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On trouvera des lettres

Publié le par la freniere

On retrouvera des lettres entre les draps, dans une armoire normande au bois vermoulu. Dans la chambre où la poussière a figé le temps, on traversera en quelques pas des années de silence. Contre le mur, calé par des livres de papier jaune, le grand bahut nous craquera sa vérité enfouie. Il faudra de la patience pour ouvrir l’armoire à la serrure grippée. On insistera. La clef en laiton fera des tours perdus à l’angoisse de la découverte. Les battants finiront par céder dans un frémissement. Sur les étagères, des piles de linge viendront sous nos yeux disperser les lunes, dévoiler des années d’intimité au jour neuf.
On retrouvera des lettres entre les draps de lin pliés au carré. Avant le brin sec de lavande, le flacon d’huile essentielle de cèdre, un reste d’odeur humaine. Des lettres oubliées dans les plis du passé, à l’abri du regard de l’autre. Cet autre à qui on a caché les mots. Sur les enveloppes, on admirera la calligraphie, les hautes jambes des lettrines, les vieux timbres et les dates évoquées feront passer le siècle pour une respiration.

 

Christophe Sanchez

Publié dans Poésie du monde

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Verte Irlande

Publié le par la freniere

Verte Irlande

Publié dans Glanures

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Les jardins minés

Publié le par la freniere

Je concède aux étoiles au peu de ma naissance. Je dois au capital le règne de l’angoisse, du néant et du manque, toutes les sortes de bombes et le rictus des marchands, la bêtise et la faim, l’adoration du fric, la haine qu’elle implique, l’agonie de la mer et les jardins minés, les bras qui se prolongent en seringues, les épaules en fusil, les camps de réfugiés, les enfants de la rue, les fillettes qu’on vend, les anges en beau calvaire, les poètes en hostie. L’ambition d’être tout a dévasté le monde. Ne sachant où mène ce néant, j’arpente le chemin qui s’éloigne des lois. Je donne à l’espérance un visage verbal. J’ai choisi l’air pour bâtir ma demeure. J’y creuse des fenêtres assoiffées de lumière. J’alimente la laine quand le tricot a faim. Une seule image, un seul oiseau, une seule phrase peuvent adoucir le monde. Il arrive qu’un seul coup de pinceau résume l’immensité. Une lettre est le début du monde. La moindre des moissons revient à sa naissance.

Je veux le fruit du fruit, la fleur de la fleur, l’âme de l’homme retrouvée par amour, faire de chaque miette la naissance d’un pain, d’un brin d’herbe une flûte, d’un regard de pierre une source d’eau fraîche. Je cherche dans la nuit ce que nul ne voit, un bol de bonheur, un bout de vérité, l’amande solitaire cachée dans son écale, la graine naissant dans l’ombre pour voir le soleil. L’écart entre les hommes est la table où j’écris pour rapprocher nos vies. Les mots viennent de trop loin pour se permettre de mentir. Le cri du premier homme quand il a vu la mer traîne encore dans les phrases, ses oh devant le feu, ses premiers pas dans l’eau. De trop avoir cherché, je me suis égaré. La nuit gagne sur moi. Quand le passé se tait, l’avenir est muet. Ce qu’un instant dessine est effacé par le suivant. Il faut s’aimer plus fort quand le vivant rapetisse. Je m’éveille ce matin avec de vieux mots échappés de l’hospice.

Les souvenirs fleurissent les à-côtés du cœur. La vie nourrit la mort. Il faut piller la terre, écraser quelques hommes, pour amasser de l’argent, avoir des griffes au bout des mains, un cœur à marée basse, une tête mal lunée, une tache de pétrole en guise de conscience. Le temps devient bizarre à cause des cultures, des pesticides, des essais nucléaires. La mort vient du sol comme elle descend du ciel. Qu’il fasse nuit, qu’il fasse noir, qu’il fasse froid ou faim, toute la question est de ne pas se vendre.

