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Ne meurs pas

Publié le par la freniere

Ne meurs pas

Ne meurs pas :
J’ai lavé la cuisine ce matin et elle est déjà sale
il vient de me pousser un onzième doigt ne meurs pas !
J’ai appris à manger la boue et le silence et je n’aime plus la musique et la musique ne m’aime pas il y a un manège dans la cour ne meurs pas ! il y a des chevaux de bois dans ma mémoire malade.
Ne meurs pas ! ne meurs pas le téléphone ne fonctionne pas encore dans le caveau de famille et les morts de toute façon s’y croisent les bras ne meurs pas : tu as oublié de fermer le gaz ta vie va encore déborder et tu vas me suicider une nouvelle fois ne meurs pas ! je n’en peux plus de t’aimer.
Je suis fatigué ne meurs pas car tu t’appelles Gaïa ma terre et c’est en toi que je renais j’ai acheté le journal ils en parlent ils disent que j’ai raison de t’aimer ne meurs pas ! ce n’est pas annoncé ce n’est pas en première page et je n’ai pas fini de t’aimer. J’ai réservé une table au Restaurant des Morts-Debout on y mange à l’envers sa propre vie en racines par les deux bouts je te le dis ne meurs pas il faut encore que je t’écrive et je n’ai pas commencé c’est tout juste si j’ai appris à t’aimer.
Ne meurs pas sans toi la solitude n’est pas solitude et je me vouvoie hors de moi dès que tu n’es pas là dis : ne meurs pas. Dis ne meurs pas quand même puisque je t’aime jusqu’à la fin de moi.

Roland Nadaus

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Lowell blues

Publié le par la freniere

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Guérir

Publié le par la freniere

GUÉRIR 1869
Un formidable poème de Kathleen O ' Meara, née le 1839 à Dublin, Irlande, et décédée le 10 novembre 1888, Paris, France

Et les gens se confinèrent chez eux
Et ils lurent des livres et ils écoutèrent
Et ils se reposèrent et ils firent des exercices
Et ils firent de l’art et ils jouèrent
Et ils ont appris de nouvelles façons d'être.
Et ils s’arrêtèrent

Et ils écoutèrent plus en profondeur
Certains méditaient
Certains priaient
Certains dansaient
Certains rencontraient leur ombre
Et les gens ont commencé à penser différemment.
Et les gens ont guéri

Et en l'absence de gens qui vivaient comme des ignorants dangereux
Sans raison et sans cœur
Même la Terre elle aussi commença à guérir
Et quand le danger fut passé
Et que les gens se retrouvèrent
Ils pleurèrent leurs morts

Et ils firent de nouveaux choix.
Et ils rêvèrent de projets nouveaux
Et ils créèrent de nouvelles façons de vivre
Et ils guérirent complètement la terre
Comme eux aussi avaient guéri

 

Kathleen O ' Meara (1839-1888)

