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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Quand on n'entendra plus un seul chant d'oiseau, peut-être sera-t-il bien tard pour s'apercevoir qu'il n'y a plus d'arbres.

Pierre Autin-Grenier

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Lautréamont raconté par Julien Grack

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Publié dans Poésie à écouter

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Mes attentes

Publié le par la freniere

Mes attentes ne sont pas des attentes mais des flambées rebelles au seul bois d’exister. Des yeux clairs aux éclipses guerrières, des fruits de neige, une musique bohémienne, l’eau d’un secret. Et je ne suis pas sage. Je choisis l’or du ciel, son froissé audacieux, le propos rougissant de l’argile impudique, le jour qui n’a pas sens de jour mais de pain chaud, de feuillage mûr, de verdeur. Je choisis le voyage, l’enfiévré, l’inconnu, la soif qui roule sur les hanches, la mémoire rétive qui échappe à la loi et la maison lavande qui craque sous les doigts son parfum ivre et bleu. Et tes mains aériennes. Et je choisis septembre plus riche que l’été. Mes attentes ne sont pas des attentes, mais l’amour debout, à boire frais dans rien, dans tout, d’un trait, comme on écrit.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Le crucifix d'un Québec mythique

Publié le par la freniere

Toutes les forces réactionnaires du Québec (et surtout de Québec) sont actuellement liguées pour dénoncer le retrait du crucifix dans le hall d'entrée de l'hôpital Saint-Sacrement à Québec. Conservateurs, libertariens, nationalistes identitaires, intégristes chrétiens, fascistes et xénophobes forment une union sacrée (dans certains cas, profondément contre nature) pour prétendument défendre l'Histoire et le patrimoine.

Défense de l'Histoire et du patrimoine? Mais où étiez-vous donc quand les barbares du prétendu État islamique entreprirent de détruire les bijoux de la ville ancestrale de Palmyre en Syrie? Pas un commentaire, pas une consternation, pas une manifestation, rien.

Il s'avère fort probable que pour vous, ceux que Brassens nommait les «gens du cru», le seul patrimoine qui mérite d'être protégé c'est le nôtre, le québécois, le Canadien français. Mais où étiez-vous donc en septembre 2015 quand le gouvernement du Québec a décidé de détruire le Village des tanneries à Montréal pour construire le nouvel échangeur Turcot? Pourquoi n'êtes-vous pas en train de faire une chaine humaine autour de la maison Déry à Charlesbourg qui risque d'être rasée et qui date de 1828? Pourquoi n'avez-vous pas protesté contre la destruction du monastère des Dominicains près du Musée des beaux-arts de Québec? Où sont vos propos acerbes, vos pétitions, vos appels, tout ce fiel que vous ne cessez de déverser sur une prétendue caste de gauche qui gouvernerait le Québec? Tout cela n'était-il pas de l'Histoire, du patrimoine, du «fait français» en Amérique du Nord?

Vous, qui avez la chance d'être «nés quelque part», considérez peut-être que ce ne sont là que des ruines insignifiantes, que le réel enjeu c'est la protection de la culture québécoise, la transmission d'un patrimoine commun, le développement d'une jeunesse cultivée qui pourra faire vivre cette culture. Mais n'est-ce pas vous, bigots de la radio gueulée et autres laquais de l'Institut économique de Montréal, qui ne cessent d'en appeler à l'abolition des cours de littérature et de philosophie au cégep? Mais n'est-ce pas vous qui crachez constamment sur les sciences humaines et sociales qui ne seraient que du «pelletage de nuages», des amas de savoirs inutiles payés «avec nos taxes!»? Qui d'entre vous a appelé la Faculté des lettres et des sciences humaines de l'Université Laval pour dénoncer les coupes budgétaires et la suspension de programmes liés... au patrimoine? Non, vous avez plutôt affublé du classique épithète de communistes les étudiants qui protestaient. C'était bien fait pour eux, ils n'avaient qu'à aller dans un programme utile.

S'agirait-il alors d'une affaire religieuse? Impossible, vous ne cessez d'en appeler à une pure et radicale laïcité à la sauce républicaine. Rappelez-vous, vous alliez voter avec un sac de patates sur la tête pour soutenir cette position. Rappelez-vous, il était essentiel de retirer tout signe religieux de l'espace public . Rappelez-vous, les baby-boomers avaient prétendument «sacré dehors les curés» en ne souhaitant pas les voir revenir (surtout pas d'une autre couleur!).

