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Quand les géants vacillent

Publié le par la freniere

Quand les géants vacillent sur le socle du monde, les nains se perdent dans leurs bottes de sept lieues. Où bat le sang? Où bat le temps? Où va le chant? Où va le vent? Où vont les cris des suppliciés? Où bat le cœur des mal aimés? Où vont les larmes des enfants? La même source coule en chacun. Mal assumé, mal assuré, j'ai la rougeur des timides. Imitant la luciole, je craque une allumette dans l'aube violacée. La façon dont j'écris, je peine à redonner un sens aux mots de la tribu, aux pièces du puzzle. Il pleut du sens sur la rocaille des syllabes. Des caresses se perdent et saignent dans un buisson de griffes. Les mots se forment et se déforment. La chair cicatrise sous les points de suture. Les enfants meurent sous l'uniforme, la cravache, la cravate et le treillis de guerre. Les rainettes vertes ont cinq doigts et la larve d'agrile squatte sous l'écorce des bouleaux. Les achigans manquent d'air parmi les algues bleues. Les bas de laine sont rongés par les termites bancaires. Les fleurs ont un parfum de cendre et les sentiers se perdent en rubans d'asphalte. Il existe des lieux que l'on porte avec soi. On ne quitte jamais vraiment les maisons vides. Des odeurs persistent. Des ombres font de l'ombre. Chaque mémoire agrandit les secondes. La mort n'est pas qu'une tache de sang. Elle dépasse l'entendement. À la merci des poings et des virgules, le temps étire ses longs bras dans les points de suspension et l'infini s'étale entre les parenthèses. Le chant des oiseaux et le bruissement des insectes rapiècent le silence. Feuille à feuille, le vent perd de sa voix et s'étend sur la rousseur du sol entre le rouge et l'or.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Paroles indiennes

Jamais mes origines ne me quitteront.

 

Joséphine Bacon

Publié dans Paroles indiennes

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La Fête africaine Inverness

Publié le par la freniere

La Fête africaine Inverness

Publié dans Glanures

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La vie c'est le train pas la gare

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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Guillevic ou la tendresse des choses

Publié le par la freniere

« Pitié pour les bêtes

Qui n'ont pas de nuit. »

À ceux qui ne savent pas mieux communier que communiquer, il reste les indispensables tentatives inutiles, les balbutiements chauds de la poésie. Un jour j'ai découvert Eugène Guillevic et j'ai décidé de passer le pas, de changer de pays. Un domaine aussi accueillant que sombre, aussi austère que flamboyant s'est ouvert à moi. S'est ouvert en moi. Une forêt à cultiver avec mes yeux. Des flèches à affiner avec mes tripes. J'ai décidé de « vivre en poésie » comme il dit. « C'est alors qu'a dû commencer l'aventure : aimer les choses, aimer le monde, m'adapter à lui, retenir l'instant, cultiver en moi la joie, malgré… vivre en poésie avant même de le savoir. Je n'étais pas "gâté" si l'on pense à la pauvreté de mon milieu, à la dureté de ma mère, à l'indifférence de mon père. De là ce besoin d'être dans la solitude, avec les choses, dans les choses. » Un mot pour ce qu'il est Le cœur simple des choses. Leur tendresse. Les astres froids de l'univers sont des nids d'oiseaux. La pierre pour ce qu'elle est, une mémoire de peau. Et le brin d'herbe pour ce qu'il est, un brin d'herbe, autrement dit un château. Un mot pour ce qu'il est, un simple couteau à bois qu'il faudra dompter, modérer, apprivoiser, avec qui il faudra maintenir à la fois une distance perpétuelle et une proximité bienveillante si on veut avoir une chance de tailler avec, de sculpter avec, un simple et unique petit bout de vrai.

« L'horizon et moi

Nous avons de quoi nous taire.

Nous laissons le brin de paille

Se raconter. »

Il a appris, Eugène Guillevic, parce qu'écrire est un chemin, et j'apprends avec lui, à ne pas faire dans le beau, à ne pas faire des phrases, ni des discours, ni des déclamations, encore moins des hymnes pour écrire un poème. Il a appris à se faire tout petit pour atteindre la grandeur des choses, l'immensité du bruit de l'eau dans une fontaine, d'une feuille d'ortie, d'un instant.

« Il a parlé parfois plus haut que lui.

Pardonnez-moi. »

L'anti-mépris L'immensité d'une vie d'homme aussi. Des enfants trop seuls, comme il l'a été. De ses frères humains, prolétaires de la terre, comme d'où il vient. Des hommes et des femmes, victimes des guerres, du siècle, qu'il a traversé lui aussi.  Il a mis sa main dans toutes les mains, tendue ou non, ouvertes ou pas, de la misère aux fonctionnaires, des communistes à Drieu la Rochelle, des caporaux aux communards. Il est l'anti-mépris. Il savait se battre, mais toujours en frère. Il avait traversé assez d'obscurité pour donner sa chance à la lumière.

