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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

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Une présence brûlante

Publié le par la freniere

C’est une présence brûlante que je nomme
dans la fleur d’eau qui tremble entre les feuilles
dans l’acier rigide du pont dans la pomme
L’agenouillement du soleil au bord du fleuve
C’est une présence brûlante que je nomme
quand s’avance puissant comme une étrave
Parmi la houle brutale des hommes
douleur contre douleur sang contre sang
Sous la paupière lourde de l’étoile
Au fond du limon obscur qui râle
déchiré par les crocs du feu et de la pierre
À l’heure où s’éternise en moi la note grave
d’une flûte de berger ligoté dans la toile
d’araignée des brumes
À l’heure où une bande de cerfs allume
Un incendie de prunelles autour de la mare
Et que de mon seul corps je couvre toute la terre
Pareil à une tapisserie de forêts de plaines et de céréales
C’est une réalité durable que je nomme
C’est un ordre d’amour que je sers

André Laude

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Ils ont dit

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Ils ont dit

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Sur le chemin des signes

Publié le par la freniere

Elle est blanche. Elle est bleue. Elle s’insinue partout, la légèreté. Elle est toujours debout, la liberté. Ce sont des mots que j’aime. Le petit homme en moi refuse de se taire. Il en coûte cher de mourir à ceux qui vivent chichement. Je ne crains pas la pauvreté mais l’absence de bonté. Le doigt posé sur le chemin des signes, j’arpente la parole. Chaque mot porte une blessure secrète. Le paysage éclate aux yeux de ceux dont les yeux s’ouvrent, aux mains qui applaudissent. J’ouvre ma bouche au pain des mots, à la source qui découvre la soif. La liberté des routes est celle du marcheur. Elle est noire. Elle est grise. Elle écrase les fleurs, la pesanteur. Elle pollue tout ce qu’elle touche, l’économie. Ce sont des mots qui tuent. Le pointillé des pas enjambe le hasard. Écrire, c’est toujours un peu plus. Il y a des mots dans ce qu’on tait, des muscles dans la voix, des vagues qu’on ne voit pas. Il ne faut pas laisser le sel avec la soif, l’enfance avec la guerre, l’amour avec la banque. Il ne faut pas laisser l’écran remplacer l’horizon. Je vis de peu, de si peu, parmi ces gens qui accumulent, de l’encre et du papier, de la poussière d’or du rêve et des mots en vadrouille, des miettes de pain sur la nappe du cœur.

 

Ce qui nous fait défaut s’éveille dans le rêve. Des images surgissent à la lumière des choses. Les syllabes s’agitent. Les phrases se déploient d’un simple battement d’aile. Il faut tout perdre pour apprendre à donner, renaître mot à mot au sang du paysage, à la soif de l’eau, à la rosée de l’herbe. Un seul poing fermé alimente la haine. Un seul regard nous manque et l’on se croit aveugle. Il n’y a pas de remède contre le mal de lire, celui d’écrire ou de peindre. On n’empêchera pas l’homme de crier dans le désert ni l’oiseau de chanter. Tôt ou tard, dans le sable des mots, quelqu’un empoigne une pelle. Quelqu’un écope l’eau du cœur. Voyageur immobile, j’ai remplacé la route par les mots. Je traverse le temps avec le mot toujours. Je glisse sur le grain du papier avec le mot luge. Le mot lumière s’écrit avec de l’encre noire. Le mot ombre souligne la blancheur des pages. J’invente le voyage sur un journal de bord, une île dans la nuit, une mer intérieure, une anse pleine d’oiseaux, une forêt de mots colorant les saisons. Je n’ai pas la prétention de savoir mais celle d’avoir faim. Je bois des yeux l’encre du paysage avec ses lavis, ses sfumatos, ses ombres, ses couleurs changeantes. Nous sommes tous des abeilles cherchant à ramener quelque chose de la vie.

