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Michel Madore en Chine

Publié le par la freniere

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Michel Madore expose actuellement à Canton.

Publié dans Glanures

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À défaut d'autre chose

Publié le par la freniere

L

e dernier homme sur terre saura-t-il qu’il a vécu ? Je cueille des étoiles à défaut d’autre chose. Chaque phrase en cache une autre. Les mots font partie d’une très grande famille. Des images voltigent autour de mon crayon comme des mouches à feu. Mon cœur flotte à peine dans l’eau des métaphores. On est toujours trop petit ou trop grand pour sa peau. Je poursuis ma route dans les choses qui manquent. Je dois me fabriquer des jambes pour sortir des mots, retrouver le sentier. J’aurai des pattes mouillées comme un gros chien pataud au lieu des pattes de mouche. Depuis tout petit que je traîne une ficelle avec rien au bout. Quelques mots s’y accrochent parfois, des fantômes, des gestes. Il faut parfois cirer le tiroir du cœur. Il ne coulisse plus. Le sang se fige en souvenirs. Je ne fais jamais rien. Je l’ausculte. Je le pétris pour en faire quelque chose. Ça fait parfois des braises, des étincelles, des étoiles, un peu de sable, un peu de ciel.

          Parfois, les images s’étirent, les métaphores grossissent. Il faut forcer pour ne pas qu’elles s’échappent des phrases. Le prénom du matin s’empêtre dans ses lettres. Le o devient le b et le reste bafouille. C’est en marchant que j’attrape les mots. Il y en a au ventre plein d’espoir, d’autres usés jusqu’à l’os, des mots en forme de lèvres pour embrasser la vie, des phrases en pain d’épices, des paragraphes en bois qui laissent des échardes. Je les ramasse pour colmater les trous de mémoire ou renforcer le rêve. Je les porte à ma bouche et les mâchouille jusqu’au coeur sans cracher les pépins. Quand je perds mon temps à faire parler les choses, une pile de mots remplace les heures. Un livre s’ouvre comme une porte. Plein d’idées sortent en pagaille au milieu de la vie. Quand il ne restera plus du monde que les grands titres, elles serviront de pain. J’avance en piéton entre les majuscules, les parenthèses, les trottoirs, cherchant dans le banal les plus petits miracles. Sur le bois d’un crayon, les 21 grammes d’âme pèsent plus qu’un fusil. Le soleil se lève peu à peu. Un crâne se dessine sous la peau de l’aube. Un pas de danse agite l’horizon. Je ne veux pas de pont pour traverser l’abîme mais les ailes d’un ange.

         Sorti du livre, je me secoue comme un chien hors de l’eau. Je me redresse. J’écris de bout, de but en blanc, de bout en bout, du bout des lèvres au bout des mots, du bout de phrases au bout des pages, du bout du bout au bout du temps, du bout des doigts au bout des choses, du bout du pied au bout du monde, du bout du cœur au bout de l’âme, du bout des mains au bout des gestes, du bout du jour au bout du siècle, de mon être de chair à mon avoir de rêveur. Avec mes propres rails, je poursuis Cendrars sur le Transsibérien et les moujiks avec Dostoïevski. Quand il ne reste de la soif que la paresse du verre, je retourne à la source, les paumes en gobelet. Mes idées marchent pieds nus dans le sable du crâne. Mes images ressemblent à des querelles d’oiseaux. Pendant qu’un arc-en-ciel ravive ses couleurs, les yeux sur un écran avalent des couleuvres. Dans le froid des rapines, je protège le feu avec des mains tremblantes. Je tutoie les racines, les pierres, les semences. J’apprends à mes oreilles le langage du vent, la langue de la sève sous l’écorce des phrases. Je regarde la mort avec des yeux d’enfant. Chaque main est une bibliothèque de gestes, une mémoire ancestrale. Appuyé au papier comme une tache d’encre, j’avance mot à mot, cherchant l’âme à tâtons.

