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Je suis plus près de toi

Publié le par la freniere

Je plante un arbre sec dans le ventre du feu

La mèche usée du jour charbonne sous la pluie

Naissent les bruits du soir j'entends renter les boeufs

La pendule a moulu des minutes de suie

Je suis plus près de toi

Qui brouilles le parcours

Et qui laisses ma voix

Dériver sur les mares

Je suis plus près de toi

Que le vent dans les tours

Que le dégoût des jours

Qui s'attable et me nargue

Je saurai désormais comment souffrir d'amour

Perdu au bord des champs dans les boues de l'automne

Je connaissais la peine à Paris dans les tours

C'est bien une douleur pareille, un même cours

Je suis plus près de toi,

Qui brouilles le parcours

Et qui laisses ma voix

Dériver sur les mares

Je suis plus près de toi,

Que le vent dans les tours

Que le dégoût des jours

Qui s'attable et me nargue

L'hiver est un roi mort empenné de corbeau

Il ouvre, il m'attendais, il me rit comme un frère

Les chambres sont parées d'un damier de vieux os

L'âge que j'ai ce soir pèse comme une pierre

Je suis plus près de toi,

Qui brouille le parcours

Et qui laisse ma voix

Dériver sur les mares

Je suis plus près de toi,

Que le vent dans les tours

Que le dégoût des jours

Qui s'attable et me nargue.

 

Luc Bérimont et Lise Médini

Publié dans Poésie à écouter

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Menace

Publié le par la freniere

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À tous les planteurs d'arbres

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La forêt reboisée. Par Juliette et Marjolaine Perron

La forêt reboisée. Par Juliette et Marjolaine Perron

Publié dans Glanures

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Hommage à Forcier

Publié le par la freniere

Hommage à Forcier

Marc-André Forcier

Il crée comme il aime, comme "on" aime, comme j’aime


Le public québécois, celui qui aime vraiment l’art cinématographique, a, en cet automne 2016, la chance insigne de pouvoir se rendre dans un cinéma pour savourer le superbe film de Marc-André Forcier : Embrasse-moi comme tu m’aimes.

Forcier est un cinéaste dont on peut dire, sans grand risque d’erreur, que ses étonnantes et émouvantes créations sont hors norme. Son cinéma a toujours été, depuis une cinquantaine d’années, un authentique cinéma d’auteur, un cinéma éminemment personnel, indiscipliné, insoumis, indépendant et de grand cru, comme peut l’être un grand vin. Si François Rabelais revenait, il dirait probablement que le cinéma de Forcier évoque ce que lui, il appelait "la dive bouteille". L’écriture cinématographique de Forcier se rapproche très probablement de ce que Christine Escarmant, qui a beaucoup analysé l’œuvre de Rabelais, appelait «l'enthousiasme vinifique de l'écriture rabelaisienne».

Embrasse-moi comme tu m’aimes développe une écriture cinématographique particulière, une écriture qui diffère de l’écriture de nombreux films dont on espère ardemment qu’ils vont devenir des blockbusters rentables et de grands succès du box office. Plusieurs histoires s’entremêlent, s’entrecroisent et s’entrechoquent dans ce chef d’œuvre qui nous présente le Québec de 1940, tel que vu et imaginé par le grand Forcier. Le noyau principal de ces diverses narrations, c’est l’histoire de Berthe, jeune femme handicapée, laquelle est éperdument amoureuse de son frère jumeau, Pierre. On pourrait se dire que c’est encore une banale histoire d’inceste et de sexualité racoleuse. Mais il ne faut pas se tromper. Forcier met en scène une foultitude d’histoires entrelacées, lesquelles nous présentent des personnages truculents, insolents, non résignés et vivants. Ce sont des personnages "populaires" qui vivent ardemment et courageusement leur existence, avec ses bassesses et ses grandeurs. Ce ne sont pas des gnochons ou des minables.

Ce qui est certain, c’est que c’est un film dans lequel "la chair exulte", comme le disait Jacques Brel, ce qui n’en fait pas un minable film pornographique. Il arrive souvent que dans le cinéma de Marc-André, on voie coexister Éros, ripaille, bombance, gogaille, grivoiserie, paillardise, joyeuseté et gaudriole.