 

Nous sommes de passage. La vie ne finit pas avec la vie. Le vent nous appelle partout. Nul besoin d’apparat, la paume reste la même sur la tête d’un enfant ou la joue d’un mourant. J’avance dans l’inachevé. L’infini rôde au creux de chaque instant et quelque part en nous, celle qui donne et reçoit, la part de la lumière au milieu des ténèbres, la part des anges et des enfants. J’écris une lettre au vent, avec de l’herbe dans l’enveloppe, du sable, du soleil. Il surviendra toujours un homme pour la lire, décacheter la bonté et peut-être répondre, un malheureux, un fou, un enfant égaré. Ces traits, ces lignes, ces mots sur une page, ce n’est que de l’amour recouvert d’un peu d’encre. Chaque phrase est une corde raide, une route sans fin profonde comme le vide. Saturé de silence, le néant s’en remet à l’amour. Le monde s’ouvre à qui sait voir. Dépouillé de tout et de son vide, il restera toujours l’innocence du sensible, le petit feu de l’âme qu’allume l’invisible, les traces de beauté laissées par quelques hommes. L’encre des mots garde la braise à vif. L’ostensoir d’une fleur appelle à la prière. C’est mieux qu’un muezzin, les cloches de Pâques ou la sirène des usines. Les forêts lèvent leurs flambeaux sous un dôme de lumière. Les insectes dansent à l’ombre des sous-bois. Les pierres dorment sans bouger. Le lierre fabrique ses racines dans le mortier friable. Le lichen s’accroche à la peau des rochers. L’arbre se penche pour qu’on vole ses fruits. L’humus prépare les couleurs dont se parent les fleurs. Je salue chaque matin le même vieux soleil. J’écoute palabrer la colline aux corneilles.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Les derniers mots d'amour

Publié le par la freniere

J’ai les yeux pleins d’abeilles
à regarder les fleurs.

La ruche est minée
comme les déserts du monde.

Comment nommer les arbres
ou boire l’eau du ciel
quand les grains de l’espoir
se déplantent à mesure ?
Derrière le décor
des ombres nous font signe
et s’apprêtent à sauter.

On n’arrose plus d’amour
le cœur en pot
et les baisers s’étiolent
sous la poussière des choses.
Les yeux des poupées pleurent
sans savoir pourquoi.

Une maison de rires

laisse battre sa porte
comme une pluie glacée.
Il y a des crocs sous la caresse,
des gestes dont les poings
se terminent en fusil,
des enfants morts de peur,
de la poussière d’amiante
sur les cils des faons.

Dans l’abondance des choses
c’est la rareté qui manque.
Le trop plein n’est qu’un vide
où s’évapore l’âme.


À la lueur des balles
dans l’horizon qui meurt
j’écris en lettres verticales
les derniers mots d’amour.

 

Jean-Marc La Frenière
 

Publié dans Poésie

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Une flamme de braise

Publié le par la freniere

à Didier Manyach, poète éprouvant

Je fais corps avec la langue
la sale langue
à broyer du noir à écraser des craies
la langue cruelle
où s'engluer se dissoudre
la langue intime
au bord du vide
qui limace à flanc de pierre
et qui bave

Je voyage à travers
les méandres du ciel
contre le socle des montagnes
j'accompagne certaines nuits
des oiseaux aux ailes coupées
jusqu'au coeur de la forêt incendiée
où des étoiles pourpres rayonnent
comme des crânes potentiels
parmi les ruines d'un château écroulé

Mais la langue bat le rappel
entre les douces dents de l'aube
il faudrait alors s'attendre
à l'extinction des feux de la nuit
à tout ce qui nous faisait rêver
il faudrait aller jusqu'au bout
de cette phrase inachevée
que la langue expire

avec des gestes d'orage et de foudre.


André Chenet

La Colle s/ Loup, le 5 mai 2016

Publié dans Poésie du monde

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Tomber n'est pas mourir

Publié le par la freniere

J'ai trop marché pieds nus sur une nuit de verre. Je me suis perdu entre les pages d'un livre. Depuis trois jours, je vis à la chandelle, sans auto, sans ordi, sans électricité. Je mange sur le sol. J'efface les traces de sang sur le plancher du cœur. Je sème des poèmes sur le plancher des vaches. Je parle aux arbres et aux grenouilles. On voyage comme on peut d'une ligne à l'autre, d'une marge à l'autre. Je ramène mes yeux en bordure de l'âme. Tomber n'est pas mourir. De l'abondance au manque, c'est le même sentier.