         La chair qui manque à Dieu, j’en ai fait mon credo. Je prie des doigts sur un tambour de peau. Dans l’escalier du cœur, je suis resté assis sur les marches d’enfance. J’écris femme avec deux mains mais j’écris homme avec deux poings. J’avance habillé de mes muscles, une main sur le cœur, un doigt sur le chapeau, ma tête contre les murs. Sous le pinceau du peintre, le néant se colore. L’invisible apparaît, le léger rose avant le crépuscule, la blancheur des racines, la chlorophylle sous la tige, l’écho de l’air qui traverse nos gorges, le bourgeon des regards dans le langage de la vue. Chaque jour se remonte comme une boite à musique. Sur le fleuve des mots, les ponts tiennent par un fil. Sur le cahier des jours, la neige tombe à plomb, la pluie pisse de l’encre, les images s’impriment.

         Entre la grosse tête et le cœur gros, toutes les phrases changent de ton. Lorsque marcher creuse du vide, je m’accroche aux nuages. J’interpelle à voix d’homme le vol des oiseaux. Je ne demande rien. Les mains vides m’apportent ce qu’il faut de chaleur. Le temps s’étrangle avec ses propres mains, les mains malhabiles des heures, les doigts trop courts des secondes. Des petits caractères aux grandes majuscules, la gueule des mots vient boire au bord de l’eau écrite. Peu importe où l’on est, il nous reste toujours la moitié du chemin. Avec un ou deux mots, on peut construire un pont sans connaître la vis, faire de l’impossible avec un fait divers, un ruisseau de verdure au milieu des cailloux. Le point de croix des insectes qui recousent la terre, l’éclosion d’une fleur, la chute d’une feuille, le motif des vagues, le vol d’un papillon ne changent rien au score, au conseil des ministres, à la crise du pétrole. De là leur importance. Chaque seconde porte en elle le poids des millénaires.

Publié dans Prose

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Étouffante modernité

Publié le par la freniere

Vent du Nord, en collaboration avec la Barberie

 

présentent

 

UNE ANTI-HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE / écran 5

Étouffante modernité

Collages de Jean Gagné et Serge Gagné

 

en mai 2011 (3 mai au 31 mai)

VERNISSAGE LE 3 MAI À 17:00

 

 

à la BARBERIE, 310 St-Roch, Québec

2011-6070.jpg

 

La création comme travail passion

 

 image001

 

Au tout début il y a un paysage et des forces naturelles gratuites.

Des gens s’y installent pour transformer ce paysage à la sueur que donne le travail.

 

Et puis, une bonne journée, ceux ou celles qui savent détrousser une grosse affaire s’amènent pour faire marcher le tout au rythme du progrès (début de l’autre siècle) et du développement durable (le présent siècle).

Un peu comme au temps où les colonialistes de tout accabit découvraient de nouvelles contrées et s’accaparaient le droit d’évangéliser et moderniser “les étranges” qui y vivaient déjà.

 

Au tout début ces images bouts de papier étaient simplement des rebuts, de la nourriture de containers, pas plus.

Aujourd’hui, elles ont acquis une nouvelle réalité sous leur verre respectif.

 

Longue vie à tous les “scrappés” de la planète qui résistent avec leurs têtes de caboche.

 

 

contact

Pascal Bussières: 418-522-4377

Jean Gagné, Serge Gagné, 418-428-3406

cocagne.org / lorla.org

Publié dans Glanures

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Claude Péloquin: L'Indien

Publié le par la freniere

 

Publié dans Poésie à écouter

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On

Publié le par la freniere

1.

On cherche la vérité

sous les assiettes

mais on ne trouve que

le pourboire.

 

2.

On cherche la sortie de

secours tandis que

la radio raconte des

calomnies.

 

3.

On est surpris d’avoir vécu

passé l’âge de

trente ans.

 

4.

On est comme des cadeaux

qui attendent que

l’arbre de Noël

pousse dans le salon.

 

Patrice Desbiens

Publié dans Patrice Desbiens

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Pour Oulanne

Publié le par la freniere

j'aurais voulu t'écrire plus tôt
il y a de toi partout
maintenant

je cherche le pourquoi
de ton absence autour des choses

et ce silence qui s'obstine

on ne meurt pas à douze ans
petite chérie

il est resté de tous tes gestes
dans le jour
il en pleut partout depuis jeudi

 

Karl  Létourneau

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

J'ai appris le mot clairière dans un livre.

