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Mommy

Publié le par la freniere

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Le cahier ordinaire

Publié le par la freniere

Le cahier ordinaire

Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaître l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.

Ile Eniger

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Dans le creux d'une main

Publié le par la freniere

La beauté des choses échappe à la logique. Les oiseaux volent vers la lumière. Les arbres cherchent le soleil. Il faut faire attention. L’espoir se brise comme du verre. Un seul de ses tessons peut déchirer l’espace. La vie ronde éclate et tombe comme une tache. On ne peut plus jouer avec la mer ni la terre ni l’oiseau. Les mots écrits doivent voyager de main en main, de cœur à cœur, de corps à corps. Les pierres se meuvent aussi, à la vitesse du temps. J’habite ce qui tient dans le creux d’une main, le poids que l’on déleste, les mots que j’ai volés dans le silence de mon père. Je profite d’une souche pour asseoir ma parole. Il est difficile d’accrocher sa besace au temps. Les clous disparaissent à mesure.

 

Pour certains, la vie n’est qu’une collection de robes et de ronds de jambe, d’habits et d’habitudes. Il faudrait en faire une collation d’amour, faire son miel du moindre battement d’aile, faire lever le pain dans les ventres affamés. Je sème dans les banques des armuriers qui font faillite, des imbéciles heureux dans les tours à finance, des caresses de braise dans le mouvement du froid, des fleurs à la peau neuve à l’affût de la pluie, une pomme dans chaque main, du rêve dans la prose, des éclats de mer sous la peau des yeux, des éclats de rire dans les larmes, de la chaleur humaine au comptoir des mots.  Entre chaque virgule, je transporte un coin de table pour accueillir les fous, les désespérés, les âmes qui se cherchent. Il faut voir plus loin que l’horizon des villes. À défaut d’autre chose, je refais le soleil avec des bouts de chandelle, la ligne d’horizon avec un bout de ficelle.

 

Je serre une pierre dans ma main. On finit toujours par retrouver le rêve, assis sur un coin de banc, quelque fois plié ou tendu vers le ciel, roulé en boule sous un arbre. Parfois il est en forme de pied pour aller quelque part ou en forme de main pour toucher l’absolu. Les petits doigts de l’herbe font des signes de salut. Le paysage du monde ne cesse de changer. Il faut sans cesse refaire le puzzle. On cherche le cœur un peu partout. Il n’est pas rare qu’il se perde dans une file d’attente. En promenant le chien, j’ai retrouvé mes pas, un bout de route un peu plus loin, l’infini dans un coin, caché sous une pierre. Lorsque l’espoir n’a plus de jambes, je le porte sur moi. Je cherche des sourires pour alléger son poids.

 

Je me cherche en criant dans la foule endormie. Il faut étirer le coin des lèvres pour dire certains mots, replier les pattes du mot chien sans desserrer les dents, raccourcir les phrases sans briser les voyelles, ouvrir les ailes des oiseaux sans s’étouffer. J’ai fixé un tuteur sur les vieux mots de mon grand-père. Il y fleurit je t’aime à chaque goutte de pluie. Ce qu’il n’a jamais dit, j’en dessine le sens. Il n’y a pas de mots dans l’odeur des pivoines mais on sent leur présence. Les mots sont revenus. Il en traîne partout, sur le bord des fenêtres, sous les minous de poussière, les fils du téléphone. Je les entends glousser dans les tiroirs du fond. Je ne peux plus marcher sans écraser une phrase. Je cours avec des allumettes dans la paille des virgules. On voit des mots tombés du toit remonter par l’échelle. Il manque une lettre à chacun. Je dois les réparer avec un filet d’encre.

 

Je ne voulais qu’une phrase, un petit bout de rime. Il y a des mots partout assis en petit bonhomme, des mots tout nus, d’autres en tutu. La maison est trop petite pour accueillir la fête. Il y en a qui campent dans l’oreille d’un sourd ou nagent dans l’évier. Je bois l’eau à la source. Les funambules s’accrochent à la poutre du cœur ou font du trampoline sur les toiles d’araignée. Il y en a qui miaulent comme un chat dans la gorge et d’autres font des nœuds avec les cordes vocales. Demain, si la chance me sourit, je trouverai des phrases écrites sur la table, des poèmes imprévus, des images en pieds de bas, un livre de chevet.  La liste d’épicerie aura l’air d’une fleur.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La maison de l'être