Le cinéma de Forcier n’est pas une apologie de l’alcoolisme ou de l’ivrognerie. Mais souvent, il présente des humains issus de milieux populaires, des humains comme les aimait François Rabelais, des humains qui aiment se "déglacer la glotte". Dans Embrasse-moi comme tu m’aimes, un personnage, plutôt tragique, brillamment interprété par Roy Dupuis, est un authentique vide-bouteille, et il est adroit du coude. Il sait tordre le cou à une bouteille et boire à tire-larigot

Denis Bellemarre a déjà écrit dans la revue Copie Zéro (1984) : «Il m’a toujours semblé curieux que l’on parle des personnages de Forcier comme des désoeuvrés alors qu’ils sont toujours en pleine activité ludique.» Formidable et pertinente observation!

Pour aimer les films de Marc-André (et il a déjà de nombreux admirateurs, souvent inconditionnels), il faut accepter que le tragique et le comique s’entremêlent. Ce qui est certain, c’est que les "agélastes" ne pourront jamais aimer le cinéma de Forcier. Rabelais avait inventé ce mot significatif pour désigner les personnes dénuées de tout sens de l'humour, les personnes qui rient rarement, ou jamais.


Ce qui est certain aussi, c’est que les personnes qui aiment le gros comique épais et qui refusent de composer avec le tragique ne vont pas apprécier l’œuvre, dramatique et souvent tragi-comique, de Marc-André. Ce cinéma ouvre la porte à une gamme éminemment diversifiée d’émotions, d’impressions et de sentiments.

Je pense que le cinéma de Forcier mérite un public élargi, un nouveau public qui serait probablement ravi et gagnant s’il se décidait à essayer, à risquer. De nombreux spectateurs potentiels ne savent pas, hélas, que ce cinéma serait pour eux une découverte fondamentale et émouvante.

Le cinéma de Marc-André ne se base pas sur une recherche systématique de la demande, dans le sens économique du terme. C’est un cinéma basé sur une offre originale, offre proposée par un grand artiste. Tant mieux s’il y a un public. Et il y a, nécessairement, un public déjà existant et un nouveau public à conquérir. Le cinéma-offrande de Marc-André répond plus à un besoin humain et artistique qu’à une demande économique. De nombreuses personnes ont besoin d’être bouleversées, émues et touchées par des créations qui sortent du cadre industriel et trop simpliste de nombreuses productions cinématographiques.

Une autre caractéristique fondatrice et permanente du cinéma de Forcier, c’est l’importance des images et des mots qui se combinent d’une manière originale, créatrice et féconde. Ferdinand Brunetière a déjà écrit : «la langue est un théâtre dont les mots sont les acteurs». Dans tous les films de Marc-André, les mots sont justes, créatifs, brillants, pertinents et juteux. Ils ajoutent une qualité supplémentaire qui va de pair avec le charme global de cette grande œuvre cinématographique.

L’œuvre de Forcier n’est pas basée sur le star system, mais Marc-André réussit toujours à faire intervenir une brochette brillante de grandes comédiennes et de grands acteurs. Je pense, notamment, à Céline Bonnier, Roy Dupuis, Réal Bossé, France Castel, Donald Pilon, et à tant d’autres.

Il serait possible d’en dire beaucoup plus. Mais ce texte est un cri d’amour et d’amitié. C’est aussi un appel déchirant lancé à toutes ces personnes qui seraient comblées si elles pouvaient, enfin, découvrir le cinéma insolite, déconcertant et génial de Marc-André Forcier. C’est aussi un hommage ému à toutes ces personnes qui, depuis longtemps, parfois, savourent et dégustent le cinéma de cet enfant terrible, de ce paria, de cet artiste unique.

Jean-Serge Baribeau, sociologue et écrivain public

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La voix blanche

Publié le par la freniere

Le temps nous fane comme la chair des roses. Le sang des choses bat dans le pouls des maisons. Il charrie je ne sais quel poids de souvenirs. Une route ne va jamais toute seule. Des pas de bêtes l'accompagnent, des gestes d'hommes, le salut des collines. J'ai cultivé l'ortie pour en faire du pain. J'en ai la bouche qui saigne et les lèvres en compote. Le temps respire comme un grand animal. La terre se couche sur le sol, la beauté sur le ventre. Je suis un ange boiteux avec ses plumes brisées, son pied bot dans les rimes. Malgré les téléphones intelligents, les i-pad, les écrans, je plonge encore les yeux entre les cuisses d'un livre. D'à plat et virtuel, je me relève en chair entre les bras humains. L'addition des petits riens finit par peser lourd.

