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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Même éteinte, la lumière n’abandonne personne. Le soir surgit, avec son poids de nuit, pour la voir apparaître.

Publié dans Aphorisme du jour

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La peinture

Publié le par la freniere

Que je m’use les  poils au grain du lin
Ça fait fleur bleue
Que je m’applique,
Ça fait vieux jeu
Que je gesticule , poloke et splatch
Ça fait bordel,
c’est mieux ?
Il faudrait faire simple,
Mais j’ai du mal à me résigner
Il me faudrait une peinture égale à  la vie , avec ses  demi mots ,demi teintes ,et jacasse et commére, ses hurlement de fractures minuscule,.... les bras ouverts
ses plein soleil et d’orange et d’orage, et de gifles et de claques
mais surtout , surtout le piétinement incessant des rêves
et de ces toiles derviches qui tournent jusqu'à la transe
il me faudrait tout

Seulement

seulement

Il faudrait

vivre

ne plus peindre

.et ... traverser la toile ?

 
Jean-Pierre Clémençon

http://www.clemencon.be/index.html
 

Publié dans Glanures

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L'impatience du monde 8

Publié le par la freniere

Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, dénoncer l’argent n’est pas un luxe de riche mais un privilège de pauvre. Je ne suis pas la foule. Je quitte le chemin pour cueillir une fleur. Dans le trafic de cinq heures, je sors de la file pour trouver le bonheur. Un arbre me suffit pour traverser l’hiver. Sa dormance est un rêve où j’aiguise mes mots. La poésie est une écharde sur la peau lisse du monde, la saveur d’une pomme au milieu de l’ennui, une luciole d’espoir au milieu de la brume. Je garde dans ma main des lignes inconnues, les cheveux de maman, les poils de mon loup, la caresse du vent. Une main qui salue ajoute au paysage un sourire de plus. Même dans un nid de rides, un œuf peut éclore. Les oiseaux de l’espoir ne quittent pas l’hiver. Ils chantent le matin pour réchauffer les arbres.

La présence d’une foule fait de nous des absents. Quand je marche seul en forêt, le moindre chant d’oiseau me redonne mon âme. En poésie, on ne peut pas se cacher derrière les mots. Le maquillage ne tient pas sur la page. On y écrit toujours avec des mots d’enfant. La moindre pierre où l’on s’assoit est un château pour le marcheur. Quand le soleil chauffe trop fort, il se protège derrière le dos du vent. Nos pas sont plus fidèles que la route qu’on suit.

Ce n’est pas tout de faire son pain, il faut aussi le partager. C’est quand on mange ou qu’on écrit que le bois de la table retrouve ses racines. C’est quand on fait l’amour que les planches du lit continuent de chanter. Ne cherchez pas votre âme dans les églises. Elle a le visage des orties, les traits de la rosée, le parfum des érables. La prière du vent se brise contre les murs. Elle fait claquer les portes qui retiennent la vie. C’est dans les rides du jardin qu’on plante les pensées. Quelques ronces ont tôt fait d’en faire des poèmes. Les jours d’orage, ce n’est pas un parapluie que je tiens à la main, mais la fraîcheur de l’eau. Les hommes ont inventé le bruit. Heureusement que le vent leur apprend la musique. Lorsque je tends la main, je ne demande qu’un écu de soleil, la monnaie du pollen, la caresse du vent.

Dans la ruée des foules ou les files d’attente, chaque homme est un barreau. Lorsque mes mots s’ennuient sur la page, je les emmène cueillir des fraises, enjamber des ruisseaux, érafler leurs jambages sur l’écorce des arbres. La nature est la mémoire du monde. Sur les tombes oubliées, le vent sème des fleurs. Quand je quitte la route, mes pas s’enfoncent dans la terre d’un livre. Des virgules papillonnent parmi le blé des phrases. Où l’homme peine à redresser son ombre, les petits bras des fleurs tiennent le ciel à bout de bras. Pour la soif de l’âme, je laisse sur la table un verre de lumière. Il donne un sens au pain que l’on mange pour vivre.

(...)

 

Publié dans L'impatience du monde

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Botsawa

Les Bushmen se mobilisent
Tandis que le gouvernement botswanais tente de censurer la presse nationale sur la question de Bushmen, l'organisation First People of the Kalahari a lancé en septembre dernier le site internet www.iwant2gohome.org (je veux rentrer chez moi). On y découvre les portraits de 375 Bushmen qui témoignent de leur volonté de retourner sur leur terre ancestrale. Les Bushmen ont également lancé un appel à l'intention des acteurs Angelina Jolie et Léonardo di Caprio, vedette du film The Blood Diamond. Les plaidoiries finales du procès qu'ils ont intenté au gouvernement botswanais ont eu lieu au début du mois de septembre et le jugement devrait être rendu le 13 décembre.