Il n'y avait pas de clairière à la maison.

 

Sylvie Laliberté

Publié dans Ils ont dit

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Géographies 2

 

mémoire de l’oubli
me ajudem
je suis d’une tribu
mise en jachère par l’histoire

je suis du clan-papillon
butinant d’une langue à l’autre sans lieu fixe
à travers tous les sucs de la transhumance

memoria oh memoria

mémoire en fièvre mémoire en friche
mémoire-fusion mémoire-érosion
me ajudem

je suis d’une tribu
aux pollens patinés par les mouillures de l’être

je suis d’une tribu aux archives conservées par le vent
et aux mythologies incrustées de lichens

tapis roulant
traversé de frontières
qui jamais ne lui ont appartenu
sous le flot des arrêtés-en-conseil
je suis d’un peuple ayant vu sa géographie
se dérober sous ses mocassins
pour le soulager de sa propre errance
je suis d’un peuple dont on a arraché
tous les muguets sauvages
pour le soulager de sa liberté

*


memoria oh memoria

mémoire orale
mémoire sans voix
mémoire analphabète

mémoire ensevelie sous les mangroves du grand nord
mémoire du ventre assoupi sous les crans de la nuit

mémoire ovale
mémoire migrante
mémoire en flocons de brume

mémoire des gouttes de silence sur les cristaux de soleil
mémoire de la glace en transes
mémoire des ruisseaux intra-utérins
sur la paroi du couchant

mémoire des sauts de lèvres
dans la fardoche du rêve

mémoire du passage-de-la-grande-coulée
glissant vers la plage endormie de l’oubli

mémoire de tous les non-dits de l’été

raconte-moi je t’en prie
tout ce qu’ils n’ont cessé d’oublier pour vivre
si tu veux que j’oublie à mon tour
par fidélité patriotique


des hommes en rouge sont venus ils ont brûlé nos maisons et nos goélettes ils ont saccagé nos champs et fauché nos rêves le long du fleuve et alors nous avons décidé de brûler nos mémoires pour étouffer leurs feux et défaire toute trace de leur passage

des hommes en rouge sont venus ils ont voulu emporter ta crinière et arracher tes fougères mais tu leur as échappé comme un vol de sarcelles sur le jusant en claquant joyeusement des ailes

un grand frisson boréal a traversé le crépuscule de part en part et nous sommes réapparus de l’autre côté de l’hiver comme des perdrix blanches aux pétales vermeilles qu’aucun moins quarante ne saurait contenir

et voilà que nous avons dansé comme des saute-neige qu’aucune congélation ne saurait anéantir

 

Jean Morrisset

Publié dans Paroles indiennes

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Les plus beaux mots du monde

Publié le par la freniere

J

e suis vers toi ce point de non-retour. Comme à jamais l’on s’aime on s’aimera toujours. S’aimer, c’est remettre à plus tard ce qui est déjà là, jusqu’à l’éternité. Je t’aime. Les plus beaux mots du monde n’ont pas de mots pour le dire. Quand je te serre contre moi, je ferme la porte sur le monde pour être seul avec toi. Je fais de mes épaules une maison d’amour.

Quand tout nous est adverse, l’amour nous unit. Dans quelle éternité nous rejoignons-nous quand la géographie nous sépare ? La chambre la plus secrète où nos voix se rencontrent est remplie de lumière. Il fait si froid dans la ville des autres, je me réchauffe de ton feu. Nous regardons ensemble dans la soif des yeux jusqu’à la transparence.

Je n’ai jamais pensé te décrocher la lune, il ferait noir pour les autres, mais je t’apporte la lumière qui réchauffe la nuit. Tu peux venir, mon aimée. Pousse la porte de papier, nous ferons l’amour sur le divan du cœur. Ce matin, tu étais là. Quel bonheur ! Tu es debout derrière moi, précise comme une image, et tu lis par-dessus mon épaule. J’écoute ta présence. Je respire ton souffle. Les mots coulent comme une eau rare pour que tu puisses y boire.

