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On n'enterre pas le sang

Publié le par la freniere

On n’enterre pas le sang décharné de la servitude
ni le sang désarmé de l’amour inutilisé ;
on ne retire pas le cri de la bouche comme une clef,
on ne suture pas la pierre fissurée d’une soif.
La chaux vive du sang qui n'a point dormi,
tu l'entendras liquéfier la dalle des morts,
traverser ses étapes de neige étouffée
et siffler en remarchant tout son hiver.
On n'enterre pas le talon poudreux de la foudre
ni la fureur tendre du fruit piétiné ;
le sang retourné sur sa racine comme un décombre
s'est armé tout droit d'une moisson fruste de couteaux...

Rina Lasnier

Publié dans Poésie du monde

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

L'art d'aujourd'hui consisterait, peut-être, à épuiser l'immonde cloaque d'indifférence - et donc de mépris - dans laquelle est plongée l'humanité inconsciente de ses véritables richesses. L'ennemi n'est-il pas celui qui dilapide à son profit l'immense réserve de fraternité mis à la disposition de tous. Le capitalisme n'est pas seulement exploitation de l'homme par l'homme, il représente avant tout le reniement des valeurs fondamentales de la vie car se servir des autres pour prospérer au dépend leur dignité et de leur intégrité conduit nos sociétés à la guerre. Guerre économique autant que fratricide. L'art devrait être une guerre contre toutes les guerres et non une paix béate s'exposant aux regards repus et avides de sensationnalisme.

 

André Chenet

Publié dans Ils ont dit

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Guillemin sur le libéralisme économique

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Un buveur de lumière

Publié le par la freniere

Un buveur de lumière
Cet article a été mis à jour le 12 mai, 2017 sur Bookwitty
« Le monde est un lavis
que l'évidence outrage
demeure où tu ne vis
qu'entre l'ombre et l'orage » 

Plein Emploi

Jean-Claude Pirotte écrit des poèmes en verre, en petits éclats de verre cassé, en rimes de rien, en brumes fines, en mots perdus. Des lettres, des boléros, des sonnets, des voyages, la musique de ses mots est intemporelle parce qu'elle n'essaie pas d'être de son époque. Il est à la fois Villon, Chardonne et Dhôtel. Il est Perros, Joubert et Verlaine. Le chanteur de rue du camp des gueux et des proscrits.

« Nous qui sommes bannis sur terre
nous composerons les paroles
qui consolent les apatrides
sur la planète des Atrides »

Blues de la racaille

Jean-Claude Pirotte écrit le ventre mouillé des forêts d'Ardenne, les nuits infinies dans les ruelles de Namur, le parfum lourd des caves, le vin des paysages, l'arôme de l'amour perdu, l'encre de la nuit et l'aube toujours qui revient.

« J'ai beau parler bien bas, je tombe toujours de haut. »

La Légende des petits matins

Jean-Claude Pirotte célèbre tous les terriers, tous les refuges, les chemins de traverse, les fuites dignes, les exils réfractaires, les chiens errants, l'asile des livres qui nous sauvent, la patrie des arts et du vin. Les routes que l'on prend à la fois pour se perdre et pour se retrouver.

« Il fallait que je naisse en cavale aussi, dans la solitude étrangleuse et la misère éblouie. Pourvu que je me souvienne, je pressens bien d'autres naissances, après d'étranges agonies. » 

Cavale

On se retrouve dans ses poèmes et on se perd dans ses romans, on joue à se perdre, ensemble, car tout est prétexte à atteindre demain en se racontant des histoires. Comme chaque enfant de La Vallée de misère, il sait bien, nous savons bien avec lui, que ce ne sont que des histoires. Il sait bien, nous savons bien avec lui que malgré tout, ces histoires nous sauvent un peu.

Dans Récits incertainsil note : « Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. » 

Ombres, brume, montagnes (Paul Earle)

Il écrit des lettres sans destinataires comme son double Ange Vincent, le voyou perdu. Il est le pauvre Kaspar Hauser toujours un peu orphelin de lui même. Il est le peintre des couleurs qui disparaissent, le rapiéceur de souvenirs.

« C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie. »

Brouillard

Il est de partout et il n'est personne, celui qui part en dernier du bar, la bougie qui écrit dans la nuit, qui demande pardon et qui clame tant pis. Remontez son Promenoir magique, écoutez son fantôme, un ami dans le noir qui sait bien que « les chemins ne vont nulle part » sans pour autant renoncer à vous tenir la main.

« Je ne connais ni les oiseaux
ni les fleurs ni les arbres
je me connais encore moins
je me cherche dans les décombres
et je me perds dans les chemins
où je ne croise que les ombres »

Revermont

Même lorsqu'il titube, ou que ses mots vacillent, Jean-Claude Pirotte tient tête - à l'injustice, à la douleur, à l'oubli. Il nous fait rire et il nous fait pleurer. Alors même le silence se tait.

« Il n'est donc pas impossible de s'inventer un grand-père, une maison dans les vignes, un horizon de montagne. Vous savez, quand on y pense, rien n'est impossible. C'est ainsi que nous arrivons à vivre. »

Le Silence

Thomas Vinau

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Poème mortel

Publié le par la freniere

Les beaux jours qui mènent à tout
Me conduiront-ils à moi-même
Et me diront-ils pourquoi
J’ai traversé tant de déserts
Pour les rejoindre et les perdre à nouveau.