Dernière heure
Les Bushmen ont gagné leur procès et pourront retourner sur leurs terres.

Publié dans Paroles indiennes

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Jean-Pierre Siméon

Publié le par la freniere


Poète, romancier, dramaturge, critique, Jean-Pierre Siméon est né en 1950 à Paris. Professeur agrégé de Lettres Modernes, il a longtemps enseigné à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Clermont-Ferrand, la ville où il réside.
Il est l’auteur de cinq romans, de livres pour la jeunesse, et de sept pièces de théâtre.

Il a fondé avec Christian Schiaretti le festival Les Langagières à la Comédie de Reims, et est désormais auteur associé au TNP de Villeurbanne.
Il a créé en 1986 La Semaine de la poésie à Clermont-Ferrand.
Il a été membre de la commission poésie du CNL et a collaboré comme critique littéraire et dramatique à l’Humanité.
Il participe aux comités de rédaction de plusieurs revues de poésie et dirige avec Jean-Marie Barnaud la collection «Grands Fonds» à Cheyne Editeur.
Il est directeur artistique du Printemps des poètes depuis avril 2001.

Il publie chez Cheyne éditeur depuis vingt ans tous ses recueils de poésie. Son œuvre poétique, qui compte une vingtaine de livres, lui a valu le prix Théophile Briant en 1978, le prix Maurice Scève en 1981, le Prix Antonin Artaud en 1984, le prix Guillaume Apollinaire en 1994 et le grand prix du Mont Saint-Michel pour l’ensemble de son œuvre en 1998. Il a reçu en 2006 le prix Max Jacob pour son recueil Lettre à la femme aimée au sujet de la mort.

 
 
Poésie (dernières parutions)

· Lettre à la femme aimée au sujet de la mort, Cheyne, 2005
· Fresque peinte sur un mur obscur, Cheyne éditeur, 2002
· Les douze louanges, Cheyne éditeur,1990, réédité en 2001
· Le Bois de Hêtres, Cheyne éditeur, 1998
· Ouvrant le pas, rééditions, Cheyne éditeur, 1998
· Le sentiment du monde, Cheyne éditeur, 1993, 1995, prix Apollinaire
· Poèmes du corps traversé, Cheyne éditeur, 1988
· Trente élégies de l’ardeur, Rougerie, 1986
· Un essaim amoureux, Cheyne éditeur 1986, Hors commerce, 1995.
· Fuite de l’immobile, Cheyne éditeur 1984, prix Artaud
· Présence abandonnée du corps, Rougerie, 1983
· Hypnose du silence, Rougerie, 1981

Romans

· Matière nuit, Le Castor Astral 1997
· Les petits jardins, L’Aire, 1993
· Eva R, L’aire, 1992
· Le sourire du chien, L’Aire, 1990
· Passage du désir, Le Castor Astral – L’Aire, 1988


Ouvrages pour la jeunesse

· Ceci est un poème qui guérit les poissons, Rue du Monde, 2005
· Sans frontières fixes, Cheyne éditeur, collection Poèmes pour Grandir, 2001
· La mouche qui lit, Rue du monde, 1997
· Contes et légendes d’Auvergne, Nathan 1996
· Un homme sans manteau, Cheyne éditeur, collection Poèmes pour Grandir, 1996
· La fabuleuse histoire de Népomucène, d’Iphigénie et du poivron flottant, Atelier du poisson soluble, 1995
· La gentiane d’or, Atelier du poisson soluble, 1993
· La nuit respire, Cheyne éditeur, collection Poèmes pour Grandir, 1987, 1991, 1996
· À l’aube du buisson, Cheyne éditeur, collection Poèmes pour Grandir, 1985, 1988, 1990, 1991

Théâtre

· La lune des pauvres, Les Solitaires intempestifs, 2001
· Le Petit ordinaire, Les Solitaires intempestifs, 2001
· D’entre les morts, Les solitaires intempestifs 2000
· Stabat Mater Furiosa, suivi de
· Soliloques, Les solitaires Intempestifs, 1999
· L’homme clos, L’Aire, 1996

Essais

· Sermons joyeux, éd. Solitaires Intempestifs, 2004
· Charles Juliet, la conquête dans l'obscur, ed. Jean-Michel Place, 2003
· Aïe! un poète, éd. Le Seuil, 2003
· Algues, sable, coquillages et crevettes – lettre d’un poète à des comédiens et à quelques autres passeurs, Cheyne éditeur 1997

