Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La Manic, version originale

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Rodney Saint-Eloi

Publié le par la freniere

photo: Pascal Dumont

photo: Pascal Dumont

Invité d'honneur au Salon du livre de Rimouski, l'écrivain Rodney Saint-Éloi revient sur son Haïti natale et sa vision de la littérature comme une invitation à l'humanité.

L'écrivain haïtien se sent de prime abord impuissant devant les catastrophes que cumule son pays natal, dont l'ouragan Matthews, qui l'a ravagé le mois dernier, faisant plusieurs centaines de morts.

M. Saint-Éloi croit toutefois que ces tragédies doivent être comprises dans une perspective planétaire, et que chaque pays connaît sa part de catastrophes. « On ne sait pas qu'est-ce que seront nos vies, nos rivières, nos fleuves, dans dix ans, donc la catastrophe elle n'est pas haïtienne, au contraire », explique-t-il.

Haïti peut dire au monde : "voici, il y a une catastrophe plus générale qui nous concerne", ça veut dire qu'il n'y a pas d'humanité singulière. Quand l'autre est malade, c'est moi aussi qui suis malade.
Rodney Saint-Éloi

Selon Rodney Saint-Éloi, la responsabilité de l'écrivain est de ramener le lecteur à son humanité, d'humaniser, également, la catastrophe. Cette responsabilité incombe d'ailleurs à tous:

« De sortir de notre confort pour dire qu'on est debout, on est des citoyens, on habite la cité, on veut que les arbres restent des arbres, on veut que l'eau reste l'eau. On veut que les enfants grandissent, pas avec la guerre, pas avec les discours racistes qu'on a légitimés. »

Offrir un autre horizon

Rodney Saint-Éloi a fait de Passion Haïti, son plus récent ouvrage, un dictionnaire amoureux de son pays natal : « J'essaie de rassembler tout ce qui me touche, dans le sens de l'amour, mais aussi dans le sens de la colère, tout ce qui m'a humanisé, éveillé sur le monde », raconte-t-il.


 

Après s'être défini à partir de l'exil, de la route parcourue et de la route qui reste à parcourir, il a désiré prendre un temps d'arrêt, pour regarder en lui-même et replonger dans ses souvenirs. Passion Haïtiest également une ode aux femmes de sa famille qui lui ont transmis tout leur amour.

« On te donne le pouvoir de nommer le monde, de regarder le monde, de voir très très loin et de ne pas avoir peur, parce qu'il y a une grand-mère qui t'a dit que tu es un prince. Et tu vas mourir avec l'idée que tu es un prince », affirme-t-il les yeux brillants.

Cette image l'habite toujours, quand il doit faire face au regard des gens, parfois teinté de racisme. D'un autre côté, ce plongeon dans l'Haïti de Rodney Saint-Éloi veut également ouvrir le lecteur sur un autre horizon.

Ça veut dire que si j'écris un livre et que tu le lis, ça te transforme. Ça te transforme en changeant ton regard de place. Ma grand-mère, qui ne sait pas lire, qui est une pauvre femme noire, devient une reine pour toi.
Rodney Saint-Éloi

Pour le « vivre ensemble »

Rodney Saint-Éloi écrit ainsi dans le désir de partager son rêve du « vivre ensemble », dans le respect et l'ouverture. Cet espoir passe d'ailleurs par la joie et les rires :

C'est ça la révolution, si on peut trouver le temps pour rire ensemble, pour manger ensemble, faire la fête... c'est ça, la vie. La vie n'est pas payer les factures. On nous a complètement dressés les uns contre les autres. Il faut se ressaisir.
Rodney Saint-Éloi

« Je voudrais que dans votre regard, il y ait la joie, l'espoir, pas un regard qui ne dit rien, qui ne peut pas dire "demain". Donc notre responsabilité, c'est de voir comment dire demain, et comment y inclure tout le monde. »

