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Lettre à Louis

Publié le par la freniere

A mon fils Louis, né le 14 juillet 2006

Le jour et la nuit ont changé d’horloge. Le temps de ma vie bat dans le tien.
Ta vie à petits bruits. Tes soucis de lait. Ton front qui se plisse. Tes façons comiques de Bouddha sévère. Ton savoir, ta sagesse immense. Et cette moue sans appel qui se moque des affaires publiques.
Ta tête de porcelaine, si petite et si lourde au creux de mon bras gauche. Tes yeux encore emplis de nuit. Qui cherchent et qui s’étonnent.
A l’affût d’un cri, je tiens ton sommeil contre moi. J’aime ce pouvoir dont je dispose de calmer tes pleurs.
Ton poing de colère parfois serré si blanc. Tes matchs de boxe, tes trépignements.
Le chant du biberon. Tes tétées goulues. Ton bonheur de bulles et de gloussements. Tes gazouillis et tes crottes d’or. Ton odeur de bébé tout neuf. Tes sourires aux anges et tes petits pets.
Voici le monde et le jardin : des couleurs, des fruits et des fleurs !
Nous avons commencé notre conversation future : tous les mots sont pour toi.

Jean-Michel Maulpoix

Publié dans Poésie du monde

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Donne

Publié le par la freniere

Donne à boire au désert.

Donne soif à la pierre.

Donne forme au désir.

Donne la main à l'espoir

et la chance au coureur,

la douceur, la tendresse

aux gens battus de larmes.

 

Redonne à l'homme son enfance,

ses racines à la planche,

au masque ses grimaces,

à la mer ses sources.

Redonne à l'arbre mort

la confiance du fruit.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Sur le chemin des signes

Publié le par la freniere

Elle est blanche. Elle est bleue. Elle s’insinue partout, la légèreté. Elle est toujours debout, la liberté. Ce sont des mots que j’aime. Le petit homme en moi refuse de se taire. Il en coûte cher de mourir à ceux qui vivent chichement. Je ne crains pas la pauvreté mais l’absence de bonté. Le doigt posé sur le chemin des signes, j’arpente la parole. Chaque mot porte une blessure secrète. Le paysage éclate aux yeux de ceux dont les yeux s’ouvrent, aux mains qui applaudissent. J’ouvre ma bouche au pain des mots, à la source qui découvre la soif. La liberté des routes est celle du marcheur. Elle est noire. Elle est grise. Elle écrase les fleurs, la pesanteur. Elle pollue tout ce qu’elle touche, l’économie. Ce sont des mots qui tuent. Le pointillé des pas enjambe le hasard. Écrire, c’est toujours un peu plus. Il y a des mots dans ce qu’on tait, des muscles dans la voix, des vagues qu’on ne voit pas. Il ne faut pas laisser le sel avec la soif, l’enfance avec la guerre, l’amour avec la banque. Il ne faut pas laisser l’écran remplacer l’horizon. Je vis de peu, de si peu, parmi ces gens qui accumulent, de l’encre et du papier, de la poussière d’or du rêve et des mots en vadrouille, des miettes de pain sur la nappe du cœur.

 

Ce qui nous fait défaut s’éveille dans le rêve. Des images surgissent à la lumière des choses. Les syllabes s’agitent. Les phrases se déploient d’un simple battement d’aile. Il faut tout perdre pour apprendre à donner, renaître mot à mot au sang du paysage, à la soif de l’eau, à la rosée de l’herbe. Un seul poing fermé alimente la haine. Un seul regard nous manque et l’on se croit aveugle. Il n’y a pas de remède contre le mal de lire, celui d’écrire ou de peindre. On n’empêchera pas l’homme de crier dans le désert ni l’oiseau de chanter. Tôt ou tard, dans le sable des mots, quelqu’un empoigne une pelle. Quelqu’un écope l’eau du cœur. Voyageur immobile, j’ai remplacé la route par les mots.

 

Je traverse le temps avec le mot toujours. Je glisse sur le grain du papier avec le mot luge. Le mot lumière s’écrit avec de l’encre noire. Le mot ombre souligne la blancheur des pages. J’invente le voyage sur un journal de bord, une île dans la nuit, une mer intérieure, une anse pleine d’oiseaux, une forêt de mots colorant les saisons. Je n’ai pas la prétention de savoir mais celle d’avoir faim. Je bois des yeux l’encre du paysage avec ses lavis, ses sfumatos, ses ombres, ses couleurs changeantes. Nous sommes tous des abeilles cherchant à ramener quelque chose de la vie.