La vérité c'est que vous n'en avez rien à faire de l'Histoire. Ce que vous défendez n'est que construction, la pure nostalgie d'un temps qui n'a jamais existé, une Histoire anhistorique. Vous vous êtes créé un Québec mythique blanc, chrétien et conservateur. Dans ce récit de la «race canadienne-française», les pensionnats autochtones disparaissent, les conditions de travail des ouvriers et des ouvrières ne sont que des détails, la condition féminine est impertinente et le crucifix de l'Assemblée nationale s'y trouve depuis toujours. Vous n'avez que du mépris pour l'Histoire, car elle ne cesse de vous ramener à la réalité, de vous rappeler que la colonisation est un crime contre l'humanité, que le Québec d'avant la Révolution tranquille était rétrograde, misogyne et raciste, que la Grande noirceur a bien existé, que la Révolution tranquille ne fut qu'une révolution bourgeoise ou que Lionel Groulx était un protofasciste.

La vérité, c'est que ce n'est pas réellement le retrait du crucifix qui vous embête (on le fait déjà dans les écoles depuis un moment). C'est que vous vous êtes persuadées que c'est de la faute à «eux» si on le retire. Vous savez de qui je parle, ces gens que vous avez habilement et progressivement diabolisés au cours de la dernière décennie, et ce, à un point tel qu'il est devenu normal de les mépriser en public ou de considérer qu'en leur tirant dessus on ne devient pas réellement un terroriste, mais uniquement un désaxé ou un «twit». C'est pour cette raison que les destructions patrimoniales que j'ai mentionnées précédemment ne vous ont guère importunée : c'était là, le fait de bons Québécois de souche, c'était prétendument «nous» et pas «eux». Notre culture, on peut la détruire, tant qu'on le fait entre nous.

Ayez au moins le courage de le reconnaître. Ayez au moins le courage d'admettre que c'est le mépris de l'autre qui vous guide et cessez d'en appeler à l'Histoire pour légitimer vos délires. Vous serez des xénophobes, mais vous serez des xénophobes honnêtes.

Maxime Laprise        Finissant à la maîtrise en histoire Université Laval

 

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La voix des morts

Publié le par la freniere

La voix des morts est dans la voix des mots. Le vent souligne les odeurs corporelles du monde. On ne meurt pas vraiment. Utiliser les mots, c'est entrer dans l'imaginaire. Le réel est plein de portes dérobées invisibles à l'oeil nu. Il faut se concentrer pour y pénétrer. Pendant longtemps, la vie citadine m'a empêché de voir la beauté. Trop de gestes inutiles, de traites à payer, de pas trop anonymes et de voisins sans nom, de ciel sans étoiles, de rues sans pâturage. En présence de tout, on ne pense plus à rien. Désencombré du superflu, je me sens mieux à la campagne, comme si j'étais un meilleur homme. Il m'importe peu d'être le moins lu des écrivains, tant que les mots m'évitent le travail en usine. Je n'ai jamais voulu exister socialement. Faire carrière m'intéresse moins que faire l'autruche. J'écris comme le vieux que je suis. Je radote et je tousse. L'écriture à la mode est à l'égal d'un lifting. À la bourse aux valeurs, je mise des images. J'offre ma soif à l'eau fraîche des mots. Piégé par la littérature, c'est elle aussi qui a brisé mes chaînes. Avant de finir tué par les big macs, mourru par le ketchup en sucre, il faut élever la soupe jusqu'à l'art, le pain jusqu'à la gastronomie, la pomme jusqu'au cidre, les fleurs sauvages jusqu'à l'art floral. Comment sauver la terre quand les écologistes s'occupent plus de la merde que des hommes? Les plus beaux jardins commencent par la tête. On laisse mourir les enfants, mais on respecte l'apparence. On observe les vêtements sans regarder la peau qui saigne. Les draps s'usent plus vite du côté des corps, que ce soit par l'amour, la douleur, l'insomnie. Les mains ne savent plus faire le feu, tresser l'osier, filer la laine, faire le pain, le tricot, le crochet, faire du neuf avec du vieux, recoudre les coutures, agiter la grosse bobine de fil et la trame de lin. Les boites à boutons ne servent plus à rien ni la corde à rempailler. Il faut parler d'amour à la pointe du fusil, mettre des gants pour la caresse. Le cœur blessé par le mensonge, le cynisme et la peur, l'âme écorchée sur le ciment des hommes las, nous cherchons tous le fil à cicatrice. Que l'on s'accroche à Dieu ou à l'argent, nous nageons avec des mains coupées.