 

J'ai opté pour la vie et la calligraphie des pluies sur le clavier des vitres. Les ailes des oiseaux se lavent à l'eau du ciel et je rince mes yeux dans la lessive des orages. Pas besoin d'auréole ni d'épines, chacun peut marcher sur la mer. Il suffit de l'écrire ou de le dessiner, de faire de la musique avec le bruit des vagues. Ceux que je n'ai connu qu'écrits ont parfois pris la place des ombres qui m'entourent. Je ne veux pas finir parmi les accessoires, le dé à coudre du malheur, la pelle sémantique, les larmes des horloges, la couronne de roses, la corde des pendus, le verbe des poètes, le sable entre les doigts, les sunlights figurant le soleil, les ailes fondues d'Icare, le rocher de Sisyphe, le luisant des ablettes sur le bois des étals, le dérouillée brouillonne des guêpes qu'on dérange, une voix de source dans les bois et les trous de la terre. Le souffle court avec le souffle court, les jambes tirant de la patte, les anges rognant leurs ailes. Je souffre du non sens comme Che Guevara. J'attends la neige sur le bord de la route, celle qui lavera la misère du monde, du moins le temps qu'elle fonde et déshabille les épouvantails.

 

Pour celui qui possède l'ignorance des simples, le plus inouï est évident. Le bois qui résiste à l'hiver y travaille tout l'été. J'entends péter les clous des murs adolescents. La résine des pins et la gomme d'épinette stimulent l'acné du temps. Le vent mordille la joue du paysage, le bout de langue des mots. Les grenouilles coassent entre les nénuphars, les pierres, les asphodèles. L'asclépiade nourrit tout autant qu'elle guérit. La nature refuse le placebo des hommes, réfute la monnaie, redresse l'horizon. Elle se guérit elle-même à même ses réserves. Elle se nourrit de l'eau. Elle mange de l'air pur, de l'orage, du vent. Les arbres rongent leurs feuilles comme on se ronge les ongles. La parole court en vain après son propre sens. Je ne dors jamais comme un bloc de ciment. Je coule sur les draps dans la sueur du rêve. Pour avancer dans le silence, on s'appuie sur la voix comme un oiseau sur l'air et les bateaux sur l'eau. Chaque port est un départ. La ligne d'horizon est le point d'arrivée.

 

Pourquoi a-t-on imposé l'heure à la place du soleil? Il faut toucher les hommes avec l'âme au bout des doigts et tailler des baisers avec les lèvres et la salive. J'oscille entre la mort bordée de vie et la vie bordée de mort. Je n'ai jamais navigué, mais je sais qu'à telle heure, le bleu vire au noir. Le vent s'avive. Les murs se délitent. Le sang se retire des pieds et nous tanguons comme les vagues. La pipe au bec, les mains vissées au zinc pour maintenir le cap, un vieux marin l'a confirmé. Pour remplacer le voyage, j'écris sur un seaman's handbook. La vie aussi a des écueils et des plages d'accalmie. À peine dit-on bonjour, on doit faire ses adieux. De la poupe du jour à la proue du soir, je navigue à l'estime. Nous passons trop souvent du poème à la prose, du grand air à la ville, cette prison volontaire. Il faut gratter longtemps la peau du paysage. L'ossature se cache sous l'embonpoint du temps.

 

On met souvent les prisons sur une île. Ça devient une mer entourée de barreaux où chacun fait naufrage. Quand il pleut, l'arc-en-ciel tombe sur la terre, mais les couleurs sont plus sombres. Un train roule sur la terre. Un grain passe sur la mer. Je passe à la ligne d'une page à l'autre. Au lever du soleil, le mauve passe au rose. Le ciel se reflète sur la moindre flaque d'eau. Je n'aime pas la pêche. Je préfère les sirènes, les hippocampes et les étoiles de mer. Les plages partent à marée haute et puis reviennent à marée basse. Ici, les portes s'ouvrent sur le vent. De l'autre côté, les maisons dorment sous leurs ailes de tôle. Des enfants couvent les œufs du rêve. Ailleurs, ils partent pour l'école. Aux décibels des portables, je préfère les taches d'encre aux doigts des écoliers.

