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Joel Roussiez

Publié le par la freniere


BIBLIOGRAPHIE


Romans, nouvelles et poésies


La Folie de Monsieur Siffait, nouvelle sur les Folies Siffaits, photos de Ph Ruault, Nantes, éd. A.C.L. 1985

La Cinquième Île, roman, éd. Le Tout Sur Le Tout 1987

Autrement, on entrait dans un Port, nouvelle, revue Grande Largeur N° 12, 1987

Bercés Par Les Brumes, poèmes en prose, Paris, Cognac, éd Le Tout Sur Le Tout & Le Temps Qu'il Fait, 1989

Il arriva..., cinq textes accompagnant des dessins de G. Chaimowicz, livre d'art, Vienne (Autriche), éd. Splitter, 1992

Errances, avec un coffre bleu et deux oiseaux, roman, conte et récit, Cognac, éd Le Temps Qu'il Fait, 1995

L'Homme Sédentaire Et La Femme Voyageuse, roman, Paris, éd Le Tout Sur Le Tout, 1999

Trente et Un Levers Du Jours, poèmes en prose, Paris, éd Le Tout Sur Le Tout, 2003
Nous et nos troupeaux, poésie, éd. La Rumeur libre, 2008



Vendu plus de quarante cinq mille percherons
Qui venaient d'un boucher d'Avignon
Me dis qu'il aurait fallu attendre
Mais pluie et incendie partout

Fuyons sur grand route derrière charrues et tracteurs
Des troupeaux de vaches errent dans les champs
Certains se précipitent subitement sur nous
On les écarte à coups de pied, de fourche

Les oiseaux bas survolent de longues plaines
Qui nous usent le moral en même temps que les pieds
Des orages méticuleux nous drossent le paletot
Et les bleds boueux nous alourdissent le voyage

Perdu des tas de temps à négocier les bêtes
Avec un type de Nanterre qui prétendait acheter bas-prix
On le tança si vertement qu'il nous offrit à boire
Nos tables de bois toutes couvertes de bouteilles

Un fleuve à côté de nous qui circulait épais
Un fleuve dont l'eau était chargée de rosiers
"Rien que des rosiers sur le fleuve!"
Qui descendaient le lit en dansant

Et, toutes ces roses, nous balançaient les yeux
Apprîmes que plus haut, on s'acharnait sur les roseraies
N'aiment pas voir la beauté par temps de pluie
Cela dérange le maussade, "excite la vengeance"
Dit-on


*

Tandis que des arbres divers doucement dansent sous le vent
Les fureurs du monde s'ébrouent entre les hommes
Tempêtes et grosse grèle cassent maison et moisson
Et l'homme respire mal, a peur et souvent meurt

On avance difficilement au travers de marées d'hommes
Ils fuient lentement, comme des troupeaux, sur des routes sans fin
Se calment par endroits et boivent l'eau saumâtre des mares
Le fleuve empoisonné promène ses poissons sur le dos

Ramassons des coquillages noirs dont nous nous remplissons les poches
Certains traînent des sacs.

Des plantes sagitaires bordent les routes
Oscillent à peine avant qu'on les piétine
Dans les arbres hauts des femmes se cachent
Des mâles isolés s'essaient à les prendre

Discutons aux auberges d'argent et matériaux
Les noires coquilles au prix de deux chaussures
Bien pratique, les chaussures, pour remonter au nord

Descendent tous vers le sud, les troupeaux effarés,
Disent qu'il y fait meilleur et que misère, là-bas, sourit

Il nous fait des pluies torrentielles ou du soleil abrasif
Tantôt nous avons froid, tantôt chaud


*
Tout au bout du morceau que nous joua le maître de sitâr
On écrasait des chats: des notes coincées aigües dans la mélodie
ce n'est pas comme les éleveurs de chevaux Mongols
Qui chantent comme cow-boy lorsqu'ils ne font pas deux sons

