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Ils n'ont rien dit

Publié le par la freniere

La clarinette de David Krakauer pleure
comme hurlerait un chien,
son os de vie planté en plein cœur.

«Ils brûlent brûlent notre bon village,
proie des flammes, proie de carnage… vent de haine …
C’est toute notre vie qui brûle»*1

La voix de Catherine Ringer résonne
comme crépite le cri d’une femme
dévorée par d’atroces mémoires

Sa voix martèle et forge mes mots
le verbe compressé résonne
sur l’étendue d’un cri plus long que les décennies

Ailleurs et ici les hurlements mutilés
portent la plainte de peuples qu’on assassine
de femmes que l’on souille et d’enfants volés que l’on fait soldats

Ailleurs et ici sa chanson court comme un linceul blafard
posée sur l’agonie de l’Orient
sur des hommes esclaves et d’autres qu’on décapite

Dans un siècle qui rumine ses silences
la voix de Martin Niemöller*2
ne cesse d’embusquer son poème

Aux apothéoses de la mort
la haine n’est pas morte et les consciences incertaines
ferment les douleurs trop lointaines

Quand ils sont venus chercher les yazidis,
encore une fois, Martin
nous avons fermé les yeux

Quand ils sont venus chercher les chrétiens,
encore une fois, Martin
nous avons éteint nos cœurs

Quand ils s’en sont pris à nos enfants,
alors, nous avons tremblé

Tu vois, Martin,
L’Histoire ne nous apprend rien.

Les barbares sont à nos portes

——————————————-
*1Mordekhaï Gebirtig, poète auteur du poème : Ça brûle
*2Martin Niemöller, pasteur et poète au célèbre poème : Je n’ai rien dit,

  Jean-Michel Sananès

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De sac et de corde

Publié le par la freniere

Dans toutes les banlieues, un faux bonheur s'affiche avec ostentation. Les stigmates et les nerfs manquent à ces quartiers trop neufs, à ces labyrinthes sans intérêt, à ces haies de haine clôturant le privé, une piscine, un barbecue, une chaise longue où s'allonge une femme essayant de bronzer sans attraper le cancer. Tout inconnu ici est dangereux. Il n'y a plus de mendiant, de survenant, de peddleur, de guenilloux, mais deux polices pas de cuisse mangeant des beignes dans une auto-patrouille. Dans ce monde mal foutu, même la douleur se heurte au vide. On essaie d'oublier les nouvelles du jour et les images vues à la télévision. Comment se faire une vie sans angoisse parmi ces balles perdues, ces bras mal arrachés, ces doigts cassés, ces jambes amputées, tous ces migrants noyés, ces corps flambés aux gaz mortifères, ces âmes amochées, ces cœurs en déshérence, ces regards sans yeux, ces larmes qu'on écrase dans la paume des mains, ces mots qui sautent comme des puces dans la crinière du silence, cette succession de crimes et d'infamies. Parmi ceux qui meurent de faim, il y a ceux dont le pain quotidien se transforme en épine. Faut-il avoir eu soif pour se piquer la bouche et déchirer sa langue. Faut-il avoir eu faim pour se manger le cœur.

 

J'écris comme un enfant giflé se renfrogne un peu plus. Le cœur battant comme les ailes d'un colibri, je ralentis quand même pour saluer les arbres, sourire aux papillons et boire la rosée à même les fougères. Personne encore ici n'a inventé ce pays. Il existe dans le giron du Canada. Il y a loin de la coupe aux lèvres, du musc des tribus à l'encaustique du sénat, des cométiques aux cosmétiques, du cuir des babiches au plastique des attaché-cases. Ici la terre attend son Grack, son Giono, son Bourg. Elle doit se contenter d'un poète de province au nom à particule. S'il y a quelques frênes, il n'y a pas de frênaie.

 

J'aime écrire au dehors, arpenter les chemins et les routes mal tracées. Je ne me pendrai pas à la ville qui tue, plutôt nourrir les pissenlits dans les montagnes appalachiennes, effeuiller les marguerites sur le bord d'un ruisseau, pêcher les écrevisses dans la rivière Larose, déguster les cent ans près du rang Larochelle. Ce ne sont pas les nuages qui font le ciel moins bleu, mais le regard de l'homme. La vie traîne sa chair comme on traîne son cœur d'une solitude à l'autre, comme on traîne son corps d'un paysage à l'autre, comme on traîne son âme d'une blessure à l'autre.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Avec le temps

Publié le par la freniere

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Sam Ringer

Publié le par la freniere

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Déclics

Publié le par la freniere

J'ai parcouru de nombreuses douleurs
Arpenté de multiples souffrances
Marché sur des kilomètres de solitude
Erré dans des déserts d'amertume
À brûler mon coeur sous le soleil ardent du pourquoi ?
Jusqu'à ce que l'enfant au fond de moi
M'est rappellé à mes devoirs de mémoire :
Sourire, grandir, offrir, pardonner, rire
Aimer, mûrir, prier, parler, danser
Accepter, relativiser, dédramatiser
Pacifier, espérer, sublimer, agir, vivre
Quand bien même tout prêtait à souffrir
Voilà qui a effacé ma dette au malheur
Et mit le désespoir sur la paille...

@rt'felinat

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Grand Nord

Publié le par la freniere

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Comme un bal des poètes

Publié le par la freniere

L'assassinat de la poésie est commis sans conscience, mais en conscience, par les tristes crapules qui la décortiquent à la vilaine manière d'une autopsie.
La poésie n’est pas un système de pensée
La poésie est une science inexacte
Le poète cherche la langue
Le poésie parle toutes les langues
La poésie est une neige blanche
Le poète est une pie noire
La poésie raconte les enfants qui jouent
Le poète est un enfant qui joue
La poésie croit à l’insolence
Le poète est insolent
La poésie n’a pas de prix
le poète offre la poésie
La poésie irise le cosmos
Le poète croit que la lune existe
Le poète est un souffle
La poésie
Une hésitation
Oscillation
Entre un sens
Et un son
 
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Testament phonographique

Publié le par la freniere

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Le sens

Publié le par la freniere

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La parentèle

Publié le par la freniere

Je suis désormais mon père ma mère
mes grands et arrières-grands parents
Je suis tous mes aïeux d'ici ou d'ailleurs
recyclés dans les cellules passagères de ma chair
jaillissant avec les sources de mon sang
battant les tambours brûlants en exil de l'existence
je suis cette invérifiable famille aux racines profondes
revenue des fins fonds de la nuit des temps
Je connais tous ces millions de visages
qui m'ont donné la vie transmis le secret de la mort
tous ces êtres dont je vois les gestes quotidiens
leurs labeurs leurs liesses et souffrances
leurs doutes leurs larmes leur confiance
je les entends murmurer confondu au silence
leurs clameurs leurs refus leur humilité de terriens
avec des mains fraternelles ils ont oeuvré
ils ont résisté guerroyé fais l'amour enfanté
Ils ne se posaient pas nos absurdes questions
ils faisaient ce qu'ils avaient à faire ni plus ni moins
tant qu'ils ne pouvaient pas faire autrement
sans s'affaisser contre la tourbe des illusions
ils savaient les chants de la rivière les émois de la forêt
ils labouraient les nuages inventaient des heures miraculeuses
pourvu qu'on leur foute la paix ils ne demandaient rien à personne

André Chenet, Ebauche à chaud

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