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À la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

Publié le par la freniere

À la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout

À la mémoire de Jean Sénac et de Tahar Djaout
 

Un homme beau est mort qui signait d’un soleil
il s’appelait Sénac
Jean Sénac
un homme beau est mort qui signait d’une rose
il s’appelait Djaout
Tahar Djaout
depuis toute leur enfance est morte pour le monde…
sous l’amandier nomade
ils venaient tous les deux
à l’eau du soir blessée
ils ramassaient les ombres
pour en faire des pétales
toujours l’inespéré accompagnait leurs pas
toujours dans leur maison
on partageait le pain
toujours dans leur maison
on partageait le sel
et la douce patience qui tremble au bord des larmes…
les amandiers sont morts de leurs blessures…
et la mort en grand nombre a frappé en vingt ans !
hier c’était Sénac aujourd’hui c’est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les couleurs
pour avoir cru ensemble à une même Terre
de toutes les douleurs
hier c’était Sénac aujourd’hui c’est Djaout
assassinés chez eux par les mêmes tueurs
sur cett même Terre de toutes les splendeurs…
assassinés chez eux en des temps différents
et semblables pourtant…
deux hommes beaux sont morts
tous deux enfants d’orages
et deux frères pourtant
deux hommes beaux sont morts qui signent d’un Silence…

Tristan Cabral

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Version wallonne des Gens de mon pays

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Une bouteille à la mer

Publié le par la freniere

Une bouteille à la mer

Je voudrais écrire sur ta peau

un tout petit poème

plein de miel et de lait.

plein de sève d'érable,

le tatouage d'un coeur

transpercé d'une fleur,

des choses souterraines

qui portent la lumière

et ne se disent qu'à deux.

 

Je voudrais t'écrire

sans avoir besoin d'encre,

sans parler, sans papier,

rien que des gestes fous

plus profonds que la mer,

des vagues si petites

qu'elles coursent dans les veines.

 

Nous serions dans la nuit

deux enfants construisant

un château de lumière

avec le peu qui reste

des amours anciennes.

 

Je fais encore semblant

que tu m'aimes pour vrai

comme on lance à la mer

une bouteille pleine

de ce qui fait rêver.

 

Jean-Marc La Frenière

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À l'orient de tout

Publié le par la freniere

À l'orient de tout

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Poème

Publié le par la freniere

emmilagitana

emmilagitana

La beauté est le dernier obstacle à opposer aux dictatures.
Elle est irréductible aux lois en cela que sa loi se réduit au besoin qu’on en ressent.
La liberté est l’espace qu’elle exige pour son ambassade.
L’espérance, aussi amère soit-elle, en demeure la forme initiale et primitive.
L’amour, aussi désespéré soit-il, en reste le fondement principal.
La beauté n’a pas de visage et peut les prendre tous sans rien changer à sa nature propre.
Son mystère est fraternel, son énergie originelle et fondatrice.

Werner Lambersy

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Petite flânerie

Publié le par la freniere

Petite flânerie

Je ne rêve plus vraiment, je vis.
Ma flânerie prolonge l’arrêt,
que j’espérais il y a peu de temps encore.
J’ouvre une fenêtre sur le temps
pour sentir s’écouler les heures.
Un peu de musique succède
aux paroles devenues obsolètes.
J’entends la suite du monde
se dérouler sans que j’aie à tourner
les manivelles. Les livres empilés
en attente d’être lus me paraissent
tout à coup vivants, je les sens
déployer des ailes pour m’entraîner
au plus profond de moi, plus près
enfin de l’invisible chemin de poésie.

Claude Paradis
28.06.2020

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Les e muets

Publié le par la freniere

Le paysage fait des bulles d'air pour prendre son respir. On entend pétiller le village, la musique des arbres, les érables qui coulent, les milles bruits de la rue, les roues qui tournent, les chiens qui jappent, les gros camions de pitounes qui remplacent la drave, ceux qui transportent la chaux dolomitique juste avant les semailles. Les mots finissent par se perdre dans les phrases du voyage, les métaphores invisibles, les e muets. Je me sens vivre à chaque mot que j'écris. Je me sens mal à chaque mot que j'efface. Est-ce le bon mot? Est-ce celui qui soutient tous les autres? Est-ce celui qui apporte le pain, un soleil à placer dans un livre, un matin à plier sur la page, une parole à mettre dans la bouche, un oiseau à libérer de sa cage dorée? Les poètes sont pleins de vers qui picorent les yeux, les prairies pleines de vaches, les bouses pleines de mouches. Les années sont pleines de jours. Il faut des mots pour mettre des couleurs, des images, des métaphores, des prolégomènes, des aphorismes. Je ne pense à rien quand je marche. J'attends la venue des mots, les phrases qui se forment toutes seules. Je suis fait de tout et de rien, de temps et d'espace, de mots comme de choses, de cris, de silence et de bruits, de fruits, de légumes et de fleurs, de rêve sous les nippes du réel, de chèvre, de mouton, de lapin, de loup, de terrier, de chevreuil, de pluie, de soleil et de neige, de chair, d'excréments et d'urine, de sève, de tronc, et de racines, d'aubier et d'aubépine, de glaise, de boue et de bavures, de signes et de ratures, de verbe et de littérature, d'images et de peinture, de théâtre, d'acteur et de spectateur, de bois et de sucre d'érable, de sel, de sueur et de sang, d'un fœtus au ventre du possible. Les nuits blanches sont remplies d'idées noires. Une main ne suffit pas pour écrire. Il faut aussi du cœur, de la tête et des tripes, des brèches dans les murs, des barreaux d'échelle, des marches d'escalier.