Alors, dans ce cas, la voix monte en sifflet rugueux
elle écorche en vibrant mais reste harmonieuse pourtant
Les chevaux que nous avons pris n'étaient pas autrement
Nous descendîmes vers le sud

On nous raconta que les Mongols, peuple fier
Firent guerre sans merci pour quelques milliers de chevaux
Qui paissaient sur une île tranquille au bord de la Corée
Laquelle chercha traquenard
Mais le Mongol en avait envie, alors durent céder


Le bruit lointain de gros cargos qui s'en allaient vers la haute mer, tandis que, sur la plage où nous attendions, les vagues s'amenuisaient et s'échouaient en brassant doucement les eaux mêlées de sable un peu vaseux dans lequel s'enfonçaient de nombreux vers que l'on voyait ensuite, lorsque la mer s'était retirée, tracer des chemins géographiques sur de petits territoires, entre un pneu une chaîne rouillée et les pas d'un oiseau...

Sentimentaux mais pas sensibles, les éleveurs aujourd'hui
Voudraient faire cadre noir, dominer la bête, Saumur
Rêvent hangar manège où, dressant cheval à coup de trique,
Feront s'esbaudir une foule de paumés devant technique

Un gravelot mongol ou une buse variable, ce matin-là
Se faisait chasser par plus petit que lui, qu'elle
Par un corbeau vulgaire, une corneille mantelée
Ou je ne sais trop quoi

Il ne faut pas oublier, chantait le joueur de sitâr
La pygargue de Pallas qui accompagnait le Grec
Et sutout l'autour chanteur sombre au nom si beau

Nos éleveurs d'aujourd'hui dressaient l'oreille aux noms savants qui leur épargnent l'angoisse de la pensée et l'expérience de l'émotion.

Tout là haut, dans l'espace aérien, un volatile noir chassait rapace
On entendait des cris de chat grinçsnt, d'où le rapport

Sur le bord de l'île mongole, des brumes roses passaient comme des troupeaux dont la brise échevelait doucement l'échine, lumineuse et vague qui engrangeait le soleil naissant, l'orangeant un peu, le rosissant, d'où les loukoums, "douléloukoum"


Joël Roussiez




Publié dans Les marcheurs de rêve

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La bibliothèque infinie

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La bibliothèque infinie de Bob Koelewijn

Publié dans Glanures

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Semences (Argentine)

Publié le par la freniere



Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers plus des milles des âmes sveltes
qui avec moi sont des contrebandières
Des valeurs. Des utopies possibles. D'art.
Art. Négation de la fin des humains.
Vivre sans masque est un désir de beauté.


C'est mon rêve de toujours veille pour les rêves.
C'est soif de mains accueillantes.
Cette soif à moi si grande qui me noue.
Je veux que chaque fenêtre s'illumine au son d'un violon, d'un piano, d'une harpe.
Que sur toutes les avenues du monde
sculptures de Giacometti regardent avec plaisir La Pietá.
Je veux que dans tous les sièges de tous les gouvernements
un Christ du Velázquez avorte l'horreur.


Cette soif. Soif bénie qui gèle et reverdit l'âme.
Vie prodigieuse qui allonge le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui survient à pas ralentis.
Je veux que Fra Angélico fuie Le Prado
et que son Annonciation parcourt le monde de sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Leonard et Monet
soient trace. Phare. Et ils dérogent des bourreaux pour que Jamais ils n'existent.


Je veux que nous sachions une bonne fois par Dieu qu'il est déjà l'heure
que dans l'amour nous retrouvions l'absolue certitude de la liberté.
Que chaque matin au lieu d'écouter des nouvelles d'âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d'amour que dans la nuit bercent des oreillers
Avec des madrigaux, adages et clairs de lune.


Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignions bonté sur bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d'étoiles
Je veux des adultes aux rires vierges
et des anges que peignent des enfants
Que les impies respirent Blake.
Que Rilke exorcise l'évidence.
Que les vieillards vivent dans l'honneur.
Que le Pays le Continent le Monde, l'Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.