 

On a beau planté ses yeux sur un point fixe, le paysage n'arrête pas de changer. La ligne d'horizon fait fluctuer l'espoir. Il y a des âmes qui respirent dans le négatif des images, des ombres qui éclairent, des choses à mettre en mots. La terre semble tourner sous le pas des marcheurs. Dans les maisons qu'on quitte, les années nous attendent. Elles abritent entre temps les fantômes des morts. Ces rides sur le mur qui n'étaient que risettes ne savent plus sourire. Les remords s'emmêlent aux fous rires dans la broussaille des émotions. Les souvenirs donnent à la mémoire une terre plus vaste. Au milieu de la marche, le cerveau sort du crâne. On ne sent plus ses jambes. Cherchant la paix des ermitages, je traverse les brins d'herbe au lieu des poignées de main. L'enfer du crédit est pavé de slogans. J'ai du sang dans la voix, sans pansement dans les mots.

 

Je gribouille pour être près du temps. Les mots occupent le blanc des pages comme les plantes sortent du sol. J'aime que l'odeur du pain remplace l'encre, celle de l'humus les neurones trop sages. Une main sur une épaule a la douceur d'un coup d'aile. Elle aide à s'envoler comme une main dans la main retransmet sa chaleur. Le sourire est un oiseau s'envolant de sa cage. Les mots se serrent dans la bouche et s'entraident à parler.

 

La vieille machine à vivre a des ratés parfois. Le cœur a besoin d'air et les poumons crachotent. Les sandales aux semelles de pneu exigent des rustines. La parole tombe rarement au bon endroit. Il suffit de peu pour repartir, qu'un rayon de soleil nous tape sur l'épaule, qu'un brin d'herbe sourit, que le pas des enfants croise le chemin des ancêtres. Les chemins que j'ai pris finissent sur la table, dans les mots que j'écris, les gribouillis des marges et les tache d'encre. Du temps de mon enfance, ils étaient en couleurs. Il y a la guerre et il y a les arbres. Y aurait-il sans l'homme moins de haine sur terre? J'avance dans la nature de question en question, Quel est le nom de cet oiseau, quelle étrange plante, quel est ce champignon? Du bout de mon crayon, je tends la main vers l'origine.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Marianne Aya Omac rencontre Joan Baez

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Tu te dis

Publié le par la freniere

Une pluie d'hiver tombe sur un jour de chien seul. Tu vois l'éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu entends la chamade dans les battements du sang. Tu regardes le gris des villes découpant la beauté. Tu sais qu'un pas d'itinérant porte le poids du monde. Des clameurs embrasent le ciel de tous les pays. Les jardins sont en fleurs et les arbres en abeilles. Un chat et un chien jouent dans la poussière. Un clocher sonne quelque part. Toi, l'enfant de rentrée des classes, assis sur ton cartable à une encablure de l'école, un pain au chocolat dans ta poche, tu te dis qu'avec tout ça il faudra bien faire quelque chose d'heureux.
 
Ile Eniger
 

Publié dans Ile Eniger

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Il voulait devenir un saint

Publié le par la freniere

Il voulait devenir un saint

Enfant, il voulait devenir un saint. Il est devenu poète. Il y a 20 ans, le 18 octobre 1995, Gilbert Langevin s’éteignait après avoir écrit, et chanté, de « sa voix remplie d’amertume, de complaintes et d’infortunes ». Il a signé une trentaine de recueils de poèmes et de chansons, certaines ayant été portées par les plus grands noms de la chanson québécoise, de Pauline Julien à Marjo. Il a laissé derrière lui une vie pleine de mots. Érudit sans le sou, vivant à Montréal entre ciel et terre, comme une feuille au vent, il a dit la détresse et le consumérisme, il a dit le pays qui flanche et l’amour qui dérange, il a dit aussi l’amitié et la fraternité. « Cette voix que j’ai, cette voix je vous la donne, c’est tout ce que j’ai. »

