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Les mots deviennent chair

Publié le par la freniere

Avec l'argent, les hommes ne savent plus faire que du mal. Les banquiers sont un peu comme les hommes, avec le cœur en moins. Les soldats sont un peu comme les autres, avec la haine en plus. L'argent a une odeur, c'est celle du pétrole. Les riches pendant la guerre sont encore plus riches. Je déchiquette l'ombre pour goûter la lumière. J'écris au lit entre deux rêves. Je m'éveille un stylo dans la main. Si je meurs, ce ne sera pas au bout de mon sang, mais à la pointe d'un Bic. Les mots tuent autant qu'ils libèrent. C'est à la fois la nourriture, le sentiment, le rêve. C'est à la fois la pluie et le soleil, un arc-en-ciel sur la page. J'avance parmi les mots entraîné par le verbe. J'aime l'articulation des phrases, la danse des voyelles, la cadence des consonnes. Ce sont mes muscles qui travaillent, mes os qui se déhanchent, mes mots qui se font chair. Qu'on me laisse faire. Je prends la vie à bras le corps. Je suis le baume sous le crachat. Plusieurs mains poussent un crayon dans celle qui écrit. Je suis le je nommant chacun, le jeu des choses dans l'espace. La chair se propage à partir d'un noyau. Dans ces images que l'on traque à l'odeur, je me refais sans cesse, à la fois l'autre et moi, le diable et le bon dieu, la ronce et le pétale. Je suis à peine moi que je suis déjà l'autre. La mort et la naissance se confondent à la fin.

 

&

 

Les fourmis s'impatientent, les ceusses qui fourmillent dans le tintouin du monde. Je ne les vois pas, mais j'en devine la cohorte. Debout dans la caillasse, je lutte contre le vide. Un orage gronde quelque part. La neige fondra peut-être. Les oiseaux braillent à qui mieux mieux. Je réchauffe ma voix au cordial du rêve, au vin rêche qui râpe. Je découpe la chair sémantique à l'étal des viandes. L'émotion me sourit au lieu magique des Indiens. Il y a une grotte débouchant sur une cheminée naturelle permettant la permanence du feu, une source d'eau pure nous offrant le plaisir de boire dans la coupe des mains, un triangle de pins qui devient en hiver un ravage de chevreuils servant de garde-manger. On ne sait pas à quoi servait l'immense mur en pierres taillées à la façon des Aztèques. Le mystère reste entier. Je préfère les légendes aux vérités historiques. Le bagou des conteurs imagine ce qu'ils veulent. L'inconscient collectif prend le pas sur le reste. La légende suffit pour que je vienne brûler du foin d'odeur et de la sauge. On s'y passe le joint pour certifier le rêve.

 

&

 

 

La terre est une maison. Chaque route est une chambre sans mur. Je fais des trous dans le noir tout autour, pour prendre l'air, pour m'évader, pour me trouver ou pour me perdre. Il y a du sacré dans tout, dans la naissance et dans la mort, dans l'entre-deux qui les unit. Ayant toujours vécu sans heure, je ne connais pas le temps. Pourtant les rides, le foie gonflé, les os qui tombent en panne... Je n'ai plus de cheveux et juste assez de dents pour le pain qu'il me reste. Malgré toutes les années passées, il me reste l'enfance avec son sac de billes, ses larmes et ses rires, sa cruauté et sa bonté pour les petits lapins. Sourcier dans le désert, rivière sous le béton continuant sa course, je cours avec une allumette, la protégeant d'une main contre le vent qui souffle. Je résiste à la chair pour exister plus haut, mais je tombe toujours. Je me relève avec de l'encre et du papier. Même si les mots bredouillent dans ma bouche, je fais pas de brouillon. Le style ne peut rien contre l'orage. Ni poésie ni prose, je perds le fil des images. Coupant à vif par la montagne, je n'en finis plus de monter, de monter, de monter. Je descends quelque fois pour reprendre mon souffle. Il pleut des cordes maintenant, des cordes a nœuds ou de pendu. Les mots flottent sur la page. Je dois laisser les phrases mouiller ma tête et les écrire de mémoire. Des gouttes perlent de mes yeux. Je ne sais pas si c'est la pluie ou l'émotion, l'irrationnel ou la fatigue. Atteignant le sommet, j'ai des jambes de coton flageolant sur le sol. Je m'ébroue comme un chat dans le flic flac de l'eau. Ceux qu'on soutient un jour, un autre jour nous soutiennent. Aucune mémoire ne suffit. Ce sont les gestes qui s'imposent, les accolades, les baisers. Face à l'immensité, tous les calculs sont faux. Qu'on monte ou qu'on descende, nous sommes toujours en marche vers ailleurs. Nous poursuivons toujours le même début de réponse. Toute la vie est un pèlerinage. Il y aura toujours des routes ou l'esprit circule.