La mort d’un homme n’est pas un drame, mais une vie ratée, une enfance avortée, un vieux sans souvenirs, un rêve mutilé, une bouche sans pain. La guerre d’Espagne se perd à chaque jour. L’argent a gangrené chaque cellule du corps et la vie s’empoisonne. De la gueule du volcan à la tanière du loup, du grenier de la nuit au sous-sol du jour, je tire la langue au néant et convoque à l’amour. Je fabrique des clefs pour les portes qu’on ferme, des fenêtres d’oiseaux, des comptoirs à épices dans la fadeur du temps. Il y a longtemps que Dieu est mort en sautant sur une mine. Je regarde le Christ refaire ses bagages. Il jette à la poubelle ses épines en plastique, ses paroles trahies par les bouches dévotes, ses tables de la loi usurpées par la banque, son amour en faillite, sa tunique de pauvre redessinée chez Dior. Une guerre a beau finir, ce n’est jamais la paix. D’autres commencent quelque part. Les vautours cachent leurs œufs dans un nid de colombes. Autour de moi, des gens rient, gesticulent, parlent fort. À l’usine ou ailleurs, ils nourrissent la bête. Rivé à mon crayon comme un fou sur sa chaise, je suis d’un autre monde, celui des schizophrènes, des parias, des enfants alités. De nœud de viscères en nid de vipères, je desserre l’étreinte. Je traverse le rêve en bicyclette rouillée.

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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Dessins de Mimi Parent

Publié le par la freniere

Dessins de Mimi Parent

 

à voir sur le site de Maxime Catellier

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La Ralentie d'Henry Michaux lue par Germaine Montero

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Plein emploi

Publié le par la freniere

Jean-Claude Pirotte

Jean-Claude Pirotte

Publié dans Poésie du monde

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La rafle du Vel d'hiv: chanson inédite de Gilbert Bécaud chantée par Annie Cordy

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Publié dans Poésie à écouter

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Les deux rives

Publié le par la freniere

Les deux rives

Publié dans Glanures

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A 76 ans, l'activiste et chanteuse Joan Baez dénonce Trump

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Sans passeport ni monnaie

Publié le par la freniere

Le titre évoque le poème et son poète à l’origine de cette page
« Sans passeport ni monnaie » de Jean Marc La Frenière
10 ans après
Nous sommes toujours reliés dans nos constellations
Conjurant chacun à notre manière
« le vent déchirant de la nuit noire » (André Breton)
30 mai 2016

Gare au poète qui a raté le train et qui erre parmi les passants pressés sans armes ni bagages
Ils ne le voient pas Ils ne l’entendent pas Ils veulent le gommer
Gare au poète qui a raté l’avion et qui vole parmi les oiseaux de fer et de guerre
Ils ne l’écoutent pas Ils n’ont cure de son aile pacifique Ils bombardent et font éclater les vies et les larmes amères
Gare au poète qui s’est enfui de la ville CO2
Il est l’érable et le bouleau Il est le loup et le caribou Il est le rêne et le mythe du rêne Il est l’œil du premier et du dernier indien Il est la paisible violence de Nature que vous ignorez dans vos cœurs bétonnés
Gare au poète qui crie dans le désert des nuits
Qui cherche ses mots de rêves et de réalités Qui cherche ses mots pour chaque atome de seconde Qui cherche ses mots d’ébène et de sapin Qui cherche ses images dégagées et rapaillées de tous ces lambeaux de vie dont vous vous contentez
Gare au poète que la charrette des critiques a raté
Ils ignorent l’autodidacte rebelle Ils ignorent le murmure du cosmos le cri du loup l’encre teintée de vent de sang de terre Ils sont ces doctorants qui entretiennent leurs petits dieux en des colloques et séminaires où ils échangent leurs coliques et leurs feuilles mortes
Et gare à la société qui abandonnerait ses poètes
Celui qui cherche « tout, sans but, sans trêve, sans repos »*
Celui qui ne veut pas « d’un homme qui n’aurait pas de peine, pas d’épaule, pas de cœur » **
Celui qui obstinément « Parce qu’il est nu Et le ciel vide Que la langue est sa patrie…Guerroie avec des mots Sans souci de victoire » ***
Celle qui Entre lune et loup écrit « Les mots aussi ont leur nuit Ils se taisent alors Opaques denses On se couche dans leur silence Comme un chien fait le mort Et on attend Longtemps Qu’ils se mettent à bruire Doucement Comme une source »****

Oui N’oubliez pas la source N’oubliez pas la joie Sous peine de vous oublier vous-même
* Victor HUGO ** Jean Marc LA FRENIÈRE *** Gaston PUEL
**** Jacqueline SAINT JEAN


Jean Jacques Dorio
19 octobre 2006

Publié dans Poésie du monde

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