Vingt ans après sa mort, la voix claire et le piano léger de France Bernard redonnent souffle à une vingtaine des textes de Langevin, le 7 octobre, au Festival international de poésie de Trois-Rivières, qui débute ce vendredi. La plupart de ces textes n’avaient jamais été mis en musique. Un disque, attendu fin octobre, en reprendra 12. Les textes de Langevin, du plus innocent au plus terrible, y voyagent sur les mélodies de France Bernard, qui est aussi la conjointe du neveu du poète. « J’y suis allée intuitivement », dit-elle. « Gilbert Langevin n’était pas dans la vie matérielle. Il vivait de ses mots. Mais il a probablement souffert du manque de reconnaissance. » Or, le jour du spectacle, au festival, hommage sera rendu au poète par des personnages qui l’ont aimé ou connu : son frère, le sculpteur Roger Langevin, l’éditeur et président du festival Gaston Bellemare et l’ancienne directrice du Devoir Lise Bissonnette.

« Gilbert était un fou de littérature », dit, joint au téléphone, Roger Langevin.

Né, comme France Bernard, au Lac-Saint-Jean, plus particulièrement dans le village de La Doré, Gilbert Langevin a fait son cours classique à Sainte-Anne-de-Beaupré, puis à Montréal. Jeune, il avait tendance au mysticisme, raconte son frère. « Il voulait être un saint », dit-il, et regrettait parfois, même enfant, de ne pas être déjà mort. Puis il a complètement délaissé la religion après avoir réalisé qu’elle était elle aussi menée par des intérêts matérialistes.

« Il n’a pas accepté qu’on lui défende de lire Sartre ou Camus », rappelle Roger Langevin.

Ce sont donc les mots qui ont meublé sa vie, des mots qu’il griffonnait sur des coins de table, sur des serviettes de papier, dans le Plateau-Mont-Royal, rue Saint-Denis ou au parc Lafontaine. Des mots qui devenaient des livres et des chansons.

« Le seul emploi qu’il ait eu était à l’ancienne Bibliothèque nationale, qui était alors la bibliothèque Saint-Sulpice. Là, il passait ses journées à lire. Il a énormément lu. Il était très érudit. Il avait aussi une mémoire phénoménale et pouvait donc se souvenir de passages entiers de livres. »

À 18 ans, Gilbert Langevin vient à Montréal pour rencontrer Gaston Miron, qui le convainc d’abandonner les structures poétiques figées en vers, en pieds et en alexandrins. « De toute façon, il n’était pas très porté sur la structure. À partir de ce moment-là, il n’a plus écrit de vers classiques, sauf lorsqu’il écrivait des chansons », poursuit Roger Langevin.

Ces chansons lui permettaient de passer ses messages plus simplement qu’avec la poésie et aussi, à l’occasion, de rencontrer de plus grands auditoires.

Une sculpture

Gilbert Langevin était un oiseau de nuit alors que son frère aimait le jour. Il aimait la ville, alors que son frère aimait la campagne. « Pourtant, nous étions un peu comme des jumeaux, se souvient Roger Langevin. J’essayais de le ramener dans le monde réel. » Durant le festival, une sculpture du poète moulée par son frère Roger sera exposée à la maison de la culture de Trois-Rivières. Le sculpteur a mis des années avant d’arriver à réaliser cette oeuvre. Il a finalement choisi de le présenter assis, « un peu croche ». « Ça n’est pas nous qui le regardons, mais lui qui nous regarde », dit-il.

Souffrant de maladie bipolaire à partir de l’âge de 40 ans, Gilbert a connu des périodes d’itinérance, exagérées dans les médias, selon son frère. « Lorsque je lui demandais où il habitait, il disait qu’il habitait à l’arbre numéro 13, au parc Lafontaine. » Il écrivait aussi sous différents pseudonymes, celui de Carmen Avril lorsqu’il dévoilait son côté plus féminin, mais aussi celui de Régis Auger ou de Zéro Dégel. Durant la Crise d’octobre, il avait répondu à une journaliste lui demandant comment il envisageait l’avenir : « Je m’attends au pire, mais j’espère Lemieux » faisant référence à l’avocat des felquistes, Robert Lemieux. « Il parlait aussi de la souffrance du Québec, qu’il décrivait comme une Sous-France », se souvient son frère. La chanson Marie-France, que chante France Bernard, en témoigne. « Tout est en pann’ dans ce pays / qui se défait qui se défrance / le pir’ des fruits de la souffrance, c’est d’avoir mal de vivre ici. »

