Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La mémoire et la mer

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0

Chanteuse

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0

Jean-Pierre Siméon

Publié le par la freniere

Jean-Pierre Siméon

Partager cet article
Repost0

Trop de questions échappent à leur réponse

Publié le par la freniere

Scrutant l’obscurité, j’appréhende sa lumière. Les bûches qu’on consume font revivre le bois. Toute question échappe à sa réponse. Elle vivote en dessous, à l’envers, à l’endroit, dans la lumière du cœur ou l’ombre dégréée. Faire semblant d’être là, c’est mourir avant l’heure. Je préfère saigner et mâcher l’amertume, sucer les javelles blanches de neige, faire craquer les mots comme des doigts de fée. Le temps fait son chemin. Ses pas grugent l’éternité. Mes enfants en effacent les traces. J’écris pour éloigner le dégoût et la mise en abîme. Je décroche mes mains pour tendre vers chacun l’amitié de mes doigts.

Les regards glissent à la surface des choses. Ils mesurent la densité du vide. Des hommes déshumanisés (pour qui seul compte le profit, l’économie, le pnb) ont fait main basse sur le monde. Nous voilà aux prises avec  la barbarie, les intégrismes religieux, les relents du nazisme. Les travailleurs récurent les chiottes du capital avec la brosse dont on les frappe. Les anges n’ont plus d’ailes, mais des moignons sanglants. Les poumons qui ahanent survivront-ils au smog ? C’est en vain que je rapaille les synapses arthritiques, les neurones épars, les névroses criardes et les encéphalites aiguës. Le cerveau n’obéit plus qu’aux chiffres, aux algorithmes, aux téléphones portables. Je m’ennuie des coups pendables et de leur naïveté, des jouets qu’on brise pour mieux les réparer, des joues rouges en hiver, des systoles et diastoles du cœur.

Le maquillage coule sur le visage du monde, accentuant les rides et les plis de la peau. Dans la rumeur ambiante, comment dire à sa blonde qu’on l’aime ? Je m’éveille dans le courant des phrases. Vais-je trouver l’espoir au bout du désespoir ? Je ne perds pas une once de tendresse dans la livre des heures, un seul gramme d’amour dans un kilo de haine. Au milieu de l’ombre, il est bon de s’imbiber de lumière, de croire à la clarté avoisinant la nuit. La paix des colombes affronte les vautours et leurs engins de guerre. Il y a trop de Trump, des dictateurs, de fascistes, pas assez de Charlot, sa canne et son melon, trop de religions, pas assez de laïques, trop d’automortelles, pas assez de vélos, trop de béton et de bêtises, pas assez de cours d’eau, trop d’aigles américains, pas assez d’hirondelles.

Très souvent, on change de trottoir. On refait l’embrouillamini des pas, la courbe des pensées, l’algèbre des silences. On tisse la mémoire avec le fil des souvenirs. On assaisonne les saisons. On met du sel sur la plaie, du poivre dans la soupe verbale. Les choses qui n’existent pas se mettent à vivre sur le soutien des mots. Chaque mot est une pièce dans le puzzle des rencontres. Des bulles de rêve pétillent dans le verre du réel. Pour voir l’invisible, je cherche des morceaux de paysage, le bleu du ciel et celui de la mer, les ombres de la terre, le feuillage des arbres, le pistil d’or dans les fleurs, le miel dans les ruches, les gouttes de rosée sur les fils d’araignée, les osselets dans la main d’un enfant, le goût de l’ail dans la soupe, le bruit des pas sur le gravier, l’absolu dans le pubis humide, les beuglements de la vache que l’on oublie de traire, les couinements de souris dans une meule de foin, la main de la nuit qui entoure la verge, ses doigts qui bougent où c’est fendu. Les orteils des arbres s’agrippent à la terre.

