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L'orage

Publié le par la freniere

Le silence des oiseaux est un arc tendu entre deux chants, une corde bandée entre deux cris. La cible d'une oreille se mêle aux autres sens. Je me glisse entre l'ombre et la lumière comme le triton qui nage, un têtard entre les nénuphars et la vase des marais. La multiplication des pas crée la route, celle des chants et des mots la grandeur de l'écoute. De grands oiseaux se posent sur le silence des éteules. Des milliers d'insectes jouent aux dames avec des grains de sable. La terre reçoit l'orage comme un grand verre d'eau fraîche. Le vent défrise les épis, grattant les barbes d'eau laissées par les nuages. Je fouille ma mémoire, comptant les œufs de perdrix, les poules d'eau, les œufs de la rivière, les têtards des marais, les rêves accrochés aux algues du sommeil, les franges qui blanchissent dans les tons gris du ciel. Les regards se perdent entre la nuit et l'eau. Il est pourtant midi.

 

La foudre éclate au ventre des nuages. Les éclairs s’interpellent comme des bras de lumière, des doigts télescopiques. De loin en loin, des mèches de foin prennent feu que l'eau calme aussitôt. Les bras des arbres s'ouvrent pour accueillir les oiseaux. Les cardamines saignent. Les gousses d'ail explosent sous la terre. Les pissenlits s'ébrouent, laissant des traces de jaune au poil des musaraignes. Les pommiers en fleurs répandent leur parfum. Les fruits lourds se détachent. Les abeilles s'agitent dans le secret des ruches. Les fleurs entrouvrent leurs boutons comme des chemise de fille, mettant l'eau à la bouche de l'air. Des lézards s'épivardent par les lézardes ouvertes. Des monticules s'éboulent sous la poussée des eaux. Les vers se nourrissent des débris végétaux, des feuilles dans les flaques, des avoines couchées sous les branches trop sèches. L'orage lave tout avec son bruit énorme et ses lueurs de vie. Je cherche un coq d'eau dans la volaille de la pluie.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

... l'exilé contemple l'étrangeté du monde
et pas de clé pour ouvrir les portes de la beauté
pas de blé pour aller là où vont les chiens
pas de solution définitive il recommence
sa vie ___ mortellement.

 

André Chenet

Publié dans Ils ont dit

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Sertao

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Je suis un chercheur d’or. Et je le trouve. Dans tes yeux, dans mon café du matin, dans le ciel bleu ou gris (c’est selon), dans les oignons de Norge, dans l’instant et dans l’ici. J’ai le bon filon. Je suis un chercheur d’or. Et je le trouve.

 

Gaëtan Sortet

Publié dans Ils ont dit

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J'en appelle à la poésie

Publié le par la freniere

J'en appelle à la poésie

Publié dans Glanures

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Nouveaux délits

Publié le par la freniere

Nouveaux délits

Avril-Mai-Juin 2016

Exister est un écartèlement permanent. Entre spleen et idéal pensait Baudelaire, mais savoir vivre c’est savoir accepter sans se résigner, savoir lâcher-prise sans lâcher la main de l’autre. Renoncer au bonheur mirage, ces innombrables projections du système sur l’écran de nos désirs jusqu’au viol même de notre intégrité. Achète, consomme, travaille encore pour acheter, consommer sans poser de question et tu seras heureux. Pas encore aujourd’hui, mais demain, oui c’est certain. C’est prouvé par la science. Demain sera le grand jour, demain tu seras riche, le héros de ta vie, admiré, adulé, envié, car tu le mérites. Avec ce qu’il faut de peur pour avoir besoin de se protéger derrière des remparts d’achats sécurisants.

Il y a les belles choses, les savoureuses et ce ne sont pas des choses, mais des êtres et des sentiments, des émotions, des sensations, des échanges, des partages, des solitudes aussi, pleines et débordantes de vie.

Il y a les peurs oui, innombrables, envahissantes, les mauvais pressentiments, les ennuis à répétition, les injustices, les coups du sort qui s’acharne et tout ce qu’il faudrait comprendre pour transformer, se transformer soi sans savoir s’il faut avancer ou reculer, s’il faut ci, s’il faut ça…. La mécanique enrayée du mental. L’envie de dormir.

L’argent reste le problème omniprésent, omnipotent, un piège infâme, le plus toxique des mirages, la plus cruelle des machettes. Cette peur de manquer, de chuter encore plus bas, cette tache sur soi qui s’agrandit et nous définit plus que n’importe quoi d’autre: pauvre. C’est immonde d’être défini par cette tache, tout le monde le sait, mais rien ne change, une seule chose compte: en avoir ou ne pas en avoir. Dans une société aussi férocement individualiste que la nôtre, ce qui fait lien c’est «en avoir», ce qui ouvre toutes les portes, aussi vaines soient-elles, c’est «en avoir beaucoup».

