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Volti

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Jean Dif

Publié le par la freniere

Poète d'origine auvergnate, il vit actuellement à Paris. Ingénieur informaticien et diplômé d'économie, il a consacré une partie de ses activités professionnelles au conseil, à la recherche et à l'enseignement. Il a notamment été maître de conférences à l'ENA. Amateur de voyages et de découvertes, il a fait le tour du monde, a vécu au Québec et se rend régulièrement en Asie et en Amérique du Sud.
Il a publié des textes dans des ouvrages collectifs ou en revues (Simili-Type, Encres Vives, Le Cri d'Os, Parterre Verbal, Traces...) et trois recueils de poèmes: " La Voix Publique " aux Cahiers de Rochefort, "Kaléidoscope" et "Variations" à Encres Vives. Il est également l'auteur d'un ouvrage historique relatif à la campagne de Russie en 1812: "Les mémoires de Jakob Walter" publié aux Editions Historiques Teissèdre.
Il a créé plusieurs sites Internet dédiés à l'art. 
Sur son
site  ,on peut lire quelques-uns de ses textes ainsi que des textes de nombreux autres auteurs, français et étrangers, la plupart contemporains.

 

CÉLÉBRER LA PAIX ?

Lorsque le plâtrier épileptique eut enfin succombé sous les gravats qu'il avait lui-même entassés, les manches jetés après la cognée bourgeonnèrent. Les prisonniers pointèrent le nez au soupirail. Dans la cassure des barreaux brisés l’acier retrouva l’innocence de la glace. On vit les balles perdues sourire sur le visage des rescapés, cependant qu'ici ou là, erraient des morceaux d'hommes, à la recherche de leurs membres. A la suie des crémations succéda la fumée bleue des calumets. Les douilles d'obus se transformèrent en pots de fleurs. Les gamelles rouillées furent posées sur des étagères. On rangea pieusement les os dans les ossuaires, pour l'édification des générations futures, au moment des anniversaires.

Les âmes sensibles crurent alors avoir gagné. Les lames allaient regagner leurs fourreaux. Les haches seraient à jamais enterrées dans un lieu soigneusement gardé secret. On reléguerait au musée de l'histoire les machines à en découdre. Le fer ne servirait plus qu'à forger des socs. Mais on rendit leurs fusils aux chasseurs et tout fut à recommencer.

Les baroudeurs portèrent à nouveau fièrement leur cartouchière en sautoir comme un collier de dents. La pays du matin calme devint celui des nuits torrides. Des rizières aux djebels, le napalm entretint de gigantesques barbecues. On retira leur camouflage aux forêts soupçonnées de pactiser avec le diable. Ici, on écorcha. Là, on ébouillanta. Ailleurs, on empala avec des goulots de bouteilles ou des tire-bouchons; on interrogea à la dynamo ; on fusilla; on pendit; on découpa à la machette. Les enfants s'arrachèrent les yeux pour jouer aux billes. Triste bilan au Liban, soupirait-on encore avant-hier! Et cela continue.

Les héros recrus de la guerre du Golfe enfantent des monstres. A Sarajevo, une balle siffle son chien. C'est la mort qu'elle appelle. Les embargos condamnent à périr de faim plus de victimes que les interventions humanitaires n'en sauveront. On porte en soi l'indifférence comme un bandeau sur l'âme. On se montre toujours aussi indulgent pour les vainqueurs et les puissants, aussi sévère envers les vaincus et les faibles. A quel escient s'indigne-t-on ? Les maîtres-chanteurs seuls ont droit à la parole.

Il aurait fallu retirer l'ortie de nos coeurs, démolir la muraille qui traverse chacun de nous pour nous séparer des autres, laver nos yeux à la rosée pour dissoudre la taie qui les couvre. Bannir les mots vénéneux qui empoisonnent les palabres. Ne pas rendre aux chasseurs leurs fusils. Je n'ai pas le goût de chanter la paix.

(Une version de ce poème en prose est parue dans l'anthologie 1995 de "Flammes Vives" consacrée au thème de la paix)

Mes Amis

Vigies des terres promises
Guetteurs de l'inattendu
Médiateurs de l'indicible
Piégeurs des reflets
Bouches des échos
Scaphandriers du sommeil
Orpailleurs des pressentiments
Ecuyers des ouragans
Magiciens qui manquent leur coup
Collectionneurs des refus
Lauréats des timbales vides
Mes amis paraissent toujours nés
de la dernière pluie

Mes amis préfèrent l'ombre à la proie
Mes amis suivent le chemin des écoliers
Mes amis entretiennent les volcans
Mes amis font mentir les proverbes
Mes amis font la guerre buissonnière
Mes amis n'ont pas le doigt
sur la couture du pantalon

Mes amis font bande à part
Le bât blesse mes amis

(Une version de ce poème a été publiée dans le N° 31/32 de la revue"Le Cri d'Os")

Germinal

...

