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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Chaque religion a son mystère, sa musique, son jargon et ses métaphores. La langue que parle le capitalisme néosauvage est celle des abattoirs, des tortionnaires et des blocs opératoires de l’époque où la médecine charcutait à froid.

Depuis plus de vingt ans, la liturgie quotidienne du néolibéralisme est celle du Grand guignol. Du lever de la cote boursière à son coucher, on coupe, on découpe, on dégraisse, on écorche, on ampute, on saigne et on décervelle. Les figures de style des économistes s’envolent mais la glorification des équarisseurs demeure.

 

Jean-Claude Germain

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

 

Publié dans Paroles indiennes

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L'âge du bois

Publié le par la freniere

D

ans mes nuits blanches tachées d’encre, il me semble renaître. Une lampe s’allume que je croyais détruite. Un univers se forme d’un assemblage de mots. Les phrases sont des bras, des arbres, des nuages. Il ne pleut jamais par hasard. Le vent de l’eau agite les feuillages. Une image tête en bas se prend pour un ruisseau. La fibre du papier se souvient de la sève. L’âge du bois apparaît sur l’écorce. Les morts revivent dans les livres. L’aimant de l’encre attire les images. Je tends l’oreille entre les ombres. J’ouvre les yeux entre les lignes. Chacun possède un jardin dans la bouche, une lumière dans la nuit. Le mot transforme les clous de portes en bourgeons de lumière, les trottoirs en sentiers, les trous d’homme en volcans. Des bêtes remuent dans la maison de l’être. Les chaises parlent avec la table. La porte est grande ouverte pour accueillir le monde. On entend chanter le ciel dans le bruissement des ailes, le passage des anges entre deux courants d’air.

         Je ne suis pas causant, et pourtant, à chaque mot qui manque j’ai l’impression d’être amputé de l’homme, de perdre un peu d’éternité. Les paupières s’abaissent et se relèvent sans voir plus loin que les mots sur la page. Les pas se hâtent ou ralentissent sans approcher de l’horizon. Seul un trait de crayon enjambe l’arc-en-ciel. Je m’intéresse peu aux routes sinon celle d’un homme dans le cœur d’une femme. La lumière du soir s’enfonce dans la table pour éclairer la sève. J’y puise une encre blonde que noircissent les mots. Je cherche l’homme sous l’hommerie, la clef des champs dans un trousseau d’images, l’oiseau du cœur dans la coquille du corps, l’enfant désemparé devant ses bras qui bougent. Parler de moi, c’est dire la rivière Richelieu frémissant d’achigans, le Mont St-Hilaire aux bras chargés de pommes, la boutique d’Arcadius, mon grand-père, l’apothicaire des pauvres, le piano de Jean-Baptiste, la chaloupe Verchères que naviguait mon père, les tricots de ma mère. La route vers la source est parsemée d’épines. Enfant, j’avais déjà les jambes grafignées par les ronces en ramassant des fraises, les mains pleines d’échardes en grimpant aux pommiers, les poils de l’âme hérissés par le vent.

Il faut rester fidèle aux premières étoiles, soudé aux pierres, à l’humus, à la pluie, refaire l’escalier quand la marche du monde dément les utopies. Quand on brûle des livres, les mots prennent leurs ailes dans flammes du feu. L’espoir ne s’éteint pas. Il se dessine avec la cendre et le sang des blessures. J’écris quand même, encore, malgré tout à la place du mot fin. Je ne veux pas une moitié d’amour une moitié de haine. Je veux tout pour l’amour. L’eau traverse la terre avec ses aliments aveugles, ses antennes pour la soif. Les bêtes, les plantes, les hommes boivent à la même source. Combien de temps encore le blé poussera-t-il, le pouls battra-t-il dans les coquilles d’œuf ? Les oiseaux font leur nid dans un arbre abattu. La dynamite a remplacé le pain et les bourgeons du chêne finissent en cercueil. On manque de salive, de bonheur, de parole. Je traverse les montagnes du réel avec un rêve sur le dos. Je viens d’un marécage, de l’herbe, d’une source, d’une moisson de forces, d’une rivière d’images. Je fabrique une table pour une tête sans meuble.

Nos mots n’auront jamais la densité d’une pierre. Dans la foule qui passe, la multitude des pas accroît la solitude. Dans le corps de la ville, chaque veine perd sa route sans retrouver le cœur. À ceux qui veulent du feu, on n’offre que la cendre. Je reviens à la terre où l’air se déplace à petits pas de bête. La tête penchée comme une fleur, je respire l’odeur de la boue sous l’arrosoir d’un poème. Dans le jardin des langues, je plante mon crayon pour une promesse de plante. Je me réveille entier, un lapin dans le chapeau et la volière de ma tête ouverte sur le ciel. Je retrouve l’enfant qu’un écureuil occupe, qu’un brin d’herbe fait rire, qu’une pierre émerveille. Un chant d’oiseau renaît sous ma coquille vide. Le seau lourd des ténèbres se transforme en lumière. La pomme et le couteau s’unissent dans la bouche par le baiser du goût. L’incendie de l’amour laisse des cendres d’or. Je regarde la vie par l’œil des bourgeons. La lumière sort de l’ombre et cogne à la rétine. Les paupières applaudissent les clignements de l’air. Peu importe l’orage, l’arc-en-ciel se pose comme un toit de couleurs sur les murs de la pluie. Les chiens maigres de l’ombre rongent un os de lumière.

