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Sous l'arche du temps

Publié le par la freniere

Sous l'arche du temps

SOUS L'ARCHE DU TEMPS
ESSAI SUIVI D'ENTRETIENS

HÉLÈNE DORION


« Se tenant contre le simulacre, l'écrivain, l'artiste nous fait éprouver le monde, commun à tous, et revendique la nécessité de l'inutile. Il ramène le péril au cœur de la vie et maintient en tension le fil de l'existence par où, funambules, nous avons à marcher au-dessus de l'abîme. Cette vérité, Hélène Dorion semble l'avoir éprouvée dans sa chair, comme une brûlure, une soif brûlante, un vertige. Y rester fidèle, elle ne sait que cela. Rester en éveil. Restituer le mystère, le pouvoir du rêve. Secouer les fondations du tel quel, l'indolence de l'âme, l'apathie du cœur. Faire ressentir la sensation d'exister, d'habiter cette terre fragilisée. Faire de nous des veilleurs du monde, des gardiens d'humanité, dans notre coin de planète qui nous est imparti.

Poète joyeuse, enracinée dans son sol, dans sa langue, dans son corps : racines de l'universel. En fin de compte, Hélène Dorion s'adresse à notre fragilité. Celle que nous ne voulons pas voir, ressentir, vivre et qui pourtant nous ouvre à la vie. Celle qui est masquée sous l'épaisseur des images de puissance, de contrôle, de rentabilité. Elle le fait en nous restituant, par sa poésie, la fragilité de la vie quotidienne – ses sensations, ses odeurs, ses couleurs, ses sons. Et en nous offrant le bonheur de soupçonner, sous les mots, le battement du cœur de la Terre, à l'unisson du nôtre, qui transfigure l'existence en chant. »

Extrait de la présentation de Jean-Claude Ravet
Rédacteur en chef de la revue Relations

Publié dans Glanures

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Raymond Carver

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Raymond Carver

Raymond Carver

Publié dans Poésie du monde

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Cathy Garcia

Publié le par la freniere

Illustration pour Bonzaïs hallucinogènes, à paraître très prochainement chez Gros Textes (textes et illustrations de Cathy Garcia

Illustration pour Bonzaïs hallucinogènes, à paraître très prochainement chez Gros Textes (textes et illustrations de Cathy Garcia

Publié dans Les marcheurs de rêve

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J'habite l'invisible

Publié le par la freniere

J'habite l'invisible.

Les murs sont des collines, du ciel, des forêts.

J'habite le silence.

Les meubles sont des mots.

La table est mise pour le vent.

J'habite l'air des champs.

Les fleurs attendent les abeilles.

J'habite une maison hantée où les fantômes font la fête.

J'habite une maison liquide

Les bras du fleuve s'ouvrent à l'estuaire.

J'habite un corps plein de sang.

L'âme des anges a des ailes d'oiseau.

J'habite les secondes, les heures, les années.

L'armoire est pleine de souvenirs.

J'habite le premier homme et le premier cahier.

J'habite le ciel et les nuages.

L'orage fait danser les vitres de la pluie.

J'habite la terre et l'eau d'érable, le coeur des tournesols,

le beau bleu des lavandes,

le jaune des pissenlits qui nous tache les doigts.

J'habite la neige et l'huile d'olive.

J'habite le rêve et le réel.

J'habite la parole où la vie de chacun est une bibliothèque.

J'habite le voyage.

J'étale sur la table toutes les cartes du monde.

J'habite l'espace et l'espérance.

Tout un passé reste accroché aux lieux.

Certains gestes rappellent tant de vies antérieures.

Je marche seul vers chacun.

Je vis pour habiter l'amour,

mais la guerre sans cesse vient frapper à la porte.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Le hasard et l'habitude