Publié le par la freniere

La vie c’est un baiser que les lèvres dessinent,

le crayon dénouant le fil de la parole,

le fil rompu du temps que les aiguilles affolent,

la sève qui germine dans la boue des labours,

le pain qui lève dans le four,

l’orage qui soulève le vent du Wyoming,

ce sont les éléments qui composent la vie,

le bleu du ciel, le rouge des joues,

le vert de la flore qui colorent le monde,

le pointu des sapins, la courbe des collines,

la langue du pays que parle chaque atome,

les sauts de saumon dans l’argot des rivières,

le vocabulaire des érables,

l’alphabet des étoiles,

la morsure des ans et l’usure des choses,

les fleurs de romarin que les abeilles tètent,

les poules qui picorent les graines qu’on leur laisse,

les vers qui se dressent pour boire l’eau de pluie,

les microbes, les virus, et les antipoisons,

la rosée du matin et la brume du soir,

les battements du cœur dans le tempo des nerfs,

les frissons, la chair de poule et les poils dressés,

c’est la force du oui dans l’étiolement du non,

les galets ricochant sur le lac,

l’eau fraîche des eskers, la glace des icebergs,

les pointillés du temps entre les parenthèses,

la marée des virgules dans les textes anciens,

le cœur tombé dans l’herbe comme une fleur des champs,

le sucre du sureau et le parfum du thym,

le jardin qui jaunit après tant de couleurs,

les feuilles ratatinées sous l’auvent de l’automne,

le museau de la biche, le cuir des épaulards,

les épaulettes du vent sur le dos des collines

les sursauts du navire dans le naufrage du monde,

les choses de l’enfance parmi les vieux jouets,

le regard posé sur la beauté du monde,

le feu des allumettes, le courage des mains,

les biceps des mots, les muscles du silence,

les étoiles qui brillent sur la toile noircie,

les marins qui se noient à l’appel des sirènes,

le rire des ados dans l’essaim des Vespas,

les rots de l’ivrogne et la broue dans le toupet,

les fanfreluches et les frous-frous,

les flots, les vagues et les rapides,

la braise sous la cendre et le feu sous la glace,

c’est l’âtre qui s’allume dans la maison de l’être.

Jean-Marc La Frenière

 

 

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Du miel pour les ours

Publié le par la freniere

Du miel pour les ours

Enjambant les troncs d'arbres, les jambes des clôtures, les épaules de pierre, Richard Gamache touche du doigt le dard des abeilles dans la vulve des fleurs, la tapisserie des mûres que protègent les ronces. Poète, chanteur, musicien, conteur, Richard Gamache ne compte pas ses mots. Sa parole généreuse farfouille le ventre de la vie. Sous ses jeux de mots se cache une pensée profonde. Parmi tous ceux qui rasent les murs, il saute la clôture. De l'humour à l'amour, il dit la vérité. Ses bulles de savon, ses bulles de savoir nous sauvent de l'ignorance crasse. Il m'apprend à écrire avec l'espérance qu'un téléphone sonne ou qu'on frappe à la porte. Il y a chez lui des mots comme des pommes au pommier, du miel pour les ours. Richard Gamache a le cœur en nage dans la mer des mots, le cœur à la bonne place, les phrases entre les dents et la guitare d'un stylo entre ses mains d'artiste. Sa diversité de styles n'est pas surprenante, elle implique une saine curiosité. Il mord dans la vie avec ses dents de lait et recrache les noyaux avec ses dents de loup, pénètre le silence d'une neige verbale, mange les mûres du bec d'un oiseau, cueille les fruits dans le verger des heures. Il ne faut pas se fier à la longueur des phrases, du soleil se lève dans les petites lumières. Entre Gamache et ses grimoires, entre ses mots et ses jeux de mots, entre les buts et les rébus, entre les notes, il y a Richard, il y a l'âme, le sens derrière les phrases, le sang derrière le chant, il y a l'homme debout. C'est lui que l'on peut lire ici. Ses mains sur un manche de guitare sont comme les phrases de ce livre. Ses  mots saignent et ses blessures parlent. Le temps remue sa langue dans le sang des syllabes. Salut Richard! Nous sommes plusieurs à t'écouter. Salut Richard dirait Ferré, un dernier verre pour la route, un autre vers, un  autre livre pour la suite du monde.