 

&

 

Nous sommes assiégés par le béton, la bêtise, la télé, l'internet, les douanes, les frontières, les amateurs de sport, les banquiers, la police, la poussière, les nouvelles du monde, le manque de liberté. L'air est plein de voyelles. Le soleil émulsionne les négatifs de l'ombre. Je suis plus proche des fleurs que je le suis des hommes. Je comprends mieux les bêtes. Je suis plus près du vent que des portes qui claquent. Je tends l'oreille où plus rien ne s'entend. Je suis plus loin des hommes que des chevreuils en rut et des chiens sans médaille, plus près de l'herbe qui se tait et des grillons qui chantent, plus proche des étoiles et de la chair de lune. J'ouvre mon cœur au vent, au désordre, à la vie, aux âmes de Gogol. J'ouvre mes yeux aux livres de poèmes. L'aspirine ne soigne pas la gueule de bois du siècle ni les prières le silence de Dieu. J'ai cassé mes jouets et j'attends qu'on me gronde. Quelque chose au fond de moi cherche à éclore. Tout part des étoiles. Tout y revient. La beauté et l'ivresse prennent racines dans la terre, les couleurs et le vin, les formes et le savoir. Je suis toujours absent du lieu où je dois être. Des yeux font signe dans la nuit. Des viandes saignent sous la peau. Je marche vers la mort et je crache en passant sur les salamalecs et les carnets de chèques, les odeurs de sainteté et les hypocrisies. Je dis adieu à Dieu en reniflant le ciel. J'ai les yeux fascinés par la beauté du monde, les mains quêtant plus de caresses, des pas se tricotant au fil des sentiers, des pensées qui éclosent dans le pot du cerveau.

 

&

 

Des mises à nu aux mises à mort, je poursuis une abeille dans un bouquet d'orties. Le cœur de l'amour est aux soins intensifs. Les mots surveillent son électrocardiogramme. Ils trébuchent et bégaient selon les résultats. Des paquets d'âmes vacantes attendent à l'urgence, des âmes expropriées sans qu'on sache pourquoi, des hommes étonnés d'être femmes, des espaces assommés par le temps. Ce qui se tait se terre au fond du corps avec des mots tués entre les dents. Survivant de la seringue, j'en ai gardé une hépatite et du sang d'encre dans les veines. Chaque page est un pansement pour les phrases blessées. Le compte est bon. Celui des larmes correspond à la suite des jours, à la fuite, à l'affût. Le ciel se vide peu à peu. Ce qui était dedans tombe en neige et vient blanchir le monde. Les murs criblés de balles gardent le goût des morts. On ignore où commence ce qui ne finit pas. Je caresse la vie jusqu'à toucher l'excès. Je marche et je m'égare comme un enfant qu'on abandonne. J'ouvre ma voix aux traces de pas, aux becs d'oiseaux, aux pattes de mouches. J'ouvre les yeux dans bouquet de ronces, le torse d'un chemin, les miettes sur la table. Ma langue est mon visage.

 

&

 

Il arrive que les arbres se changent en prières, le corps des hommes en écriture, la couleur des mots en façon de marcher. Le mot à mot est mon visage. Il n'y a rien ici qu'un énorme silence. On fait avec, comme on peut. On baisse la tête. On regarde ses pieds. On parle avec le sol, les ornières, les flaques d'eau. Je change en écrivant. Les lèvres bougent avec les mots. Le matin fume dans une tasse de café. Le jour se couche dans une odeur de soupe. Même si la neige fond, si la chaleur revient, «La Flûte enchantée» s'est tue. Plus rien n'annonce «Le Sacre du Printemps». La gueule de la nuit se confond avec la belle de jour. Du miel coule sur mon cahier, des taches de douceur, des taches de rousseur entre les paragraphes. Je tends une main pleine d'échardes, la main d'un ébéniste, une main pleine de caresses et de tâtonnements, la main d'un potier, une main aux doigts longs chargée de notes bleues, la main d'un musicien. Mille anges se nourrissent de pourritures humaine au fond des dépotoirs. Je mendie l'alphabet par les trous du langage. Quand je mange un poème, j'en garde les épines. La moindre cicatrice n'empêche pas la douleur ni la concordance des temps le moindre désaccord. Il n'a pas suffi d'agrandir le désert. Il a fallu s'en prendre à l'enfance de l'eau, emprisonner le rêve dans une maison de poupée, détruire la forêt pour élever du bœuf. Il a fallu qu'on passe des menottes aux rivières. On court de masque en masque pour trouver son visage. Chaque phrase est comme le bruit d'un homme qui s'abat ou roule des épaules.

