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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Le temps est l'autre nom de la mort.

Publié dans Aphorisme du jour

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Prière pour les sourds

Publié le par la freniere

Des jours
Plus souvent des nuits
Mes plumes sont bien plus lourdes
Que ma tête

Des jours
Plus souvent des nuits
Je reste repliée
Dans l’encoignure du temps
D’où s’élève la supplique
Pour les heures défuntes

Vous les oiseaux de l’aurore
Sortez-moi de ce puits
Où vont croupir les ombres

Toi la nuit
Que j’ai appris à vouvoyer
Ramenez-moi dans vos bras
Qui consolent

Toi la mort
Retiens ton drap
Étire un peu mon âge
Que j’apprenne à lire 
Dans les yeux des bêtes
Que je me souvienne par cœur
Du chant des paysages

Des jours
Des nuits
Plus souvent des vies
Passées devant un compas
Perdu – affolé
Virant sur ses pointes de fer


 

Christiane Loubier

Publié dans Poésie du monde

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Dehors

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Paysage écrit

Publié le par la freniere

C'est pris dans un autre décor - avec vue sur les toits - , au cinquiéme étage d'un immeuble donnant sur une rue plus ou moins animée, que j'essaie d'assembler ces lignes, de les frotter, de leur donner un semblant d'assise. Ici aussi, il y a baie et transparence. C'est d'ailleurs à travers elles que je scrute, devinant une vague ligne d'horizon derrière les tours.Au loin, le ruban bitumé qui se perd au milieu des champs de colza doit descendre, via Nantes et quelques lignes portuaires, en zigzag jusqu'au golfe de Gascogne. Le soir, quand j'ai envie de voyager gratis et de me mettre un peu d'écume aux lèvres, je me lance dans des raccourcis de ce genre. Façon fragile de toucher la mer en quelques secondes. De capter un roulis, un bruit de fond, une gueulante larvée, des lames effilées, des couteaux jaunes (phares ou balises) capables de cisailler la noirceur du dehors en un clin d'oeil. A chaque fois les colères, les tourments, les spirales d'émotions à l'oeuvre chez Georges affleurent. Tout est tendu. En prise directe avec les éléments et les tripes... je m'en vais chercher des mots tournant autour du même bois. Et oublier, un temps, le hameau, ses morts, sa mémoire (tout ce qui m'absorbe depuis des années) pour enfin vous retrouver.

 

Jacques Josse

Publié dans Poésie du monde

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Réflexion

Publié le par la freniere

Les grandes voix de Yves Bonnefoy et Élie Wiesel nous ont quittés en cette fin de semaine. Je suis toujours très étonnée de constater que les médias, qui se mobilisent avec une ferveur proche de la dévotion maladive autour d'un Euro de football ou autres jeux du cirque, ne soient pas capables d'articuler trois mots ou trois lignes cohérentes et légitimes pour accompagner ceux qui de leur vivant ont œuvré pour que la vie soit plus humaine et habitable pour tous !

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Un hot-dog européen

Publié le par la freniere

Un hot-dog européen

«C'est Serge Bouchard qui pose la question, nous sommes au Café au Temps perdu, rue Myrand. L'anthropologue a faim, il consulte le menu.

La veille de notre rencontre, les Anglais ont choisi de sortir de l'Europe.

Il en va du hot-dog européen comme de l'Union européenne, un amalgame indistinct. “Ça vient d'où, le rêve européen? De considérations économiques d'abord et de l'idée de créer un troisième bloc. On a travaillé beaucoup sur l'aspect juridique, sur les frontières, sur les structures, mais on a oublié de considérer les identités. Le Brexit, ça dit tout. C'est un coup de poing sur la table qui nous dit ‘nous sommes des Anglais et nous avons le droit de le dire’.”

Même pour les mauvaises raisons.

Il se passe la même chose aux États-Unis. “Tout en étant une caricature dégueulasse et dangereuse, Trump a touché à ça, à cette corde-là, en disant un Américain, c'est blanc et c'est religieux, on attaque ceux qui nous écœurent. Il a battu le tambour de quelque chose qui existe vraiment: c'est quoi un ‘vrai’ Américain?”

C'est quoi un “vrai” Canadien?

La question se pose depuis que Trudeau, le père, “a refusé le nationalisme québécois pour imposer un nationalisme canadien”. Les identités sont passées au hachoir à viande, comme de la chair à saucisses. “Le Canada a un rendez-vous avec l'histoire. Ça va coincer, ça va nous péter dans la face.”