Je veux. Qu'Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo. Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dansent en poésie dans toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L'Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l'Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec la soif sacrée soif.
Pour que l'aube soit la veille.
Pour semer l'art et l'amour
Pour ne plus voir
Des masques.


Rien que la lumière rien que la vérité.

 

Cristina Castello

 


Publié dans Poésie du monde

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Une corde à partir (Belgique)

Publié le par la freniere


Quand je partirai, je serai revêtue de mon seul prénom.
Nue à défaut des yeux.
Il y aura des arbres accroupis à l'entrée du chemin, balayant leurs doléances bruissantes
Déjà, je n'écouterai plus que l'écho de la corde
négociant le souffle d'un oiseau
et l'insoutenable accord
de mes cheveux éparpillés dans le silence
d'après.

Quand je partirai, je saurai mes pas comptés.
Il y aura des allées de papier, pavées des grâces pour ma voix demandées.
L'encre de l'intolérable cri.
Pour le taire,
la corde dépliera ses lèvres
pendues à l'envers de mon chant
d'avant.

Quand je partirai, je donnerai le rythme de l'avant-dernière danse
où les enfants se lancent à rebours de lumière
kaléidoscopes de couleurs vivantes.
Dans l'oeil de la dernière
la corde ouvrira un point d'orgue
resserrant le garrot de l'aveugle
présent.

Quand je partirai, à la montée du jour,
j'emporterai mon âme sans quartier, entière.
Il y aura une berceuse pour le crime, une autre pour l'amour
dont vous aurez renversé le sens.
Pour le vivre,
dans l'inspir de la corde
ma voix restera suspendue à l'endroit
Enfin.


Florence Noel


Un texte écrit pour le recueil "Le don de simple vue". Pour tous ceux qui attendent dans un couloir de la mort des aujourd'huis qui chantent.

Publié dans Poésie du monde

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Une page blanche d'amour

Publié le par la freniere


Elle est à toi ma vie. Tu peux la prendre. Maintenant ou plus tard. Quand tu voudras. C'est un petit jardin plein de fleurs amoureuses, une rigole pour boire l'eau des pluies. Viens à la saison des bourgeons neufs, quand la terre sourit, quand le soleil est nu comme la peau des arbres, quand les plantes s'inventent de nouvelles racines, quand la mémoire enlève ses pansements et s'offre à l'espace. Je ne sais pas grand-chose des maisons. Je fréquente les routes. Je ne peux plus attendre. Je fais avec la neige un igloo de bonheur. Je dresse une tente avec les aiguilles de pin qui tricotent le vent et les fuseaux horaires qui dévident leur fil. Je bois sur ton visage l'eau légère du miracle. Mes mains se perdent sur ta peau et trouvent la lumière. Les étoiles descendent et se mêlent à nos gestes. J'entends de la musique en toi. Ce n'est pas une question d'oreille. J'écoute avec le cœur. C'est comme un violoncelle sous l'archet d'une main.

J'écris ton nom partout sur l'espace entre les choses, le temps entre les heures, sur l'ombre qui s'approche et celle qui s'éloigne, sur le silence entre les notes, nos mille vies différentes où nous sommes ensemble pour toujours. Tu as touché l'immensité secrète qui m'habite. Ton regard vient de loin, à des années-lumière. Il me regarde de si près. Des visions de beauté surgissent de tes yeux. Mes mots qui trébuchaient se remettent à danser. Dorénavant, quand le soleil se lève, je crois à la lumière. Tu m'apprends à devenir humain, plus humain que les hommes. Au milieu de l'orage, le ciel dans tes yeux reflète le soleil. Je t'approche comme on approche une oasis au cœur du désert. J'ai tellement soif de toi.