Publié dans Prose

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C'est curieux

Publié le par la freniere

Il y a des mains qui sont mortes et d’autres pas. Il faut de l’expérience pour se rendre compte. Quand l’homme tend sa main la première fois, elle est chaude et blanche avec cinq doigts bien distincts. La deuxième fois comme il insiste davantage, on a le temps de remonter un peu le long du bras mais ça n’est pas suffisant. La troisième fois alors qu’on espère le contact de la main prolongé, il présente une autre portion de lui-même, la bouche ou le sexe, cela dépend de son tempérament. Quand l’homme me serre dans ses bras la quatrième fois en disant « je t’aime », c’est à ce moment-là que la main se décide. Soit elle reste accrochée aux mots de l’homme, soit elle tombe comme une feuille morte.

 

C’est curieux toutes ces mains par terre en automne.

 

Isabelle Pinçon

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

 

Chaque religion a son mystère, sa musique, son jargon et ses métaphores. La langue que parle le capitalisme néosauvage est celle des abattoirs, des tortionnaires et des blocs opératoires de l’époque où la médecine charcutait à froid.

Depuis plus de vingt ans, la liturgie quotidienne du néolibéralisme est celle du Grand guignol. Du lever de la cote boursière à son coucher, on coupe, on découpe, on dégraisse, on écorche, on ampute, on saigne et on décervelle. Les figures de style des économistes s’envolent mais la glorification des équarisseurs demeure.

 

Jean-Claude Germain

Publié dans Ils ont dit

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Le Pouvoir du Prince

Publié le par la freniere

Le Prince prétend gouverner, mais ce sont les circonstances qui le façonnent. Donc, il compose. C'est un compositeur. Malgré la cacophonie d'un réel qui lui échappe, il tente d'y établir l'harmonie par un discours qui couvre les fausses notes. Moins il aura de prise sur la réalité, plus son discours sera ferme et rassurant. Plus il donnera l'illusion - magique - d'un pouvoir absolu. Or le peuple s'enlise dans ce sable mouvant.

...

Pour contrer les arguties et les entourloupettes du Prince, il n'y aura qu'une arme : la naïveté. Elle consiste à dire /: après tes belles paroles, que me reste-t-il dans la main ? A quoi servent tes engins de destruction ? Tes hausses d'impôts ? Tes discours sur le chômage ? Tes remèdes à la crise ? Qui profite de tes milliards ? Qui paye les intérêts et à qui ? Es-tu responsable de l'économie du pays ? Si oui, pourquoi est-elle dans un si piteux état ? Si non, pourquoi prétends-tu gouverner ? N'as-tu de pouvoir que sur la parole ? Il semble bien que oui, si j'en juge par le peu qui me reste dans la main, quand tu m'as tout enlevé ou presque. Prince, toi et ta grande gueule, ne me cachez pas le soleil. J'y verrai plus clair et je me boucherai les oreilles.

 

Gilles Hénault

Publié dans Poésie du monde

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Gilles Chalifoux est en Chine

Publié le par la freniere

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Le ciel vide son sac

Publié le par la freniere

I

l pleut à verse. Depuis deux semaines, nous passons des sandales aux raquettes, de la peau douce à la peau d’ours. D’un nuage d’idées, la pluie tombe en images. Le ciel vide son sac. Les heures de la neige sont comptées. On verra bientôt ce que l’hiver a saccagé, les gerçures du sol, les nids de poule boueux, les os laissés pour compte, les infusions de feuilles mortes. Je tire la langue dans la pluie avec des mots ouverts comme le bec des oiseaux. Au printemps, les montagnes se rapprochent. Les collines se dévêtent, offrant leur peau nue à la caresse du soleil. Les fourmis se réveillent sous un béret de mousse. Tous les sentiers m’appellent. Depuis petit, j’apprends à lire la nature. Mes yeux tournent les pages. Mes pas lisent la route. Il y a toujours un bouquet d’images sur la table du jour, un pichet d’espérance. Il y a tant de ciel sur le corps d’un ruisseau, tant de soleil sous l’écorce d’un arbre, tant de siècles dans la durée d’une pierre. Dans la graphie du monde, chaque langue est une carte. Elle prend son bien où elle peut, dans le crâne d’un auteur, la beauté d’une fleur, l’énigme d’une source, le vol d’un oiseau, le duvet d’une plante, les travaux et les jours.