 

Nous sommes de passage. La vie ne finit pas avec la vie. Le vent nous appelle partout. Nul besoin d’apparat, la paume reste la même sur la tête d’un enfant ou la joue d’un mourant. J’avance dans l’inachevé. L’infini rôde au creux de chaque instant et quelque part en nous, celle qui donne et reçoit, la part de la lumière au milieu des ténèbres, la part des anges et des enfants. J’écris une lettre au vent, avec de l’herbe dans l’enveloppe, du sable, du soleil. Il surviendra toujours un homme pour la lire, décacheter la bonté et peut-être répondre, un malheureux, un fou, un enfant égaré. Ces traits, ces lignes, ces mots sur une page, ce n’est que de l’amour recouvert d’un peu d’encre. Chaque phrase est une corde raide, une route sans fin profonde comme le vide.

 

Saturé de silence, le néant s’en remet à l’amour. Le monde s’ouvre à qui sait voir. Dépouillé de tout et de son vide, il restera toujours l’innocence du sensible, le petit feu de l’âme qu’allume l’invisible, les traces de beauté laissées par quelques hommes. L’encre des mots garde la braise à vif. L’ostensoir d’une fleur appelle à la prière. C’est mieux qu’un muezzin, les cloches de Pâques ou la sirène des usines. Les forêts lèvent leurs flambeaux sous un dôme de lumière. Les insectes dansent à l’ombre des sous-bois. Les pierres dorment sans bouger. Le lierre fabrique ses racines dans le mortier friable. Le lichen s’accroche à la peau des rochers. L’arbre se penche pour qu’on vole ses fruits. L’humus prépare les couleurs dont se parent les fleurs. Je salue chaque matin le même vieux soleil. J’écoute palabrer la colline aux corneilles.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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Sur la route des signes

Publié le par la freniere

à André Laude


J'ai repris la route des signes

je réalise la prophétie

sur la peau trouée du monde 

je ne suis plus seul 

au matin dans les bras du soleil 

sur la barque des reflets du fleuve

j'ai ouvert le livre des feuillages

ai découvert un alphabet d'oiseaux

la précieuse écriture des gestes naturels

dans les flux et reflux du temps

des sages interdits de cité

chuchotent à mes oreilles

les souffles modulés de l'impermanence

je reste attentif au poème

je déchiffre les oracles de la souffrance

pour que plus jamais - jamais plus -

la guerre n'abatte

ses haches de haine sur nos territoires de rêve.


André Chenet


 

Publié dans Poésie du monde

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Un crayon à la main

Publié le par la freniere

On vide les tiroirs

dans la chambre du cœur.

On laisse la porte ouverte

au vent des souvenirs.

 

Ni dedans ni dehors

ni ici ni ailleurs

ni pire ni meilleur

ni vraiment le malheur

ni vraiment le bonheur

même les oiseaux

finissent par tomber.

 

Parmi les mots les morts

les âmes flânent malgré tout.

 

J'écris de la main gauche

maladroite et rebelle.

Il y a trop de faux pas

dans les jambages des phrases.

Trop de mots se perdent

dans l'écriture du monde.

 

Debout comme un crayon

sur la neige des pages

je grave des sillons

sur la chair du froid.

 

Je finirai assis

sur une chaise de paille

un crayon à la main,

un rayon de soleil

me transperçant le cœur.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

J'aime Paris pagaille, ce Paris fracturé par le chaos poétique des insurgés, ce Paris d'émeutiers. J'aime Paris pagaille aux berges inondées, avec ces amoureux qui ne trouvent plus de banc à leur divine attente et ne s'en remettent qu'à leurs désirs, j'aime Paris dans l'insurrection de son éternelle jeunesse sous un ciel couleur de pavé qui vole.

Gérard Larnac

Publié dans Ils ont dit

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Me taire

Publié le par la freniere

je n'ai plus très envie de parler
de raconter menu menu
les ficelles qui emballent les jours
les cadeaux qu'ils sont
leur goût de miracle négligé
au fait, vivre est la meilleure
manière d'écrire
mais je parle quand même
imbue de pétillement grave
aux coins de vos paupières
quand par hasard
vous m'écoutez
presque
me taire

 

Florence Noel

Publié dans Poésie du monde

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Carnet

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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À peine les mots

Publié le par la freniere

À peine les mots de nuit nourrissent-ils les phrases du matin, je suis déjà debout. Je m'éveille en images. Je mâche quelques verbes en buvant mon café. Dans la misère des hommes, chaque chose a son prix. Les colliers de perle sont les sanglots de la mer qu'on enchâsse. Il faut semer des fleurs dans un hectare de tendresse, des fruits nouveaux dans un verger perdu. Sous la peau verte et rouge se cache la chair blanche des pommes. Le mouvement des branches laisse deviner l'indice d'une présence, une géographie de signes. Des animaux pénètrent dans mes pages, des galets, des ruisseaux, des torrents de montagne. Des foules en colère écartent les broussailles.