L'homme fait ce constat sur un ton posé, comme s'il voyait un train arriver en gare. “Il va nous falloir beaucoup d'intelligence collective. Où elle est? On se le demande. Il y a actuellement une décadence, une fragilisation culturelle.” Comme un glissement de terrain. “Mes grands-parents ont grandi dans un monde stable, ils ont élevé leurs enfants dans un monde qu'ils connaissaient...”

On ne sait plus où on va ni d'où on vient. “J'appartiens à un monde qui n'existe plus. L'humain est une créature de sociétés et chaque société porte une marque. On l'a oublié.”

J'aime écouter Serge Bouchard, il y a une constance dans son propos, une sagesse dans sa réflexion. L'homme pèse ses mots, il rappelle le poids de l'histoire. Il a ses thèmes sur lesquels il revient, s'il n'en parlait pas, personne d'autre n'en parlerait.

La nordicité, la société qui avance sans regarder derrière et les peuples qui étaient là quand nous sommes arrivés. Pas des autochtones, Bouchard abhorre ce mot fourre-tout, l'anthropologue préfère parler d'Innus, de Cris de l'Ouest, de la Baie James, d'Algonquins Anishnabes, de Montagnais.

À 68ans, Serge Bouchard reste optimiste. Malgré tout.

“J'ai le nez là-dedans depuis 1969, je garde espoir. Qu'ont-ils à régler dans leurs communautés? Ils sont au point de reconstruction. Il y a des femmes qui disent à leurs enfants qu'ils se lèvent, qu'ils travaillent. Il y a une violence interne aussi et, un moment donné, il y a un seuil critique.”

On y est.

Il y a aussi toute une identité à cerner. “La pire façon d'être Indien c'est par la ‘carte’, tu es un enfant du gouvernement fédéral. Il n'y a rien de plus humiliant. L'autre façon, aussi épouvantable, c'est de se regarder historiquement et de vouloir enfermer l'identité en posant la question: es-tu un ‘vrai’ Indien?”

On ne définit pas un peuple par élimination.

Ça s'applique au Québec aussi. “Le nationalisme, ce n'est pas la célébration de la race, c'est une intégration organique dans la politique, des partenariats, des ententes, des projets. J'aime mieux parler d'un projet de société que de la souveraineté, il faut qu'on entretienne notre style pour donner le goût aux immigrants d'y participer.”

Pour ça, il faut d'abord retrouver —ou trouver— la fierté d'être Québécois. “Les Canadiens français ont longtemps été perçus comme une drôle de race vivant en Amérique, des gens qui ne sont pas instruits, qui résistent au froid, avec des femmes robustes, et qui portent les marques de leur infériorité dans leur visage.”

Ces marques sont toujours là, en dedans.

Serge Bouchard était de passage à Québec pour une cérémonie de l'Ordre national duQuébec, il a été nommé officier. Ce même jour, le 22 juin, Boucar Diouf a été fait chevalier. “Je regardais Boucar, il a pleuré en recevant l'Ordre national. C'est ça le projet de société, c'est un modèle. On n'est pas une société coloniale. On est presque une société africaine, mais en blanc!”

Sur ce, Serge Bouchard a terminé son assiette. “Le jour où la Grande-Bretagne sort de l'Europe, je mange un Fish and chips.”»

 

Mylène Moisan Le Soleil

Publié dans Glanures

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Un cheveu blanc

Publié le par la freniere

Sans le blanc des yeux
on verrait tout en noir.
Il ne faut pas se taire
pour entendre les autres
mais laisser le silence
faire des trous dans le temps.

Le ventre de l’oiseau
a les plumes du ciel
quand il sort de son nid.
La peau de la rivière

est celle du soleil.
Les pas du marcheur
sont les semelles du vent.

