand prix SGDL de poésie pour l'ensemble de son œuvre en 2013.

«Je m’intéresse à la lecture et à l’écriture, tout autant qu’au travail avec les autres, depuis le jour où j’ai réellement compris et ressenti, que les voix des autres qui parlaient en nous nous donnaient vraiment quelque chose de mobile et recréateur. Toutes mes phrases sont orientées par ces cartes géographiques et ce climat d’un dialogue entre le silence et les voix du monde. En ce sens dans mon écriture je n’ai jamais fait de différence trop grande entre la poésie, la pensée et le récit, et je m’en suis remis à l’intonation de la voix. Car si la voix est une nudité c’est seulement après qu’elle soit écoutée et entendue que l’humain arrache une part de son secret aux ténèbres et s’oriente vers l’essence de la sincérité, qu’il arrache le verbe au cœur de l’innommé et en rapatrie l’essence commune et nomade sur la terre des hommes, des rêves et des langues.»

 

 

Ouvrir et lire un nouveau livre de Patrick Laupin, c’est comme ouvrir une nouvelle fois les yeux, et c’est surtout naître puis grandir à la vie. Patrick, une fois de plus, avec Chronique d’une journée moyenne, nous renvoie sans ménagement à notre propre réalité. Ses mots, murmures ou cris, poèmes ou chants, mettent en lumière une vérité fragile ou perdue, mais une vérité blessée et crue. Patrick Laupin est sûrement l’une des voix les plus singulières, et donc l’une des voix les plus précieuses, de ces temps de confusion extrême et de libéralisme sauvage. Sa Chronique répond à la tourmente avec authenticité et profondeur. Patrick est totalement libre de sa parole et du choix de ses actes. Ses fragments se situent au bord de l’abîme, à mi-distance de la prose éclairée, inspirée et légère d’un Christian Bobin, et de l’écriture devenue presque silencieuse mais tellement vitale d’un Bernard Noël. Entre les deux, et à mi-voix, son cœur balance. Entre mystique à l’état brut et révolte ordinaire. Entre tendresse infinie et complète désobéissance. Les livres de Patrick Laupin sont nécessaires comme le bon pain et le vin couleur sang. Son œuvre, tellement essentielle à mes yeux et fatalement à mon goût, résiste à l’usure environnante et témoigne de ce que nous sommes, hommes du désir, à la fois énergiques et impuissants… Oui, oui, j’ai dit : énergiques et impuissants ! En témoignent, simplement, ces deux courtes phrases tirées de son Petit Traité des barbaries banales : « Dans le songe creux hésitant on parle tout seul dans le vent. Le début et la fin semblent tenir en un seul mot. 

Thierry Renard

 

Bibliographie

  • Le dernier avenir, La rumeur libre éditions, septembre 2015.

  • L'Homme imprononçable, La rumeur libre éditions, 2007.

  • Stéphane Mallarmé, Poètes d’aujourd’hui, Seghers, 2004.

  • Poésie. Récit, Comp'Act, 2001.

  • Le Courage des oiseaux, Le Bel Aujourd’hui, 1998. Réédition chez Comp'Act en 2001.

  • Le Sentiment d’être seul, Paroles d’Aube, 1996.

  • Le Vingt-deux octobre, avec des lavis de Henri Jaboulay, Cadex, 1995.

  • La Rumeur libre, avec des dessins de Joël Frémiot, Paroles d’Aube, 1993.

  1. Les Visages et les Voix, avec des photographies de Yves Neyrolles, Cadex, 1991. Rééditions Comp'Act, 2001 ; La rumeur libre éditions, 2008 (nouvelle édition).

  • Jour d’octobre, Tarabuste, 1990.

  • Solitude du réel, Seghers, 1989.

  • Le Dessin lui-même, avec des dessins de Louise Hornung, Comp'Act, 1987.

  • Ces moments qui n’en deviennent qu’un, Ubacs, 1985.

  • Le Jour l’aurore, Comp'Act, 1981. Réédition en 1987.

  • D’ailleurs et de partout, Éditions de l’Ollave, 1975.

 

 

Doucement tu laisses ruiner les vergers d’octobre, l’ocre verdit des pruniers et des trembles, les rives argentines de la rivière sous les pluies pleines de silence. On partira pour Lisbonne ou Turin. On verra le jet d’eau des marbres et des églises, de beaux ciels en abîmes. Autour de nous, pas pressés, tout serré, petit vrai grand rêve d’après-midi d’instants d’automne qui étonnent. Le vent coule croisé sur la route et le rose carmin d’un charme bleuit la treille. On traversera le pays où quand quelqu’un meurt on enterre son nom dans un grand pré dormi par les fleurs. On versera le vin et les frêles notes d’un piano feront trembler l’ivoire odalisque des salles. Au creux du ciel ocre doux bruiné on verra le Livre. Les sons vifs et contristés qui prédisent les magies du lendemain. Sur une route brève, dévorée de bruyères et d’édifices dans l’air, on verra Rappalo et les Cinque Terre, la Tentation de Saint Antoine peinte par Brueghel dans la petite église de Gênes. La mer et les terrasses laisseront passer dans le soupir du vent, le prodigieux musicien, le savant au fauteuil sombre, le promeneur sur la jetée qui sent le clair déluge sourdre des prés, stylistes incomparables parcourus par les doigts électriques et bleus du silence.