Que je regarde n'importe où, c'est toujours ta beauté que je cherche. J'ai volé tant d'images de toi, je recompose ta présence juste en fermant les yeux. Quand je souris, mon sourire emprunte ton visage. Nous sourions ensemble. Je suis moulé à toi comme ta propre peau. Quand tu te déshabilles, je deviens nu aussi. Je me perds et me trouve dans le parfum de toi. Je ne peux me cacher. Je t'embrasse partout. Mes mains se promènent sur toi. Elles touchent ce qu'elles aiment. Elles aiment ce qu'elles touchent. Je t'écris une ligne supplémentaire pour t'aimer un peu plus, toute une page blanche d'amour.

Il neige dans mes yeux comme il pleut sur ta rue. Il faut que la tendresse invente son printemps. J'ai besoin de toi plus que les jours ont besoin d'heures. Si parfois la fusillade d'un silence écorche ton oreille ne m'en tiens pas rigueur. Ce n'est pas que l'amour ait des trous de mémoire mais qu'il déborde sur le temps. Je t'aime librement, totalement, souverainement. C'est là ma seule dignité, nos fleurs écloses sur le fumier du monde. Je t'aime avec tes doigts entre les miens, tes mots sur mes épaules, avec ta présence dans toutes les fibres de mon corps. Chaque matin, quand je refais les draps, je n'oublie de garder ton odeur. Je la mets dans ma poche. Elle embaume mes heures. Mes mains te cherchent aux confins de l'instant et trouvent ton visage incrusté dans les mots. Quand je te dis je t'aime de loin, j'en fais comme une étreinte.

Je coule en toi comme un partage. Le monde s'agrandit et l'homme devient bon. Le vide se remplit.
Le soubassement de l'âme s'approche des étoiles. Je ne suis plus perdu dans la périphérie. Par toi, j'ai retrouvé le centre. Tes instants correspondent à l'exact du temps. L'amour que nous avons imaginé, nous le vivons en vrai, sans nous mentir sans nous dédire. Sans nirvana sans satori, nos seules caresses nous suffisent. Je savais bien que le bonheur existait quelque part. Je l'ai trouvé en toi.



Publié dans Prose

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Roger Milliot

Publié le par la freniere

Roger Milliot - Un vrai poète oublié


Entre le 5 avril 1927 date de sa naissance au Creusot et sa mort volontaire à Paris le 23 mars 1968, l'aventure terrestre du poète Roger Milliot aura duré quarante et un ans.


Les années de jeunesse semblent avoir été rudes et rebelles, elles s'achèvent à dix huit ans par un service militaire où Milliot se retrouve combattant involontaire en Indochine dans une guerre qu'il abhorre. Il en revient avec des traumatismes physiques et psychologiques qui hypothèquent sa santé et le handicapent pour le reste de son existence.


Après quelques années d'errance dans différentes régions de France il décide de se fixer à Montauban. Là, il essaie de s'installer comme décorateur-ensemblier, donne des cours de dessin et se tourne vers les arts plastiques pour tenter de réaliser son œuvre. La plus grande partie de ses aquarelles et lavis sont conservés au musée d'Ingres de Montauban.


De temps à autre, dans sa recherche personnelle et artistique, irrésistiblement l'écriture s'impose, sans souci de publication. Ce n'est qu'après sa mort que deux de ses amies recueilleront les feuilles volantes de ses brouillons et que, sous l'impulsion de Félix-Marcel Castan son ami et biographe, l'unique recueil « Qui ? »verra le jour. Avec une première parution aux éditions Jean Subervie en 1968, puis celle complète et définitive de « Qui » - sans point d'interrogation - aux éditions Mostra del Larzac en 1973.


A peine plus de cent pages constituent donc l'œuvre connue de cet homme taciturne, secret, précis et tragiquement lucide que fut Roger Milliot.


Est-ce pour cela que l'œuvre et le poète sont tombés dans l'oubli ? Une belle présentation de Félix Castan dans les « Poètes maudits d'aujourd'hui » de Seghers, quelques lignes dans « l'Histoire de la poésie du 20ème siècle » de Robert Sabatier, à ma connaissance rien d'autre ne leur rend justice depuis des décennies.