Et moi qui suis l’esclave d’une force puissante
Qui a marqué mes traits
Et donné à mon pas un rythme différent
Je suis le témoin de ces jours que je ne fixe pas
Et qui sont beaux comme des désirs
Et rares comme les amours.
Je suis l’inutile témoin de moi-même
Et de ma solitude dont je ne comprends pas le bonheur inhumain
Dont je ne bénis pas les heures incandescentes
Trop lâche pour émigrer toujours
Me perdre et me trouver d’un geste
Horrible pour ma lâcheté.

 

Jacques Prével

 

Publié dans Poésie du monde

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André Dhôtel

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Petite prière

Publié le par la freniere

Je prie souvent le papier, l'encre, la grammaire, comme un croyant le ferait pour un Dieu. Je prie le vol d'un oiseau, le dieu de l'herbe et des galets, le dieu des bols à soupe et des cuillères en bois, le petit dieu des mots sur l'autel d'une page. Nul besoin d’icône. J'ai de la tendresse pour les tables bancales, les vieilles réguines, les ombres des fantômes, les peluches éventrées, les murs de guingois, l'odeur des fruits de cave. J'aime les araignées, les papillons, les termites charpentières, les petites choses de rien, les aiguilles perdues dans une botte de foin et la verge d'un mot dans le pubis d'une phrase. Je collectionne les faux pas, les fautes de frappe, les lapsus, les breloques de l'âme. La pensée sautille comme un cœur qui palpite. Tous les gestes en dépendent, même les tics. Mes yeux derrière la vitre prennent le goût des fraises. Mes mains rejoignent l'horizon. Il suffit d'un crayon, d'un souvenir d'enfance, d'une prémonition. Il suffit d'ajouter un nuage, un petit bruit de mort, une ombre de géant. On n'est jamais seul quand on écrit. On communique avec tout, même ce qu'on ignore. Les mots prennent l'odeur des choses qu'elles nomment. À force de vendre ou d'acheter, la langue de bois se gangrène. Les orties envahissent les draps. Là où les mots aident à mentir, mes phrases tirent le volet. Elles se reposent dans une chambre nue. Mes cahiers s'empilent. J'y suis à nu, mais je me cache derrière eux.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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La Charette de Cathy Garcia

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Nous voulons simplement

vivre sans maîtres

entre hommes égaux quoique dissemblables

fédérer nos mains

pour de justes récoltes

récompensant de justes peines

 

Abdellatif Laâbi

Publié dans Ils ont dit

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Roses et ronces

Publié le par la freniere

Rosace rosace les roses
roule mon cœur au flanc de la falaise
la plus dure paroi de la vie s’écroule
et du haut des minarets jaillissent
les cris blancs et aigus des sinistrés

du plus rouge au plus noir feu d’artifice
se ferment les plus beaux yeux du monde

rosace les roses les roses et les ronces
et mille et mille épines
dans la main où la perle se pose

une couronne d’épines où l’oiseau se repose
les ailes repliées sur le souvenir d’un nid bien fait

la douceur envolée n’a laissé derrière elle
qu’un long ruban de velours déchiré

rosace rosace les roses
les jours où le feu rampait sous la cendre
pour venir s’éteindre au pied du lit
offrant sa dernière étoile pour une lueur d’amour
le temps de s’étreindre
et la dernière chaleur déjà s’évanouissait
sous nos yeux inutiles

la nuit se raidissait dure jusqu’à l’aube

rosace les roses les roses et les ronces

le cœur bat comme une porte
que plus rien ne retient dans ses gonds
et passent librement tous les malheurs
connus et inconnus
ceux que l’on attendait plus
ceux que l’on avait oubliés reviennent
en paquets de petites aiguilles volantes
un court instant de bonheur égaré
des miettes de pain des oiseaux morts de faim
une fine neige comme un gant pour voiler la main
et le vent le vent fou le vent sans fin balaie
balaie tout sauf une mare de boue
qui toujours est là et nous dévisage

c’est la ruine la ruine à notre image

nous n’avons plus de ressemblance
qu’avec ces galets battus ces racines tordues
fracassées par une armée de vagues qui se ruent
la crête blanche et l’écume aux lèvres

rosace les ronces !

rosace les roses les roses et les ronces
les rouges et les noires les roses les roses
les roseaux les rameaux les ronces
les rameaux les roseaux les roses
sous les manteaux sous les marteaux sous les barreaux
l’eau bleue l’eau morte l’aurore et le sang des garrots


rosace les roses les roses et les ronces
et cent mille épines !

roule mon cœur dans la poussière de minerai
l’étain le cuivre l’acier l’amiante le mica
petits yeux de mica de l’amante d’acier trempé
jusqu’à l’os
petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée

de lame de fond et de larmes de feu
pour un simple regard humain trop humain

rosace les roses les roses et les ronces
il y avait sur cette terre tant de choses fragiles
tant de choses qu’il ne faillait pas briser
pour y croire et pour y boire
fontaine aussi pure aussi claire que l’eau
fontaine maintenant si noire que l’eau est absente

rosace les ronces
ce printemps de glace dans les artères
ce printemps n’en est pas un
et quelle couleur aura donc le court visage de l’été ?


Roland Giguère (1954)

Publié dans Poésie du monde

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