Éclaireurs du printemps semences légères

jetées d'une main tiède les hirondelles

dans l'ébénisterie du jour taillent des encoches

Touches blanches et noires d'un clavecin

sur le ventre ou le dos elles virevoltent

à travers l'air bruissant de présages

afin qu'une oreille subtile entende

claquer dans la forge des mots

le fouet discret des martinets

...

Si le poème perce

comme une dent

qu'au moins ce ne soit pas

une dent de sagesse

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Le premier mot 3

Publié le par la freniere

Quand le sourcil noir d'un nuage cache l’œil de l'orage, ou du cyclone, je tremble comme le cœur d'un loup. Devant l'éclair et le tonnerre tous les vivants connaissent l'appréhension cosmique. Quelque chose en moi se souvient des cavernes, des odeurs animales, des remugles chtoniens. Des forces élémentaires se condensent en sueurs. Un arbre parle à ses racines comme l'homme à ses mains. Au fil des images, ce qui ne se laisse pas voir détermine ce qu'on voit. L'iris n'est qu'un iceberg dans la mer des regards. L'âme n'a pas de corps. Ni dehors ni dedans. Elle englobe l'univers à partir d'un doigt, d'un regard ou d'un son. Les heures qui nous séparent nous unissent aussi. La parole est un oeuf sans corps qui s'apprête à éclore. Chaque geste se perd dans l'infini des gestes pour revenir en chair.

Rien ne s'éloigne ni se rapproche. Tout se confond comme une ombre qui tourne, une rosée qui monte, une pensée qui divague. Les choses que l'on nomme, on les touche encore mieux. Cette table que j'écris, ces miettes que je traîne, chacun peut les toucher avec le bout des yeux et l'intérieur de la tête. Chacun s’y attable tout autant que ma voix.

Dans la mémoire, il y en a qui ont un sac plein de billes de verre, des paroles d'insectes, des fruits au bord des larmes. D'autres ont des balles de fusil à la place des yeux. Les rois ont des couronnes de peurs. Quand il pleut dans les mots, je fais un parapluie avec une parenthèse. Quand il fait soleil, je cueille un bouquet d'apostrophes. Les voyelles en pétales peuvent servir de tisane pour adoucir le cri.

Tout ascenseur est sans mémoire. J'écris marche après marche comme on monte au grenier retrouver son enfance. Je n'ai pour toute rampe que la main des vivants. Chaque matin c'est le chant des oiseaux qui lave le silence. Le vent se fait la barbe au fil des feuillages. Les abeilles déjeunent au restaurant des fleurs. Les mots de l'homme éclosent dans la boue du réveil.

Je cherche dans quelle langue l'image vient lécher les yeux blancs des aveugles, quels mots tissent l'eau et parlent aux rochers, quelles voyelles disent je t'aime en direct du cœur. Les bêtes dans ma bouche viennent s'agripper au sens. Depuis le premier mot, je suis au bord du gouffre. Je continue d'écrire pour ne pas y tomber.

Je tiens toujours un livre d'une main mal assurée. Près du silence. Près d'un crayon. Près d'un oiseau. Il y a toujours des mots qui dansent dans ma tête agrandissant l'espace. Avant d'écrire un mot j'écoute son écho. Toutes les phrases sont là. Elles nous attendent. Elles nous tendent les bras. Il faut gratter sous les ratures, déshabiller les mots ou effeuiller la prose. Un os dans la poussière peut retrouver sa peau, les lèvres du matin embrasser le sourire. Toutes les marges ont un goût de défi, de mémoire inconnue. Chaque souffle du vent est un carnet d'adresses, une boussole impossible, un petit grain de cœur. Tout livre, qu'il soit rose ou noir, est un brandon d'espoir. Dans la mémoire des catastrophes, il transforme les ruines en une source nouvelle. Ce n'est jamais un sac à prophéties mais un coffre à jouets. 