Cette brève présentation voudrait donner une nouvelle chance à la poésie de Roger Milliot qui, par bien des aspects m'apparaît exemplaire.



Moi cette souffrance


Sans même une plainte
Bloquée comme une pierre
Dans la gorge
Sans même une plaie
Ouverte pour le sang noir
Momie résignée
Dans l'éternité du silence
Mouche morte sur la vitre
D'un ciel de simulacre
Abeille séchée dans la toile
De l'oubli,
Bois sec avant d'avoir fleuri
Bon pour la croix
Bon pour la tombe


Car c'est bien la dimension douloureuse qui retient le lecteur tout au fil du recueil. Une douleur sans complaisance ni ostentation, comme toile de fond d'une pensée sobre et structurée. Elle est prémonitoire de cette fin qui amènera Milliot à se jeter dans la Seine, face à la Chambre des députés symbole de la Nation, entité anonyme qui l'avait obligé à faire une guerre perdue d'avance et d'où il était revenu à jamais handicapé.


Mais avant d'en arriver à cette extrémité, durant plus de vingt ans, dans la dignité, le courage et l'intégrité, l'homme se sera battu pour tenter à la fois de trouver un équilibre et construire une œuvre. Au fil de ses écrits il va, sans relâche, interroger les ressorts même de notre condition.



Qui parle en moi, qui me regarde, d'où ?
Qui dit le bien, le mieux, le pire ?
Qui veut l'amour, qui nie l'amour ?
Qui perce des issues, qui ouvre des gouffres ?
Qui se sent étranger ?
Qui habite le vide
Où ce grand cri résonne ?
Qui tient haut les étoiles ?
Qui veut la vie, qui veut la mort ?

décembre 1966



CE QUI INTERROGE ET SE PERD
DANS L'INTERROGé


L'un sans moi et sans toi
Le dur noyau des pulpes galactiques
Le tournoiement à l'intérieur des tournoiements
La particule dans les particules
Le miroir dans les miroirs infiniment
La boîte dans les boîtes
Le plus, le moins dans le tout
Le tout dans d'autres tout
L'un considérant ses multiples
Ses profondeurs
Ses fruits dans leurs noyaux
Sa grande faim comme le ciel
Le pur diamant d'une pensée sans mot
Dans le grand vide, l'absolu
Cette aile avant qu'on la rogne


mars 1967


Le poète nous interroge avec une rare acuité et va droit au but. Il pose la problématique existentielle dégagée de tout dogme, de toute transcendance. Dans ses écrits d'une précision exemplaire, les mots sont au service d'une pensée méthodique, très rigoureuse qui pioche derrière l'apparence, se faisant l'écho d'une recherche scientifique en pleine mutation car, dit Milliot « à l'ère de la relativité et de la structure atomique de la matière, le monde ne nous apparaît plus aussi compact et rassurant, la science a ouvert une faille dans notre notion du réel ». La pensée du poète, soucieuse d'ordre et violemment matérialiste, ne s'embarrasse pas d'approximations ni de mysticisme à bon marché. Pour lui :



Le penseur veut l'essence
Le peintre veut la forme
L'acteur veut l'apparence
L'ouvrier veut l'utile
L'homme veut le bonheur

Et Dieu veut l'ignorance


mai 1967


Le cadre étant posé sans ambiguïté, ce plasticien de formation expose d'autres tableaux, d'autres horizons qu'il brosse magistralement en quelques lignes elliptiques.



ECORCE


Le prince lichen se lève tôt
Sur son trône sur son tronc
Piédestal de sa puissance
De sa magnificence.