 
À écouter :
 
 
Qu'on
nous laisse donc
seuls face à l'énigme oui
hommes seuls avec leur souffle
leur prière de peu mariant
les corps à la nuit
amoureuse
et là s'allégeant dans l'énigme

In Lettre à la femme aimée
 

Ainsi se décide l'impossible

comme une caresse

Entre le monde et l'amour
le lien est d'eau qui tremble

Tes mains sont un fruit
autant que la rondeur de l'été

Et la révolution et les désastres
sont l'oeuvre d'un regard
ou d'un baiser demeuré vide

Tout désir est une enfance revécue
au bord d'un ruisseau

Toute vaillance dans le pas
est nouée au sommeil le plus chaud

Ainsi l'avenir
cet ordinaire du pauvre
est la trace indécise
d'une main sur ta peau

In Fresque peinte sur un mur obscur, Cheyne éditeur, 2002

 
Tout ça c'est des chichis

et des préjugés
ce n'est pas une histoire d'homme et de femme
tout ce qui se dit
partout tous les jours par tous
ce qui se dit en marchant en mangeant
en baisant en travaillant tout aussi
ce qui se dit sans se dire en dormant
en rêvant en regardant tiens la
mouette contre la vague ce
tas de langage tout ça
c'est kif le merde que tu beugles
quand tu te coinces le doigt dans la porte
l'humain il est coincé et
il détaille son cri voilà tout

In La lune des pauvres


Mauvais rêve


- Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs mains
De plumes ?
- Envolées, mon garçon
Envolées dans le vent !

- Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs yeux si doux ?
- Perdus, mon garçon,
perdus dans la nuit !

- Qu’ont-ils, papa
Qu’ont-ils fait du ruisseau de leur joie ?
- oublié, mon garçon, jeté dans le fossé !

- qu’ont-ils fait, papa
qu’ont-ils fait des mots
de leurs poèmes ?
- J’ai bien peur, mon garçon,
qu’ils ne les aiment plus.

 
Jean-Pierre Siméon
 

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Olympia Alberti

Publié le par la freniere


Ecrivain (poète, romancière, nouvelliste, essayiste), docteur-es-lettres, chroniqueuse littéraire, et d'autres choses qu'elle ignore encore d'elle-même, Olympia Alberti écrit (plus d'une vingtaine de livres à ce jour), aime, voyage, donne des conférences et essaie, chaque jour, de ne répondre à la haine que par l'Amour. C'est passionnant. Il y a bien quelques prix littéraires (Prix des Créateurs, Prix George Sand, un Prix de Poésie de l'Académie Française, un prix de l'essai biographique, pour Rilke Sans Domicile Fixe, et un prix de la Critique littéraire de l'Académie Française pour Giono le grand western), et quelques traductions de ses livres en Chine, en Inde, en Amérique Latine.

 
Bibliographie
Romans

Un jasmin ivre, Prix des Créateurs, (Albin Michel, 1982)
Une mémoire de santal, (Albin Michel, 1983)
La Dévorade, Prix George Sand, (Albin Michel, 1985)
Rive de bronze, rive de perle, (Actes Sud, 1989)
La Sarabande, (Le Rocher, 1991)
13, rue Saltalamacchia, collectif, (Le Ricochet, 1997)
Les enfants reviendront après l’Épiphanie, (Le Verger éditeur, 2002)

Nouvelles

Le Noyau de safou, (Albin Michel, 1987)
Promenade des Anglais, (Melis, 2001)

Poèmes

L’Amour palimpseste, suivi de La Dernière lettre, (Albin Michel, 1982)
Cœur rhapsodie, cœur absolu, suivi de Requiem, (Albin Michel, 1985)
(Prix de l’Académie Française pour l’ensemble poétique, en 1986)
Croire vivre, avec André Marzuk, (L’Amourier, 1998)

Essais

Lettres d’un enthousiaste, Emile Zola à Antony Valabrègue, (Editions HB, 1997)
Bleu Silence, avec André Marzuk, (Le Ricochet, 1997)
Rilke Sans Domicile Fixe, (Christian Pirot)
(Prix de l’Essai de la SGDL 2000)
Giono Le grand western, (Christian Pirot 2001)
(Prix de la critique littéraire de l’Académie Française)

 
 

On n’en finit pas avec l’amour.
Où en finit-on avec les racines, la vérité et l’infini ? Le jour où l’on en finit avec l’amour, on est plus mort qu’un mort, qui peut-être est parti dans la douceur et l’acceptation. Rayé de la carte des vivants, on retourne dans l’inaccompli.
Croire vivre, et ne plus faire qu’exister.
Bois sec.