 

&

 

Il pousse des mots à mes envies de mordre, des os dans le rêve des chiens. Je voudrais tout connaître, pleurer la mort d'un papillon. Les lignes sur la page suivent le mouvement des arbres et celui des cadavres. J'ajoute des mots d'été au milieu de l'hiver, des libellules, des fourmis, des fleurs de pommier. Entre la rage et l'orange, entre l'orge et l'orage, la différence n'est plus que sémantique. Chaque matin avant d'écrire, je dessine sur mon cahier le visage de ma blonde. Ses traits s'emmêlent à mes traits de crayon. La montagne pond des pierres dans le bas des torrents. Les mots sont ponctués de rires, de pain perdu, de mûres et de murmures. L'électricité perd le fil. J'écris à la chandelle comme un vieil écrivain, une plume à la main chatouillant la peau de l'air. Les crissements de l'encre sur la page sont des rires ou des pleurs. Les images qu'on perçoit sont comme délavées. Elles perdent leur éclat, mais gagnent en profondeur. Ce que les yeux ne voient pas habite le regard. L'ombre et la lumière se côtoient, le visible et l'invisible, le cru et le cuit. Le mot cancer ne vient jamais. Il tourne autour du pot. L'abstrait est difficile à mettre en scène. Il perd sa substance au fil des mots. Je veux mettre en chair l'intangible. L'angoisse est délétère. Elle se manifeste par les ulcères sur les arbres, les taches de rouille, la note bleue du blues, les os qui s'affaiblissent, les œdèmes, les dents qui se délitent. Le corps tout entier devient une question. L'écriture est un cardiogramme s'exprimant par une série de phrases. Ayant longtemps porté la vie, c'est sur la mort maintenant que je pose mes yeux.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Le baiser d'Hélène

Publié le par la freniere

Le baiser d'Hélène

À l’occasion du Mois de la poésie, qui bat son plein à Québec, le Bureau des affaires poétiques présente, en collaboration avec Le Devoir, le volet «Brèves incursions». Denise Desautels poursuit cette série qui, chaque semaine, donnera à lire un poème inédit d’un auteur du Québec.


 

À Hélène Monette, pour sa voix et pour tenter de mettre «à mal les dégâts du silence»


 

déjà tes «grandes ailes»

bien avant Thérèse pour joie et orchestre

«trop lourdes pour ta charpente»

tu lui ressemblais

presque toi

celle qui trop tôt

ne serait jamais plus là

«plus personne»


 

˚

presque toi

celle que je n’ai jamais vue

tes récits de rues de rivières de doute

tes doigts de bleu sombre

et nos aimées nos cadavres

au creux de nos soifs

frémit la perte

comment l’entrer dans le poème


 

˚

la nuit menace

comme si elle aboyait

nos muscles d’espoir broyé

plus de place pour les anges

ni feu ni transbordement

de joie de déesses tu dis

«La beauté est laide, il faut rêver»

rien alentour n’est assez vaste


 

˚

es-tu encore là

haute hurlante Hélène

sauvage

figure de proue

sur fleuve de cendre à l’affût

«déguisée en espérance»

nos coeurs boitent

c’est qu’on est à court d’extase ici


 

˚

dernière chance d’avril

avançons

fils de fer et visages parallèles

à fleur de nous Hélène

le monde n’en finit pas de trembler

ton brouillard ton dernier baiser

black-out

sur une joue d’océan


 

˚

à côté de ce qui nous lie

l’infini turquoise

te parle nageuse de nuit

fouille nos hasards nos archives

ne sais rien vois pense prends peur

aloès palmiers foule dévalent

«la vie tient à si peu»

suis désolée


 

˚

sur le qui-vive

désolée

devant mornes et flamboyants

le réel en larmes va

on vit mal tout près du sol

dangereusement de trop

morsure amie

partout Dieu sourd consent


 

˚

une lumière et ses bras de silence

d’éternels débris de chute

«la petite espérance» ne marche plus

qu’os nomade qu’attentat

éclat sur la table d’horizon

tant bien que mal

flèche spirale urne

la langue erre


 

˚

te parle tout près

sans adieu

brûle de vagues

de sons d’âmes d’immondices

pourtant nous veille

rêve

dis viens poème

petite paix


 

Montréal — Haïti
30 octobre — 30 décembre 2015

 

Denise Desautels

Extraits de Le baiser d’Hélène, qui paraîtra aux éditions du Petit Flou, Saint-Bonnet-Elvert (France), juin2016.