« C'est à ceux qu'on rencontre,

À ceux qui ont visage encore,

Qu'on demande pardon

Pour ceux qui n'ont en plus. »

La petite force de vivre On en a trop fait ou pas assez avec lui. Il n'est pas que le poète breton, ou que le minimaliste, ennemi de l'image, l'anti-surréaliste, ou seulement ce bonze de granit à la portée des enfants. N'en faites pas un monument, ni un cliché, ni un cadavre. Lisez-le simplement. Lisez Terraqué ou les anthologies de son Art poétique chez Gallimard. Lisez Possibles futurs, ou Ce sauvage, ou Du domaine. Vous verrez comment, avec persévérance et application, comme un artisan, une couturière, il a ramené les mots dans le cœur battant du monde, de la ronce à l'aurore, dans le silence de chaque mort et de chaque naissance. La petite force de vivre.

« Je vous donnerai des poèmes

Où vous vivrez

Comme l'olivier

Vit dans sa terre.

Vous y gagnerez

De faire vous aussi

Vos olives. »


 

Thomas Vinau sur Bookwitty


 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Le sens

Publié le par la freniere

L'indifférence, la méchanceté, la débâcle, l'agitation, les petitesses, sont affaires d'hommes. Leurs ego bétonnent, leurs monnaies enterrent, leurs croyances mentent, leurs pouvoirs détruisent. Loin de ces jeux morbides, un seul lilas contre un mur éboulé, le trait roux d'un renard dans un champ, un éclair de moineau sous la pluie, un ru dans la poussière, des pépites de rires à la sortie des classes, proposent inlassablement le sens du bonheur.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Dans le bol d'un crâne

Publié le par la freniere

Les enfants jouent à la marelle là où les pas des vieillards grignotent l'espérance. Le revolver du temps nous tire dans le dos avec ses balles chargées de sang. Que pouvons nous y faire? Nos mots ne sont que des balles à blanc. Ils traversent la nuit et finissent en phalènes. La vie se vide de sa substance dans le bol d'un crâne. Ce qui commence n'a pas d'avenir sinon celui de la mort. N'ayant pas de pays, je suis en exil chez moi. J'habite le fond de mes poches, un doigt dans le trou par où s'échappent les sous. J'écris n'importe quoi, n'importe quoi et le reste, n'importe quoi et rien. C'est comme une eau qui coule, le sang d'une blessure, la sève s'épanchant d'une entaille. Tout s'agite autour de moi. Je m'attarde à regarder passer les heures. Certaines minutes traînent la patte. Des instants tombent en vol comme les oiseaux du temps. Même quand elles ne font rien, les heures font du bruit. J'attends mon tour à l'hôpital. J'ai une enflure au désespoir, un oedème à la voix.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Prose

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Fête d'Irlande

Publié le par la freniere

Fête d'Irlande

Publié dans Glanures

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Grand Prix de Poésie de l'Académie française à Anthony Phelps

Publié le par la freniere

Le Québécois d’origine haïtienne Anthony Phelps a reçu un très grand honneur le 22 juin dernier en se voyant remettre le Grand Prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique. Né en 1928, Anthony Phelps fait un premier séjour au Québec à 23 ans où il étudie la céramique et la sculpture aux Beaux-Arts et apprend l’écriture radiophonique avec Yves Thériault. C’est au début des années soixantaine qu’il publie ses premiers recueils. Il s’installe à Montréal en 1964 après avoir été forcé à l’exil par le régime répressif de François Duvalier. Le long poème Mon pays que voici, écrit en 1963 avant d’être pris par les forces de Duvalier, constitue selon Anthony Phelps lui-même « le point de départ de ma trajectoire d’écrivain ». Terre déliée au cœur d’étoile chaude Fille bâtarde de Colomb et de la mer nous sommes du Nouveau Monde et nous vivons dans le présent. Nous ne saurons marcher à reculons n’ayant point d’yeux derrière la tête et le moulin du vent broie les paroles sur nos lèvres car sur les socles de la mémoire dans la farine de nos mots ô mon pays nous pétrissons pour toi des visages nouveaux. Il te faut des héros vivants et non des morts Il a fait paraître jusqu’à ce jour une quinzaine de recueils poétiques. Il reçoit deux fois le prix Casa de las Américas, en 1980 pour La Bélière caraïbe et en 1987 pour Orchidée nègre. En 2014, il reçoit le prix de poésie Gatien-Lapointe/Jaime Sabines pour Mujer América / Femme Amérique. Il est reçu en 2014 chevalier de l’Ordre des arts et des lettres de France. Ses livres évoquent l’amour et l’exil. Ils sont traduits en espagnol, anglais, russe, ukrainien, allemand, italien, et japonais et quelques-uns de ses livres font partie du corpus des études françaises de plusieurs universités aux États-Unis. Isabelle Beaulieu Les Libraires

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Elle marche

Publié le par la freniere

Elle marche, contre les vents, plus seule que la solitude. Elle arrache au panier du temps l'osier de l'espérance pour le replanter. Sous les cadences rapides des gongs désâmés, elle ralentit le pas, regarde, sourit, écoute, porte au nid d'herbe un moineau blessé. Elle bat la campagne pour des choses qu'elle dit belles, bonnes, essentielles, sacrées. Elle tambourine contre l'absolu pour qu'il s'ouvre. Elle fait des efforts pour s'élever plus haut, plus loin, plus juste. Tout cela a peut-être un sens. Elle dit aussi qu'écrire c'est aller des yeux à la main sans passer par l'esprit. En somme, selon elle, vivre et écrire serait simplement cueillir ce qui est plus grand, plus aimant, plus important que l'entendement. Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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