Sniper du réel, la culasse d’un fusil a remplacé mon œil. Chaque geste du corps est un signal d’alarme. Je laisse sur la route une trace de limace, une trace de pneus, une trace de brakes, une trace d’urine, un petit lac de boue. Mes pieds s’enfoncent pour de bon dans l’humus des jours. Quand je nomme les arbres, mes mots sentent le bois, mes phrases goûtent le foin. Les images intérieures sauvent les yeux des aveugles. L’écriture fait apparaître les choses, les pensées, la faim, la soif, l’absence, la présence. Quand le malheur m’écrit, je ne réponds jamais. J’envoie une lettre au désespoir, un courriel à l’espoir, un billet de Pascal qui brûle sur la peau. Je donne un petit nom aux camarades, un surnom aux rivières. Je transforme les syllabes en silence. J’absorbe le paysage par les yeux, les oreilles, la bouche. Je touche aux choses par les mains, les orteils, les pieds. Je donne mon cœur par amour. La grammaire vit de sa propre vie.

 Je décompose la lumière par le prisme des yeux. J’essuie une charge d’images pour que ressortent les couleurs. Je frotte la page avec des mots, l’essuie-tout d’une gomme, une grammaire en guenille. Chaque mot est un geste manqué. Chaque geste est un mot. Chaque corps a son cœur et son petit moteur. Quand on parle de réalité, il n’y a pas de différence entre la merde et la neige, la route sans fin et la longueur du chemin, la langue et la langueur, le verbe et la parole, les urinoirs de la bêtise et les urnes où l’on vote. On a beau souffrir ou faire la fête, on a toujours besoin de larmes. On a beau faire ou ne rien faire, on a toujours besoin de gestes. On a beau dire ou ne rien dire, on a toujours besoin de mots. Toute page blanche est un piège. On ne sait jamais ce qu’elle va dire. Les mots n’en sortent pas indemnes.

Jean-Marc La Frenière

 

 

Partager cet article
Repost0

Le bonheur

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0

Les prolétaires magiques

Publié le par la freniere

Au comptoir de l’aurore les rhums
On les dégommait comme
Les dominos
Garage des Antilles
En face l’huilerie
Compère guilleri
J’étais l’ami des éboueurs
J’étais armateur sans navire
Et je chassais la marées noire
A l’arme blanche
La semaine jusqu’au dimanche
Chantez chantez pour rien
N’importe quoi des ritournelles
Chantez pleurez puisque c’est vivre

Au comptoir des Antilles
Dans le haut quartier des colons
Entre la rive et les Chartrons
J’ai tant et tant posé le coude
Je ne sais de la vie qu’une oiseuse redite
Et remettez-nous ça
On trinque les mains se joignent
Autour d’un verre
C’est le bocal de la prière

Le cantonier se plie en deux
Pour couper les cailloux en quatre
Ses plaies sont lèvres incisives
Pour abolir la sueur salive
Qui gorge les ampoules
Il pisse dans ses mains
Car le cal est l’allié du manche

La dalle de l’usine est souillée de clartés
Du jus du sang d’un arc-en-ciel
Que filtre le carreau
Pour essuyer Sainte Tristesse
L’aura cruelle des rayons
Nos bleus sont maculés
De taches de croyance
Mais retiens l’espérance


En voyant rien qui vienne
A sa tour cathédrale
La vierge vert de gris
Respire sa Gitane
Comme l’air des montagnes
Petit Jésus sent pas la rose
Se dit la nounou du bon dieu
Son lange y est pour quelque chose
Pour le change il faut redescendre
C’est le hic de la transcendance

Il a fallu lui faire un horizon funèbre
A cette vie route et méandre
J’en eus
Aïe les vertèbres au cul
Fièvre de cheval
Et cheval de retour
J’espère le retour de flamme

Un vert couchant enchante
La brique du quartier
Les ouvriers en salopette
Qui secouent comme des clochettes
La gamelle salutaire
Que l’on confie aux prolétaires
Ils ont les yeux fermés à clé

Entrer dans la ville
Espérer la mer
Au bout du brun de la Garonne
Ça sentait l’arachide
Les matins laborieux
De cette rive à l’autre rive

La nuit lunaire sur les docks
Devant des paladins bleus
Les baisers viennent sur sa peau
Fille antille au nu caramel
Dont ont rêvé les matelots
Et par sa fente de cannelle
Goutte à goutte un filet rubis
De Chine

