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Éric La Frenière

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Catherine Ribeiro victime d'un avc

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Le poème résiste

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Le poème résiste

"Le poème résiste
à tous les imbroglios de la vie" Rio Di Maria

À Rio Di Maria
qui nous a quitté sans une plainte
dans les bras d'un printemps naissant

Le vers libre te convenait la parole amoureuse
tu désirais autant la mer que la montagne
et tu grimpais aux arbres ensoleillés de poésie
De ta Sicile natale tu nous a offert le don de pauvreté
l'amitié de l'olive l'ivresse de la rocaille
Un jour jeune homme tu es venu parmi nous
avec tes chants de berger de paysan et d'ouvrier
tu es venu simplement sans affrêtement
Au poème tu as fait don de notre ignorance fabuleuse
et tu ne craignais pas les broussailles épineuses
Dans nos villes enflées d'orgeuil cher Rio
tu as semé tes pépites de terre précieuse.

André Chenet, le 24/03/2020

Une "élégie" sera rendue à ce magnifique poète avec lequel j'ai parcouru ces derniers mois des chemins merveilleux d'humaines évidences. Je le savais très affaibli et pourtant à aucun moment il ne se plaignait, tout en continuant à faire une place d'honneur à ses amis poètes.

Rio Di Maria est né le 18 juillet 1946 à Canicatti (Sicile) où il a vécu jusqu’à l’âge d’onze ans. Avec sa famille, vie précaire comme tout Sicilien non assujetti à la Mafia ou aux nantis. De 1946 à 1960, la moitié d’une ville de plus de cinquante mille habitants a émigré vers les états-Unis, Canada, Venezuela, Argentine, Australie, Angleterre, Allemagne, Suède, Danemark, France et Belgique. Rio réside dans la région liégeoise depuis 1957. études commerciales. Quarante ans de travail dans une entreprise métallurgique. Marié à Viviane : trois enfants. Premiers poèmes en 1965. En 1967, rencontre des Francis, Chenot et Tessa. 1967, premier poème publié dans la revue Asphalte que dirigeait Francis Chenot. Il participe depuis à l’aventure poétique de Vérités d’abord et l’Arbre à paroles ensuite. Premier recueil en 1973. Passionné de cinéma et de peinture, il filme les soirées de poésie depuis 1994 ; mémoire de l’Arbre à paroles à partager.

 

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Moment d'anthologie

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Soul Makossa

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Manu Dibango est décédé du coronavirus

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Le sexe des fleurs

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Je plonge dans l’eau de vie et bois la mer comme une éponge. Les gouttes de pluie grimacent sur le dos des fenêtres. Le paysage fume comme de l’eau sur la cendre. Au lieu de coucher l’amour sur une planche à clous, je sculpte des vocables. J’avance des hommes sans maison aux lunettes sans foyer, de la beauté des enfants aux vieux fripés sur un lit d’hôpital, de l’inexistence de Dieu à la faiblesse des hommes, de la bonté des plantes à l’usure des âmes. Mes gestes quittent mon corps. Je ne suis tout entier qu’une bouche. Je monte et descend dans la marée humaine.

         Je vole une Joconde dans le musée mental, une réplique de Shakespeare dans le discours des choses, un ver de Cadou dans un verre de pastis. Je vis du pain des mots comme des gueux survivant dans une maison en ruine, des clochards avinés dans un squat d’infortune, une âme qui s’échappe d’un corps trop petit. J’avance avec les pieds chaussés de caresses, les yeux plein d’eau, la bouche pleine de mots. Tout brûle dans la chapelle du cœur. L’homme rature les pages avec du noir, les villes avec des traces de bitume, la mer avec des flaques de cambouis, l’enfance avec des claques sur la gueule. Les cadavres des mots survivent dans la bouche. Les vers se nourrissent des cadavres des morts. Il suffit d’un r pour faire un mort avec un mot. Chaque parole régénère la langue. Chaque phrase engraisse le silence.

Les gestes sont plus sûrs que les prières. Le sang ne ment jamais quand il parle aux seringues. Je suis partout où l’on a mal, dans le flot lacrymal et le sang des blessures, les bras sans main, les yeux crevés, les poings sales qui cognent sur la porte, les corps éventrés par les tirs en rafale, les jambes raccourcies par la guerre. Des milliers d’amours font l’ascension du cœur. Des amours sales se mêlent à l'amour-propre, les nerfs à la cervelle, les cicatrices à la peau. Il est difficile d’embrasser l’infini sur la bouche, de mourir sans peur, de vivre sans souffrance.