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, il fait beau. Si j'étais croyant, je me signerais devant le soleil. J'applaudirais le vent. Des bulles de bonheur éclatent dans le grand bol de l'air. Quelques cabanes émergent du lac pour la pêche sur glace. Les brimbales s'agitent. Des hommes en adorak matelassé enfilent sur une corde les petits poissons des chenaux. D'autres les font sauter dans le beurre entre deux ponces de gros gin. La pêche sur glace n'est qu'un prétexte pour boire jusqu'à l'ivresse. D'autres se renfoncent dans l'attente et tapent des mains pour réchauffer le corps. Un policier patrouille en skidoo. L'uniforme absorbe totalement celui qui le porte. Un policier n'a pas plus de personnalité qu'un pit-bull. Il se confond avec son fusil qu'il brandit comme un sexe. On a beau mettre les montres à l'heure, le monde retarde sur le temps. Si je préfère l'odeur du tabac à celle de l'encens, c'est que les jurons soulagent mieux que la prière. Ni Dieu ni Freud n'ont guéri l'homme de son aveuglement. La blancheur du froid transforme tout en école de silence. De rares oiseaux se font entendre et le crissement des pas sur la neige. Le gel nous rend prisonnier de l'espace. Il ne me semble pas que je vive au milieu des hommes, mais plutôt à côté. Je ne pêche pas le même poisson et ne reste pas longtemps au même endroit. Même assis dans l'immobilité, je voyage dans ma tête. Je prends le train des mots. Je m'éloigne du train-train quotidien. L'errance est la colonne vertébrale du voyage. Chaque jour est un nouveau pays. Je ne suis sûr de rien. J'écris en dilettante. Je laisse mes livres aller seul dans la vie. Les mots sont en vadrouille de l'orage à l'éclair au chocolat, du tabarnak au tonnerre de Brest. Je les retrouve dans le désert où s'égosille ma parole. Chaque phrase est la braise d'un pas sur la neige des pages. Le silence, il faut le goûter, le toucher, l'embrasser. Je lis toujours avec lenteur, les mots ne bêchant que la mort. Il me faut la richesse des mots pour supporter ma vie de pauvre, des espoirs bien plus vastes qu'un Dieu. Vivre, c'est combiner la douleur et la joie.

J'aime les clous qui dépassent. Ils rendent plus vivant. Les mots les plus tragiques sont les mots quotidiens. Ils s'usent aux mêmes secondes que le temps. La dextérité d'un violoniste n'empêche pas le temps d'aller plus vite que les doigts. Je joue pianissimo. Je marche très lentement. Chaque instant de plus est une mort différée. On laisse les mots se charger de l'horreur pour s'en laver les mains, mais le sang ne part pas. Il tache l'espérance. Toutes les raisons de vivre ne servent à rien. Autant écouter les oiseaux, accompagner le vent d'un air de flûte, ajouter des couleurs à la noirceur du monde. La mort donne de l'espoir aux pessimistes. Avec le temps, à défaut d'un loup, je promène mon cadavre. De dents de lait en crocs de loup, je n'ai plus que des quenottes pour mordre dans la vie, une parole ébréchée. Sur le blanc réticent de la page, je pèse sur mon Bic comme un vieux paysan s'appuie sur sa herse pour que le soc s'enfonce davantage dans la motte. Il arrive que le temps passe à reculons. En quelques mots, je retourne à l'enfance. Je regarde une fillette rouler sur un vélo volé. Ses couettes volent au vent. Il suffit du bruit d'une tronçonneuse pour que tout s'efface, la jeunesse, la naïveté, l'amour. Les fleurs repousseront toujours, mais qu'en est-il de l'homme? Nous sommes nés dans le noir, pourquoi la mort ferait-elle la lumière? À trop faire l'homme, on perd sa féminité. On devient soldat, thuriféraire ou banquier. Toutes les techniques de vivre n'y font rien, un homme reste bête face aux fleurs. J'en ai même entendu qui leur parle en bébé.

Le hasard et l'habitude se font complices ou se combattent, le temps se partageant les bleus ou les suçons. Je suis né près d'une gare. Il y a toujours un train qui part au fond de ma poche, un rêve qui déraille dans le trou du cœur. L'été se désapprend plus vite que l'hiver. Le ciel est à l'orage. Les nuages sont d'immenses brouettes qui déchargent leur eau. J'attends le feu Saint-Elme et les oiseaux de feu, la grand-messe du ciel et la colère du vent. J'avale de travers la parole des dieux. Je m'étouffe à boire un vin de ronces amer. L'idée du monde a remplacé le monde. Y a-t-il encore une forme de vie intelligente chez les hommes? Le jour vient où les abeilles butineront des roses de plastique. Nous y sommes. Un seul mot s'envole et la phrase perd son sens. Il y a deux jours que je le cherche en vain. Peut-être qu'un oiseau lui a prêté ses ailes, qu'un ruisseau l'a caché dans un tas de galets, qu'un arbre dans ses feuilles lui a fait une place. Peut-être qu'un enfant joue à la balle au mur avec quelques voyelles, que le mot os mord un chien, qu'une valise pleine de lettres traîne aux objets perdus. Le train des mots déraille quand il manque une gare.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

Publié dans Prose

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Pour en finir avec le jugement de Dieu

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Jean Perron

Publié le par la freniere

Jean Perron

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CONFIDENCE 

parfois 
j'écris juste pour partager le beau temps 

une flotte d’outardes 
une mère et ses petits 
sur le roulis des rapides 

le bouillonnement de vie du soleil 
ses clins d’oeil dans l’écume 

les chuchotements amoureux du courant 


JEUNE MAGICIEN DU HASARD 

échappant un instant 
à la vigilance des parents 
un garçon s’approche de la rivière 
couverte du reflet des nuages 

voix haute voix basse 
la mise en garde des adultes 
leurs visages à la fois inquiets et rassurants 
et de l’autre côté 
la berceuse infinie de l’eau 

les mille chuchotements 
d’un monde invisible 

le garçon promet de ne pas sauter 
il veut seulement toucher 

au moment où il pose un doigt sur l’eau 
un rayon de soleil perce les nuages 

la rivière passe de l’ombre à la lumière

 

