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Vimy

Publié le par la freniere

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Alors que le Canada célébrera dimanche le 100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, Richard Desjardins nous explique la genèse de sa chanson et son point de vue sur cet événement historique.

«En quelques journées, 30 000 morts ou blessés, dont 10 000 Canadiens et 20 000 Allemands.

Cette opération militaire commandée par l’armée britannique — dont nous faisions partie à titre de corps expéditionnaire — se voulait une diversion pour permettre aux forces françaises de tenter plus au sud une percée majeure vers l’Allemagne. Il n’y eut pas de percée.

Qualifiée de victorieuse par l’Histoire, la conquête de la crête de Vimy par les Canadiens fut pourtant éphémère, les deux armées regagnant leurs propres tranchées après d’horribles combats souvent achevés à la baïonnette.

Les dignitaires présents à Vimy prétendront que ce fait d’armes, authentiquement canadien, nous aura définitivement affranchis du joug britannique et constitue de fait la véritable naissance de notre nation.

L’idée qu’une tuerie programmée soit à l’origine d’une naissance nationale peut ne pas être partagée par tous, à commencer par le soldat canadien qui écrit à sa femme, à la veille de l’assaut.»

richarddesjardins.com

 

Vimy

Si au moins
c’était pour toi
pour la rivière ou l’moulin
j’comprendrais mieux pourquoi que demain
demain j’vas tuer quelqu’un

Quelqu’un que j’connais pas avec
une rivière un moulin
avec une femme comme toi
qui chérit aussi bien
Demain j’vas l’tuer pour rien

Si la vie veut m’offrir
un dernier sentiment
ce serait mon désir
de mourir avant lui

Au moins qu’on m’épargne
la frayeur
de croiser son regard

Enterre mes outils dans la cour

Détache le chien pour toujours
T’offriras ta beauté
à mon frère qui la voulait aussi

Si jamais je reviens
t’auras le réconfort
d’un p’tit assassin
ou d’un grand homme mort

Pour rien, pour rien, pour rien.

paroles et musique : Richard Desjardins

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Armand Gatti, homme de théâtre et poète, est décédé ce matin

Armand Gatti, homme de théâtre et poète, est décédé ce matin

Je sais que je suis un élément de l'agonie d'une étoile.

Armand Gatti

Publié dans Ils ont dit

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Henry David Thoreau

Publié le par la freniere

Henry David Thoreau

Cueilli aujourd’hui du pissenlit automnal et du pissenlit commun. Certaines épouses de fermiers utilisent les cendres blanches des épis de maïs à la place du carbonate de potassium. Une clôture faite avec des racines de pin blanc a quelque chose d’intrigant. Il y en a, ou plutôt il y en avait une (car elle a été renversée dans le fossé cette année) sur la route menant au pont de Hubbard, que je voyais là depuis plus de vingt ans. Elle était presque aussi indestructible qu’un mur et nécessitait sans doute moins de réparations. Elle était légère, blanche & sèche de surcroît, et ses formes fantastiques étaient agréables à mes yeux. On n’aurait pas cru qu’un arbre eût des racines aussi enchevêtrées & noueuses. Dans certains cas, ce n’est qu’un vulgaire entrelacs. Par exemple, lorsqu’elles s’entrelacent à la surface d’un marais, elle ressemblent vraiment à une clôture posée à plat, avec ses barreaux qui se croisent selon des angles variés et des racines qui poussent sans cesse autour d’autres racines, un phénomène rare hors du sol, et cela laisse des ouvertures carrées, en forme de diamants ou triangulaires – un peu comme une véritable clôture. C’est extraordinaire de voir à quel point ces souches & leurs racines sont blanches & propres, aucun lichen ou très peu ne pousse dessus. Elles sont préservées de toute décomposition. Les différentes ramifications des racines se mêlent sans cesse les unes aux autres, au point de former des figures grotesques, et de ressembler parfois à des harpes grossières dont les cordes lorsqu’on les choque produiraient en résonnant une sorte de musique, comme si l’esprit de la terre lui-même en jouait. Parfois, les racines sont d’une légère couleur vineuse par endroits, une teinte vespérale. Aucune clôture ne saurait être trop longue pour moi quand il s’agit d’étudier chaque souche individuellement. Sur le même temps, des rochers auraient été couverts de mousse. Peut-être ont-ils poussé les uns dans les autres, afin de tenir plus solidement.