Le malheur ne plie pas. Il reste raide sous les caresses. Vit-on plus mal en donnant le peu qu'on a plutôt que d'étouffer sous le superflu? Ayant été un très mauvais chrétien, je suis un très mauvais athée. Il m'arrive encore d'engueuler Dieu pour les mauvaises raisons. J'ai beau détester la foule, j'ai quand même fait quelques salons du livre. Il faut bien faire quelques concessions pour pouvoir publier. Un écrivain perd son âme à respecter les règles du marché. Un livre qu' on est obligé d'expliquer est un livre de trop. C'est lui qui doit parler, non la bouche de l'auteur. Chacun lit selon ses capacités, qui avec ses yeux, ses oreilles, sans masins, qui avec ses mots, ses images et même l'odorat. On ne voit pas tout. Il y a une autre vie là où la peau cache les organes. On voudrait racommodé le grand trou du monde, mais sa béance nous emporte. Je suis un taiseux. Je mets l'oralité dans l'écriture, la musique dans l'étalement des phrases, le sang et la salive dans l'encre sur la page. J'écris sur la pouce, à la sauvette, à la bonne ou mauvaise franquette, selon l'appétit du lecteur. Ce que je dis est informel malgré l'usage immodéré des figures de style. Que ce soit dans l'utile ou l'inutile, j'aurai toujours été un mauvais placement.. Heureusement que quelques éditeurs misent encore sans avoir peur de perdre. Je ne connais que quelques vérités toutes simples. Le papier d'Arménie me rappelle ma mère. Tous les oiseaux sont beaux, même les urubus dans leur travail de vidangeurs. Il suffit de peu de chose pour être un saint ou un diable. Du chaos des étoiles à la sagesse des racines, l'homme doit s'aimer non semer la discorde. Il est plus important de vivre pauvre mais debout que courbé sous la richesse mal acquise. La spoliation de la terre est le pire des crimes, la charité la plus belle des vertus. Il y aura toujours au fond de la mémoire la lumière de l'eau sur le visage des enfants, la force de l'amour qui engendra chacun, le sillage des pas sur la marée des routes. J'ouvre les yeux dans les entrailles du monde. Les morts me visitent et me parlent à voix basse parmi les bruits de pas. Des gens de cinq mille ans nous regardent encore. Ouvrir les yeux ne donne pas naissance au jour, mais laisse pénétrer la lumière comme la fenêtre ouverte donne une présence au vent. Pénétrer l'inaudible est un plaisir de l'âme. Par l'oreille du monde, j'entends la plume qui gratte ce papier, le ronron du frigidaire se mêlant au ronronnement du chat, le la majeur au fa mineur, le frottement d'ailes des insectes, les cris d'une souris qu'on croque, le bruit sec d'une porte qui claque, le bruit d'un ongle sur la vitre, le silence coloré par l'éclosion des fleurs, le vent pliant les herbes, l'appel d'un chevreuil, l'odeur sonore des femelles. Le choeur des grillons et des crapauds survit au vacarme des quads. Quand on entend battre le cœur du monde, la relation au silence est autre. Chaque mot peut devenir un verbe. Les pas sentinent le sentier. Chaque jour, j'habite quelques pages. Je vis ma vie au ralenti. Je course avec un arbre et m'épuise avant lui. Malgré l'arthrose et les migraines chroniques, c'est par la blessure des mots que je souffle le plus. J.écris en lettres attachées. Les jambages des minuscules se donnent la patte ou le bras tout entier. Le mot main a les cinq doigts d'un m et d'un n qui indiquent le sens. Quand le cynisme règne en maître, le niveau des larmes ne cesse de monter. Le silence occupe un lieu plus grand que la parole. Où les phrases nous enferment, les marges ouvrent une porte. Chaque miette est plus utile que le tout. Chaque seconde permet l'éternité.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Ils ont dit

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Ils ont dit

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Elle était là quand on entrait

Publié le par la freniere

Tu m’entends ? Tu m’entends ? ai-je hurlé à
tes oreilles, alors que la mort venait de
s’allonger sur toi, refusant que mes mains
prennent sa place sur les tiennes. Tu

m’entends ? ai-je crié, tandis que ma vie
semblait se défaire autour de toi. Comment
pouvait-elle, ma voix, soulever ton silence
aussi lourd qu’une roche barrant mon chemin ?

une roche tombée je ne sais d’où, qui n’avait
rien des pierres nues que chauffent les étés
et coiffent de neige les hivers. On ne vit

pas neuf mois dans le corps d’une mère, sans
qu’au moment de sa mort ne surgisse de soi
le douloureux écho du cri de la naissance.