Je suis semence, fleur et fruit. Je suis l’œuf et le nid, la plume et l’aile d’un oiseau. Le chant du monde remplit la cruche des insectes. Les escargots feuillettent l’humilité des choses. Les longues oreilles du lapin capturent le silence et la stridence des cigales. Chercheur d’absolu, j’ai de l’herbe dans la voix. Prisonnières des racines, les taupes voient les pays en miniature et tracent dans l’humus des tunnels de lumière. Les pommes se souviennent des parfums du verger et gardent sous la peau le goût de l’infini. À chaque coup d’aile, les oiseaux vibrent dans le vent. Quand il regarde les nuages, les yeux de l’homme prennent la couleur du ciel. Les arbres nous saluent. Les orteils de l’herbe nous chatouillent les pieds. Tout nous parle, des galets de ruisseau à la gravelle des routes, des poils de fourmis aux ailes de papillons, du fruit au cœur de sève à la rosée de l’aube, de l’or des poussières à l’ombre des collines, des nids sonores au silence des pierres, de la fraîcheur des fruits aux araignées velues. Contrebandier des mots, j’y glisse entre les joncs humides comme un stylo sur du papier, un stylet sous la peau. Depuis l’air des jardins jusqu’à l’étal des marchés, l’ananas se hérisse entre les olives noires, les bananes et les banians d’Afrique. Je cherche un florilège dans la bibliothèque des plantes, un bouquet de pensées, un recueil de poèmes. Je lave avec des mots la poussière des pages et la crasse du temps avec un peu d’air pur. Le sexe des fleurs déchire ses langes de limon. Les insectes cousent la chemise de l’herbe. Le vert des grenouilles chante dans la chorale des étangs. La sève rit dans la colère du cactus. Le sherpa des nuages escalade le ciel. La jeunesse est cachée dans la moue des visages et la boue des mirages. La glace en hiver est une sculpture de l’eau dont les patins sont le burin. L’or du soleil se pose sur les épis de blé. Le chant du coq résonne entre les cloches à vache et les bélières des moutons. Les nénuphars sur l’étang montrent leur face de noyés. Sur le pupitre de la terre, le soleil récite sa leçon de lumière. La vie est belle quelque fois. Les yeux le voient. Les oreilles l’entendent. Les mains soulèvent la ligne d’horizon.

Jean-Marc La Frenière

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Un jour, un livre

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Un jour, un livre

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Pessoa

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Sans public

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Alphabet

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Nous avons des milliers de cellules, de neurones, de globules pour agiter deux mains, des milliers de regards qui nourrissent les yeux, des millions de gestes au bout des doigts, des milliards d’idées pour une seule cervelle, tout un essaim de nerfs pour une ruche de gestes. Les pensées de l’homme prolongent l’escalier, ses marches grises de poussière, ses rampes aux milles empreintes digitales, le bitume des ruelles, les sentiers végétaux. La sécheresse a fané la hampe des jacinthes, la tige des pivoines, le pivot des pavots, les semences étouffant sous les toiles d’araignée, le pointu des épines protégeant les pétales, les tatouages de l’âge sur une main humaine. On a beau reculer ou retarder les montres, on ne revient pas en arrière. Le temps est comme l’eau qui coule vers la mer, l’enfant qui court vers sa mère, les cheveux des fillettes dont les tresses s’allongent, la rivière qu’on longe.

L’eau gèle en hiver. Quand elle monte en été, elle aoûte les fruits. Je laisse l’alphabet dévorer la grammaire. Je détache la barque. J’abandonne les rames. Je laisse les mots dans l’appartement des phrases. Les moulins à vent tournent avec l’énergie du désespoir. Plus que la cessation du bruit, le silence est profond. On y entend craquer les os. On y entend battre le cœur comme un tambour de chair. On y entend le sang traverser les artères. À cause d’une maladie, on a abattu les ormes comme des hommes qu’on fusille. On a perdu le sens. On a perdu les sens. On a perdu les cendres du foyer. On a perdu le sang par toutes les blessures. Un immense arc-en-ciel se forme. Le soleil brille à travers les gouttes comme un prisme de couleurs. On y marche dans l’eau entre les rangées d’arbres, les allées du parc, les monuments aux morts, les moments de bonheur, les jours de tristesse.

Les lettres ont une personnalité propre ou parfois sale. Le x est anonyme. Le z est un hurluberlu, un zéro de conduite, un zébu, un zéphyr, un zouave. Le m a un jumeau manchot, le n. Il y a d’immenses partouzes dans leur appartement, des garden-parties sans grosses légumes. Le l est une aile d’oiseau, un élytre d’insecte. C’est un acrostiche, un accordéon, un accord de musique. Le p pétille, pétarade, pète et se répète. L’o est un os dans la soupe, une oriflamme, un orifice. Le d est trop soul pour marcher droit. Il est un p à l’envers. Les majuscules se marient avec les minuscules. La lettre fait des pieds et des mains. La lettre chante et nous enchante. Le j est comme un chien qui jappe, un juge sans jugement, une jupe fendue comme les lèvres du sexe, le jeu des saxophones, les saxifrages qui éclosent. Le f a des fleurs à la bouche, des fesses dans le dos. Le t a le torticolis en traversant la rue. J’entends des gémissements dans le s du silence. Le v a le vertige sous les verres des lunettes. C’est une lettre verbale. Le y est une lettre bancale. Il tient en coupe sur un pied de cristal. Je trace ma route entre les lettres. Je me retrouve à travers elles. Les lettres se mêlent aux vociférations. Elles côtoient la rumeur et les bruits de chacun. Les lettres sont des bêtes nourrissant l’alphabet. Au magasin des livres, les lettres se déguisent en personnages, gnomes et lutins dans les contes d’enfant, automobile remplaçant la charrette. Les plantes voient en nous des bourreaux. Je les vois comme un enfant. Quel esprit anime la lumière et fait de l’ombre sous les arbres? L’air qui passe à travers les barreaux, j’y accroche des mots. Lorsque la bouche se tait, ce sont les yeux qui parlent.

Jean-Marc La Frenière

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