De plus en plus, j'écris debout. Je laisse des chaises au bord des mots pour asseoir la fatigue. Je dresse des échelles entre les trous de mémoire. Je colmate les brèches. Je fais des nids avec des plumes d'oiseaux morts. Tout continue. L'horizon se relève après chaque tempête. Le temps recoud ses mailles à chaque nouvel accroc. Les mots laissent des vagues sur la page, un sillage d'espoir. Un ciel coloré d'hirondelles succède aux gros nuages.

Il était une fois, deux fois, peut-être trois. Il était une multitude de fois. C'est l'histoire qui manque, les bonhommes allumettes pour allumer l'enfance, les chaises devant la mer, les phares sur la route faisant des signes aux éphémères. Des phrases bancales suffiraient, des mots usés, des images aveugles, des moitiés de virgules, des parenthèses ouvertes sur le cœur, des points sans i, des pieds de phrase noyés dans leur encre. Il suffirait d'un feu qui dessine la cendre. Les bouteilles à la mer font des naufrages de papier.

Dans le chant des oiseaux, c'est le silence que j'entends. Les yeux qui partent emportent la fenêtre. Il y a des mots qu'on ne peut pas tirer sans découdre la vie. Il faut si peu d'espace pour voler, si peu d'espoir pour ne pas mourir. Je dors de nouveau dans un dessin d'enfant, les cheveux teints en rouge et les ailes au cerveau. Au premier coup d'horloge, les aiguilles s'envolent. Je m'éveille au matin au pied de l'arc-en-ciel, cherchant l'échelle enveloppée de rosée. Les mains vides, les pieds nus, j'entrebâille les pas où reposent les routes.

Au pied du mur, on échappe aux reflets. Le nœud du monde se défait. Il y a dans les mots des échasses pour enjamber la peur. Elles font toc toc sur le papier. Il y a des cheveux d'ange où s'agrippe le ciel, des grappes de voyelles, des bisous, des patous. Il y a des courbes dans les marges, des ventres qui gargouillent, des larmes qui gazouillent. On verse dans les tasses un peu de voie lactée. Il suffit d'un mot pour traverser le silence. Depuis la passerelle des images, je plonge dans l'eau verticale du songe. Quand la mer se retire, la rive garde en elle son écume orpheline. Quand un astre s'éteint, une étoile s'allume.

Il y a une force aveugle qui nous porte, qui nous tire en tous sens, nous entraîne. Il y a une conscience dont nous sommes l'instinct. Nous portons tous le poids de l'univers. Toutes les forêts marchent en nous, les voix de la rivière, les efforts des rochers pour apprendre à chanter. Tout cela s'amalgame comme l'ombre et la lumière. Tous les morts vivent en nous. Le rire et les larmes se renouvellent sans cesse pour irriguer la vie.

Quand je remue les braises, je vois mes ancêtres, mes aïeux, d'autres êtres, d'autres spectres habités de soleil et de pluie, de désir et de faim, des mains noueuses, des yeux avides, douloureux, ravagés par le temps, des corps comme des racines, des membres qui s'étirent, se réveillent et ricanent. Toutes les choses ont une voix. Je vois la vie briller dans les ténèbres comme une lumière fragile qu'on se repasse depuis des siècles de main en main. Sous la croûte racornie des hivers et des ans, un printemps reste intact. Il s'éveille sans cesse et repousse la mort.

Nous sommes la poussière, le nuage, la soif. Il faut vivre en accord avec le ciel, la pierre et le silence, la vie dans les étoiles. Nous ne voyons pas la vie, seulement ses instants. L'éternité pour nous se découpe en baisers, en caresses, en étreintes. Derrière chaque fleur, il y a des milliers de fleurs. Nous sommes reliés à l'univers entier. Tout regarde par nos yeux et parle par nos bouches. Notre parole n'est jamais qu'une onde reliée au cœur des galaxies.