 

 

Publié dans Le premier mot

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Les poètes de profession ne sont pas tous des poètes. Ils écrivent de beaux poèmes et des drames intéressants, mais leurs poèmes et leurs drames sont souvent froids. Nous donnons à leurs travaux la note très bien et nous passons à autre chose. La raison en est toujours que ce qu'ils écrivent n'exprime précisément que cela : ils écrivent. Derrière, il n'y a rien. Il existe, il est vrai, une théorie très connue selon laquelle l'art, pour être vraiment de l'art, doit trouver sa fin en lui-même ; il n'a pas d'autre raison d'être et il suffit qu'en tant que forme (...) il soit réussi. (...) Pourquoi faire tous ces petits poètes de profession ? S'ils ne sont là que pour "créer des formes", ce sont des gens de loisir, en tant que tels superflus (...) L'art pour l'art peut être une jolie chose et amusante, mais c'est une affaire sans importance entre spécialistes. L'esprit continue lentement et imperturbablement sa route sans même la remarquer. Il n'a pas le temps pour les choses qui n'ont d'autre raison d'être qu'elles-mêmes. (...) Le simple talent est sans intérêt (...) Ce ne sont que masques et draperies (...) La plupart des écrivains écrivent pour montrer qu'ils sont des écrivains (...) Un poète n'est pas un homme de talent ; il est quelque chose de beaucoup plus simple, de plus curieux et de plus incompréhensible. Il n'est pas l'organe de son talent personnel, mais un organe du mon entier qui l'entoure et qui sent avec lui (...) Les poètes sont les seuls dont le public puisse attendre quelque chose qui l'aide vraiment, car ils ont seuls le don de libérer les esprits (...) Ils savent quelque chose que les autres ne savent pas. Ils ont des yeux qui voient plus profondément, qui voient mieux et plus que les yeux du monde (...) Les vérités ne sont rien qui demeure. Mais les poètes qui les trouvèrent, eux, demeurent.

Egan Friedell    en 1910

Publié dans Ils ont dit

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Le bruit des nuits (France)

Publié le par la freniere

Le bruit des nuits, ou plutôt de cette nuit particulière, unique.
Unique que pourtant l’on fuit.
Ou plutôt que l’on se surprend à détacher, d’êtres en êtres, de choses en choses.
En cette promenade nocturne, le marin, que je ne suis pas, goûte le sel des îles, l’oiseau que je suis, fait les yeux ronds pour essayer de percer les secrets des greniers, le peintre passe sa nuit blanche, l’enfant met le feu à la forêt de ses rêves, etc

Mais surtout, le bruit des nuits fait silence.

Jean-Jacques Dorio

Publié dans Poésie du monde

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Jean-Michel Maulpoix

Publié le par la freniere

Né à Montbéliard, le 11 novembre 1952, Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'ouvrages poétiques et d'études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda, René Char, ainsi que d'essais généraux de poétique (entre autres : La Poésie malgré tout, La poésie comme l’amour et Du lyrisme). Son écriture, où dialoguent sans cesse prose et poésie, se réclame volontiers d'un « lyrisme critique ». Jean-Michel Maulpoix dirige la revue trimestrielle de littérature et de critique Le Nouveau recueil (éd. Champ vallon)
Il enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’Université Paris X – Nanterre. Il a été président de la commission d’aide à la création poétique du Centre national du Livre jusqu'en mars 2003.

http://www.maulpoix.net

Pas sur la neige, Mercure de France, 2004.
Chutes de pluie fine, Mercure de France, 2002.
L’instinct de ciel, Mercure de France, 2000.
Domaine public, Mercure de France, 1998.
L'Ecrivain imaginaire, Mercure de France, 1994
Une Histoire de bleu, Mercure de France, 1992.
Dans l’interstice, Fata Morgana, 1992.
Portraits d'un éphémère, Mercure de France, 1990.
Précis de théologie à l'usage des anges, dessins d'Alecos Fassianos, Fata Morgana, 1988.
Ne cherchez plus mon cœur, POL, 1986
Emondes, première édition Solaire, 1981 & Fata Morgana, 1986.
Dans la paume du rêveur, Fata Morgana, 1984.
Un dimanche après-midi dans la tête, P.O.L, 1984 & Mercure de France 1996 (édition nouvelle).
La Parole est fragile, Imprimerie de Cheyne, Le Chambon sur Lignon, 1981.

&

Ils déménagent tout le ciel bleu, en chiffons dans leurs malles d’osier
Les allers-retours de leurs rêves.
Et le gros édredon de laine, bourré comme un nuage qui va pleuvoir

Le ventre rond de la femme bouge.
La terre tourne un peu dans ses yeux

Ils ne disent rien, ne vont nulle part
Ils s’asseyent ou restent debout au coin de la rue, serrés les uns contre les autres.