Après son séjour à Trois-Rivières, la sculpture de Gilbert Langevin pourrait connaître un avenir à Montréal, pour autant qu’on lui trouve une place. Le Plateau-Mont-Royal, cher à Gilbert Langevin, ou le parc Lafontaine seraient des endroits tous désignés.« J’aimerais l’intégrer dans un circuit où il y aurait des sculptures d’autres poètes », dit Roger Langevin.

Pour sa 31e édition, qui se déploie du 2 au 11 octobre 2015, le Festival international de Trois-Rivières reçoit une centaine de poètes de différents pays du monde, du Congo au Danemark en passant par l’Argentine, qu’on pourra écouter, rencontrer et découvrir dans 40 lieux de la ville. Des lectures, mais aussi des expositions, des spectacles, notamment S’agripper aux fleurs, un collectif innu, des ateliers et des remises de prix animeront la ville à l’occasion de ce rendez-vous.

Et les éditions des Forges font paraître Les joyaux de la colère, un recueil des sept livres que Langevin a précédemment fait paraître dans cette maison d’édition.

 

C. Montepetit     Le Devoir

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous finirons

par faire du feu

avec nos larmes

 

Thomas Vinau

Publié dans Ils ont dit

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Porte ton coeur tout en haut de la falaise

Publié le par la freniere

Nombreux sont les renoncements que le rêve a transformés. Est-ce bien moi qui poursuis le chemin frayé dans l’absence ou bien est-ce seulement ma pensée défroquée qui longe cette forêt devenue un désert?

Nous ne sommes qu’un bruit qui court. La multitude est une bonne cachette. Que serait le «je» sans la correspondance du «nous»?

Dans le miroir de l’eau se cache le trouble reflet d’une blancheur sans écho. Tes cendres pour seules preuves de vie, je me relis sans me reconnaître. L’ombre de ton feu est arrimée à mon sang. Je ne te vois plus, tu es dans toutes les ombres. Les mains vides, j’arpente du regard la robe froissée que tu as laissée sur le cintre de l’armoire. Ma mémoire se consume et tu te dissimules. Je ne te sens plus, tu es dans tous les parfums.

Le cœur est à sec et les cailloux brillent dans un ciel désert, dans une brèche de silence. Tu t’es décollée du temps, mais quelque chose craque parmi la désincarnation de la lumière. Des jours blessés courent dans mes poumons. Les couleurs s’assèchent dans la tentative désespérée d’occuper les formes vides. La palette s’émiette entre les doigts du souvenir. Comme chaque fois, le soulagement file avec la béance de l’air. La fracture est un mouvement qu’aucune cicatrice ne peut souder.

Je suis un autre avec la prédominance de mes lacunes. Mais, je demeure identique à ce que j’étais dans un long couloir d’isolement où s’effeuille le temps.

Te voilà enfin, beauté endormie et flammes vacillantes. Nous voilà, couple à deux visages, sur le même chemin. Une louve au cœur fragile et une meute de rêves hurlants à l’intérieur de la colline, pain réuni sur de la braise, mer vagabonde sur la bosse du monde, baisers qui dansent comme un serpent au bout d’un bâton.

La clarté a surgi de la vie qui se précipite par-dessus l’horizon. Ballets d’âmes sœurs accrochées à la crinière du vent, nous courons après la valse d’émotions éternelles. Entends ma voix sur les radeaux du ciel. Porte ton cœur tout en haut de la falaise et marchons ensemble sur l’instant infini. Il pleut des comètes déjantées et nos cœurs sont nos derniers parapluies.

L’écriture est une étoile filante qui traverse notre chair comme un souffle soulève des feuilles mortes d’un point à un autre. J’ai pris du plaisir à extraire de moi les graines qui un temps ont germé dans mon jardin.

Le bonheur n’est-il pas ce qui est malgré nos défaillances?

L’amour est un miracle de jeunes ronces dont personne ne guérira jamais.


Bruno Odile -Tous droits réservés ©

 

Publié dans Poésie du monde

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