Pour les jours froids il a
Fourrure d'arbre au Nord
Au Sud la soie grise et glabre
Pour les jours chauds
Et pour le feu robe de flamme
Sur or vert...
Mais taisons le mot Feu
Devant lui



MERE


Dans tes gestes l'immuable statue
Des errances millénaires
Dans tes mains jointes
Dans la corbeille de tes bras
Les plus anciennes protections
Le fruit des enfances comblées
Les soifs ancestrales étanchées

Dans tes yeux les promesses accomplies
Dans tes genoux fermés
Les arcanes de l'origine
Dans le plain-chant de ta parole
La note grave de l'amour


Le Creusot


Un cahier entier s'étendant de 1958 à 1960 relate « la chronique d'un amour central », comme l'indique justement Félix Castan, à qui il faut se référer sans cesse pour comprendre la chronologie de l'œuvre. Dans ces poèmes Milliot se livre, s'ouvre à l'espoir du désir, au mystère de la rencontre, à la beauté féminine. Il enrichit sa palette, généralement si économe, au point de lui donner des couleurs fines, presque lyriques.



RECONNAISSANCE


Tu n'as pas ri de moi
Tu as vu le diamant dans les larmes
Sous la glace compris l'émoi
Et tu as fait la part des armes



TES YEUX


Tes yeux sont deux matins
Il faut bien deux matins
Pour un si beau jour
Que ton visage



GISANTE


Sous ce ciel renversé
Plein d'astres épineux
Ce coquillage étrange
Echoué sur la plage
Si blonde de ton ventre
Fruit de mémoire marine, à sève d'algue
déchirée
Aux arêtes de mon désir.



TON SOURIRE


La périlleuse beauté
Du givre sur un fil

Au moindre souffle
Il s'émiette
A la moindre ardeur
Il fond


Mais qui pourra étancher sa soif viscérale d'absolu ? «J'attends de toi plus que la vie » lance-t-il à cette femme. Quel amour résiste à pareille tension ? Soumis à de brusques accès dépressifs, toujours dépendant d'une pension militaire d'ancien combattant involontaire et incapable malgré ses tentatives d'insertion professionnelle de s'en affranchir, le destin du poète semble inexorablement scellé.


Désormais il faut aborder l'ensemble de l'œuvre sous l'éclairage de l'acte ultime, celui d'une résolution menée à son terme et qui s'apparente à d'autres destins tragiques. On pense à Léon Deubel (1879-1913), à Edmond Henri Crisinel (1897-1948), à Francis Giauque (1934-1965), trois poètes qui eux aussi ont choisi de se donner la mort par noyade.


La remarquable lucidité de Milliot, malgré son penchant à une discipline intérieure implacable bien connu de ceux qui tentent de contenir les crises de dépression, lui garde intacte l'aspiration à l'amitié, à l'effusion commune, à la simplicité fraternelle des choses et des êtres.


Aussi doit-on approfondir chaque texte pour y découvrir le cri d'indignation, la contestation radicale ou la révolte irréductible.


Lorsqu'il se donne la mort, en se jetant d'un pont en plein Paris, Roger Milliot a laissé en guise de testament ces deux derniers textes dans la continuité et la cohérence de l'œuvre. Par la perfection de la forme et la profondeur de la pensée ils atteignent à l'intemporalité et font de cette poésie une fidèle compagne d'une brûlante actualité.



POUR UNE MORT CHOISIE


Il faut laisser cela
A la porte de l'âme
Il faut entrer léger
Sur la pointe des pieds
Dans la mort transparente
Comme une eau de cascade
Qui lave les plaies du chemin
Poser sous le portique
Le bâton des rancunes
Vider les poches des cailloux
Retourner les poussières des coutures
Se rappeler dans l'air
Le parfum de bonté
De quelques âmes rencontrées

Gardant le plus léger
Le plus frais de l'amour
Pour une claire mort
Après la vie sans but


Juin 1967



Toutes ces pierres pour retenir le fleuve
Sous le pont dans les douleurs d'enfantement
Il faut être grand pour y croire