Je ferme les yeux pour mieux t’atteindre. J’ouvre les bras pour une étreinte. De tous les mots d’amour que je connais, le plus beau reste ton nom. Si on m’ouvre le coeur, on trouvera le tien irradiant de lumière. Tu es une route qu’emprunte la grâce pour se manifester. Je la suivrai toujours.

J’ai pris ta voix en moi et j’en ai fait des mots. J’ai pris ta chair pour en faire des caresses. J’ai pris tes peurs en moi pour nous donner courage. Les pages de mon rêve portent ta signature. Tu ouvres dans la brume de longues parenthèses pour accueillir la vie. La table est mise pour l’amour. Tu es le pain et l’eau de pluie. Je suis le vin et l’os à moelle. Notre cœur bat comme un soleil irriguant jusqu’à l’ombre.

Je ne possédais plus que la faim et la soif. Tu m’as donné bien plus que je ne demandais. Je regarde tes yeux comme la terre promise. Lorsque tu dis bonjour, c’est comme une lumière. Serrés l’un contre l’autre, en nous frottant la peau, nous allumons le feu. Aimer franchit le mur du son. Parler franchit le temps.

Je ne sais rien de moi si ce n’est que je t’aime. Je vais de commencement en commencement. Je marche à ta lumière comme la terre vers le ciel. Tu m’apportes l’amour. L’un contre l’autre, nous devenons une constellation. Chaque jour est le premier du monde. Nos âmes s’agrandissent l’une de l’autre. À te regarder vivre, je comprends ce que l’amour veut dire.

Il n’y a plus de blanc dans mon carnet de notes. Toutes les pages ont ton visage. J’écris avec ton sourire aussi bien que tes larmes, les parenthèses de tes pouces, les paragraphes de tes mains. J’écris je t’aime un peu partout avec mon encre sur ta peau. Tout me ramène à toi, le ciel, la terre, le vent et l’eau. Je t’aime d’un amour si grand, jamais le mot amour ne pourra le contenir.

Tu es belle partout. Tu roules dans ma voix comme une pêche gorgée d’eau. Les mains des mots remontent jusqu’à toi avec ses doigts imaginaires. Je n’ai rien demandé mais je prends tout de toi et je te donne qui je suis. La nuit, quand je ne peux dormir, j’écoute battre ton cœur. Je dors le cœur ouvert pour accueillir ta présence. Pour toi mon amour, mes mains sont chaudes et généreuses.

Tu effaces mes larmes et mets de la rosée sur l’herbe de mes cils. Je caresse tes caresses. J’embrasse tes baisers. Je couche dans ta peau. Je nage dans tes yeux. Aimer est trop immense pour un mot de cinq lettres. T’aimer est bien plus vaste que la vie. Je te guette de partout. Je te vois dans ma soupe. Ma journée commence quand le soleil se lève dans ton corps. Chaque matin, je lave mon âme puisque tu vois en moi. J’essaie de rester propre dans la saleté des hommes. Mes prochaines caresses seront toujours plus belles. Je t’enrobe de désir. On retrouvera sur toi mes empreintes digitales.

T’écrire est une façon d’aimer mais te le dire avec mes doigts parle bien mieux encore. Perçant l’opacité du monde, j’ouvre pour toi une fenêtre sur le coeur. Des oiseaux volent d’une côte à l’autre. Un fleuve coule entre tes seins. Des fleurs éclosent dans tes yeux. Mon corps exulte dans le tien.

Tu es là quelque part. Tu es ici, ailleurs. Tu es un peu de moi. Je suis un peu de toi. Nous sommes nus et nous. Lorsque ta robe tombe, une immense lumière éclaire l’horizon. Quand tu te lèves près de moi, le bonheur n’en finit plus d’être là. Je le prends dans mes mains et c’est toi que j’embrasse. Tes seins multiplient mes caresses. Mes bras autour de toi s’allongent pour aimer.