Qu'est-ce qui manque à la vie ? Il y a une faille dans le monde, parfois. Nous ne sommes alors que des papillons se heurtant aux chambranles des portes, des éphémères enclos dans un bocal de verre. Il plane sur le monde une terreur électrique. J'entends la voix et les pas d'autres êtres. J'entends les morts se mêler aux vivants, la vie embryonnaire réclamer son entrée. Sans cesse. Depuis le commencement. Depuis les couches sédimentaires jusqu'aux aurores boréales. La vie est un orage plein de bouches qui s'ouvrent, de fleurs invisibles, de pollen inconscient. La vie est une vibration. Le tronc des arbres se dissout en lumière où naissent les insectes. On ne peut vivre seul. C'est toujours l'autre en nous qui agite les ficelles. Tout est toujours présent, répercuté de siècle en siècle, des étoiles du chaos au souffle qui se lance sur les forêts détruites, le premier germe, le néant et l'infini qu'il porte. Dans cet humus qui frémit, je cherche mes racines.

Depuis trois jours, je lutte contre le froid. Je frotte les mots comme des silex pour enflammer la paille, brindille par brindille. L'heure est venue de vivre, de renverser les murs. Les tombeaux sont usés par les pas des vivants. La terre tressaille. Tout est vivant. L'homme doit renouer un pacte de tendresse avec toutes les choses, de l'émotion des arbres au rêve des insectes.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Sans toi

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie

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Robert Cuffi

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Hébétés

Publié le par la freniere

On s’hébète. On s’embête. On cloche-pied. On fait sonner les cloches au beffroi de l’ennui. On mâche le silence. On boite au bord du vide. On ressemble à un sac oublié sur un banc. Il n’y a plus de chemin. L’horizon est comme un chien couché. Les fleurs poussent goutte à goutte sans donner de pollen. La main passe tout droit et s’échappe sans geste. Il n’y a plus d’hiver. La lune est comme une chauve-souris qui s’éveille à l’envers. Le vent claque des os sans reconnaître son cadavre.

On s’adapte. On s’échappe. On s’accroche à la nuit. Il n’y a plus de rêve. Il n’y a plus de chemin. La route perd ses pas. On mange ce que l’on peut comme un oiseau des villes. Il y a trop d’âmes en panne dans les rues à sens inique, trop d’âme en peine dans les tours à bureaux, trop d’âmes à ras du sol, trop d’hommes en laisse dans les files d’attente, trop d’oiseaux morts dans les flaques de pétrole. Les pylônes piétinent les pivoines Le temps déteint sur le miroir. Le temps s’éteint. Le tain s’efface. On ne voit plus qu’une ombre cherchant ses rides pour en faire un visage. Même les aveugles font la sourde oreille, le dos rond, la grosse tête. Les pas ruent dans la rue comme des chevaux perdus. Les chameaux ruminent des mirages au lieu d’un oasis. Les pissenlits s’étiolent dans une odeur de ciment frais. Pour des millions d’enfants, le rêve est un grain de riz.

On se prend pour un autre. On flâne au bord du vide. On coule dans ses genoux jusqu’au prochain vermouth. Les os sortent du corps sans retrouver leurs gestes. On s’échappe. On angoisse dans le noir et le froid. Les paupières s’ouvrent à vide sur les écrans géants. On s’essouffle. On s’agite. On se balance sans retrouver le tournis de l’enfance. On reste un pied en l’air comme un héron de foire. On vit de petits pas, d’expédients, de sornettes. On meurt sans le savoir auprès d’un dépotoir. La mer détruit ses vagues. La langue mange ses mots. Il n’y a plus de chemin, plus d’espoir, plus d’azur, et on appelle ça vivre.