Comme l'arbre est plein de signes
Plein de racines pour les unions souterraines
Les fêtes pressenties et les noces célestes

Le fleuve descend du ciel
Sort de mon flanc
Comme sang sous la lance

Tu veux entrer dans le miroir
Il fera ce trou dans ta chair
Pour que s'écoule

L'eau gnostique du baptême
 

Bernard Chotil


pour commander: Les Éditions Cogagne
30 rue de la Banque - 82000 Montauban -


Publié dans Les marcheurs de rêve

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La revue Décharge

Publié le par la freniere


Il existe ! il va exister chez vous dans quelques jours. Avant Noël, c'est sûr. "Chantons tous cet avènement !"

Et il y a du beau monde à l'intérieur, à commencer par Michel Baglin (oui, je sais, vous savez lire, c'est écrit sur la couv') mais aussi Jean-Michel Bong... (oui, bon d'accord) et Jean-Pierre Otte (ah! qu'est-ce qu'on dit, là, hein ? On ne dit rien ! on lit, c'est tout.) Il y a aussi l'excellent Thomas Vinau, l'etciste.


Publié dans Prose

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere



Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s'active, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : «Colibri, tu n'es pas fou ? Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ?» «Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.»

Légende amérindienne citée par Pierre Rabhi


Publié dans Paroles indiennes

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Québec solidaire

Publié le par la freniere

photo: Jacques Desmarais

NOUS AVONS UN DÉPUTÉ !

Amir élu, Françoise battue


«Bonsoir Québec! Bonsoir Mercier! Bonsoir Gouin! Bonsoir et merci à tous ceux qui ont rendu ceci possible! Merci pour cette raison d'espérer un autre Québec!»

Amir Khadir était lancé.

Ses premiers mots de député.

Une économie au service des gens!

Un système de santé gratuit.

Un Québec où les jeunes n'auront pas à s'endetter pour étudier. Une pause. Et puis il demande à la foule la permission de sortir de son texte, juste 30 secondes, dit-il, juste le temps de réciter la chanson de Claude Dubois Comme des millions de gens...

Du Amir tout craché. Du grand Amir? Il est toujours comme ça. Ils vont en avoir plein les bras à Québec. Ils ne se doutent pas à quel point. Ils ne se doutent combien ce type est tenace. Intelligent. Ils ne se doutent pas de ce qu'un homme tout seul comme celui-là peut faire.

Qu'est-ce que tu vas faire à Québec, Amir?

Cette question! Il sera le bras politique de la gauche. Il sera la voix de tous ceux qui n'en ont pas. Y compris des verts. Y compris de ceux qui ne croient plus.

Et de remercier Françoise David et toutes ces femmes qui les premières ont évoqué (au lendemain de la Marche des roses en 2000) la nécessité d'une alternative, d'autre chose.

Et même de remercier Daniel Turp, le candidat péquiste dans Mercier, qu'il venait de battre, «Daniel, mon ami, qui partage bien des idées de Québec solidaire».

Battu par 1123 voix en 2007 par Daniel Turp, justement, Amir Khadir n'a cessé de «travailler» son comté depuis sa défaite, menant une campagne très intense en terrain connu puisque c'est la troisième fois qu'il se présente dans Mercier, où il avait déjà été candidat en 2003 sous les couleurs de l'Union des forces progressistes (UFP).

C'était la surprise la plus attendue de cette élection, la plus espérée aussi à gauche mais pas seulement à gauche. M. Khadir a reçu l'appui de l'ancien ministre péquiste Robert Perreault ; de Claude Béland, l'ex-président du mouvement Desjardins; même la militante écologiste Laure Waridel serait intervenue auprès du candidat vert dans Mercier en lui demandant, en début de campagne, de faire un geste «écologiste» en se recyclant lui-même (ou à peu près).