Extrait de Croire vivre, L’Amourier
 

Ma vie n’est faite que d’amour.
De tout le reste elle est “ défaite ”. C’est d’une matière qu’il s’agit, d’une manière aussi – de respirer –, d’un tissage d’air, de feu et d’eau ; mais pour se dénouer, et vivre la défaite, 1’accepter dans son enseignement et son annonciation, il faut aimer beaucoup. Il faut aimer encore, et accéder à cette réserve que Dieu nous garde pour les jours obscurs. Qu’on appelle cet espace, entre le cœur et 1’âme, tendresse, grâce ou pardon, il se donne au même paysage intime – mais c’est le contraire de 1’oubli, de 1’indifférence et de l’orgueil. C’est de 1’amour, comme d’une matière, comme d’une manière d’être. Au monde et aux autres.
D’être à 1’écoute de ce qu’aimer peut faire ou devenir, j’ai gardé en moi une place pour “ ça ”, immense et sans nom, et peut-être cet espace s’est-il maintenu, île ouverte, de se prendre aux caresses des instants secrets. Ce regard d’âme sur le monde, peut-être ne m’a-t-il jamais quittée, je n’ai pas réussi à m’en défaire, pas plus qu’à me distraire du cœur battant de vivre, et j’ai là habité à demeure d’indicible – c’est avouer le combat pour oser, chaque fois que j’ai pu y accéder, cette profération de 1’intime, la proclamer unique reconnaissance, et seule vérité.
Ma vie n’est faite que d’amour. Pour le reste, elle est une défaite. Et ils en reviennent toujours là, mes jours, à ce point d’ardue, d’ardente lumière où les choses sont justes, sues comme un chant exact, et s’inscrivent dans l’éternité.

Extrait de L’autre côté du monde, L’Amourier
 

Ce que j’entends encore, c’est ce tremblement dans ta voix quand tu évoques et réveilles l’émotion que te causait l’obligation d’être du côté du médecin, de devenir son allié contre moi -pour me sauver de pire, il fallait recoudre, vite. Respect qui allait à la petite lutteuse cabrée, choquée qu’on lui infligeât de la douleur, là inévitable. Mélange d’admiration et d’humour face à une situation où les larmes d’une toute petite (quelque chose de plus résigné a langui), eussent dû l’emporter. Ce qui me stupéfait et m’enchante, aujourd’hui, c’est de comprendre que ma révolte m’a sauvé de plus loin, en amont : elle a été un écran de merveilleuse protection de moi-même. Je venais de me réjouir de ces cerises - et je me blesse. Et pourtant, rien jamais dans cette existence ne m’a empêchée d’aller vers la joie, rien ne m’a jamais rendue prudente, méfiante, moins offerte à la jubilation innocemment très réjouie d’une perspective de bonheur. La blessure n’a pas eu raison contre l’élan, le petit malheur ne l’a pas emporté sur la beauté de vivre.

Extrait de L’aimant du silence, Editions Le Verger
 

Il prend conscience que pour faire signe, il faut voir, recevoir et donner, consentir à l’empreinte du pas résilié d’or. L’âme ne travaille-t-elle pas l’être, comme un levain, jusqu’au visage ? Ne devient-on pas ce que l’on éprouve ? Il voudrait tellement mériter la vision, enfin, le frôlement dense et chuchotant, près de sa joue, il voudrait encore et encore ce froissement si proche de son oreille qu’il éprouve alors la sensation que cela nait à l’intérieur de lui-même. Va-t-il bientôt traduire en triomphe pour le regard cette suffocation de tourterelle, près de son cœur ? Il veut rendre la beauté, en la gardant - et il ne faut rien garder : il sait que là est la souffrance. Lâcher prise, lâcher, la donner toute. Ainsi ne serait-elle pas un peu à lui ? S’il pouvait devenir le geste pur de ce qu’il pressent, transmuer cette énergie d’amour en harmonie, faire lever des aurores dans des vies en prison, il ferait là œuvre de ... poète. Il faudrait des siècles pour le lire, il serait inépuisable, comme un livre d’aube...

Extrait de Le Basilic et la turquoise Botticelli, vivre, Calligraphie et aquarelles Colette Ottmann, Les Petites Vagues Editions
 
Olympia Alberti

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire, dénoncer l'argent n'est pas un luxe de riche. C'est un privilège de pauvre.