 

27 septembre 2017

Jean-Marc La Frenière

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Hélène Monette en entrevue

Publié le par la freniere

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Itinéraire zéro

Publié le par la freniere

Itinéraire zéro

Je m’écorche de miroirs et de villes traversées
au rythme de ton souffle à toutes frontières alpines
un coeur différent tes passes d’eau tes rivières et galets
je me refais ce lit comme un rituel je retrace cet angle
d’où franchissent l’extravagance de mes envies
demain encore, il n’en demeure que le temps des pays
parallèles en itinéraire d’ailes tes pas sur le plancher
d’occasion
ce nous étalé dans le tumulte indécent
ce baiser allongé écumant à chaque ville retrouvée
il n’en demeure que cet amour plein de portes et
de coordonnées
le poids de ton corps ma boussole faite chair
Je me recroqueville comme un foetus qui a froid toute ma terre
et mes seins prophétisent la migration entre sève et fruit
chaque pétale est une paupière sur le monde
le poème se déverse et blasphème février
Dis-moi à grands coups d’espace le crissement de ton corps
qui s’effeuille nudité des songes
Aujourd’hui est un arbre de sable sur la nuque du matin.

Farah-Martine Lhérisson, Itinéraire zéro

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Des bas de laine

Publié le par la freniere

Pépins d’un même fruit, maillons d’une même chaîne humaine, nous cherchons tous la corde pour se pendre, la corde qui nous lie et nous ligote, du A de l’alphabet au Z de l’azur. Le corps de Sisyphe ne cesse pas de vieillir, ses gestes de s’user. Il ne cesse pas de pousser la même pierre, le dos courbé par les années, les mains de plus en plus saignantes, la pierre de plus en plus pesante, le ciel de plus en plus haut et la falaise plus basse. Il n’y a pas assez de rêve pour ma soif d’auteur. Le temps éponge sur les pages mon droit de bafouiller. Mes doigts ont beau se tacher d’encre, mes droits d’auteur ont mauvaise mine. Chaque matin me ramène à la faim.

Personne n’est né du Saint-Esprit, mais d’un sexe dans l’autre. Personne ne descend d’un dieu. C’est un veau d’or que les peuples adorent. Ils tricotent des bas de laine pour les morts et des mitaines pour les mains éclopées. Du moulin à café au moulin à parole, je broie du noir, le café noir des mots, les raclures de vie, les ratures, les épluchures, les restes de poubelles où se battent les rats. Ma souris farfouille derrière l’écran. C’est là que se prépare la fosse commune des livres. Déjà les algorithmes remplacent les voyelles, une mémoire virtuelle remplace les souvenirs de brosse. J’ai quitté les trottoirs pour des sentiers boueux, les néons pour la lune, des milliers d’hommes pour des milliards d’insectes, le foin en cash pour la monnaie-du-pape, le froid des lampadaires pour la chaleur des arbres, bêtise des culs-de-sac pour l’intelligence des terriers. J’écris la nuit à la lueur d’un cierge. Sa lumière éclaire à peine quelques lignes. J’écris et je m’endors. Je m’éveille quand les enfants ont peur et tiennent par la main une poupée de chiffon. C’est alors que j’embrasse les fées et caresse les anges. Leurs ailes translucides éclairent les cachots. J’ai mal aux éclopés, aux sourds, aux amputés. On a beau changer de chaise roulante, en améliorer le modèle, trop d’infirmes restent assis pendant que d’autres dansent.

Jean-Marc La Frenière

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Sur le retour et tout autour

Publié le par la freniere

Sur le retour et tout autour

Je suis dans un épanchement à la jointure du passé. Des bouffées de sève reprennent place dans l’égorgement de mes pensées où, excisées, elles s’épuisent sous la lame affûtée de l’écrasement.

Je ne me retournerai plus, c'est inutile et ça fait mal. Alors, j'oublie, doucement. Je taris les souvenirs trop encombrants comme on pipe de vulgaires fumées oisives. Et je bois aux flaques de l’averse printanière qui a laissé son empreinte sur le sol ému par sa nourrice providentielle.

J’efface toutes déceptions au profit de la grâce du jour. C'est douloureux mais l’effroi de mes renoncements n’a rien à envier aux mouvements qui peu à peu mènent l'esprit vers son propre impensé.