&

Il taille, il coupe, il accentue.
On le croise au jardin. A l’heure de brouillard. Ou plus tard dans la chambre. Ici et là, les mêmes gestes. Des chutes ou des bouquets de phrases. Parfois il retourne la terre. En mottes noires et brillantes. Des strophes pourrait-on dire. De brefs paquets de prose.

Il taille, il coupe, il accentue.
A la plume. Au couteau. Au sécateur. Aux ciseaux. Au plantoir. Au cordeau. Dans le jardin de Jean Tortel ou dans le pré de Francis Ponge. Ecrire est une affaire de main. Il taille dans le noir. Il découpe les ténèbres.. Il voudrait y voir clair. Dans cette langue dont on ne sort pas.

Il taille, il coupe, il accentue.
Il borde et déborde nos phrases. Il marche sur la grève à la frange de l’eau. Ou vers l’à-pic de la falaise. Sur la terre comme au ciel toujours sur un fil. Prêt à se jeter dans le vide. Désireux de voir la limite. Ce qui nous lie et nous sépare. Ce qui nous garde suspendus.

Il taille, il coupe, il accentue.
Dans l’entre-deux qui est le nôtre. Dedans-dehors. Une page. Une peau translucide. Ce sont toujours de frémissantes surfaces. Un ventre de femme où dort un enfant. Y coller l’oreille. Y poser la bouche.

Il taille, il coupe, il accentue.
A la finitude il prodigue ses soins. Il aime ces mourants que nous sommes. Avec douceur. Avec effroi. Il voudrait rassurer un peu cette agonie. De fleurs ou de musique. « Voici mon cœur » dit-il. « Ne le déchirez pas ».

Il taille, il coupe, il accentue.
Quoi d’autre ? Ce travail-là n’en est pas un. Il ne rapporte pas. Il ne remplira pas son outre de vin, son panier de fruits, non plus que sa besace. Il y donne de son temps. Le monde change de figure. Autrement métré et coordonné.

Il taille, il coupe, il accentue.
Il tisse un habit de haillons. Nous revêt de toiles d’araignée. Un habit qui ne dissimule pas la nudité. Qui montre que le corps a froid.

Il taille, il coupe, il accentue.
Autrefois debout. A présent penché. Son dos se voûte. Il regarde dans le jardin des combats de fourmis. Il ne tient plus tête à ses astres.

Il taille, il coupe, il accentue.
Il aurait bien voulu planter. Mais la terre est trop froide. La saison trop tardive. D’ailleurs il se pourrait qu’en dépit de ses soins l’ancien jardin redevienne un morceau de terre aride. Un roncier impénétrable.

Il taille, il coupe, il accentue.
Tant d’autres dont la sourde oreille. Et vivent les yeux fermés.
       

&

L’espoir luit comme un brin de paille
Comme une étincelle d’or sur les neiges d’antan
Comme les voiles au loin descendant vers Harfleur
Jusqu'à l’autre océan où la splendeur éclate.

L’espoir luit comme cette eau courante
Qui baigne les mains silencieuses
Traçant de lentes lignes claires.

extrait sonore
      Ecouter

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Une miette dans les dessins du tapis, un objet dérangé, à une place incongrue, un bruit non identifié, cela trouble heureusement le paysage ordinaire, cela suffit parfois à l'humble illumination.

Roger Munier

Publié dans Ils ont dit

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Ile Eniger

Publié le par la freniere

Il faut ouvrir le livre d'Ile un après-midi d'été, à l'instant où tous les clochers de Provence sonnent trois heures; pendant que les chats dorment sous les lauriers roses et que la campagne brûle d'Avignon jusqu'à Nice. L'ouvrir dans une chambre, volets tirés, comme pour une sieste ou l'amour. Sentir sous les doigts l'odeur, le grain, la peau de ce papier et voir se dresser ces silhouettes noires dans la touffeur immobile que déchire le cri des martinets. L'ouvrir au hasard, entre la canicule blanche et l'eau bleue d'un miroir; écouter une enfant de sept ans penser à sa mère, à toutes nos mamans qui sentaient bon, qui étaient belles, portaient de jolies robes d'été et chantaient le dimanche, avec des ongles roses. Puis suivre cette enfant dans les yeux des chats, les baies sauvages, les cerises, le thé brûlant. Tourner les pages et regarder grandir cette femme, nue, feu, colline, valse... La regarder venir depuis les Terres rouges dans ses longues robes de brume, de lumière et de nuit.  René Frégni