 

&

 

Je voudrais que s’entende comment la violence historique rentre dans les corps, crée en chacun une parole non parlée, un soliloque muet. D’ordinaire la poésie arrive à ça par des abréviations fabuleuses et des synthèses de foudre donnant à lire toute la structure du langage en abîme. J’entends une poésie qui ne trahisse pas la réalité. J’imagine un théâtre, simple odyssée sous les arbres, solitaire, tacite ou social, où l’auditeur soit dans la position d’entendre ce qu’il écoute comme s’il ne l’avait jamais encore entendu prononcer, bien que vivant de tout temps de ce débordement concentré de sa propre énergie singulière. Où soient des adresses, des voix, un lieu de la parole en soi pour qu’elle puisse exister. Sans quoi, le tragique de la folie le prouve, l’homme est un être donné pour le néant et la disparition. Que la voix retraduise ça, le lieu, le geste, le fuyant. Que s’entendent ces voix, vulnérables de songe, sentences retorses qui évident le mensonge, une beauté statuaire dans le calme plat de l’invective. Je voudrais que s’entende une langue qui par la répartie instantanée retourne le sens à son vide, à la cruauté rapace d’envol qui dort dans la guerre intestine des corps, à la douceur élue de la beauté. Ennuis, soleils, traites impayées, corps courbaturé et l’oppression, le souffle de la révolte. Je me dis qu’une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition. Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d’insurrection sacrée.
 

&
.
.
écrire

les jours sans jours
et les heures sans heures
proie du bonheur silencieux

mais quelle envie de partir
de fuir ou de rester là
quelle écriture impossible
quand l’amertume des fougères nous gagne
.

.
Portes infinies du regret

portes infinies du regret
portes minuscules
aimées parcourues
jamais connues


 

&

On ne peut pas écrire la pluie, encore moins la décrire, d’ailleurs ici c’est vraiment l’orage et il faudrait inventer un langage égal au choc physique de la pluie, à son tintement mat de rivière verbale, au défi de sa chute limpide, cataracte incolore dans les gestes énervés du vent. Il faudrait déplier jusqu’au vertige la genèse incarnée de ces phonèmes – or/âge – comme si la vie seule maintenue dans cette eau temporelle et la longévité de sa surprise donnaient justement un équivalent de prise silencieuse dans le corps muet de celui qui regarde. Éberlué presque par ce geste enfantin des gouttes qui s’éparpillent, tintinnabulent cristallines sur tôles ou rebond sonore de pierrailles, jet d’eau clairsemé en essaim de fraîcheur, ondée capricieuse chargée de rumeur, nuages charriés de branche en branche qui détrempent très vite l’humeur de l’atmosphère. Et soudain c’est un vrombissement de course nocturne, tout le ciel s’ouvre, il fait violet, mauve, dans le poing forcené de noirceur, et l’irradiante opale des éclairs en tête de la fureur. D’ailleurs tout craque et se venge, passage des corps célestes à qui semble ordonné de laver quelque faute première. La pluie produit ce vertige chaviré de nuit indolore dans la détresse muette du corps, seul le monde physique lapidé au-dehors informe de l’intensité du caractère. Même la main posée au départ de la pluie pour la cueillir ou saluer en ondée familière est chassée sans merci par le gouffre monstrueux du vent qui roule depuis les creux déchaînés d’atmosphère. Abrités dans l’esquif de nos villages à flanc de montagne dans la tourmente, nous sommes vraiment les proies silencieuses de la pluie. Elle déplie une verrière sensible, sensitive de vide, une eau première translucide, une durée spirituelle. Un rideau froid de pluie qui tombe nous rappelle d’instinct et de foudre les limites de notre propre corps, nous qui restons requis comme jamais derrière les vitres et les plis en cretonne de la fenêtre à la regarder s’abattre, sourdre, rebondir en gésine, frapper d’aplat soyeux, enragé, la célérité froide, sourde, et miraculeuse de sa tête de course. Vague transparente où la colère dévale un bruit qui dort. Comme elle affaisse et relève les minces particules d’éléments, on dirait des girouettes de rivières ou un océan dans l’eau furieuse qui navigue. Elle gire, appareil des eaux du temps, broie l’avarice du ciel, franchit le crêt torrentiel, libère ce barrage providentiel. On ne peut comparer à rien le miracle lapidaire de la pluie car c’est de la gaieté sensorielle et muette de notre corps qu’elle provient.

 

Patrick Laupin.

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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