Le printemps revient toujours,
chassant l'hiver et balayant l’automne.
Alors je partirai.
Je m’en retournerai dans mon terrier,
dans mon lit enchevêtré de mille sommeils.
J’y gagnerai ma liberté comme l’on gagne sa vie à ne savoir qu’en faire et j’irai me promener dans le désert comme une puce sur le dos d’un chameau.

J'ai appris la douleur en apprenant à respirer. Très tôt, j’ai su que l’abandon et la résignation pouvaient être fatals. J’ai dû frotter la patience sur le long fusil de la réalité avant de pouvoir ressusciter dans la cartouche de trop.

Grave et ribaude,
la vie accompagne le délabrement des mots tendres.
Le temps est de la terre,
il la remplit d’air comme un ballon que l’on gonfle.

Partout, le leurre est persistant. Dessinant des ombres plus lentes sur les bas-côtés, il clame la rouille sous la main rêveuse.

Je ne sais pas écrire joli ni beau, c'est une défaite. Ou pas. J'ai peur de lâcher prise, je sens le vide qui rôde. Nul doute, l’effondrement viendra. Il faudra fuir les lettres stigmatisées qui fanent sur la pointe du crayon.

Il faut échapper à l’écriture qui n’est qu’un précipice.

L’écriture est comme moi,
elle marche vers l’effacement.
Elle se momifie puis cède à la poussière.

Je touche la vie et ressens la mort.
Je touche à la sève maternelle et me replie sous la trame chaude de ma peau. J’aimerais bien pour une fois percevoir le senti de l’extérieur de ma chair. Mais la contrainte de l’arrachement ne parvient pas à me soumettre au premier chiffre du jour.

Dans mon atelier d’écriture,
l’expression se maintient
à l’extérieur du monde qui m’infiltre.
Mon corps se réduit au toucher des mots,
à l’aspect tactile de la pensée.
Ma main et ma langue
puisent aux signes récurrents.
Tous les codes s’entremêlent et s’interfèrent.

Dans ce délabrement, il ne s’agit plus de faire le vide mais de l’être. Le mouvement de l’histoire est fugitif. Il braconne aux douces noces qui exauçaient nos rêves les plus intimes.

La fiction omniprésente chute dans l’illisibilité et dans une mutité forcée. Le mot n’est alors qu’un résidu défait de sa trace originelle, étouffé de son sens premier. La parole avale le bruit des gares traversées, absorbe la substance ferreuse et choit comme une popeline de soie.

Notre corps transite par la matière puis nos peaux se lavent à la fenêtre du ciel et de la mer. Seuls, nos os conservent le secret de la poudre. La poussière s’empale aux muscles de la lumière. L’air nous agite et nos frissons tombent comme des feuilles séchées. La marche du monde s’aguerrie des marches funèbres.

Je voltige à des altitudes où il n’y a plus d’air. L’apesanteur est une fausse sensation. Ce qui est lourd demeure un corset de plomb.

Les yeux, les mains et la bouche restent des enclumes et je ne sais pas dire le poids qui me plaque au sol.

Je respire les scories embourbées sous la passion et mon cœur invente d’autres allégories plus légères.

Mais rien ne se dissipe vraiment. La présence en ce monde demeure une buée que rien ne fait disparaître.

Bruno Odile

 

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Les oeillets des poètes

Publié le par la freniere

Les oeillets des poètes

Si je fais l’œil traversant les œillets de poètes,
je me dis, c’est le party en titi et je m’en réjouis
au jardin de travers,
car iIs tiennent bon dans le sauna des derniers jours
après les passages si brefs, brusques même, cette année,
à ce qu’il me semble, des pissenlits, lilas, iris, lupins, pivoines,
épervières... revus à quelques jours à peine
par intervalles successifs
Ça ne tient pas l’affiche longtemps !
Peut-être parce que mes séjours sont plus rapprochés?
Anyway,
Aux trèfles blancs, silènes et marguerites
ils passeront aussi les Magnifiques
survenants printaniers,
le 11 juin cette année,
Dianthus barbatus,
alias Œillets barbus
qui depuis instaurent
leur joyeuse jungle animée,
avec une jardinière en jaune
qui fait salut de la main
et vous signale
avec son cerceau d’or
le couloir secret.

Cambrousse natale, 24 juin 2020.

  Jacques Desmarais

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