Laurence Gallant        Radio-Canada

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

D'un cahier l'autre

Publié le par la freniere

D'un cahier l'autre, ma vie est sur la table comme un morceau de viande assaisonnée de sacres et de prières laïques. L'espoir s'use et ruse avec le vide. Mes mots se mirent dans la cendre. J'ai trop vécu ma vie sans moi. Je la cherche aujourd'hui comme un sale égoïste. Les larmes qu'on refoule laisse une brûlure aux yeux. Un grand cœur végétal anime la forêt. La liberté des feuilles tient au fait qu'elles tombent. Dans la tête des arbres, la sève monte jusqu'au cerveau. La beauté des fleurs nous venge du Coran, de la Bible et des guerres. Ce n'est pas Dieu que cherchent les oiseaux, mais un verre de terre, une graine de vie, une miette de faim. Les gouttes de pluie se battent sur le ring des toits. Tout copule et germine. Tout s'anime et s'épanche. Le ciel s'éclaire ou s'assombrit selon l'orage ou l'accalmie. On prête une âme de diable, de génie malfaisant, aux éclairs audacieux. Cherchant une place dans le courant des mots, je dessine une jambe après l'autre. J'avance à coups de crayon, tout un côté de la main noirci de plomb, le graphite étant la couleur des gauchers. Dans un monde malade, le rêve est cancéreux. On le soigne de mots, de gestes, d'images et de moucharabiehs. Quand le verbe va seul, le sujet ne sait plus où donner de la voix. Ce qui est de la vie s'accroche au paysage. À chacun ses joujoux. Le capital achète déjà les âmes. Les fillettes croyant dominer leurs poupées n'en sont que les jouets. Les gosses, avec leurs dinky toys, se font tracer la route. Enfant, plus renfermé qu'autiste, je comptais les grains de poussière dans un rayon de lumière, les mouches mortes sur un papier collant, les lettres de la pluie comme des gouttelettes d'encre, les passions mises sous le boisseau, les arbres morts aux racines anthropomorphes, le ciel chargé d'hémoglobine au lever du soleil. Je suis comme ce vieillard courbé sur un banc, rabâchant ses souvenirs d'enfance entre deux quintes de toux. La pensée n'est qu'un tissu de paille. Les idées brûlent dans un fourre-tout dialectique. Ma simplesse de gosse croule sous les concepts. Des mots se lèvent en moi et m'interdisent de dormir. Mes yeux clignotent sur le bout d'un crayon pour éclairer la nuit et éclaircir ma voix.

Au loin, les montagnes m'appellent. Le vent murmure à mes oreilles. Une ombre m'accompagne. Une lumière émane de l'intérieur des choses, du fond du paysage. Un cœur bat la chamade dans la poitrine du temps. Autant la littérature nous indique la route autant elle nous égare. Une langue se travaille comme une pâte à modeler. Ni narratif ni normatif, je me contente du lexique et des figures de style, d'une musique sous-jacente, du ton particulier d'un bègue qui cherche à parler vite. Entre le lièvre et la tortue, c'est n'est pas l'espace qui compte, mais la ténacité. Une maison composée de silence laisse passer le bruit. Chaque matin, nous passons des songes du sommeil au réel des choses. Un peu de boue s'ébroue quand l'eau du fleuve broute ses berges. La pluie du temps s'égoutte entre le vert des poubelles et les jouets d'enfant, le rose de l'aurore et les arbres chenus, les jardins oubliés et les gouttières de l'air. J'entends l'écho très sec d'un arbre maigrichon où s'acharne un pic-bois de ses toc toc sonores. Une graine toque sous la terre avant qu'une fleur éclose. Je cherche où déposer ma vie. Le monde à portée de main n'attend qu'une caresse. Les morts sont-ils heureux? Il faut des mots à chaque bouche, une lumière à chaque ombre. Il faut des braises à chaque feu, un vent propageant l'incendie. Quand les choses de la vie regagnent leur place, je cherche encore la mienne. On ne sait pas mourir. On feint même de vivre. C'est une grande affaire que d'apprendre à aimer.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Une bénédiction automnale à Saint-Norbert

Publié le par la freniere

photo: Dominique Huot

photo: Dominique Huot

Partager cet article

Repost 0

Louis Hamelin: Autour d'Éva

Publié le par la freniere

Photo: Marco Companozzi

Photo: Marco Companozzi

Six ans après l'exceptionnel Constellation du Lynx, Louis Hamelin est de retour en grande forme avec Autour d'Éva. En décrivant la «bataille du Kaganoma», lutte sans merci entre écologistes et promoteurs autour d'un énorme projet d'ensemble résidentiel sur les bords d'un lac presque sauvage de l'Abitibi au début des années 2000, il signe une fable écologiste et politique aussi brillante que jouissive qui n'épargne personne.