 

L'économie contamine les gestes quotidiens. Il ne faut pas confondre les chemins de haine et les sentiers de laine, les aiguilles de pin et les seringues épidermiques. Des lèvres végétales germent les petits pas de l'herbe. Chaque mot conjugue l'ordonnance des jours. L'histoire des plantes importe plus que le déroulement des faits divers. Je voyage entre le tout et le néant, la mer et l'errance, la mémoire et la mort. Les craquements des arbres et les cris des oiseaux, je les intègre dans mon texte. Le paysage ne disparaît pas quand on ferme les yeux. Il change de visage. Le regard s'agrandit. Dans une enveloppe de culture germe un alphabet rebelle. En remontant vers l'origine, je n'ai pas croisé Dieu, mais des amibes et des étoiles, des fossiles antérieurs aux premiers mots d'amour.

 

Je remonte le fleuve de Paspébiac au lac Champlain. J'avance dans le temps, un pied de chaque côté de la faille Logan, le pied droit dans les Cantons des blokes, le pied gauche du bord des Québécois. Rendu à Québec, j'ai le pied droit dans la Haute Ville et le pied gauche dans la Basse Ville. Plus haut dans l'Ungava, la neige du grand nord est une tombe autochtone. C'est là où dorment les Inuits et les âmes des morts. L'air sera vif. La terre sera blanche. J'aurai des mitaines de peaux, un foulard de laine et des raquettes au pied. Dans un pays si plat, c'est la hauteur de vue qui compte. Il n'y a presque personne, presque pas de mots, presque pas de bruits. Des lames de givre rasent les joues du ciel. La nuit se dissout quand le soleil se couche. Plus bas, les mouettes se gavent de mégots, de frites molles et de McDo. L'histoire se répète de fleur en fleur, de neige en neige. Quand la chaleur est en veilleuse, on bouge plus lentement. Ce n'est pas ici que j'ai appris la vie. J'ai voulu malgré le froid, faire du café à même la neige, aiguiser mon couteau sur la bannique salée. Je veux bien coucher dans la neige, mais qu'au moins ce soit dans mon pays. À la merci de l'espérance, je suis ouvert à tout.

 

Je n'ai pas appris à fabriquer des rêves. Ils viennent et partent quand ils veulent. Des miettes de parole s'accumulent. J'avale chaque matin les vitamines de l'aube. Je collectionne les murmures de papier, les paysages montés en graines, des bribes d'histoire, les bouteilles échouées sur le sable des plages. Les bruits de langue humectent le papier. Je vis dans la pliure des saisons. Chaque paysage recèle un dictionnaire. J'apprends à lire dans les arbres, les éclairs, les odeurs invisibles. La ligne d'horizon trace la limite entre mes mots et la réalité. Là où le désespoir traîne sa défroque de clown, il arrive que des miracles se produisent. Je ne porte pas l'uniforme vert des académiciens, plutôt une gueule de voyou, une canadienne râpée, des souliers déformés par la pluie. J'écris avec le ventre vide et les poches trouées. En état de légitime démence, je reste l'insoumis adossé au hasard.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Depuis tant d'années

Publié le par la freniere

Ah, merde, merde, merde. Que ces heures me pèsent. Il faut que je sorte de moi, que je gicle d'ici. Et me voici dans les rues avec un chien qui me suit comme si j'étais son père, impossible de m'en débarrasser, et maintenant il est devant avec son collier pourri et ses oreilles sales et se retourne sans arrêt pour voir si j'arrive, il n'en finit pas de lever la patte sur tout ce qui affiche verticalité. De quoi sommes-nous faits, je suis au bord des sanglots, la moindre petite maison palpitant dans ses branches me semble un fruit de la création, - un maçon me fait plus d'effet qu'un poète -. Et voici que je joue comme un gosse dans une venelle avec les blocs de glace épargnés par le dégel. Plus loin, entre un oratoire et une vieille vigne d'appellation Valençay V.D.Q.S., ma vie me saute à la gorge, son désir de vengeance est terrible. Elle me demande ce que j'ai foutu, depuis tant d'années, et pourquoi, pourquoi j'en suis arrivé là.
 

Jean-Pierre Georges

 

Publié dans Poésie du monde

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