M. Khadir a-t-il bénéficié du vote stratégique des libéraux qui ont voulu faire battre Turp? Rien d'impossible dans Mercier, qui a déjà été assez fantasque pour préférer l'éditeur-poète Gérald Godin au premier ministre Robert Bourassa et, alors que les péquistes le pensaient acquis, pour élire une libérale inorthodoxe (Nathalie Rochefort), avant de revenir au PQ avec Daniel Turp.

Et maintenant Amir Khadir, de loin, l'élu le plus à gauche qu'on aura dans cette partie-ci de l'hémisphère nord... depuis Gérald Godin dans Mercier justement.

Arrivé au pays à l'âge de 10 ans avec des parents francophiles qui fuyaient le schah, à 15 ans il rencontre René Lévesque et devient souverainiste. Il voulait devenir physicien et... poète; il est poète et spécialiste en microbiologie-infectiologie à Pierre-Le Gardeur, où il est d'ailleurs de service ce matin et pour la prochaine semaine. Pour rendre à ses collègues, notamment les docteurs Maziade et Murray, un peu de la couverture qu'ils ont assurée pour lui permettre de mener sa campagne.

Quitter la médecine ne sera pas un deuil si facile ; M. Khadir pense, espère pouvoir pratiquer encore une journée par 15 jours pour garder «la main».

Les nouvelles étaient moins réjouissantes pour l'autre tête de Québec solidaire, Françoise David, défaite dans Gouin par le péquiste Nicolas Girard. Défaite crève-coeur pour cette femme de coeur, justement, qui a mené une campagne très intense dans une circonscription foncièrement péquiste. «Ce n'est pas un candidat que j'ai à battre, c'est un parti», confiait-elle, dans les derniers jours de sa campagne.

Amir Khadir député, il est à prévoir que Mme David prendra seule la présidence de Québec solidaire qui, à 4%, a fait légèrement mieux qu'en 2007.

Pierre Foglia      La Presse

Publié dans Glanures

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Tête de Che (France)

Publié le par la freniere



"Hasta siempre"


Tête du Che teashirtisées
avec des couleurs vives à la Andy Warhol
Tête de Che labellisée
chapelle ardente des révolutions
une étoile livide exangue
appelle les peuples incarcérés
à se soulever contre l'oppression
Tête du Che crucifiée
par les marchands d'art et d'armes
Tête de Che nom magique du shaman
qui mène les tribus à travers un évangile
de boues et de verdures
Tête du Che comme le fin visage d'un Bouddha
décapitée à la fleur de l'âge
Tête de Che
Trahie au nom des causes perdues
Sur les frontons des lendemains qui chantent
Tête du Che éperdue
quête forcément tragique qui sublime la réalité
en l'arrachant au pouvoir des trusts et des marchés
Tête de Che pour toujours
dans la mémoire vive des poings levés
Tête du Che dans les rues bariolées
de Buenos Aires, de Madrid, de Paris, de Berlin
dans les rues de Londres, de Tokyo ou de New-York
comme un ultime défi devant l'ennemi ultra-bright
Tête de Che orchidée sauvage noire et blanche
à la sève poisseuse comme le sang d'un léopard
Tête du Che victorieuse de toutes les défaites
parce que le jeune Ernesto ne s'est jamais soumis
alors qu'il aurait pu fonder famille
s'établir confortablement dans une société choisie
Tête de Che gisante à la Une des journaux du 10/10/67
l'homme renonça à tous les honneurs
sauf l'ultime de souffrir avec l'humanité souffrante
en la conduisant sur les sentiers abrupts de la libération
pas de repos autre que celui du guerrier amoureux
qui se sacrifie pour que ses frères et ses sœurs puissent vivre
qu'indiens et péones se révoltent contre les tyrans made in USA
que les mendiants se relèvent à l'entrée des ghettos
que nous soyons tous des rois et des reines
partageant les délices privilégiés de la paix
Tête du Che enceinte des saintetés de demain
Tête de Che au regard fixant l'abîme d'aujourd'hui.


André Chenet


Publié dans Poésie du monde

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