 
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La chanson du déclassé

Publié le par la freniere

Je m’endors sur les plages quand la mer veut de moi

ou bien dans les lavandes ou bien dans les blés verts

et quand je trouve un lit pour y passer l’hiver

je m’y endors tout nu dans l’herbe de mes bras

à Marx et à Jésus je préfère ces fous

qui ne veulent ni dieu ni maître ni parti

qui traversent la vie en rêvant de prairies

avec des mots d’amour chargés de marées hautes

mon corps est d’un autre âge mon sang d’une autre mer

j’habite les révoltes et les révolutions

mais bien souvent j’ai peur en regardant la terre

que l’heure des brasiers ne soit qu’une illusion

je n’ai jamais eu d’âge jamais eu de pays

je hais tous les drapeaux et tous les uniformes

sauf celui des peuples en marche vers midi

j’attends la vague immense pour reprendre ma forme

je partage mon pain sous toutes les étoiles

il y a toujours de l’eau quelquefois du mezcal

ou du thé à la menthe près du foyer de terre

pour celui qui s’assoit simplement comme un frère

je sème des visages je vais de crâne en crâne

je boite dans mes organes j’explose mes vertèbres

je vais le poing levé avec l’armée de l’Ebre

puis je m’enterre sans hâte au milieu des savanes

je m’accorde aux racines je me remplis des rues

je vois dans l’herbe d’or venir des hommes sans crimes

vers mes étraves de naissance et je m’empierre

des paroles branchées aux oliviers d’Espagne

or voici que j’annonce une bonne nouvelle

les Sioux sont arrivés place de la Concorde

ils dressent des poteaux avenue de Grenelle

voici qu’au monde ancien ils vont passer la corde

pourtant quand je suis ivre je me mets à prier

et j’ai accroché dieu entre mes jambes blanches

mais ma révolte même dans leurs mains se défait

et déjà je balance à la plus haute branche

mon corps se peuple de pain et d’eau de gestes et de sang

et je suis du côté de tous les emmurés

mais quand je rentre seul je reste émerveillé

de voir une maison où grandit un enfant

car j’avance à rebours de tous les mois de mai

je traîne dans la rue de faux états civils

j’apprends de vieux secrets pour être plus viril

et si la préhistoire ne finissait jamais...

je vous dis que la mort c’est la santé mentale

j’avale des rasoirs sur les places publiques

et quand viendra le temps des premières rafales

j’irai en plein soleil vers la chaise électrique

Tristan Cabral,

Au Mexique sur la route

entre Oaxaca et Puerto-Angel

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Le vent des souvenirs.

Publié le par la freniere

Le paysage fait des bulles d'air pour prendre son respir. On entend pétiller le village, la musique des arbres, les érables qui coulent, les milles bruits de la rue, les roues qui tournent, les chiens qui jappent, les gros camions de pitounes qui remplacent la drave, ceux qui transportent la chaux dolomitique juste avant les semailles. Les mots finissent par se perdre dans les phrases du voyage, les métaphores invisibles, les e muets. Je me sens vivre à chaque mot que j'écris. Je me sens mal à chaque mot que j'efface. Est-ce le bon mot? Est-ce celui qui soutient tous les autres? Est-ce celui qui apporte le pain, un soleil à placer dans un livre, un matin à plier sur la page, une parole à mettre dans la bouche, un oiseau à libérer de sa cage dorée? Les poètes sont pleins de vers qui picorent les yeux, les prairies pleines de vaches, les bouses pleines de mouches. Les années sont pleines de jours. Il faut des mots pour mettre des couleurs, des images, des métaphores, des prolégomènes, des aphorismes. Je ne pense à rien quand je marche. J'attends la venue des mots, les phrases qui se forment toutes seules. Je suis fait de tout et de rien, de temps et d'espace, de mots comme de choses, de cris, de silence et de bruits, de fruits, de légumes et de fleurs, de rêve sous les nippes du réel, de chèvre, de mouton, de lapin, de loup, de terrier, de chevreuil, de pluie, de soleil et de neige, de chair, d'excréments et d'urine, de sève, de tronc et de racines, d'aubier et d'aubépine, de glaise, de boue et de bavures, de signes et de ratures, de verbe et de littérature, d'images et de peinture, de théâtre, d'acteur et de spectateur, de bois et de sucre d'érable, de sel, de sueur et de sang, d'un fœtus au ventre du possible. Les nuits blanches sont remplies d'idées noires. Une main ne suffit pas pour écrire. Il faut aussi du cœur, de la tête et des tripes, des brèches dans les murs, des barreaux d'échelle, des marches d'escalier.

 

Il faut plus qu'un stylo pour écrire. Il faut des pas sur la route, le fil des mots dans l'étoffe des passions, de la lumière dans un tas d'immondices, le vol des oiseaux, la promesse des fruits. Il faut plus qu'une main pour écrire, plus que l'encre et du papier. Il me faut une image pour terminer ma phrase, un bout de paysage, une pièce du puzzle. Mes pieds titubent à l'ombre des vivants. Je caresse le ciel comme les bras d'un arbre, les plumes des oiseaux, les ailes d'un ange, la baguette des fées. Quand on écrit, il faudrait tout reprendre. Bien des choses ont changées. Des écrans remplacent la craie sur le tableau. On ne voit plus de boites téléphoniques ni de mariages d'oiseaux. La mort se cache dans la vie, les manches de chemise, la doublure des manteaux, les rides du visage, les pages d'écriture. La mort fait semblant d'être vivante. La césure s'élargit dans le ventre du dimanche. La lune et le soleil mettent des couleurs au ciel. Des images s'envolent, des nuages, des oiseaux de papier, des mots à tire-d'aile, des phrases à tire larigot. Les bipèdes se promènent parmi les quadrupèdes. L'homme promène son chien et les chats ont sept vies. D'une seule foulée mes pas prennent leurs marques dans la dernière ligne droite. Chaque nuit ouvre une parenthèse jusqu'au profond du rêve. Chaque matin la referme. À l'abri de l'agitation du monde, je longe le cimetière avec ses tombes de pierre, ses prières, ses grives et ses couronnes de fleurs. Le fantôme de mon loup flaire les anges et pisse sur les crucifix. Je préfère les ballons d'enfant aux traces de balles des fusils, la grenade qu'on suçote à celle qui explose, les mines de crayon aux mines de charbon, les mauvaises mines aux sourires hypocrites. Un bout de craie se casse sur l'ardoise de la vie. Un bout de doigt s'agite. Un bout de phrase commente une nuée de gestes. Le moindre mouvement agite la poussière des mots, le vent des souvenirs.