C’est maintenant la saison des pommes sauvages. Je les cueille comme un fruit sauvage, natif de ce coin de terre, fruit de vieux 298 ans, arbres qui ont commencé à mourir alors que j’étais petit garçon et qui ne sont pas encore morts. Au vu de l’arbre, on ne s’attendrait pas à ce qu’en tombe autre chose que du lichen, mais une fois dessous, votre confiance est récompensée en découvrant le sol jonché de ce fruit plein de vie. Seul le pic-vert le fréquente, le fermier l’ayant désormais déserté, car c’est un homme de trop peu de foi pour aller regarder sous les branches. C’est une nourriture pour marcheurs. Parfois, les pommes sont rouges à l’intérieur, d’un beau rouge, une nourriture féerique, trop belle pour être mangée; pomme du ciel vespéral, des Hespérides.

Cet après-midi, j’ai entendu un grillon isolé chanter et striduler sur une berge; le seul que j’aie entendu depuis un bon moment, comme un écureuil ou un petit oiseau. Un chant bien net & perçant, si bien que j’imaginais qu’il s’agissait d’un merle d’Amérique nocturne, chantant en ce soir de l’année. C’est une mélodie fort belle & poétique pour un si petit chanteur. Je n’avais jamais entendu de grillon qui ressemblât autant à un petit oiseau. C’est un air remarquable: le chant de la terre. Il faut se souvenir de cette herbe délicate, sèche, ondoyante, duveteuse que j’ai vue hier, et que j’ai associée à l’automne. Les herbes sèches ne sont pas mortes pour moi. Une forme élégante possède autant de vie à une saison qu’à une autre. Je remarque que, partout dans les pâtures, de minuscules et jeunes molènes constellent le sol, avec juste quatre ou cinq feuilles plates & des racines qui ressemblent à des fils. Elles ne sont pas plus grosses qu’une pièce de quatre pence et se comportent comme le seigle & l’herbe d’hiver qui prend racine à l’automne pour se préparer au printemps. Ces petites choses ont réservé leur place pour la saison suivante. Elles ont une petite boulette de coton ou de duvet en leur centre, prête pour le départ, dès les premiers jours du printemps. Le pissenlit automnal? est encore chatoyant. J’ai vu un vieil os dans le bois, recouvert de lichen. Cela ressemblait à l’os du squelette d’un vieux colon, un petit animal venait de le ronger & j’ai clairement vu les marques de ses dents. La nature se montre inépuisable quand il s’agit de débarrasser la chair des os et de les faire retourner à la poussière.

Henry David Thoreau

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous sommes appelés à pleins poumons
à faire neuf ce qui était vieux,
à croire à la montée de la la sève
dans le vieux tronc de l'arbre de la vie.

Christiane Singer

 

Publié dans Ils ont dit

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Je me souviens

Publié le par la freniere

Je me souviens
De ma mère
Qui ne se souvenait plus
Je me souviens du sourire de ma mère
Quand elle enlevait son dentier
Je me souviens de ses cors aux pieds
Quand elle dansait sur la table du salon
Je me souviens que je ne me souviens d’aucune remontrance
Jamais un mot de travers de la part de ma mère
Elle se prenait pour la Poune
Elle m’aimait comme la Poune aime son public
Ma mère qui vit même si elle est morte
Je ne me souviens pas de la date de sa mort
Ni de l’année où elle est partie
De toute façon ma mère n’est pas morte
Elle vit dans un coin de mon espace frontal droit
Elle s’agite chaque fois que j’ai de la peine
Elle me fait des grimaces en giguant
Perchée sur mon épaule gauche
Ma mère mon souvenir ma tendresse
Mon Alzheimer ma Poune
Ma déesse