Une seule planète, plusieurs mondes qui ne se côtoient pas. L’un d’eux est en train de dévorer tous les autres.

Cathy Garcia


Je suis pauvre et nu, mais je suis le chef de la nation. Nous ne voulons pas de richesse mais nous tenons à instruire correctement nos enfants.Les richesses ne nous serviraient à rien. Nous ne pourrions pas les emporter avec nous dans l’autre monde.Nous ne voulons pas de richesses. Nous voulons la paix et l’amour.

Red Cloud Chef Sioux Oglala


 

AU SOMMAIRE

Délit de poésie: Céline Escouteloup, Christophe Réal, Marine Gross, Vincent, Heptanes Fraxion

Délit de phénomène au logis quinze extraits de Vingt d’Hervé Jamin

Résonance: Bienvenue à Calais – Les raisons de la colère, textes de Marie-Françoise Colombani, dessins de Damien Roudeau – Actes Sud, février 2016

Comme toujours, les coins de pages se noircissent aux Délits d’(in)citations. Et comme toujours vous trouverez le bulletin de complicité qui fait le malin à la sortie.


 

 

Nouveaux délits

Publié dans Glanures

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même tout animal est en vie. C’est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu’à nous d’habiter cette terre. Cependant, écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l’ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol, et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls, et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

 

Sitting Bull chef Sioux

Publié dans Paroles indiennes

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Le vent de l'ailleurs t'appelle

Publié le par la freniere

L'été s'est arrêté aux fenêtres
De minces filets de lumière déchirent l’ombre
L'heure ralentit
Venues de l'ailleurs du vent
De vieilles inquiétudes et de vieilles joies s'attardent
Venue de l'ailleurs du vent
Ma mère est là

Dans un pathétique tête à tête
Où la vie passe à contre-jour
L’espoir et le néant
Orchestrent les métamorphoses de l’invisible
Sa main dans ma main
Ma mère s'agrippe à des heures incertaines

Encore une fois un oiseau s'est posé entre mes doigts
Son regard émiette des images et des odeurs écornées
Déconnectées de l’espérance
Une moisson de souvenirs joue la jachère
Ses rêves ont tant pâli
Qu’ils émergent d'un silence d’iceberg

Ses joues sont froides
Nos cœurs se glacent

Remonte un temps ancien
Où déjà mon père avait accosté ma main
Avant que son regard ne se dissolve
Dans un crépuscule de regrets
Et d'insipides espoirs

Ma mère est là

Et son cœur cogne
Elle a peur et me demande de la suivre
Que répondre à ce projet d'éternité à deux ?
Que dire à une main qui désarrime sa force et se cramponne ?
Que dire au désarroi
Et à cette ombre où grince la permanence des douleurs ?

J'ai peur
J'ai peur des tumultes inoubliés

Une petite fille n'en finit pas de chercher un père

J'ai peur
J’ai peur de ses peurs
J'ai peur de ma peur

Reste, ne me lâche pas, me dit-elle

Main dans ma main
Ses mots muets me claquent aux yeux
Plus forts que la prière
Que t'a-t-on volé ma mère ?
Qui éteint la lumière ?

Et les cieux !
Où sont-ils, si près, si loin de ce lit ?

Ma mère murmure
Ses mots s’évadent
Un pâle sourire griffe mon âme
Ravive des temps que je ne saurai oublier

N'aie peur de rien, ma mère
Où que tu ailles
Un jour j’irai
Le présent n'a pas de cage.

Jean-Michel Sananès


 

 

Publié dans Jean-Michel Sananès

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Les filaments du coeur

Publié le par la freniere

Pourquoi sommes-nous si loin?

Il faut sans cesse casser les amarres

et naviguer très haut dans la maison de l'air.

 

Je te trouve partout

en haut des arbres,

au ras des ombres,

partout entre les lignes,

dans la neige et la pluie.

Les ailes de tes jambes

me permettent de voler.

 

Je te trouve partout

exactement sous le soleil,

dans les gestes et les mots,

entre l'encre et le sang,

partout parmi les oiseaux nus,

les fruits ouverts,

les muscles des rivières,

le chant des branches,

les coffres à baisers,

les filaments du cœur.

 

Je te trouve partout

sur les prélarts et les fontaines,

les yeux vitreux des murs,

dans les trous d'ombre et la lumière,

le noir, le blanc et les couleurs,

les temps forts et les temps faibles.

Nos œufs éclosent

sur la paille du cœur.

 

Mon corps trop vaste pour moi seul

n'attend que ta lumière.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Nous? Catherine Dorion

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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