Jean-Marc La Frenière

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ils ont dit

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Portrait de Colette Peignot

Publié le par la freniere

Portrait de Colette Peignot

Colette Peignot, issue d’une famille bourgeoise et cultivée, est née le 8 octobre 1903 à Meudon. À sa mort, elle laisse derrière elle plusieurs manuscrits poétiques, enflammés et torturés, dont Histoire d'une petite fille, et les Écrits de Laure.
A 13 ans, elle perd son père et ses trois oncles, fauchés par la Première Guerre mondiale, contracte la tuberculose et manque d'en mourir, est victime avec sa sœur de harcèlements sexuels répétés de la part d'un ecclésiastique, et du déni de sa mère bigote rigoriste.
Entrée en rébellion avec sa famille et son milieu, menant une vie de femme libre, elle rencontre en 1925 le journaliste anarchiste Jean Bernier, ami de Drieu et des surréalistes. Leur relation placée d'emblée dans une recherche d'absolu ne dure pas. Enceinte en même temps qu'elle est terrassée par une crise de tuberculose, épuisée, ayant avorté, le 9 janvier 1927, Colette se tire une balle dans la poitrine, mais en réchappe.
Elle suit à Berlin dans un état de réclusion et de soumission totales Eduard Trautner, rencontré au sanatorium de Leysin, médecin, poète et écrivain proche des cercles communistes, ami de Brecht, amateur de Sade et de Sacher-Masoch, dont les fantasmes entrent en résonance avec le nihilisme de sa proie qui finit par s’échapper.
En 1930, ayant appris le russe, dans un élan idéaliste, elle part en Union soviétique pour y partager la vie des moujiks dans un kolkhoze. Elle devient la maîtresse de l’écrivain Boris Pilniak, mais, désargentée, malade, elle doit revenir en France et mène une vie dissolue à Paris, se donnant sans plaisir à des hommes de passage, selon Georges Bataille. Puis elle entretient une relation apaisée mais triste avec Boris Souvarine, l'un des fondateurs du Parti communiste français. Elle adhère et participe activement aux réunions du Cercle communiste démocratique, où elle croise entre autres Simone Weil avec qui elle se lie d'une profonde amitié. Elle sera hospitalisée dans l’établissement du père de la philosophe.
Grâce à l'héritage familial qu'elle peut toucher enfin, elle subventionne abondamment la revue du Cercle, La Critique sociale, et y écrit également plusieurs articles sous le pseudo de Claude Araxe » nom d’un fleuve d’Azerbaïdjan, évoqué par Virgile dans l'Énéide, « torrentiel, qui ne supportait pas qu’on lui imposât un pont pour le franchir ».
En 1936, elle quitte Boris Souvarine pour Georges Bataille chez qui elle s’installe. Leur relation « intense »se révèle destructrice, entre alcoolisme, débauche, mais également mondaine et cultivée (Leiris, Klossowski…), tout autant que folle (la revue Acéphale). Elle choisit pour nom de plume, Laure, l’un de ses prénoms de baptême, mais aussi en référence à Laure de Sade, la muse de Pétrarque et aïeule du « divin marquis ».
La tuberculose l'emporte, indigente et médicamentée, en 1938, à trente-cinq ans, dans une chambre triste et austère. Peu avant de mourir, elle écrit à Bataille (dont elle hantera l'existence cf son essai "Le coupable") : “J’ai haï notre vie, souvent je voulais me sauver, partir seule dans la montagne (c’était sauver ma vie maintenant je le sais).”
Sa tombe au cimetière de Fourqueux est difficile à identifier, surmontée d'un buis taillé en forme de « L ».
Colette Peignot n'a rien publié de son vivant, en dehors de ses écrits engagés ou journalistiques. Son œuvre littéraire est entièrement forgée par Michel Leiris et Georges Bataille. A partir de 1971 et jusqu’à ce jour, ses manuscrits sont régulièrement republiés grâce à la pugnacité de son neveu le romancier Jérôme Peignot.