Même si, personnellement, je suis du côté des conservationnistes, quand on écrit un roman, les deux camps doivent exister avec une égale vraisemblance», explique Louis Hamelin. Le résultat est un roman trépidant et caustique, porté par une écriture flamboyante et peuplé de personnages particulièrement riches. C'est à travers eux que nous avons parlé du livre avec Louis Hamelin.

Dan Dubois

Croisement de Roy Dupuis et de Richard Desjardins, le personnage de Dan Dubois est un comédien et cinéaste engagé très connu. Riverain du lac Kaganoma, il entre en guerre contre le projet d'ensemble résidentiel en fondant le groupe Autour, dont il est le président intransigeant et manipulateur. «Comme romancier, j'éprouve un certain plaisir à égratigner les figures trop positives de héros engagés. Je l'avais fait dans La constellation du Lynx avec les felquistes.» Pour Louis Hamelin, l'artiste engagé est justement le héros romantique moderne par excellence, et Dan Dubois lui permet de faire une réflexion sur les périls de la célébrité. «Il est connu, les gens l'aiment, il a des tentations que d'autres n'ont pas. Son côté un peu brutal, c'est aussi sa forme d'intégrité.» Ainsi, Louis Hamelin décrit un Dan Dubois convaincu et convaincant mais pas vraiment sympathique, qui abuse de son pouvoir à l'intérieur de son camp et qui n'est pas à l'abri des dérives idéologiques. «Quand on milite, on ne peut pas s'enfarger dans les nuances si on veut que le message porte.»

Lionel Viger

Louis Hamelin décrit le personnage de Lionel Viger, dit «le lion de l'Abitibi», comme un «Elvis Gratton intelligent». Cet homme d'affaires hyperactif est à l'origine du projet d'ensemble résidentiel autour du lac Kaganoma. «Beaucoup de choses passent par lui. Le rapport entre l'argent et la politique, qui est fondamental au Québec, c'est très présent dans son parcours. Viger est inspiré d'un homme d'affaires de la Mauricie. Ce bonhomme, c'est comme trop beau comme personnage, tellement je l'ai converti sans trop changer sa bio!» Lionel Viger, qui se voit comme un poète, est un magouilleur qui pense que tout peut s'acheter, mais dont le parcours est fascinant. «Pour un auteur, c'est un plus grand défi de rendre la vérité d'un personnage comme celui-là. Il est arrogant, mais il se perçoit comme un bienfaiteur, car il va amener 200 millions US dans sa région! C'est une bibitte, mais c'est aussi le côté sombre de la force.»

Éva Sauvé

La Éva du titre est de retour dans sa région natale après 10 ans d'exil. Elle s'installe dans le chalet de son père situé au bord du Kaganoma avec l'intention de faire le vide. Mais la controverse autour du projet d'ensemble résidentiel et sa relation amoureuse chaotique avec Dan Dubois rendront cette année pas mal agitée. «Ce livre, c'est l'histoire d'une désillusion. Au début, son admiration pour Dan et pour la cause est sans partage. Mais elle constate que c'est de moins en moins pur.» Si Autour d'Éva est une fable politique, ajoute Louis Hamelin, ce n'est jamais au détriment de l'histoire d'Éva, qu'il voit un peu comme la soeur qu'il aurait pu avoir. «Au début, j'avais quelques appréhensions d'avoir un personnage féminin principal. Mais comme je ne m'aventure pas trop dans les terrains de la psychologie, j'ai comme évité certains écueils...»

Stan Sauvé

Stan Sauvé est le père d'Éva, rédacteur en chef et seul journaliste du journal local de Maldoror,Le Colon. S'il est fasciné par la bataille entre Dubois et Sauvé, il n'arrive pas à prendre position. «C'est un riverain du Kaganoma, mais en même temps, tous les annonceurs du journal sont pour le projet! Mais si Autour d'Éva raconte une histoire d'amour qui vire mal, c'est aussi une belle histoire père-fille car elle se rapprochera de son père. C'est un personnage fragile, Stan, une espèce de raté sympathique. Mais peut-être que finalement, c'est lui qui va vivre le trip de sa fille à sa place.»