 

Le millimètre d'herbes

Je ne serai jamais un dimanche tranquille sur une place calme d'un village nommé. Ni la flaque chauffée entre des dunes fades, ni le soleil en boîte, la raison installée. Je ne serai jamais une autre que moi-même, ce galop échappé qui va au plus petit, son étreinte gravide nouée aux flancs des terres. Pleine source, pleine eau, sans couloir, sans fontaine, sans but, planche de peu sur le vide des peurs. Sur la marche du jour qui creuse la montée pour amorcer l'élan, je suis du non savoir, de la vie qui jaillit. A la fureur des hommes, je choisis l'indécence, l'hiver en laine blanche qui usine l'été, les mains calleuses et justes des éleveurs de vigne, une ivresse du beau qui dresse les regards et cintre les caresses. Je ne serai rien d'autre que ce qui parle vrai, du millimètre d'herbe plus grand que les discours à la neige au soleil qui enfantent un ruisseau, des dignités de bêtes qui naissent sans escorte, aux patience de graines qui portent des forêts. Dans l'atelier du jour, je cale mon épaule, les tenants de la foudre ne me dérangent pas. Et plus noble que l'homme l'orage garde un sang de terre originelle. Je ne crains pas le cri, le doute élémentaire, les fautes, les jachères, je crains le plein du vide qu'amoncelle l'humain, la rumeur propagande qui fait serrer les mots dans une seule écorce et qui cloue les oiseaux sur les portes des rêves. Nous sommes du néant comme du tout à naître, de la paille et du feu, des pierres immobiles au ventre de vertige, leur géode au milieu et le coeur en navette. Entrée dans la salive par la langue des sens, je libère des mots que je ne connais pas mais qui me reconnaissent. Les syllabes premières qui savent de la table le corps de tous les arbres. Lorsque je pose un doigt sur le papier à suivre, je sais un gouvernail qui happe mon poignet, me traverse et s'en va et qui me tient debout par l'espace à comprendre. Une parcelle d'air loin des tripots de ceux qui ont vendu leurs ailes pour des billets de banque et meurent feu au cul de leurs désirs mortels. Et les phrases s'engouffrent, en appétit de vivre, je ne serai jamais de la froideur mentale, mais du pain qu'on pétrit et que l'on remercie avant de le manger. On vit comme on construit, d'abord dans l'intention. Je n'empaillerai rien, mais je réchaufferai. Quand l'inconnu s'avance, mes mains sous sa chemise n'ont aucune arrogance mais la grâce d'y croire. Je ne serai jamais que celle de passage qui écrit des réponses qu'on ne lui demande pas.

 

Bibliographie:

 

Editions Cosmogonies:

La Parole Gelée

Les Terres Rouges

Un Pile de Livres sous un réverbère

Du Feu dans les Herbes

Celle qui Passe

 

Editions Chemins de Plume:

Du Côté de l'Envers

Il n'y aura pas d'hiver sans tango, mon amour

Le Bleu des Ronces (à paraître)

 

Collodion:

L'Inconfiance   livre d'art

                       sérigraphies de Claire Cuenot

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Jean-Jacques Dorio

Publié le par la freniere

je suis né en quarante et cinq
soyons précis
juste quand on remettait la hache de guerre au fourreau
je suis né en Ariège - en Art  y ais-je gagné quelque chose ?
mon village vivait à coups de boeufs et de labours
l'hiver au coin du feu - le
cantou occitan -
pas d'argent on avait mais poly-culturellement la terre produisait à la sueur du paysan
le collectif régnait - moissons battages vendanges - et même le grain à grain de mais la nuit devant le feu de bois - le despeluquero - on enlevait perruque à l'épi jaune et blanc
(un début aux premiers fils innocents avant les noeuds d'autres réalités...)