Jean Azarel

« JE L’AI VUE »

Je l'ai vue - cette fois je l'ai vue
où ? à la limite de l'aube
et de la nuit

l'aube du jardin
la nuit de la chambre

avec un sourire qui craque
une patience d'ange
elle m'attend
Et je le sais bien

....
Je la suivais malgré moi
Dans un froufrou de soie une robe à traîne avec beaucoup de volants qui rebondissaient sur chaque marche.
elle a disparu
brillante bruissante
par un escalier étroit
et délabré

En haut
c'était le rayon d'hommes, des milliers de vêtements
Une pièce toujours fermée, surchauffée
Seule présente vivante :
elle
elle parcourait les espaces vides entre les mannequins
portant tous son masque.
Je l'ai vue

Colette Peignot

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L'église en bois de Saint-Julien

Publié le par la freniere

photo: Michel Tremblay

photo: Michel Tremblay

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Bientôt le temps des cerises

Publié le par la freniere

“Nonobstant une idée reçue, la mondialisation néolibérale n'évacue pas l'État. Elle le plie à ses besoins. Domestiqué et provincialisé, il fait office de relais de pouvoirs supranationaux plus à même d'épauler la mondialisation. Sa souveraineté est soumise à des amputations au nom de l'interdépendance et de la « gouvernance » globale. Cela dit, on a toujours recours à lui en temps de crise.” Samir Saul

Anxiogènes, telles est la réponse à cette crise sans précédent dont nous savions tous depuis longtemps, à moins d'être complètement abruti, qu'elle allait nous tomber sur la gueule comme le goguenard ciel païen de nos ancêtres les gaulois. Allons-nous continuer à entretenir nos sales querelles et inquisitions de clochers enflammés par les dieux périmés de l'Olympe? Le Pape en orbite autour de la terre a lancé son traditionnel appel urbi et orbi de la fête pascale, mais en réalité qu'en est-il des richesses monstrueuses du Vatican (un des états les plus riches du monde), faisant l'objet de montages financiers très en pointe, qui n'ont jamais soulagé nos amis africains, pas plus d'ailleurs que tous ceux des ghettos de la chrétienté, sinon par des prières qui finissent comme des pierres jetées dans l'eau boueuse du fleuve... A la grottes les cardinaux! Aux oubliettes, les évêques et toute leur piétaille d'abrutis bienheureux! A la poubelle Rabbins et Imams! Charité bien ordonnée...etc... En ce jour saint, nous apprenons la guérison quasi miraculeuse (Résurrection), grâce au dévouement du personnel soignant tout à coup élevé au rang de sauveur de l'humanité, du premier ministre d'une Grande Bretagne saignée à blanc depuis le la Maggy TINA. Dis-moi Boris, tu ne vas pas nous refaire le coup tordu d'un François Hollande ennemi n°1 de la Phynance mondiale? S'il y a bien un enseignement à retenir dans ton cas, ce serait le démantèlement en toute urgence de la City of London, fief des banquiers milliardaires du monde entier? Ah! Les paradis fiscaux! La taxe carbone! Les petits arrangements entre amis fortunés! Les châteaux forts et les bunkers de la propriété privée! Pendant ce temps-là, Brother Bill et ses complices de Big Pharma actionnent la pompe à vaccins, probablement un des passages obligatoires pour retrouver une pléthorique liberté de circuler quand tous les fonds publics auront été éradiqués à votre profit au nom de l'union sacrée et Basta! Je ne veux plus entendre vos vœux pieux Messieurs et Mesdames de la grande truanderie multinationale, foutez-nous la paix, vous les Grands Patrons, Marchands de Canons, Rois du Pétrole, Gouvernements traîtres, Généraux et Flics sans honneur, vous les Saigneurs des peuples et votre valetaille d'économistes stipendiés. Nous saurons faire bien mieux que vous, sans vos guerres, vos larcins perpétuels ni vos ingérences assassines. Le temps est venu pour nous les moins que rien de nous organiser fraternellement et de prouver que nous sommes capables de reconstruire un monde plus juste à dimension véritablement humaine et c'est maintenant ou jamais, nous ne voulons plus de l'ordre à marche forcée qu'on nous impose depuis les siècles des siècles.