Il faut plus qu'un stylo pour écrire. Il faut des pas sur la route, le fil des mots dans l'étoffe des passions, de la lumière dans un tas d'immondices, le vol des oiseaux, la promesse des fruits. Il faut plus qu'une main pour écrire, plus que l'encre et du papier. Il me faut une image pour terminer ma phrase, un bout de paysage, une pièce du puzzle. Mes pieds titubent à l'ombre des vivants. Je caresse le ciel comme les bras d'un arbre, les plumes des oiseaux, les ailes d'un ange, la baguette des fées. Quand on écrit, il faudrait tout reprendre. Bien des choses ont changées. Des écrans remplacent la craie sur la tableau. On ne voit plus de boites téléphoniques ni de mariages d'oiseaux. La mort se cache dans la vie, les manches de chemise, la doublure des manteaux, les rides du visage, les pages d'écriture. La mort fait semblant d'être vivante. La césure s'élargit dans le ventre du dimanche. La lune et le soleil mettent des couleurs au ciel. Des images s'envolent, des nuages, des oiseaux de papier, des mots à tire-d'aile, des phrases à tire larigot. Les bipèdes se promènent parmi les quadrupèdes. L'homme promène son chien et les chats ont sept vies. D'une seule foulée mes pas prennent leurs marques dans la dernière ligne droite. Chaque nuit ouvre une parenthèse jusqu'au profond du rêve. Chaque matin la referme. À l'abri de l'agitation du monde, je longe le cimetière avec ses tombes de pierre, ses prières, ses grives et ses couronnes de fleurs. Le fantôme de mon loup flaire les anges et pisse sur les crucifix. Je préfère les ballons d'enfant aux traces de balles des fusils, la grenade qu'on suçote à celle qui explose, les mines de crayon aux mines de charbon, les mauvaises mines aux sourires hypocrites. Un bout de craie se casse sur l'ardoise de la vie. Un bout de doigt s'agite. Un bout de phrase commente une nuée de gestes. Le moindre mouvement agite la poussière des mots, le vent des souvenirs.

 

Jean-Marc La Frenière

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Les épines

Publié le par la freniere

Sans toi

il n’y a plus ni plantes

ni oiseaux

le vent les cherche lui aussi

il n’y a plus fleurs

dans la grande main du monde

 

sans toi

la lumière dans l’ombre

n’éclaire que le vide

les cigales se taisent

les fourmis s’endorment

les vivants déçoivent

les touristes japonais

ne prennent plus de photos

 

sans clef

je n’ouvre plus de porte

je te cherche partout

mais les meubles sont vides

le mot soleil n’éclaire pas

la feuille de papier

la grosse gomme du temps

n’efface pas la poussière des mots

ni les pommes rougies

que je cueillais pour toi

 

sans toi

 les façades des maisons

refusent de sourire

les roses disparues

j’en garde les épines

je n’entends plus chanter la vie

la nuit fait taire les oiseaux

 

Jean-Marc La Frenière

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Les mots dans les mots

Publié le par la freniere

Elle est restée là au milieu du poème
comme au centre d’une île
à manger la lumière
comme on mange à pleine bouche
les fruits mûrs de l'été
et ceux au soir des râles.

À manger la lumière
et sa pulpe,
sentir le jus dans la gorge
comme un sirop de vie

et mordre dans ses éclats
jusqu'au noyau
jusqu'à l'amertume
sans regrets.

Elle s’est tenue assise dans l’été pourrissant
comme les figues du jardin
à dévorer la lumière des mots
et puis les mots d'absinthe du poète

jusqu'au frémissement de l’aube
jusqu’à la nausée
à voir mourir le jour et la dernière églantine.

Tu sais toi, tout ce que l’on peut trouver
dans la chair des mots et celle de la mer.

L’éternité dans une étreinte.

Pat Ryckewaert

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Comme une femme sans visage

Publié le par la freniere

Comme une femme sans visage

Comme une femme sans visage
à la tête coupée
je fais don de mon corps
à l'homme du chapeau
celui qui me porte
en d'autres rives
où la peau exhale
des odeurs d'algues
et de limon.

Comme une femme sans pieds
je nage en eaux claires
à la portée des chants
de marins ensorcelés
ils iront pêcher
la sirène aux longs cheveux.

Comme une femme sans coeur
je fais don de mon organe
à sauver la vie
pour que renaisse l'enfance bleue
aux portes de l'espoir.

Comme une femme sans regard
je vois à l'intérieur des âmes
et y sens frémir
l'indicible inaccessible
sur une simple présence
il est des vibrations
qui ne trompent.

Comme une femme de toutes couleurs
je me pare de toutes les peaux
à les faire miennes mes soeurs
afin de ressentir
ce que le monde nous donne
la sensation de nous ressembler
et nous aimer.

Comme une femme aimante
avec l'amour en partage
je fais rivières de sentiments
et brode en silence
ton prénom
en lettre d'or.

 Anne Perrin

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