L’anguille est d’elle le lasso
On peut être et être son propre piège
Poisson funèbre le poème
Choisit entre deux flots
Le courant est toujours contraire

Hôtel Saint-François
L’Atlante a perdu sa tête de sable
Et le balcon lui pend au col
Usé jusqu’à rien être
Que l’eau de roche évaporée
Gravée au bec des tourterelles

La plaie qui sourit christement
A mon flanc est trou des idiots
Le creux de l’âme au vague
Malin rictus des goélands
Je t’en foutrai des prolétaires
L’isthme estuaire de l’espoir
Ouvre loin au val Pacifique
Je t’en foutrai des prolétaires.

Jean Camille

Partager cet article
Repost0

Un livre un jour

Publié le par la freniere

Un livre un jour

Partager cet article
Repost0

Jacques Réda

Publié le par la freniere

Jacques Réda

(Texte écrit, en 2004, pour le présenter, lors d'une rencontre avec le public, à la bibliothèque de Poissy)

Le père de Jacques Réda était marchand de cycles. Fidèle aux arcanes et aux principes induits par une telle hérédité, notre homme n’eut de cesse, une fois parvenu à l’âge adulte, de cependant grimper avec effort dans la hiérarchie du deux roues, et se fit remarquer tôt comme adepte du vélomoteur.


Dénué de tout esprit monomaniaque ou partisan, il prit tôt le parti d’adhérer, d’abord en amateur, puis en semi professionnel, à la confrérie des usagers de l’autobus, dit aussi bus, de l’autocar, dit aussi car, du métropolitain, dit aussi « métro », et enfin à celle des pratiquants du chemin de fer, et de leur véhicule fétiche, le train, l’autorail, la micheline, puis le TGV.


Il y fit certaines découvertes qui ne manqueront pas d’influencer les voyageurs du futur, comme celle qui consiste à choisir de préférence de s’installer dans un compartiment dans le sens le mieux adapté à la découverte du paysage, celui de l’avancée, qui est aussi celui de la marche, celui qui permet de le voir arriver, venir à nous, au lieu d’assister à son départ progressif.


Longtemps, il combina les charmes et les commodités proposés par ces différents modes de locomotion ; et l’œil exercé d’un témoin aurait pu, sans coup férir, le voir à l’aube quitter son domicile, modeste mais propre et rangé, et se diriger, à bord de son engin qu’il chevauchait ainsi que Galaad (encore que d’aucuns prétendent qu’il le faisait plus volontiers à la manière de Gauvin, détail insignifiant car tout esprit libre de préjugés admettra qu’il aurait aussi bien pu le faire à la façon de Lancelot du Lac ou de Perceval le Gallois) , se diriger, disions-nous, vers quelque gare métropolitaine, s’y orienter du côté des « lignes de banlieue » et s’embarquer dans la perspective espérée de quelque discoverta des terrae incognitae de la Seine-et-Marne, de la Seine-et-Oise, poussant parfois jusqu’à cette Seine qui s’admettait encore Basse en ce temps-là, ou même jusqu'au début de la plaine germano-polonaise, qui commence à peu près à Mourmelon.


La chronique de ces grandes découvertes nous est conservée dans divers incunables portant les titres de Hors les murs, L’Herbe des talus, Le sens de la marche, pour ne mentionner que trois de ces ouvrages savants, authentiques portulans dont tout marcheur, pédaleur ou moto-ambulant digne de ce nom aura depuis longtemps fait son manuel de chevet.


C’est toutefois à pied qu’il effectua les plus riches et les plus significatives de ses découvertes de l’Ici-bas qui nous tient lieu à la fois de socle et de cadre environnemental. Et, de tous les marcheurs, Jacques Réda, descendant prestigieux d’une lignée de Bourguignons et de Lombardo-Piémontais, est sans doute celui qui nous décilla le plus opportunément et de la façon la plus constante face aux menus plaisirs que nous réservent les coins, leurs comparses les recoins, mais aussi les fissures, les interstices, les panoramas, les lignes de fuite, les matins brumeux, les soirs évanescents, les tiges et les sépales, les pétales et les étamines, les grappes et les herbes parasites.


