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C'est tout ce que j'ai à déclarer

Publié le par la freniere

C'est tout ce que j'ai à déclarer

Publié dans Glanures

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Je compte beaucoup sur l'incompétence de Trump pour nous protéger des ravages qu'ils nous a promis.

Jordan Stump

Publié dans Ils ont dit

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Comme une noix

Publié le par la freniere

Je mêle mon langage à celui des oiseaux, ma mystique à celle des forêts. Le mot âme est tabou dans les livres comptables. C'est mon balai de sorcière, mon bâton de sourcier, ma baguette magique. C'est l'encre d'un crayon, la palette d'un peintre, la salle de montage, la grammaire musicale. C'est la mémoire de l'homme et la tendresse du loup. Si l'été nous dévêt, l'hiver nous emmitoufle de duvet. En automne, les feuilles saignent et rouillent. Le printemps germe en nous. Chaque saison nous habille. L'étendue de la mer nous rend humble. Je grimpe aux arbres pour respirer plus large. J'escalade les falaises pour toucher l'infini. Je m'enlise pour comprendre la terre. Je m'exile pour m'approcher de tous. Ma solitude se confronte à la mondanité. Nous sommes nés dans la chair. Nous y naissons toujours. Je cherche l'absolu auquel m'accrocher. Même en pliant le ciel, les paupières ne ferment pas les yeux. On continue de voir pendant le sommeil. On parle avec les ombres. On tète la lumière. La poussière des gestes envahit les étagères du corps. Il ne suffit pas de regarder. Il me faut voir avec les mots. J'observe le monde avec les yeux tournés vers l'intérieur.

Fermant les yeux devant le paysage, c'est le même pays, la même route, la même terre de silence, la même communion entre la chair et l'ortie, entre le feu et l'eau. Le ciel verse en nous un horizon plus vaste. La terre boit l'eau des nuages. Les grenouilles gonflées d'air croassent de bonheur. J'en perds mes mots comme on perd ses eaux. On marche avec des nuages collés à nos chaussures, de l'air dans la tête, du ciel dans les poches. Il faut de l'ordre et du désordre, juste assez d'herbes folles. Il y a des nids dans la cime des arbres, des pensées sous le sommet du crâne. Chaque geste qui prolonge le cœur est le début d'un miracle. Ce ne sont pas les murs d'une maison qui importent, mais son âme. Même déserte, le vent secoue la poussière des fantômes, les bruits de la mémoire. Le corps se souvient de l'emplacement des meubles, du vide entre les choses. On ne traverse pas la vie sans frôler quelques failles, sans enjamber l'abîme. Le proche et le lointain s'attirent. Une phrase est cette peau de lapin qu'on tire pour révéler sa chair, cette défroque qu'on décroche d'un clou, le sang du paysage s'échappant d'un stylo pour envahir la page. On cherche toujours un lieu où personne n'est allé. La beauté nous empêche de glisser, celle des galets ou des grands arbres, celle des gringalets qui soulèvent le ciel ou celle des géants qui courbent sous le vent. Les hommes se rapprochent en regardant plus loin. Les souvenirs sont des senteurs dans la mémoire de l'odorat. De la musique à la matière, les oreilles imaginent et le nez se souvient. Les mots tout autant que les gestes témoignent de la mémoire d'être là. Les phrases s'accrochent aux cordes vocales comme les herbes aux planches vermoulues. La parole épouse le silence. La grandeur rejoint le minuscule. Mes deux mains s'ouvrent comme une noix.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

Publié dans Prose

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La beauté de l'âme

Publié le par la freniere

Après les saints qui incarnent par leur être la beauté de l'âme, nous ne pouvons pas ne pas penser à ceux qui font profession de dévisager la beauté, à savoir les artistes, quelles que soient la forme et l'expression, apollinienne ou dyoni- siaque, fervente ou poignante, qu'ils donnent à cette beauté. On aurait une idée fausse de l'art si on le prenait pour une chose légère et facile, si l'on considérait les artistes comme des gens naturellement doués qui, au gré de leur inspiration, réalisent spontanément quelques œuvres de valeur. Non, l'art est d'une exigence extrême : bien des œuvres d'art comptent parmi les plus hautes réalisations de l'esprit humain. C'est pourquoi tant d'artistes sont morts jeunes, torturés par d'indicibles tourments et doutes. Dans l'extrême solitude au moment de la création, ils se mesurent non à l'aune de l'approbation humaine, mais à celle du divin. Outre les exigences techniques propres à chaque art, il y a à la base de toute grande œuvre une vision profonde que possède l'artiste. Cette vision, il ne l'atteint qu'en ayant maîtrisé les données sensibles du monde extérieur, ainsi que les ressources cachées de son monde intérieur, y compris les pulsions les plus obscures. La vision sera d'autant plus profonde qu'elle se laissera éclairer par les souffrances que l'artiste aura subies dans la vie. C'est le mariage de ces deux lumières, extérieure et intérieure, conquises de haute lutte, qui donne une authentique valeur à la création artistique dont le propos n'est pas seulement de figurer, mais de transfigurer. En elle, la nécessité et la liberté trouvent leur exact point d'équilibre. L'art, en son état suprême, est une parcelle de cette beauté à la fois charnelle et spirituelle de l'univers vivant révélée par une âme humaine. Il faut bien parler de l'âme au sujet de la création artistique. Celle-ci mobilise, bien entendu, le corps et l'esprit de l'artiste. Mais sa vraie dimension, c'est l'âme qui, ne l'oublions pas, constitue l'essence de l'unicité de chaque être. Si l'esprit raisonne, l'âme, elle, résonne. Les pièces de Monteverdi, de Couperin, de Bach, les trios et les quatuors de Beethoven, les impromptus et les sonates de Schubert, c'est l'âme qui résonne. Les touches de Fra Angelico, de Botticelli, de Rembrandt, de Vermeer, de Poussin, de Watteau, c'est l'âme qui résonne. Il en va de même des grands poètes de la voie orphique. C'est l'âme humaine qui entre en résonance avec quelque chose de pur, de grand, de sacré. Les meilleurs artistes n'affichent point leur égo ; ils s'oublient dans l'acte de créer. Chez eux, le style n'est pas une préfabrication ; le style vient après, lorsque la vision qu'ils portent est entièrement résorbée dans l'œuvre engendrée.