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ce que cherche ma parole sans cesse interrompue, sans cesse insuffisante, inadéquate, hors d’haleine, n’est pas la pertinence d’une démonstration, d’une loi, mais la dénudation d’une lueur imprenable, transfixiante, d’une fluidité tour à tour bénéfique et ravageante. Une respiration.

Lorand Gaspar

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

L'idéal serait de pouvoir se répéter comme Bach.

Cioran

 

 

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Interview de Vénus Khoury-Ghata

Publié le par la freniere

 
Par Olympia Alberti
 

Dans ta jeunesse, qu’est-ce que c’était, pour toi, écrire de la poésie ?
-Je m’y suis jetée pour écrire à la place de mon frère, qui ne pouvait plus écrire. Mon père l’avait fait jeter dans un hôpital psychiatrique, parce que je voulais retrouver l’émotion qui me traversait quand il me lisait ses poèmes.

C’était vivre, alors, écrire, c’était retrouver de la vie ?
- Complètement.

Pourquoi ce remplacement du frère ? Cela ressemble à une reprise de flambeau, une forme de résistance ?
-Parce qu’il était la seule source d’émotions, dans cette maison, où il n’y avait jamais de mots doux, jamais de mots d’amour, où l’on ne savait pas se parler, dire les choses ; où les douleurs devaient rester silencieuses. Lorsque j’avais mal au ventre, je me jetais sur mon lit, je mordais les draps, mais je ne devais rien dire, on ne pouvait compter sur la compassion de personne.

D’où le titre « Compassion des pierres »...
-Oui… j’en prends conscience, là, parce que tu le soulignes. Il faut parfois être lue comme ça, dedans, pour se sentir comprise.

Mais ta mère, quand même ?
- Ma mère, par soumission à son mari, était devenue comme lui, du silence sur tout. Mon père était un moine défroqué qui s’était marié par inadvertance, psychorigide, n’exprimant jamais de sentiments. Les émotions étaient étouffées, étranglées dans les non-dits.

Poète avant tout, qu’est-ce qui fait que tu as écrit aussi des romans ?
- Régine Déforges m’a dit « je publie des romans de poètes » : Le con d’Irène, d’Aragon, un roman de Mandiargues… . Je lance une collection, L’or du temps, j’aimerais que tu me donnes un texte en prose. Alors je lui ai donné Alma cousue main, un livre dont j’avais un peu honte. Publié il y a trente ans, et que je n’ai accepté de voir ressortir aujourd’hui… que pour des raisons matérielles.

Comment as-tu pu concilier roman et poème – chacun de nous y a sa façon personnelle ?
- Je n’ai jamais écrit les deux en même temps, mais l’un après l’autre. Quand je me sens à l’étroit, je vais vers le roman plus vaste, je peux aller dans les recoins, les détails. J’ai coutume de dire que pour moi, écrire un roman, c’est escalader une montagne pas à pas, lentement, en faisant des efforts. Ecrire des poèmes, c’est dévaler la pente à toute vitesse, dégringoler. Le roman est un petit train omnibus, le poème est un TGV.

Te lire, c’est savoir que l’on retrouve dans ton œuvre des thèmes obsessifs, récurrents quel que soit le genre : la mort, l’absence, le deuil, la souffrance lancinante, les ombres de ceux qui sont partis. Il s’agirait donc d’une simple différence de respiration ?
- Oui, c’est exactement ma démarche. Tous les sujets, je les appréhende d’abord par la poésie. Par exemple, pour mes rapports avec le Liban déchiré, j’écris d’abord Les ombres et leurs cris, ces poèmes qui ont reçu Le Prix Apollinaire. Puis j’écris le roman, Vacarme pour une lune morte. Pour le Mexique, j’y vais, j’écris Fables pour un peuple d’argile, des poèmes donc, et puis après j’écris le roman, La Maestra.
Une fois appréhendées les odeurs, les goûts du lieu, du sujet, je vais dans la prose, sa richesse.

Tu as été récemment approchée de près par le risque de mort douloureuse d’un enfant. Est-ce que cela va te faire écrire autrement de la mort, de la perte ?
- Non, je n’ai pas osé m’approprier cela, qui appartient à ma fille. Mais j’ai déversé mon angoisse dans un roman où je parle de mort, qui se situe aussi bien en Afghanistan, en Iran, un pays lointain – où on lapide une femme.

Un pays lointain, dis-tu … Comme s’il te fallait tenir la douleur à distance ? Il te fallait transmuer ta douleur en lapidation ?
- Oui, dans la scène de lapidation de la femme, c’est ma douleur que je lapide sans doute.

(Propos recueillis le 27 septembre 2005)

 
http://www.revue.crdp-nice.net/index.php

Publié dans Glanures

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