Tes yeux palpitent comme un cœur. Tes battements de cils accompagnent ma voix. Tes mains volent comme des oiseaux. Tes hanches coulent comme un fleuve dans le lit de mes bras. J’ai planté mon oreille en plein centre de toi. J’écoute la lumière monter jusqu’à tes yeux. Je suis ouvert en toi comme une terre en jachère. Tu peux semer ton âme au milieu de mes os. Ton rêve dort en moi et me tient réveillé.

Mes plantes s’ennuient de toi, mon amour. Elles veulent ta parole, ta présence, ton eau et je veux tout de toi. Mes lunettes s’embuent sans tes yeux grands ouverts. Ma peau rapetisse sans tes caresses. Mes plantes de pied se perdent sans ton pot. Je ne perds pas le nord mais perds la boussole. Quand tu es là, tout est là de ce qui fait le plus beau de la vie.

J’aime te coucher nue entre mes pages. Tu es belle partout des deux côtés de la peau. Quand la lumière te déshabille, elle éclaire mon âme. Tu es comme ces arbres aux branches pleines d’oiseaux. La houle de tes lèvres inonde ma parole. Nous échangeons nos syllabes en attendant que nos mains se frôlent. Tes phrases me caressent la peau et me touchent partout. Je te réponds avec la langue de mon corps.

Je n’ai qu’une chose à dire ce matin, je t’aime. Je le répéterai demain. Je le répéterai toujours.

Publié dans Prose

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Le premier jour

Publié le par la freniere

Mon père était chinois vert. Ma mère bamboula.

J'ai vécu des heures hors du temps dans une léproserie, au milieu des roseaux noirs, sur les terres d'Héliogabale. Mon nom je ne sais plus,

je me souviens seulement qu'il était long et sale comme ces guenilles qui contiennent les membres détachables des atteints.

Et je criais et je vomissais.

- "Tout a une fin" disaient les prêtres aux marches de l'aurore.

Tout a commencé pourtant ce jour où les papillons étaient des yeux immenses qui captaient le ciel et les eaux de l'infini où se miraient les douleurs des hommes. Tout a vraiment commencé au bord du trou, ce seul trou gigantesque et fou et béant de lèvres moites et de vers luisants grouillants sous mes pieds.

J'étais devenu Lam, l'être nouveau, le splendide innocent ignorant de l'histoire passée, étranger en mon âme détruite, oublié du sel comme du vin, seul au monde, seul.

Lam, c'était avant tout un son qui résonnait sous mes pas, à chaque enjambée que je faisais pour m'éloigner du vide.

Je rentrais tête basse et des violons plein le crâne, les yeux brumeux,

le ventre brûlant de mille regrets. Vers la maison, ma maison, un lent retour à la réalité sociale, sordide et flasque, un réel admis à contre-cœur.

J'étais un pauvre gars en campagne, balayant les genêts, insensible aux abois des meutes lointaines, un gars perdu, fourbu, c'est ce que j'étais devenu.

L'imaginaire comme un trou, la vie comme un vide gavé à craquer de soupirs, de vagissements, d'éclats de voix mauvaises, de caresses absurdes, d'esprits fétides, de pluies en abondance, de nuits errantes, de soleils déchus.

Je n'étais plus et n'avais d'ailleurs jamais été.

Rien qu'un numéro quelque part, à la Sécu, un dossier aux impôts, un matricule, une référence quelconque pour des bureaucrates quelconques œuvrant au Grand Registre des Crimes et Châtiments, à la dernière page du Livre des Morts, aux lignes asséchées.

J'avais cinquante ans, d'après mes contemporains.

Mais il était clair pour moi que ces cinquante années n'étaient rien d'autre que le premier jour de ma naissance solaire. Un paradis à venir, un enfer à consommer, une idiote somme de soifs étranges et plombées, de malaises fictifs, d'abjects relents ?

Ainsi devait être le fil des nouveaux jours qu'il me faudrait désormais défiler lentement comme on vide un verre de whisky, en sirotant ses remords, "roman sans cesse médité".

 

Dominique Corriéras

 

 

Publié dans Poésie du monde

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