Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

À tes seins

Publié le par la freniere

Il vaut mieux s'adresser au Bon Dieu qu'à ses saints

Je ne dis pas non, mais là n'est pas mon dessein

Je n'en veux qu'à tes seins

Je ne veux parler qu'à tes seins !


 

Sur Terre un peu partout, retentit le tocsin

Je fais l'escalade vers des sommets plus sains

Je m'élève vers tes seins

Je ne veux parler qu'à tes seins !


 

Dans le rayonnement aigu invisible aux saints

Ils protègent leur tendre duvet de poussins

Innocents, assassins

Je ne veux parler qu’à tes seins !


 

Ce poème maladroit, suspect et succinct

Je l'enfante comme si j'en étais enceint

Depuis Nice où tes seins

Giclaient blancs dans l'or du bassin

Depuis Nice où tes seins

Giclaient blancs dans l'or du bassin


 

Claude Nougaro

 

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Rain Forest

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Le cancre

Publié le par la freniere

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

 

Jacques Prévert

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Largué dans l'inconnu

Publié le par la freniere

Me voici, depuis toujours largué dans l'inconnu malgré le garde-fou du langage. Je suis tellement ailleurs, j'entends à peine crier ma propre chair, pleurer ma descendance. En vieillissant, je gambade moins avec mes jambes et plus avec mes mots. Toute blessure appelle une cicatrice et mes cahiers se couvrent de parole. À défaut de les voir, je prends mes enfants dans un texte. Je les berce entre deux phrases pour qu'ils retrouvent dans la mouvance des mots un peu du père absent. Je leur écris du fond de la nuit une lettre de neige pour transformer une statue d'ombre en phrases bien visibles. C'est une forme de présence. Je m'enlise dans les lettres mouvantes. Je cherche une étincelle. Je laisse l'encre brûler dans le bois des images. Le feu survit à la fluctuation des modes. Chaque paysage est en état de sollicitation perpétuelle. J'y laisse traîner mes sens. Je rapaille des lambeaux éparpillés de moi, des gouttes d'encre tombées du nid. Depuis le premier souffle, le cœur des mots se vide dans la matière informe. La phrase tend sa main au-dessus des abîmes. Je parle des oiseaux et leurs ailes en delta, des arbres et leurs bottines aux racines bien lacées, des nuages de pluie déchirant leurs habits, de l'eau et de son ventre ouvert, de la mer et des perles dans l’huître. Le rêve vient coller au réel des choses, la transparence à la noirceur du monde. Le stylo se fait style, stylet du tatoueur sur la peau du néant. J'escalade les phrases avant d'y retomber entre le ferme et le solide.

 

Au lieu d'aimer, aurais-je passé ma vie à déchiffrer ma pierre tombale, aurais-je mangé l'arête et délaissé la chair, aurais-je confondu la vie et son récit? N'y a-t-il pas de la fiction partout, des ficelles à nouer, des énigmes à résoudre? Toute écriture est apocryphe. La vie commence dans la douleur et se poursuit en chemin de croix. Je cherche un peu d'espoir. J'écris comme on se maquille pour un aveugle. Je puise ma fidélité dans les jours à venir. Je largue la lumière dans la matière inerte. Tant de traces effacées, tant d'étincelles éteintes n'empêchent pas l'espoir. Chaque objet va rejoindre son mot. Un crayon greffé sur une main recompose la chair. J'écris dans l'impossible, dans le lointain ou dans le proche, de la chute à l'envol tel Icare entêté se recousant des ailes.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Aucune partie du monde ne me semble médiocre, aucune cellule animale ou végétale ne me semble indigne de l’art. Au point de vue vital, une fleur qui fleurit, c’est aussi beau et mystérieux qu’un Bergson qui pense. La matière est une, et je tâche de trouver les harmonies nécessaires, les justes correspondances, entre un grain de sable et un cœur de femme. 
 

Joseph Delteil

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Recommencements

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

L’animal a raison qui sait tuer pour vivre…
Les animaux sont purs, ils n’ont pas inventé la morale au rabais, les forces de police
ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi,
ni l’argent ni l’envie
ni l’atroce manie de rendre la justice.

Bernard Dimey

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

La poésie qui triomphe aujourd'hui est emmerdante 

Michel Onfray

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Comme les fauves

Publié le par la freniere

Comme les fauves rêvent d’abord la savane, il nous fallait rêver l’amour. Là-bas, vers des Caraïbes d’enfance, un village cuit sur sa chaufferette. L’église aïeule prie dans ses jupes de briques. Le temps est venu que je te dise les mots éternellement neufs de l’amour.
L’aube entre dans la comporte du puits. Des andains vont donner répliques à la chenille processionnaire. Le pain des rêves nous fait vivre, mais la huche attend. Je te ferai du pain avec les mots du laitier.
Quand la vigne saura trotter sous ses petits fantômes d’arbres, la nouvelle dégringolera d’une clarté. La veste au dos de la chaise s’emplira de muscles et d’idées. Les doigts fourmilleront de futurs gestes. Depuis longtemps, au seuil du jour, les prés, par leurs coquelicots, t’embrassent à l’universel.
 
Simon Brest
 

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Hinterland

Publié le par la freniere

Après l’assassinat des villes en dépotoirs publics

vient celui des campagnes en sites touristiques.

Les oiseaux s'enlisent sur une mer de mazout.

Les phares des autos font des trous dans le réel

où se perdent les routes.

L'autre meurt devant nous,

nous mourons devant l'autre

dans la macabre panoplie des mutants et des spectres.

Chaque matin nous recrée

pollen guenille ou peau entre les dents des loups.

Seul esseulé solitaire, je suis l'enfant de la balle

qui cherche ses racines dans les arpents du rêve

que le hasard lui lègue.

Je suis l'arbre qui pousse étranger à ses branches

dans le ciel encore vert où se noie la mémoire.

J'avance les yeux tournés vers d'autres galaxies.

 

Dans le gigantesque hinterland étranglé de prozac,

de matricules, de normes nous ne survivons guère

que par un infime tremblement à l'orée du silence.

Entre les massacres à coups de pioche,

les mines, les seringues, le vol de l'identité

ou le viol de l'intimité

il y a mille manières de nier le voisin,

l'autre, l'étranger ou le frère trop rebelle.

Entre la bêtise et le révolte

je garde le savoir des durées souterraines.

Je revendique le va et vient du coeur

en route vers l'impossible.

 

Dans cette course perdue d'avance

j'attendrai l'improbable.

Même si je fus longtemps

à la remorque des boissons réchauffant l'amertume,

remplaçant le baiser par une gueule de bois

je reste trop amoureux

pour être du côté des honnêtes gens.

Devant l'exécrable cortège

des snobs et des mutilés du travail

il y a loin de la coupe aux lèvres.

Bâtard d'un siècle qui ne m'amuse plus

c'est pour m'éloigner du no man's land socioculturel

que je vis à la campagne.

 

À force de multiplier les murs on étouffe à leur pied.

Esthète de la délinquance

je paie en monnaie de singe

lorsque je flirte avec le désespoir.

J'appartiens à la race douteuse des déclassés,

à celle sulfureuse qui allume la mèche.

Le temps passe dit-on

mais qui le voit trembler de métropole en nécropole.

J'avance dans la vie comme l'enfant qui accède

au ciel vertigineux des arbres.

Je fabrique des baisers pour saluer le printemps

et dire bonjour aux fruits qui dorment

encore dans le fond des bourgeons.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0