Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Sans le savoir (France)

Publié le par la freniere

J’écris pour les mains calleuses
Qui jamais ne toucheront mes livres
Pour les analphabètes
Et ceux qui ne croiseront jamais
Qu’au large de mes mots
J’écris pour ceux qui ont soif
Qui ont faim du seul pain
Qui leur manque
L’Amour
J’écris parce qu’ils ne le savent pas
Et qu’ils se trompent pour de l’argent,
J’écris pour essuyer le crachat
Des racistes à leur visage
J’écris là pour leur rendre
Un jardin -
Celui qu’ils m’ont pris
Sans le savoir

Olympia Alberti

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Ce qu'il nous reste

Publié le par la freniere

Je te parle du vent, de la menthe qui pousse, de l'immense gris au dessus de nos têtes. Je te parle des ronces sous la pluie, des jours qui nous dépassent, des absents. je te parle des poussières, des orages, du temps qui dégouline au fond du puits. Je te parle de la perte. Je te parle des miettes, des instants bienveillants, des cadeaux minuscules, des cailloux dans la boue, des fourmis qui veulent vaincre. Je te parle du vide, des matins où tu rampes, de la peur des enfants. Je te parle de ce que je vois pour dire ce que je ne vois pas. Je te parle du trou, du vertige de la chute, du repos sur le bord. Je te parle de cette façon de vivre comme les plantes en courant après la lumière. Je te parle des cendres, de ce que nous goûtons, de ce que nous perdons, des arrière-goûts, des espérances, des découvertes. Je te parle de mes rêves, de ce qui nous déploie, de ce qui nous recroqueville, de la disparition. Je te parle de nous, de ce que nous sommes, de ce qu'il nous reste.

Thomas Vinau

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Les lieux

Publié le par la freniere

On croit habiter les lieux, ce sont les lieux qui nous habitent. La petite chambre bleue sépare les poumons. Des livres s’accumulent dans le grenier du cœur, avec les vieux meubles et la poussière du temps. La cage thoracique sert de chenil au chien, un coude d’appentis pour ranger les outils. Il y a dans chaque doigt comme un berceau d’enfant. Un vieux poêle de fonte réchauffe les fantômes. Les fleurs sur la table frémissent à chaque respiration. La lucarne des yeux laisse passer la lune, les nuages, le ciel. Le sang afflue par les couloirs des veines, les corridors des neurones. Le vent siffle sur les murs quand on ouvre la bouche. On croit entendre le cœur, ce sont les robinets qui fuient, un pas dans l’escalier, un hibou sur le toit. Cette maison est froide de la taille aux épaules. L’épine dorsale frissonne avec ses fleurs de peau. Les gestes dorment dans la chambre des mains. Les vêtements sur la chaise semblent sourire au temps. Ce sont des ligaments, des nerfs et même des neurones échappés de l’asile. Des araignées dans le plafond ravaudent les trous de mémoire, recousent la pensée, tricotent les idées qui se préparent à naître. Les rayons-x dévoilent l’acupuncture des clous qui retiennent la peau à l’ossature du corps, les escaliers d’argile continuant la chair. Les chaises vides s’empilent autour de la mémoire. Pour échapper à l’ombre, il faut grimper plus haut que l’étage des joues. On se cogne au chambranle. On voit que c’est un os où s’attache la chair. L’eau dort dans les cruches aux veinules d’argent. Il suffit de déplacer les meubles pour inverser les rôles. Le lit sert d’écrin aux corps des absents. Le vieux tableau au-dessus du poumon droit nous sert de fenêtre. Les clefs tintent sans répit mais la porte s’enfuit. Le temps ronge les arêtes du toit. Le souffle des poumons se déchire sur les carreaux cassés. On doit sans cesse en nous repeindre les volets.


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Envie d'envies (France)

Publié le par la freniere

Quelque chose d’insignifiant
Un sourire du ciel
Le regard des pierres
La cicatrice des océans
M’a réveillé ce matin
Très tôt
Le vent sur ma page
Efface le chagrin
Des jours sans lune
Comme si le matin
Renaissait
Très tôt
Du haut du rocher Caraïbe
J’ai des envies d’envol
Pour parler aux étoiles
Caresser le soleil
Pour ne pas mourir
Trop tôt
J’ai des herbes dans les yeux
Le temps ne s’arrête plus
Sur les talus de mon orgueil
Il y a des reflets de vie
Dans chaque chose
Très vifs
 
J’ai des envies d’envies
Qui me caressent
L’échine
Je me sens naître
A la force des pierres
 