         Un paragraphe suffit pour traverser la mer, un autre pour toucher la ligne d’horizon. De pauvreté en pauvreté, j’enrichis la parole. Je fabrique des phrases avec ce que je perds. La liberté ne s’encombre de rien. Les véritables rives sont le courant du fleuve. Des ombres cherchent leurs corps comme un oiseau son nid, des silences leurs mots. Dévorant l’invisible, de ce qui vient du fond de l’oreille à ce qui va vers l’horizon, du battement des cœurs au souffle de la mer, toutes les langues se croisent. Dès le matin, l’enfant ouvre ses mains plus grandes que le monde. Elles rapetissent avec l’âge pour étrangler le temps. Les merles ont repris leurs courbettes et grappillent le sol. Un jardin de galets s’invente des ruisseaux. Le visage du lac redessine ses rides. Les insectes consultent une boussole d’herbes. Le vent plein de pollen se mêle à la poussière. J’attends sous la pierraille l’accouchement des germes. L’oreille collée aux murs, je bâtis ma demeure avec le bois des violons. Je remonte mon sang jusqu’au cœur des mots.

         Des milliards de microbes s’agitent sous mon habit de peau. Je recueille bout par bout des lambeaux de moi-même. Je regarde le monde par les trous du poème. J’ai mis toute ma vie au service de l’air, de l’eau, du vent, de la pierre et du feu. Le moindre coup de vent actionne le moulin à parole. Je suis un écolier dans une grande école, pensionnaire des arbres, lecteur des étoiles, élève des nuages. De temps en temps, je jette un œil de l’autre côté des choses. J’apprivoise l’invisible, le non-dit, l’inaudible. J’entends le bruit des sources sous le poids du béton. Je sens l’odeur du silence entre les lignes d’écriture. Je rôde à la lisière du chant. Je roule dans ma gorge un étrange alphabet. La musique est ma langue première. Les mots s’y greffent comme ils peuvent. Toujours un peu en marge, j’imite l’escargot. Je cherche depuis toujours. Il y a trop de haine. Il manque tant d’amour. Je chercherai sans fin.

         Depuis toujours ma trajectoire suit la courbe du temps, du serpent venimeux à la beauté des fleurs, de la muraille étroite au visage de l’air. Chaque route est un bateau qui tangue. Les ailes cachées d’un ange en tiennent le ballant. J’écris de minuscules mots dans l’immense chaos, des petits cris d’insectes, des voyelles assoiffées dans l’alphabet désert. La vie est bien trop courte pour en faire des ruines. J’ignore ce que les hommes veulent avoir. Je sais ce que je veux aimer. Les arbres poussent à la bonté, donnant leur sève aux fruits, offrant leurs creux aux écureuils, tendant leurs branches vers le ciel. Un peu plus bas sous terre, les racines s’entêtent. J’invente des oiseaux aux pattes de soleil, un visage aux étoiles, des sourires aux nuages, des bottes de sept lieues, des messages cosmiques, une tour de larmes où grimpe le bonheur. Pour chaque râle d’agonie, une naissance crie son nom.

         J’écrirai même les mains coupées. Je me tiens debout sans le secours des jambes. Un crayon me soutient comme une épine dorsale dans le corps du papier. Je vais les yeux fermés de l’abîme à la cime, de l’amibe à la bête, du ver d’un chien mort à la feuille d’un arbre, du squelette des mammouths au miel des abeilles, de l’appel du feu à la bouche des scribes, des poupées de chiffon au frisson de la chair, de la manche de chemise au mouchoir de soie, du pleur d’un enfant aux vingt-six lettres d’alphabet, de la tache d’encre aux métaphores, de la blessure d’origine à l’éternelle cicatrice. Un seul mot déroute les rails de la routine, fait sauter les cadenas. Un grain de sel dans l’œil azure l’horizon. À soixante cinq ans je voudrais encore écrire : «Je commence ma vie». Le mot que je cherche sera peut-être le dernier, le premier de la mort.

Publié dans Prose

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Poésie au Krieghoff

Publié le par la freniere

 

26 avril à 19 h         

 

Guy Cloutier et Jacques Ouellet

 

Guy Cloutier a tout fait pour la littérature, auteur, professeur, critique, membre de jurys. Plus près de nous, il a fondé et dirige les Poètes de l’Amérique française. Il a publié une douzaine d’œuvres poétiques et reçu de nombreux prix.

« L’écrivain Guy Cloutier se situe au carrefour des arts. Quand il parle, il passe de la littérature à la musique, de la musique à la littérature, de la peinture à la poésie et de la poésie à la peinture. Dans sa bouche, l’art est son, couleur, devient expérience voire expérimentation. » Caroline Montpetit, le Devoir. 

 

Jacques Ouellet est un poète un peu secret, qui tire la lumière de l’ombre. Il connait à fond le travail des mots, leur patience, leur valeur. Son écriture est taillée, épurée, désarmante parfois, ses poèmes brefs révèlent beaucoup de l’âme humaine.

« Ce ton et cette mesure qui caractérisent déjà la poésie de Jacques Ouellet pourraient l’inscrire dans le prestigieux sillage de Jacques Brault, pour ces grandes atmosphères mélancoliques (…), la capture des moments fragiles…Paul-Chanel Malenfant.    

Dernière lecture de la saison 2011.

 

Saisissez la poésie.

 

Au Café Krieghoff, avenue Cartier, Québec.

 

Réservations : 418 522-3711.

Publié dans Glanures

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Évangeline par Marie-Jo Thério

Publié le par la freniere

 

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