Sur deux pieds ou sur deux roues, il fut et restera à jamais, dans la littérature de langue gallo-romano-germanique, plus même que Léon-Paul Fargue, l’emblème et l’archétype du marcheur et du pédaleur de grand vent, l’érudit baguenaudeur parisien. Il est, si l’on veut, l’Homo ambulensis, le flâneur d’élite, le déambulateur matois, le scrutateur maniaque, plus endurant que Jean Follain, et plus curieux de diversité que Huysmans, autres illustres batteurs de pavés parisiens, plus attentif au réel que le baroudeur Cendrars, moins paresseux que Jean-Jacques Rousseau, plus urbain dans le choix de ses itinéraires que l’insecte piéton que fut Jacques Lacarrière, moins limité dans ses choix topographiques que l’Helvète marcheur en plaine Gustave Roud.


En outre, il partage avec ces éminents personnages le privilège de savoir lire et écrire de façon ultra-singulière, personnalisée, et non télégraphique, aptitude qui caractérisa longtemps les sujets d’élite de l’espèce humaine, celle d’avant l’ère de la communication, où règne le versant indigent de la langue.
Et il va vous le prouver, de sa voix mâle et assurée, qui ne mâche pas plus ses mots qu’elle ne les marmonne ou ne les mange, oun encore ne la solennise, ainsi que font certains poètes lorsqu’ils sont invités à lire en public.


Ecoutez-le, écoutons-le, assis, bien à l’aise sur ces sièges qui constituent peut-être la prothèse la plus résolument humaine, celle qui permet d’aller très loin en faisant du sur-place, tandis que lui s’en va, sous nos yeux, à la vitesse fulgurante de ses mots.


Comme on disait à Anquetil dans la montée du Ventoux, dans ma jeunesse : « Vas-y, Jacques ! »

Gil Jouanar

Partager cet article
Repost0

Chaque mot sur la page

Publié le par la freniere

La peau des moutons noirs ne se laisse pas tondre.

Des oiseaux vocalisent près des pierres tombales.

Des fleurs éclosent à l’ombre des menhirs.

Des papillons s’accouplent sur la pierre des dolmens.

La langue bouge dans la grotte buccale

où la salive lubrifie les stalactites des dents.

Les mots s’éclairent à l’encre noire.

Chaque pas nous conduit vers la fin.

Chaque marche d’escalier nous mène vers le haut.

Chaque barreau de prison nous sépare du monde.

Chaque battement du cœur réunit les hommes.

Chaque moulin à prière moud une farine de haine.

Les regards des meurtriers s’allument dans les yeux des victimes.

L’esclave s’unit au maître comme le bien au mal.

La justice nous arrache la langue

mais son moignon frétille dans le ruisseau des pages.

Resté seul dans une église

je ne savais plus qui prier.

J’ai prié l’homme et les oiseaux

pour l’araignée tombée dans le bénitier.

J’ai mangé la foi et craché les pépins.

J’ai fait du pain avec le blé

et du saké avec le riz.

J’ai fait de la soupe avec de l’orge

et de l’alcool de bière.

J’ai fait des phrases avec des mots.

J’ai fait des livres avec rien.

La lumière s’allume quand le soleil se couche.

Le monde se cache derrière un mur,

laissant du sang sur les barreaux,

des cicatrices sur les mains.

Quand on nous coupe la parole

son moignon de langue frétille dans la gorge.

Chaque mot sur la page en cherche d’autres

pour trouver du sens.

Chaque ligne de la main trace une route.

Chaque main qui manque,

chaque doigt qu’on écrase,

chaque jambe qu’on ampute

nous font encore souffrir.

Je cherche le sens entre les choses.

Je sèche les larmes des enfants.

Je lèche le sang sur la blessure.

Chaque geste est une partie du corps.

Chaque mensonge côtoie la vérité.

Chaque seconde cherche l’éternité.

 

Jean-Marc La Frenière

Partager cet article
Repost0

Animal

Publié le par la freniere

Partager cet article
Repost0