Un cheveu blanc relie
la naissance à la mort.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Un paysage de microbes

Publié le par la freniere

J’ai retrouvé un vieux carnet sous la galerie. La neige a remplacé les mots par d’étranges dessins. L’encre des pages s’étire en volutes pourries. Un peu de rouille au bout des phrases témoigne du passé. Un paysage de microbes a envahi les marges. À quoi sert-il d’opposer la vie à la mort, la cendre au feu, l’huître à la perle, le geste à la parole, alors que ce ne sont que des processus de métamorphose. Nous devons cesser d’agir en déserteurs du vivant. Plus l’homme acquiert de la vitesse, plus il est lent à se pénétrer de sagesse. L’évolution technologique ne change rien à l’évolution biologique. Malgré tous les progrès de la science, nous ne sommes guère plus évolués que l’homme du Cro-Magnon. Il est plus facile de marcher que de voler. Ce n’est pas de lever des haltères qui nécessite le plus de muscles, c’est simplement de sourire. Je ne crois pas à la supériorité de l’homme. À une certaine époque, sans le flair des chiens, il serait mort de faim. Les fourmis, utilisant l’odeur comme langage, n’ont pas besoin de mots pour se comprendre. Les abeilles possèdent leurs rites funéraires. Les pigeons voyagent grâce au magnétisme terrestre. Les salamandres ont cent fois plus de chromosomes d’ADN que les mammifères.

Quelque chose nous est tu et bouche nos oreilles. Quelque chose n’est pas dit que je cherche à entendre. J’interroge les ombres. Il y a des mots qui saignent et font souffrir. C’est parfois pire quand ils se taisent. La lumière étouffe dans la chambre du social, le sénat des conventions, le train-train quotidien. Elle respire plus à l’aise dans la solitude. À chaque orage, je redécouvre le tonnerre. Mes mots sentent l’érable, le pommier, l’hémorragie de l’herbe et la dernière neige. Ses antennes à l’affût, un insecte s’anime dans un pot de pensées. Le trouvé et le cherché se rencontrent dans un mot. Je bâtis ma demeure avec le réprouvé, les pierres qu’ont rejeté les bâtisseurs, le robinet qui fuit, les chaises bancales, les chambranles sans porte, les souliers du même pied, les bas dépareillés, le pain perdu, une maison à ciel ouvert, sans fondations, sans toit, sans autres murs que le vent. Dans la limaille des pas, le départ et l’arrivée sont des aimants. Pour connaître le paysage, il faut devenir le paysage. Pour bien connaître l’homme, il faut sortir de l’homme.

Les mains existent lorsqu’on les ouvre, lorsque les doigts se tiennent debout, lorsque la peau s’offre à la peau. Les mots existent avec la voix. Il faut vivre debout. Ceux qui se couchent devant la loi rampe déjà vers la mort. C’est de bouche à oreille que j’appréhende le monde, d’une langue à l’autre, d’une ligne à l’autre. Les choses qui restent à faire encombrent le chemin. La mort se nourrit de ce qu’on ne vit pas. Il ne faut pas tromper la faim. Il faut semer du blé et faire avec des mots un peu plus que du rêve. 

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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76 clochards célestes ou presque

Publié le par la freniere

C'est un petit recueil délectable, qui pousse au vice : il donne envie de lire et de relire tous ces auteurs. Anne Kiesel

76 clochards célestes ou presque

Les qui traînent leurs savates trouées

dans ce monde troué

Les qui chopent la chtouille en titillant

leurs muses

Les blessés fidèles à leurs blessures

Les qui fredonnent dans la grande nuit noire

Les tordus Les arpenteurs de la traverse

Les qui contournent Les qui survivent

Les qui hurlent

Les inconsolés qui consolent

Les de peu qui rêvent debout

Les qui résistent

Les adventices créatrices

Les qui nous rient au nez

Les qui mâchent leurs braises

Les resquilleurs du ciel

Les mavericks de la grâce

Les récalcitrants de la farce

Les vents-debout dans la défaite

Les chats qui bécotent la souris

Les orpailleurs de misère

Les petites mains de la beauté

Les derviches déglingués

Les explosés en plein vol

Les qu'ont la tête dans les étoiles

et les deux pieds

bien dans la merde

Les qui saignent honnêtement

Les immenses moins que rien

Les clochards célestes

 

Thomas Vinau

Publié dans Poésie du monde

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Cap à canifs

Publié le par la freniere

(extraits)

 

Il faut jongler
le doux grave
il faut figurer
en chien
sur les planches
des petits rôles bâtards,
ces silences imposés
dans le collecteur
de la mort

Plante,
aie soin
de ces boisés
de ces champs
bosquets
ruisseaux
de ces jardins
de pierres à voix
de grand harle

En sorte que
la grâce et les tamias
les pieds nus et ton cœur
les psaumes, les guitares
ne viennent pas crever
dans les rideaux de poussière
du fin fond
du ramassage
de la vieille cage
humaine.

 

Jacques Desmarais

Publié dans Poésie du monde

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