 

François Cheng

 

Publié dans Poésie du monde

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Le somnambule

Publié le par la freniere

Je garde sous la peau mon costume de mort

avec à l'intérieur le long poignard de l'aube

ma voix se couvre mon ombre et moi nous sommes seuls

et je laisse sur l'eau des blessures insensées

 

Je suis à bout de peau je fais des métiers d'absence

je descends dans le corps des oiseaux somnambules

j'éteins les ombres blanches sur le miroir des morts

et la couleur du monde s'est perdue en chemin

 

Je vois le ciel pendu à des crochets de plomb

je vois des marées mortes dans le sang blanc des algues

et sur les seuils de pierre des bracelets d'oiseaux

 

Dans un désert de peau je guette un enfant fou

je vois dans les bûchers des émeutes de miroirs

et le même visage à toutes les fenêtres....

 

Tristan Cabral

 

Publié dans Tristan Cabral

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Yves Auclair

Publié le par la freniere

Yves Auclair
Yves Auclair

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Je refuse

Publié le par la freniere

Je refuse

Je refuse de vivre dans un pays soumis, vassalisé, cassé, conquis
Un pays de Disneylands, de luge-lands, de no man's lands, de mort lente
Je refuse la haine, l'exclusion, la ségrégation, la soumission, la démission,
l'expulsion
Je refuse les ruines, les combines, l'intérim,
Je refuse l'Europe du fric et de la trique
Je refuse de léguer à mon enfant un avenir de décombres
De tôles rouillées, de portes fermées entre l'errance,
l'espoir d'une vague saison
et le petit boulot à trois mois d'espérance de vie
Je refuse que mon pays devienne un désert de friches, d'artifices,
de cicatrices, un parking de chômeurs au pied d'une montagne de luxe,
le royaume de la triche, du temporaire, du précaire et de la mort en blanc
Je refuse l'avenir à tiers temps
J'aime la dignité, la liberté, la solidarité
J'aime la vie


Michel Etievent

glané sur emilagitana

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Publié dans Poésie du monde

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La muse de Léonard Cohen

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Offenback soap opera

Publié le par la freniere

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Jusqu'à mordre la mort

Publié le par la freniere

Le manque d'argent, le manque de temps, le manque de tout n'empêchent pas la bonté. Tant qu'il y aura des bombes, tant qu'il y aura des tombes, tant que l'argent domine, la chair de poule habillera le squelette des mots. Luisant sur l'eau du lac, un insecte ventre en l'air recroqueville ses ailes. Sa noyade est celle d'un vivant. La mort d'un autre nous force à vivre. Lorsque l'on naît, est-ce pour toujours? Lorsque l'on est, c'est pour savoir pourquoi. Lorsque l'on vit, c'est pour jouir et souffrir. Je note ce que rature le silence, la peur du sang, un amour inconnu, les larmes refoulées, la chaleur et le froid, la patience des arbres, la joie et la souffrance, le sourire d'un loup, l'enfance qui persiste à travers les années et le désordre des pensées. L'égarement nous rapproche, la peur des orages, les souvenirs d'enfance, le sang du rêve dans le cœur du réel. La plupart de mes amis d'enfance sont entré dans les affaires. Je suis resté seul sur le bord de la route, le pouce indiquant l'infini. Je l'ai trouvé parfois dans les bleds perdus, rarement dans les villes, jamais dans les vitrines. Installés dans un rôle, les gestes ne sont plus que ceux d'un automate. Malgré le poids des choses et la douleur du temps, la beauté des âmes reste légère, légère comme le feu et l'eau, les feuilles tremblant au moindre petit vent. Ce que l'homme salit, son âme l'embellit. Il faut du temps pour le comprendre. Il faut de la lenteur, de l'empathie, du cœur. Il faut du vent, des rivières, des bêtes, l'odeur des corps qui nous frôlent, le poids du monde sur les épaules, cette part d'inconnu où flashent les lucioles. Le ciel saigne un peu au lever du soleil. Comme issue de la brume, la lumière de l'aube caresse les collines. Les arbres au garde-à-vous attendent les oiseaux pour rire de nouveau. Les années passent entre les mots. Le temps s'attarde à bout de souffle. Terre et ciel se mélangent dans la couleur de l'encre. Offrant ma vie aux rêves des enfants, donnant ma voix aux pauvres, aux fous, aux vieillards, je deviens l'un des leurs. Quand l'horizon se dérobe de mirage en mirage, cherchant le sens de la vie, les mots s'ajoutent à l'équation du monde. Il arrive qu'on écrive jusqu'à mordre la mort.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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