 

Jean Désy

Publié dans Poésie du monde

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Festival de la Paraculture

Publié le par la freniere

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La légende de Tristan Cabral

Publié le par la freniere

Photo par André Chenet

Photo par André Chenet

Extrait d'un poème à paraître : "La légende de Tristan Cabral"

.../...
Funambule ivre bateleur inspiré
il n'aimait rien tant que les petits vins de terroir
"rouge comme le sang des ouvriers"
A Montpellier où il vivait au sommet d'une tour prolétaire
au lieu dit "Le Florian" Route de Mande
il préférait fréquenter la nuit les bars sordides
où des miséreux écumaient des océans inconnus
plutôt que les savantes institutions
il lui arrivait de discuter des heures entières
à une terrasse de café en face de la Fac de Lettres
avec des étudiants un peu ivres en mal de vivre
parmi eux c'était lui le plus alerte le plus juvénile
les escholiers riaient aux éclats
lorsqu'il faisait le clown sur la voie publique
ils n'en revenaient pas de voir danser et chanter ce vieux fou de Leila
C'était comme si Don Quichotte de la Mancha
avait jailli des pages du livre de Cervantès
accroché par la culotte à l'aile d'un moulin blanc
.../...

André Chenet


 

Publié dans Tristan Cabral

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Tu m'aimes-tu?

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Le poète russe Yevtushenko meurt à 84 ans

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Le poète russe Yevtushenko meurt à 84 ans

Zima station (extrait)

À mesure que nous vieillissons, nous devenons plus ouverts,

et donc nous Bénisse nos stars chanceuses ...

Les changements intervenant dans la vie assez souvent

Coïncident avec les changements qui se produisent chez nous.

Et si nous avons un point de vue différent,

si Nous avons changé

Si, regarder les gens,

ça veut dire Nous l'avons d'abord révélé en nous-mêmes.

Bien sûr, je n'ai pas trop vécu, et encore

À vingt heures, j'ai passé en revue ma vie:

Je n'aurais jamais dit

Et ce que je n'avais pas dit

J'ai vu que j'avais souvent été trop prudent,

N'avait pas été réfléchi, sensible, prétentieux,

Que dans ma vie, assez lisse, il n'y aurait

Être de véritables actes, mais plutôt de bonnes intentions.

Mais il y a encore un moyen de remonter

Et gagner de la force pour de nouvelles idées, juste

Retomber à nouveau sur le sol

J'avais l'habitude de marcher, pieds nus, poussant la poussière.

Cette pensée m'a toujours aidé partout,

Une pensée simple semble être, de loin,

Que je vais Vous revoir quelque part

Près du lac Baikal, station appelée Zima.

J'aimerais voir les vieux pins populaires,

Les témoins de l'ancien Des temps passés,

Quand l'arrière-grand-père, avec d'autres paysans,

Ont été bannis en Sibérie en tant que rebelle

Yevgeny Yevtushenko

traduction: Alec Vagapov


 

 