On stresse. On tresse la parole jusqu’aux mailles du silence. On détresse l’angoisse. On invente. On s’évente. On parle ou on se tait. On perd le fil. On déroute. On s’égare. Il n’y a plus de train, plus de gare, plus de rail. On parle à son chapeau. On fonce. On défonce. On frise le ridicule. On défrise la nuit. On fait comme une flaque au milieu de la route, une tache de sang, une sonate dans le cri des sirènes. On reprise ses pas avec des bouts de chemin. On est comme la pluie qui cherche une maison, le ruisseau qui rigole, le vent qui tourne en rond dans l’oeil du cyclone. On ravaude le ciel prisonnier des fenêtres. On vagabonde. On divague. On traîne la savate comme un clown au chômage. On fait la manche comme une cloche fêlée.

On touche à tout. On retombe en enfance. Les poumons mis à nu, l’espoir à plat, la tête folle. On reste tout ballant comme un idiot de village. On parle. On déparle. On dépense le temps. Sans penser à mal, sans penser à rien. On perd sa route. On perd la carte. C’est une manière de déroute. On déroule. On s’enroule. On s’écroule. On parle haut. On parle faux. Les mots se dévorent entre eux. On ne vole plus en rêve. On tombe dans l’abîme. On écoute le délire des meubles arthritiques, les champs gercés, les ruisseaux s’ouvrant les veines. On déraille. On s’écaille.

On a dans la bouche un goût de sang, du plomb dans l’aile, un goût de cendre. Les feux sont morts. Les yeux sont lourds. Le ciel est bas. La vie est noire. Le temps est sourd. On balbutie. On bute au milieu des fantômes. On butine la suie. On vit au compte-goutte, vaille que vaille, à vau-l’eau. On joue de la trompette avec un manche de pioche. On écrit en noir et blanc. On va. On vient, comptant ses pas, en se trompant d’un bout à l’autre. On grise. On dégrise. On noircit. On blanchit. On accumule des points à je ne sais quel jeu.

On se plante. On se déplante. On s’échoue. On se cache dans la cale. On coule. On roucoule. On se déchire la peau au cœur pointu des ronces. On s’étire. On s’énerve. Les hommes vieillissent mal. Les végétaux s’étiolent. On gratte la poussière et on ronge ses chaînes. On s’éteint. On s’allume. C’est qui qui pleure quand il pleut. C’est quoi qui craque dans les os. On avance comme on peut, de dos ou de devant, de face ou de profil, de guingois ou d’envers.

On casse son crayon. On déchire les pages. On avance sur les mains, les coudes, les moignons. On ne sait plus qui est qui. On a trop parlé, trop entendu, perdu la tête en deux rêves. On saute. On sursaute. On sonne. On frissonne. Les fleurs désabusées ont quitté le jardin. Les abeilles s’épuisent à butiner l’acier. On taille. On se taille. On s’entaille au goulot des bouteilles. Les pigeons égarés ne savent plus voler. On se pète la fiole. On se répète un rôle. Drôle de vie, drôle de nuit. De drôles d’oiseaux tournoient au-dessus de nos têtes.

Le cri du feu cherche la flamme. Il y a trop d’horaires, trop d’horloges, trop d’horreurs. On a remplacé le cadran solaire par la lumière du logiciel. Le toit de la raison s’écroule sous le poids des girouettes. Les gnomes cherchent un puits sous la rouille des autos et des autodafés. Les vignes meurent au fond des chais. Les vieux pourrissent au fond des chaises. Les dieux encaissent leur pension. Les ailes des oiseaux sont tachées de cambouis. La famine fait mine d’être une immense farce. Il y a longtemps qu’on a confisqué le s du mot cosmique. On prend la poésie pour le chaînon manquant. Il a fallu des milliards d’atomes pour un sourire, des millions d’années-lumière pour un mot, des milliers de vies pour une caresse. De vague en vague, l’eau transporte sa mort tout autant que sa vie. À force de marcher sur des éclats de verre, trouverons-nous le sable ? Trouverons-nous la source au fond du verre, le champ de blé dans une miette de pain, l’accolade dans un bras, la vie au bout d’un mot ?

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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