 

Richard Rognet

 

Publié dans Poésie du monde

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Le dernier cru de Vinau

Publié le par la freniere

Le dernier cru de Vinau

Le récit de l’errance poétique d’un homme après que sa femme l’ait quitté. Universel.

Joseph, 37 ans, avance comme il peut, comme tout le monde. Il n’est plus un enfant, il en a un, Noé. Mais le bateau tangue. La mère s’en va, puis l’enfant. Joseph, baron perché déboussolé, se réfugie dans le cerisier du jardin, sa cabane. Pour ranimer ses rêves, et redécouvrir les autres, leurs histoires, leur présence, qui l’entourent. Avec obstination, Joseph traverse la nuit.

« Si la littérature nous construit et nous fonde, Thomas Vinau est un maître des oeuvres. »Rock & Folk 

« Il y a dans ses phrases courtes tous les matins du monde. »Le Monde magazine

Publié dans Glanures

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Des jours et des nuits

Publié le par la freniere

J'ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu, trop confiant, trop indécis. J'ai gardé quelques livres, un vieux rêve, deux poignées de sable, une ou deux pommes vertes, de l'eau entre les doigts, de la musique sur un fil d'horizon ou de violon. On n'entend plus mes pleurs d'animal ni mes pas qui raclent le sol. De loin, on me fait quelques signes. Dessous, la rivière grande, la rivière gronde. Des veines d'eau gonflées charrient les passés. Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes. Des jours et des nuits se disputent l'espace. Il y a sans doute un accord possible. Autour, des choses à prendre ou à laisser. Et le souffle porté, supporté, emporté. Loin de la mesure des hommes. J'ai vacillé et tenu bon. Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles. J'ai tenté d'aimer et la lumière qui va avec.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Le Roi du Supermarché

Publié le par la freniere

Le Roi du Supermarché

J'ai acheté de l'or, du pétrole
du blé du riz du maïs du coton
négocié des armes de l'uranium

J'ai volé des terres pillé des nations entières
soudoyé des chefs de guerre des savants
des philosophes des présidents
des ingénieurs des docteurs
des prophètes de malheur

J'ai soumis des peuples ardents
avec des promesses jamais tenues

J'ai acheté le vent l'eau et l'air
la démocratie la république et la liberté

Je vends tout ce que “les juifs n'ont pas vendu” (Arthur Rimbaud)
des esclaves des libres penseurs des girouettes
des asticots pour la pêche à la ligne des imprimantes jet d'encre
des voitures des tv du ciment et des idées
des cercueils, des tombeaux à prix défiant toute concurrence
des boîtes en fer blanc des tissus des uniformes des bottes
des produits pharmaceutiques des poisons des oiseaux en cage
des parfums, du baume du tigre, de la cocaïne, des mirages
des miroirs aux alouettes, des défenses d'éléphants, du caca en boîte
des alcools frelatés des organes humains des boules de cristal
des trompettes et des tambours, des places au soleil, des remèdes de chacal
des arpents de lune aux enchères, des salades vitaminées,
de la viande avariée, des rêves pourris, des illusions cosmétiques
des vaccins contre la rage du lard et de l'art; des confettis, du cirage et des cigares

J'ai béni les apocalyptiques agents orange du Vietnam et les Khmers rouges
les actionnaires criminels de Monsanto les sirènes luxuriantes de la haine

De la Palestine jusqu'en Afrique du sud et aujourd'hui au Yémen
je chante la gloire des barbus et des fous de dieu et les refrains terribles
des égorgeurs en Syrie, des violeurs du Congo, des décerveleurs en série
les louanges des Princes de l'Arabie heureuse et des pédérastes aristocratiques

J'ai soutenu des criminels nazis d'inénarrables dictatures
des coups d'état des razzias des pogroms des génocides

Depuis la plus haute tour de ma demeure sous protection électronique
J'ai ensanglanté les uns après les autres tous les continents
pour noyer la flamme bucolique des révolutions débiles
J'ai éradiqué la pitié la solidarité la fraternité et je jouis de mes rentes à vie

J'ai produit des films à grands spectacles pour conquérir les esprits
enfoncé le clou dans la chair des innocentes utopies
sultan des milles et unes nuits les foules me vénèrent
lorsque je leur raconte mes histoires à dormir debout

Ma patrie est de nulle part
puisque mes possessions n'ont pas de frontières
et que je suis plus riche que tous les pharaons d'Egypte réunis
Je n'aime que mes semblables

je règne sans partage sur une mappemonde d'écrans extra-plats
du levant au couchant j'étends la grande nuit du néant définitif.

André Chenet, Paris - Février 2017

 

Publié dans Poésie du monde

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