Comme le loup blanc

Pour Ile Eniger

Comme le loup blanc
Qui regarde la lune
Qui court dans les nuages
Où les hommes s’affrontent
Dans des guerres sans fin
Comme le loup blanc
Regarder le mystère
Dans toute sa force paisible
Intense Libérée des calculs
A pas de loup A pas de danseuse
A pas d’innocence alouvie

Pour Jean Marc La Frenière

Quelquefois c’est comme une grande migration
La vie vite
Les mots mélangés
Le feu sur la cendre
Le grand dégel
On abandonne sa carte d’identité
La vie lente
Les mots de chaque jour
Le foyer froid
L’hiver des sentiments

 

Et l’on dérive multiplié
Dans la lumière du monde

(inédits)

bibliographie:
Itinéraires,  PJ Oswald, 1975
L'An rage,  Encres Vives, 1980
La Fenêtre Primitive,  Encres Vives, 1997
Paradiso Diaspora,  Multiple (revue) 1998
Présents de Paradis,  Encres Vives, 2003
Éphémère Paradis,  Encres Vives, 2004

son blog: http://dorio.blog.lemonde.fr/dorio/

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Le premier mot 2

Publié le par la freniere

L'écriture ajoute une ombre à la lumière tout autant qu'une lumière à l'ombre. Nous cherchons dans les mots ce qui disparaît du monde, la main qui manque, les gestes oubliés. C'est l'eau qui tombe d'une horloge pour abreuver les pas, la terre endormie s'éveillant sous le soc du rêve, une lampe inquiète qui dissipe la brume. C'est le ventre encore chaud où l'on revient parfois, la flamme latente dans les paroles éteintes, l'espace entrevu entre silence et cri, entre le noir et les images. C'est la note feuillue qui pointe dans le bourgeon avant qu'elle n'aille rejoindre toute la symphonie d'un arbre. Les mots ramassent les sentiments en loques, les gestes en morceaux, pour en refaire les bras, les mains, les doigts, les caresses. Je laisse des mots sur la page pour accueillir les autres, des mots comme des bras, des blancs comme des chaises, des ratures comme un lit où étendre sa voix.

Le langage est un objet vivant. Quand l'écriture penche, c'est un peu la fatigue, l'éveil quand elle se dresse ou la colère quand les phrases pointent du doigt. La parole a un envers et un endroit, un envers dans la pénombre et un endroit plus éclairé. Les mots qui se détachent du blanc, j'en cherche la lumière parmi les autres mots, les miens, mais surtout ceux des autres. Ceux qui se séparent des mots finissent par en mourir. On doit toujours lutter contre l'impossible.

J'écris comme je marche. Je parle en respectant la vie. Je n'écris pas pour décrire mais pour toucher. Le lecteur n'est pas un spectateur mais un participant. Ses yeux travaillent au noir dans le champ des images.

Présent à ma fragilité comme une pierre qu'on ne voit pas, j'ai repassé les époques de ma vie sans m'y noyer. Il a suffi d'un rêve pour reprendre courage, d'une goutte de lumière sur mes corolles de ténèbres, d'une illusion peut-être, d'une vague entrevue sur le pas de ma porte. Il a suffit qu'un rire agite sa carcasse dans le chambranle du doute. Il a suffi de parler sans retenir mon souffle pour renaître dans chaque atome d'univers. Nos limites se confondent sur la ligne d'horizon. Nos images éphémères forment l'éternité. Nous sommes tous de passage. Nous sommes une houe, un soc, un araire entre les cuisses de la terre fécondant le présent de tout ce qu'on y cherche.

Les idées sont des clefs qui rouillent les serrures. La pensée s'empoussière sur les étagères du savoir. Elle meurt de l'air du temps sans friper son habit. Les images sont des femmes qui marchent vers le peintre. Elles prennent vie sous le poil des pinceaux, la salive des poètes et les regards du vent. C'est l’œil ouvert du mystère, les cheveux déployés sur l'épaule du temps, la main de la conscience caressant le miracle, le fœtus du jour dans le ventre des draps. C'est un masque de Nô qui s'ouvre au soleil, l'acteur hébété qui retrouve sa peau et les mains de l'enfance. C'est le cours des eaux contemporain du sens.

Toutes les choses dégagent une lumière intérieure que l’œil des caméras, le poil des pinceaux et l'encre des crayons n'arrêtent pas de frôler. C'est la succion du temps par les ventouses de l'oubli, la mémoire future dans le cri du présent. C'est la lumière des mots sous la peau des écrans, la chair des claviers où les lettres s'enfoncent. C'est la carte du sang dans les artères du cœur.

Il y a des lignes qui laissent un creux dans les paumes. Je laisse pour la nuit une lampe en papier éclairée par le rêve. Elle guide les fantômes qui se croyaient perdus, les fontaines oubliées, les fleurs non écloses attendant leur abeille. L'image perd ses eaux dans le sillage des yeux. Il y a comme une éclipse de nuit dans les regards ouverts. Se perdre quelque fois, nous mène à l'origine.

(...)


Publié dans Le premier mot

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