Bum Derome

Député et ami de toujours de Lionel Viger, auquel il doit en partie sa carrière politique, Bum Derome sait qu'il est toujours utile d'avoir de bons amis riches. Mais Louis Hamelin n'a pas voulu en faire l'archétype du politicien véreux. «Il est un peu corrompu, c'est sûr, mais je crois que la semence de la corruption fait partie de chacun de nous. Par contre, à cette époque où il est de bon ton de mépriser les politiciens, je n'exclus pas que chez Bum Derome, comme chez plein d'autres politiciens, il y ait une part d'idéalisme, en tout cas de volonté de servir. Tout en restant très critique du pouvoir et de la manière dont il s'exerce sous les pressions économiques, j'ai voulu faire de Bum un personnage nuancé à sa manière.»

La nature

Animaux qui chassent, meurent et copulent, forêt au silence chargé, lac aux eaux changeantes, la «permanence de la nature» est la toile de fond de ce roman où la forêt finit même par reprendre ses droits. «Ces passages naturalistes entre les chapitres, ça relativise l'action. Les personnages sont ramenés à leur dimension: ils ne sont que des bestioles qui s'agitent.» On a aussi l'impression que Louis Hamelin n'est jamais aussi écrivain que lorsqu'il décrit un paysage, alors que ses phrases se déploient majestueusement. «C'est peut-être ce qui stimule le plus mon écriture», admet Louis Hamelin, qui dit être moins dans la recherche de l'effet littéraire qu'à l'époque de La rage, son premier roman. Comme s'il avait harnaché un peu son style. «Tu dois mettre ton écriture au service de l'histoire à raconter. J'irais même jusqu'à parler d'efficacité narrative... sans trop exagérer! En même temps, ce n'est pas minimaliste. J'ai besoin d'en mettre. J'aime les phrases qui claquent, les couleurs et les sons des mots.»

Le nord

Louis Hamelin a vécu cinq ans en Abitibi au début des années 2000. L'écrivain aime le Nord et le décrit magnifiquement bien, que ce soit celui du Québec ou celui de la Finlande. «Depuis les années 80, on parle beaucoup de notre américanité, et Dieu sait que je suis associé à ça. Mais on est des nordiques aussi, pas des cowboys du Far West, et je pense que toute une veine de la meilleure littérature québécoise actuelle passe par cette décentralisation. J'admire chez les écrivains américains cette capacité qu'ils ont de faire vivre la moindre petite ville du Midwest comme si elle était plus universelle que Sept-Îles. C'est une littérature qui occupe le territoire, qui le fait exister. Notre rôle est de faire aussi exister Sept-Îles dans l'imaginaire littéraire.»

Josée Lapointe La Presse

 

Louis Hamelin: Autour d'Éva

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Ulysse et les syrènes

Publié le par la freniere

Pablo Picasso: Ulysse et les sirènes

Pablo Picasso: Ulysse et les sirènes

Ne suis pas de ces fils de bonne famille langoureux 
échoués sur un credo du verbe 
j'existe et me déplace entre les lignes 
ligne de vie ligne de chance ligne de front ligne à haute tension 
et quand je broie du noir je compte mes morts 
ma musique ne s'entend qu'à la lisière de l'aube 
avant que ne s'étrangle le coq rouge du réel
J'ai falsifié de fond en comble le monde 
pour lui faire rendre ses couleurs 
et j'en pince pour une ravissantes princesse en guenilles 
qui fait danser les faubourgs au son du canon
Mettre à bas les vielles morales désuètes les préjugés vaniteux 
explorer l'esprit jusque dans les moindres confins de la matière 
renverser les tables de la loi mettre le feu à la maison 
et partir quitter cette foire d'empoigne 
ce cirque Pinder où les tigres n'ont plus ni dents ni griffes 
où des théories de nains déguisées en girafes martyrisent un vieux clown sans défense
la vérité ne s'expose que lors des enterrements des êtres que l'on aime 
tout le reste n'est que de l'art pour faire bonne figure 
et si quelques poètes rébarbatifs 
brillent comme des étoiles errantes dans le non-sens du cosmos 
alors tout espoir de tomber amoureux n'est pas perdu car l'espoir c'est la vie 
comme le dit le premier imbécile aux nues ravi 
tel un bon matelot j'épisse les cordages de l'imagination 
en écoutant chanter les sirènes de mes rêves parmi les vagues vineuses d'une Odyssée.