Jean Perron
 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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La femme et la création

Publié le par la freniere

Niki de Saint Phalle

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Speak white par Robert Lepage

Publié le par la freniere

Speak white par Robert Lepage

http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/saison-2016-2017/segments/prestation/17661/robert-lepage-speak-white-nuit-blanche-poesie

 

Les mots ont résonné haut et fort à l'occasion de la Nuit blanche de la poésie, qui s'est déroulée dans la nuit de samedi à dimanche au Musée d'art contemporain de Montréal. Robert Lepage, Raoul Duguay, Marjolaine Beauchamp, Simon Boulerice, Anne-Marie Cadieux, Jean-Paul Daoust et Francis Ducharme, entre autres, ont célébré en grand la si belle et si riche poésie d'ici. C'est nul autre que Robert Lepage qui a donné le coup d'envoi de l'événement nocturne en récitant le célèbre Speak White, de Michèle Lalonde.

Il est si beau de vous entendre
Parler de Paradise Lost
Ou du profil gracieux et anonyme qui tremble
Dans les sonnets de Shakespeare
Nous sommes un peuple inculte et bègue
Mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue
Parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats

Speak white
Et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse
Que les chants rauques de nos ancêtres
Et le chagrin de Nelligan
Speak white
Parlez de choses et d’autres
Parlez-nous de la Grande Charte
Ou du monument à Lincoln
Du charme gris de la Tamise
De l’eau rose de la Potomac

Parlez-nous de vos traditions
Nous sommes un peuple peu brillant
Mais fort capable d’apprécier
Toute l’importance des Crumpets
Ou du Boston Tea Party

Mais quand vous really speak white
Quand vous get down to brass tacks
Pour parler du gracious living
Et parler du standard de vie
Et de la Grande Société
Un peu plus fort alors Speak White
Haussez vos voix de contremaîtres
Nous sommes un peu durs d’oreille
Nous vivons trop près des machines
Et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils

Speak white and loud
Qu’on vous entende
De Saint-Henri à Saint-Domingue
Oui quelle admirable langue
Pour embaucher
Donner des ordres
Fixer l’heure de la mort à l’ouvrage
Et de la pause qui rafraîchit
Et ravigote le dollar

Speak white
Tell us that god is a great big shot
And that we’re paid to trust him
Speak white
Parlez-nous production, profits et pourcentages
Speak white
C’est une langue riche
Pour acheter
Mais pour se vendre
Mais pour se vendre à perte d’âme
Mais pour se vendre
Ah! Speak white
Big deal
Mais pour vous dire
L’éternité d’un jour de grève
Pour raconter
L’histoire de peuple-concierge
Mais pour rentrer chez nous le soir
À l’heure où le soleil s’en vient crever au-dessus des ruelles
Mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
Chaque jour de nos vies à l’est de vos empires
Rien ne vaut une langue à jurons
Notre parlure pas très propre
Tachée de cambouis et d’huile

 

Speak white
Soyez à l’aise dans vos mots
Nous sommes un peuple rancunier
Mais ne reprochons à personne
D’avoir le monopole
De la correction de langage
Dans la langue douce de Shakespeare
Avec l’accent de Longfellow
Parlez un français pur et atrocement blanc
Comme au Vietnam au Congo
Parlez un allemand impeccable
Une étoile jaune entre les dents
Parlez russe, parlez rappel à l’ordre, parlez répression

Speak white
C’est une langue universelle
Nous sommes nés pour la comprendre
Avec ses mots lacrymogènes
Avec ses mots matraques
Speak white
Tell us again about freedom and democracy
Nous savons que liberté est un mot noir
Comme la misère est nègre
Et comme le sang se mêle à la poussière des rues d’Alger ou de Little Rock
Speak white
De Westminster à Washington, relayez-vous

Speak white comme à Wall Street
White comme à Watts
Be civilized
Et comprenez notre parler de circonstance
Quand vous nous demandez poliment
How do you do
Et nous entendez-vous répondre
We’re doing all right
We’re doing fine
We are not alone
Nous savons
Que nous ne sommes pas seuls.


 

Michèle Lalonde


 

Publié dans Poésie à écouter

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Quand on n'entendra plus un seul chant d'oiseau, peut-être sera-t-il bien tard pour s'apercevoir qu'il n'y a plus d'arbres.

Pierre Autin-Grenier

Publié dans Ils ont dit

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