André Chenet

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L'espace de la perte

Publié le par la freniere

L'espace de la perte

Encouragé par René Char et Henri Michaux, Pierre-Albert Jourdan fut aussi notamment l'ami de Claude Vigée, Gustave Roud, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Lorand Gaspar, Kenneth White, Paul de Roux, Roger Munier, Anne Perrier, etc. Il les accueillit dans la revue Port-des-singes qu'il créa en 1974 (huit numéros dont un posthume) et dont le titre fut choisi en écho au « Mont Analogue » de René Daumal.

Après avoir été connue d'un cercle restreint, l'œuvre de ce poète secret est révélée après sa mort, rassemblée en deux tomes par le poète et écrivain Yves Leclair aux éditions Mercure de France.

Publications

  • Gerbes, 1959
  • La Langue des fumées, Paris, France, Éditions José Corti, 1961
  • Fragments : 1961-1976, 1979
  • L'Angle mort, 1980 ; réédition avec un avant propos de Philippe Jaccottet, Trans-en-Provence, France, Bibliothèque du Double, Éditions Unes, 1984, 58 p.
  • L'Entrée dans le jardin, 1981
  • L'Approche, préface de François Bott, Trans-en-Provence, France, Éditions Unes, 1984, 80 p.
  • L'Espace de la perte, Trans-en-Provence, France, Éditions Unes, 1984, 88 p
  • La Marche, Le Muy, France, Éditions Unes, 1985, 56 p.
  • Histoire de Matt, ours bilingue, avec des illustrations de Bernard Jeunet et une présentation d'Yves Leclair, coll. Neuf, L'École des loisirs, 1987.
  • Les Sandales de paille, édition et notes établies par Yves Leclair, préface de Yves Bonnefoy, Mercure de France, 1987
  • Le Bonjour et l'adieu, édition et notes établies par Yves Leclair, préface de Philippe Jaccottet, Mercure de France, 1991
  • The Straw Sandals: Selected Prose and Poetry1, édition bilingue (anglais-français) et traduction établies par John Taylor, New York: Chelsea Éditions, 2011.
  • Exercices d'assouplissement, éditions Voix d'encre, 2012
 
L’avenir en loques
Toujours les choses se dérobent et laissent
le regard errer sur cette nappe de clarté
dont la douceur n’est que l’approche de la pierre
pour de violentes noces imparfaites.
Et l’entaille demain à la mesure du corps entier,
de quel cri s’éveillera le chemin ?
 
Sous les paupières d’amande
glisse le fruit des larmes évaporées,
dur sommeil, long soleil de la besace des pauvres.

 

****

À la rencontre d’un pin

La parole chargée de guérir a dressé cette ruine
de quelques chardons bleus, de poussière et de vent ;
ce chemin où la mort, empoignée par tant de mots,
comme un figuier portant ses fruits dans un vieux mur
et l’embellie de lierre sur la porte fanée,
se referme sur le devenir joyeux,
le lointain, très lointain murmure
d’un pin amoureux.

 

****

N'emporte pas un lourd bagage pour tes excursions. Juste une pointe de lucidité à tes souliers. Car cela monte beaucoup pour tes artères. Comme bagage emporte une fleur d'amandier, cet ongle bref sur la douceur de l'air.Rien de moins étroit pourtant. Fleurs de l'air...Non pas rêveries trompeuses mais lent accomplissement mené jusqu'à la perfection. Pas une seule fausse note. C'est cela qui bouge en toi : une aérienne mesure de perfection. Pour te rejeter dans les ténèbres de l'esprit maniaque, pour que tu puisses prendre ce recul et les fleurs naissantes de l'amandier sont la poudrière qui fait tout sauter.

Au milieu des débris, levant les yeux, tu sais quel été glacial contemple, impassible, ce remue-ménage. Mais tu restes en opposition. Il faudrait beaucoup d'amour pour pouvoir entrer dans cet atelier de lumière, un amour dévorant, se dévorant. Et que le bagage soit bien léger pour que tu puisses traverser ce paysage, sans le bouleverser, sans te bouleverser. Et qu'une seule lumière vous éclaire et vous foudroie. Amande double.

Pierre-Albert Jourdan

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