André Chenet    Au lieu-dit des Bons Airs, le 4 Nov. 2016

 

Partager cet article

Repost 0

La montagne Cohen

Publié le par la freniere

La montagne Cohen

Leonard Cohen ne danse plus sur Boogie Street. Corps fatigué, dos froissé. Lui-même évoque la mort avec son habituel sens de l’ironie. Mais son 14e disque — qui sort vendredi — vient souligner une nouvelle fois la grandeur de l’artiste. Entretien avec son fils, réalisateur de l’album.


Au bout du fil, Adam Cohen parle de son père comme d’un homme « à la fin de sa vie ». Souffrant, confiné à une chaise médicale orthopédique pour l’enregistrement de son dernier disque. Et pourtant : un homme au « sommet de ses pouvoirs », lance-t-il, presque incrédule.

 « Je veux dire par là qu’il n’est pas normal que quelqu’un à ce stade de sa vie et de sa carrière soit autant en commande de ses facultés artistiques, explique Cohen fils depuis Los Angeles. Je pense que c’est ce qui le distingue de ses contemporains. Il parle avec une autorité… »

 Cohen s’arrête, hésite un moment, puis poursuit. « Il parle avec tous les atouts qu’il a gagnés de ses expériences et d’une vie entière. Il parle du sommet de la montagne qu’il a forgée avec ses mains et ses mélodies. Voilà : c’est de là qu’il nous parle, avec la volonté d’être pertinent, avec le courage aussi d’aborder des thèmes qui sont appropriés à son statut et à son âge. »

Sur cette montagne poétique, Leonard Cohen vient donc poser une nouvelle pierre :You Want It Darker, quatorzième album d’une carrière musicale entamée en 1967 avec l’inoubliable Songs of Leonard Cohen (il avait alors 33 ans et cinq livres derrière lui).

 Cycle

 Neuf chansons neuves sur la table : du bonheur pour les fidèles du plus célèbre et respecté des créateurs montréalais. Un disque sombre, crépusculaire à bien des égards, avec de grandes chansons. Un disque majeur, aussi, par ses thèmes (le rapport à la vie, l’amour, la mort, le désir, la religion, la vieillesse — du Cohen pur jus) et par le traitement de ceux-ci.

 « C’est un disque qui prend la vie intérieure et le dialogue intérieur très sérieusement, estime Adam Cohen, 44 ans. Il vole au-dessus des slogans. »

 Le disque vient d’une certaine manière compléter la « trilogie du retour » (après les albums Old Ideas en 2012 et Popular Problems en 2014) de Cohen, un cycle de création à la fois inattendu et particulièrement fécond. Mais il le complète tout en s’en distinguant. Et c’est ce qui, pour Adam Cohen, en fait « le plus remarquable disque »de Leonard Cohen depuis The Future, il y a près de 25 ans.

 Parmi les nuances, on notera le dépouillement des arrangements et le quasi-abandon des choeurs féminins qui traversent les albums de Cohen depuis toujours — cela au profit d’un choeur d’hommes (celui de la chorale de la synagogue montréalaise que fréquentent les Cohen depuis des décennies).

 Mais c’est surtout la maîtrise de sa voix qui en jette. Certes plus basse que jamais — l’homme qui a écrit A Thousand Kisses Deep chante réellement à mille lieues de profondeur —, mais bouleversante de bout en bout.

 Et cela a beaucoup à voir avec les conditions d’enregistrement, soutient Adam Cohen, qui a pris en main la réalisation du disque alors que son père était prêt à abandonner un an de travail pour cause de maux de dos. Cohen fils lui a trouvé cette chaise orthopédique, et c’est ainsi que Cohen père a pu chanter-réciter ses textes.