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Le réel a supplanté le rêve

Publié le par la freniere

Malgré mon loup, mes chats et les coyotes, je cultivais des poules, des lapins et des pommes. J'ai quitté la campagne pour un bout d'asphalte où les plantes respirent de l'exhaust à plein pots d'échappement. Dorénavant, je me contente de manger des légumes sans savoir d'où ils viennent. Je bine avec des mots la terre blanche des pages. Des virgules y poussent dans l'herbe des syllabes. J'aurai tenté d'écrire à ras du sol et de tremper dans l'eau d'érable la madeleine de Proust. J'ai toujours écrit au contact des choses, de la nature, des bêtes, des montagnes, des sources, mais qu'écrire dans ce trou perdu où l'on adore les skidoos, les courses de minounes, les seins siliconés et la télé-réalité. J'ai des mots trop petits pour la grandeur du monde. J'arpentais les ruisseaux à grandes enjambées. Aujourd'hui, j'avance à petits pas frileux dans le ghetto des rues. J'habite au bord d'un lac aux vagues odeurs de frites et d'essence à bateau. Les reflets du soleil sur le chrome des hors-bords sont des pétards mouillés. On ne voit plus les étoiles. Les lampadaires Dell ont remplacé la lune. Moi qui aimais tant le chant des ouaouarons et les aurores boréales, je dois dormir un bandeau sur les yeux et des bouchons d'oreille sur mes rêves en sourdine. Les livres ont remplacé la luxuriance des forêts. Au lieu de cueillir des fraises, je trie maintenant les ombres. Je m'ennuie du foin d'odeur caressant les mollets, des épines égratignant la peau, des feux follets qui m'indiquaient la route, du fil de l'air aiguisant les fougères, du sursaut des couleuvres, de la lenteur des bœufs, de la naissance des seins, du décolleté de l'air, des arpèges d'oiseaux, des phalènes aimantées par la lueur des lampes, du carré de fraîcheur que se partagent les vieux, de l'ombre des cerisiers où se disputent des merles, de la blancheur des neiges, du vert des collines, des verbes de Regain que conjugue Giono, des vers sous la terre, de la sève sous l'écorce, de l'écriture des mains, de la dentelle des gestes, des routes qui deviennent un sentier de montagne, des rivières gonflant l'estuaire d'un fleuve, de la pompe rouge du cœur, des artères du temps que pulsent les saisons, des os du squelette qui soutiennent la chair, des batailles de basse-cour et du poil des chevreuils, du pointu des ronces qui écorche leur peau. À travers le chahut, je dois me contenter d'une voix sans parole. Le temps manque d'épaisseur entre les murs de béton. Mes phrases ont le cœur gros dans les nuages de l'âme. Il en va d'un village comme des gens qui l'habitent. Il faut s'incorporer à leur insignifiance, au verre des écrans, à la froideur des chiffres, aux remugles d'huile et de gasoil. Je suis né à Beloeil, un village champêtre devenu trop vite une immense banlieue dans les années soixante. Un centre d'achats a remplacé les champs de blé ou de luzerne. Leurs pâturages devenus des cimetières d'autos, les vaches ont disparues. Où sont passées mes tortues d'enfance, mes œufs de buse ou d'alouette? On a bâti l'école sur nos cabanes dans le bois. Quand les églises se sont vidées, la musique punk a remplacé le grégorien. La poésie est mon latin d'église, l'espéranto des pauvres. À l'ère du numérique, où sont passés les vrais rebelles et leur âme d'apache? Comme du temps de la revue Tel Quel, la forme a remplacé le fond. Les mots sont devenus phonèmes. Le réel a supplanté le rêve. Les mots sont anémiques quand ils perdent leur sens comme l'homme son sang. Je ne rêve plus en dormant. Je ne dors presque plus. J'ai une mine de crayon coïnçée sous la paupière. J'arpente les zigzags. Je pique les continents du bout de mon crayon pour qu'ils s'alignent sur la page. Je suis un mouton noir prenant les sens uniques à l'inverse des foules, un maverick sauvage s'échappant du round-up. On arraisonne le rêve au lieu de raisonner. Les pupilles brillent à peine dans le coffret des yeux. Rien n'a changé pourtant des escales amoureuses, des routes provisoires, de la mort à venir. La neige absorbe la lumière comme le buvard boit de l'encre et l'ardoise la craie. Les mots qu'on m'a appris se vident et se remplissent. Ils roulent comme des cailloux dans le fond d'un ruisseau. Ils volent entre les lignes et s'assemblent à nouveau, portant le poids des choses dans la parole de l'homme.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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