Jean-Luc Gastecelle

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Abattis

Publié le par la freniere

reboisement.jpg
Y aura-t-il demain des hommes encore debout ? Un moteur jappe, hargneux. Ça sent l’herbe brûlée et le ciel en colère, la mousse des vieux troncs et la sciure de bois. Le monde a la tristesse des choses abandonnées. Une écume frissonne au mufle du malheur. Le bruit des tronçonneuses laisse échapper son huile. Entre deux abattis, les branches baissent la tête comme pour s’excuser. C’est pourtant nous qui les mettons en planches et détruisons la terre. Les cadavres de bois mènent paître leurs ombres. Les insectes s’accrochent aux larmes de résine. Le feuillage n’est plus qu’un peuple de voix tues. Les roches bavardent entre elles sans se méfier des hommes. La pierre fait son métier de pierre qui n’est pas d’être un mur. Les oiseaux font des trous dans la misère du monde sans réclamer leur dû. Les papillons sur l’écorce rêvent d’un air plus pur. Un chevreuil lève le nez sans savoir où aller. Il n’a plus à manger que des cendres amères. Les signes de vie s’éteignent. Ne reste des orages qu’un soluté de pluie, l’aiguille des éclairs sous la peau des nuages. Un jour, peut-être, le printemps reviendra, une bouffée d’air frais. Il y aura du vent dans le cerveau des choses, du sang propre à nouveau, une terre en jachère. Qui peut vraiment savoir ?


photo:  Dylan-Thomas  La Frenière

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Mon loup ne hurle plus

Publié le par la freniere

Mon loup ne hurle plus.
Je devine son âme errer dans les sous-bois.
Je vois ses traces sur la neige
malgré le vent du nord.
Je devine son ombre au-dessus de la mienne
protégeant ma parole.

photo:  Mireille Barbieri

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Au monde... simplement... (France)

Publié le par la freniere

Etre au monde simplement
Le croissant du matin
La douche un peu trop chaude
Les dessous blancs si doux

Le baiser des enfants
La rue et ses autos
Le clin d’œil d’un garçon

Simplement être au monde
Les livres empilés
De l’enfance à la mort
La mémoire des années

Les tableaux de Vincent
Et les couplets de Georges
Le premier homme aimé
Et le dernier surtout

Le portrait de ma mère
En couleur à vingt ans
Les croûtons si croquants de la soupe aux poissons
Le disque du soleil qui se noie en douceur
Le rayon vert présent dans les yeux des amants

Les draps frais
Les pommes mordillées
La robe inoubliée du premier rendez-vous
Les baignades agitées dans les vagues en septembre
Les feux de cheminée

Tous ces bébés qui naissent
Ces amis de trente ans
Seulement être là
…au monde…simplement…

Aglaé Vadet

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost 0

Le premier mot

Publié le par la freniere

J’ai pris le premier mot comme un tramway ancien, un très long toboggan, un cercueil à roulettes, une phrase à pédales. J’ai pris le premier mot et glissé sur la page. J’ai traversé la mer et les villes en coup de vent. J’ai pris le premier mot et il ne disait rien. J’ai pris le premier mot comme un hurluberlu se cherche dans la foule et ne trouve qu’un os, un nuage, un trou d’homme. J’ai pris le premier mot et c’était le dernier, celui qu’on n’écrit pas sauf à l’envers du temps. J’ai pris le premier mot, c’était le premier pas. J’ai pris le premier mot comme on chante en marchant. La musique est partie mais le mot est resté. J’ai pris le grand désert pour la terre promise, l’enfer pour le ciel, le papier pour la route. J’ai pris le premier mot sans me rendre jamais tout au bout de mes phrases. J’ai pris le premier mot, celui qui fait le mort et trempe ses voyelles dans la soupe du cœur. J’ai pris le premier mot, celui qui parlait haut, celui qui parlait bas, celui parlait pas. J’ai pris le premier mot guettant au bout des choses les détours du matin. J’ai pris le premier mot et je me suis perdu. J’ai pris le premier mot et c’était un vieil os rongé par le silence. J’ai pris le premier mot et c’était un couac, un bémol, un dièse. J’ai pris le premier mot et je cherche depuis sa place dans la phrase.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost 0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Parfois il existe un abîme entre le mardi et le mercredi, mais vingt-six ans peuvent défiler en un instant. Le temps n’est pas une distance en ligne droite, mais plutôt un labyrinthe, et quand on s’appuie au mur, au bon endroit, on peut entendre des pas précipités et des voix, on peut s’entendre passer, là, de l’autre côté.

Thomas Transtrômer

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost 0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Ceux qui soulèvent leur pierre avec les bras des autres finiront écrasés sous le poids des colères.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost 0