 « Je lui ai souvent demandé comment il faisait pour nous donner ces prises de voix qui sont comme des chuchotements à l’oreille, mais qui font en même temps trembler le monde entier, dit-il. Il avait une précision et une férocité que je n’avais jamais vues encore. Faire les voix a toujours été difficile pour lui, et voilà qu’il avait cette rapidité, cette précision ? Et sa réponse a toujours été que parce qu’il souffrait et qu’il était immobilisé, il n’y avait rien pour le distraire. Sa concentration était maximale. »

Destin

Plus largement, Adam Cohen évoque un projet « emporté par un vent mystérieux, touché par une grâce, un destin. On ne peut pas orchestrer ce genre d’inspiration ».

Le processus fut « exaltant », dit-il. « On savait que quelque chose de spécial était en train de se passer. J’ai vu mon père, un homme en grande douleur, se lever pour danser en face des haut-parleurs. On a écouté des chansons en boucle comme des adolescents. On a ri, parfois avec l’aide de marijuana médicale… Ce fut une expérience douce et remarquable. »

 D’autant que pour lui, elle signifiait une nouvelle étape dans sa progression au sein de ce qu’il appelle l’« entreprise familiale » — une sorte de Cohen et fils, artisans de chansons. « J’ai commencé tout en bas, très humblement, au premier étage. Là, j’ai l’impression d’être enfin dans la même pièce que mon père, aux étages supérieurs : mon père s’est tourné vers moi pour que je l’aide ; il m’a demandé d’être en dialogue avec sa musique. C’est la première fois qu’il me demande mon avis à ce point. Et c’est très gratifiant. »

 Troisième acte

Difficile de dire si ce sera là le dernier album de Leonard Cohen — le principal intéressé a indiqué cette semaine qu’il travaille sur deux autres projets et aimerait les terminer si sa santé tient le coup. Mais pour Adam Cohen, peu importe : la dernière phase de la carrière de son père (depuis son retour sur scène en 2008) aura été tout simplement magique.

 « C’est une autre différence entre lui et ses contemporains. Ce troisième acte de la vie, dans ce qui est une pièce de théâtre généralement mal écrite pour les êtres humains, est incroyablement bien écrit pour lui. »

 Une forme de politesse, en somme, de la vie envers le poète.

Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir

Publié dans Les marcheurs de rêve

Partager cet article

Repost 0

Coluche rencontre Ferré

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Saturation

Publié le par la freniere

J'ai écouté, hier soir une émission littéraire, qu'en principe pourtant j'apprécie ! Un cénacle de femmes auteurs n’y échappait pas à l’humeur littéraire ambiante faite de snobisme et de ronds de langage. On était loin des grandes figures féminines de l’écrit ! Les écritures présentées surfaient tellement sur l'intellectualisme que ça en devenait pathétique.

 

Écrire et en parler s’inscrit maintenant, comme l’avancée technologique, dans une fumisterie dangereuse, ostentatoire et vide, qui se racine dans l’esbroufe, l’apprentissage sorcier, la représentation, et un mentalisme froid et élitiste. Sans doute, ailleurs, doit-il rester de vrais écrivants, mais où ? Certainement pas dans la sphère de l’intelligentsia actuelle.

 

On rêve d’entendre la simplicité superbe d'une Maria Borrely, l'humaniste juste d'une Nancy Huston ou d'une Tony Morrison, l'intelligence d'une Emily Dickinson, bref des gens qui sont autre chose que des clones de la pensée des mouvements actuels.

 

Il y a quelque chose de concentrationnaire dans l’expression de ces voix qui se moulent sur un paraître politiquement correct qui veut nous porter à croire que l’institution de la pensée ou de la langue dans l’air du temps doit éliminer la foi profonde du charbonnier et le travail d'humilité de l'écrivain.

 

A dire vrai, je ne supporte même plus les maisons d’éditions qui, pour la plupart et surtout celles dites 'grandes', ont un fonctionnement qui ne se fonde plus sur l'art mais sur le commerce et les copinages dont peu importent les formes. Si on y ajoute l’immense fumisterie des réseaux sociaux, on en arrive à une forme de vie et d'expression minables, corrompues, étroites et invivables, la pensée unique n'est pas loin !

 

Faudra-t-il que ceux qui veulent résister aux régimes délétères ambiants aillent vivre dans les montagnes loin et haut pour échapper à la folie des paraître et des manipulations ? Peut-être !

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Scribulations

Publié le par la freniere

Scribulations

Vous pouvez acheter Scribulations sur Facebook 

https://www.facebook.com/Scribulations/app/251458316228/

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0