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Les écroulements

Publié le par la freniere

Regarde mon amour
Ce monde qui s’écroule
Autour de nous
En nous
Serre bien ma tête contre ta poitrine
Et dis moi ce que tu vois
Pourquoi ce silence ?
Dis-moi simplement ce que tu vois
Les étoiles contaminées tombent-elles
De l’arbre de la connaissance
Le nuage toxique des idées
Nous submergera-t-il bientôt ?

Dis-moi ce que tu vois
Brûle-t-on déjà les livres sur les places publiques
Rase-t-on la tête des femmes avant de les lapider
Y a-t-il des processions d’homme à cagoule
Brandissant croix et cimeterres
Pourquoi ce silence mon aimée
Sommes-nous sur une île flottante
Ou voguons-nous sur une torpille
Sommes-nous seuls
Ou enchaînés à d’autres frères de fortune
Quel jour sommes-nous
Quelle heure est-il ?
Serre bien ma tête contre ta poitrine
Et si tu peux
Ouvre ton ventre et accueille-moi
Au creuset de ta force
Fais-moi remonter le fleuve
Jusqu’à la source des sources
Replonge-moi dans la vasque de vie
Et verse sur ma fontanelle
Sept poignées d’orge
En fredonnant la chanson de Fayrouz
Celle que tu chantes mieux qu’elle

Pourquoi pleures-tu
As-tu peur pour le monde
Ou pour notre amour
Ne peux-tu rien pour moi ?
Alors dis-moi simplement ce que tu vois
De quel mal meurt-on aujourd’hui
Quelle est cette arme invisible qui extirpe l’âme
et le goût à nul autre pareil de la vie
quelle est cette caravane qui égorge ses chameaux
et vide ses outres d’eau dans le sable
quel est ce magicien
qui fait de la guerre un acte d’amour ?


 

Abellatif Laäbi

Publié dans Poésie du monde

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Il faut vivre

Publié le par la freniere

Il faut vivre, disait ma mère. De rien du tout à la grande mer du néant, se poursuit la grande écriture du fleuve, avec ses heurts et ses retours, ses débours de langage, ses chicanes d’oiseaux, ses sacs et ses ressacs, ses tournures de phrases encore mal dégrossies du langage des ancêtres. Elle va de rive en rive, de la source à l’estuaire, de la mémoire à l’embouchure des lèvres, de bouche en bouche. Elle rêve d’un pays qui n’arrive jamais. À partir de peu, j’ai fait ma collection d’images. Ce qu’il reste n’est pas ce qui est là. Je le cherche encore du bout de mon crayon. Tout était en suspens. Du mouvement des astres aux mouvements des muscles, de l’amibe aux idées, de la cosmogonie à la semence intime, du carré de sable au désert, des vagues de la mer au vague à l’âme, de la migration des oies à celle des neutrons, de la douceur du ventre à la douleur des larmes, des grands monstres sauriens aux nouveaux androïdes, il y eut la naissance. Cela était noyau, cela devint un fruit, un fruit donnant la vie à celui qui en mange. Chaque atome a sa place dans ce monde qui bouge. Les oiseaux chantent. Le tonnerre gronde. Les grillons stridulent. L’eau siffle quand elle bout. L’oreille se prête aux sons qui passent.

J’écoute respirer la terre, le vent qui souffle dans les arbres, le clapotis des vagues, le bruissement des insectes. Sur le vert des collines, les coquelicots se mêlent aux taches de rousseur. Un tronc d’arbre crépite à force de cigales. Les corneilles comme toujours manigancent à tue-tête. Le vent n’en finit plus de piétiner les feuilles. Des bulles de soleil pétillent sur le lac. La brosse des orties frotte la peau de l’air. Les bouleaux laissent voir leurs pansements. Les nuages bougent à peine dans les filets du ciel. Le goût de l’herbe dans ma bouche me ramène à l’enfance. Des langues inconnues alimentent chaque mot. Un fleuve mnémonique irrigue chaque ride. Le mot résiste aux bruits des choses comme le roseau résiste au vent. La métaphore est un grain de cumin qu’on ajoute au pain frais, une couleur au tableau, une chair aux neurones. Chaque parole est unique comme une sève identique différenciant chaque arbre. De la couleur locale à la couleur humaine, il y a plus qu’un pinceau. Il est inutile de chercher plus loin, ce que l’on trouve est toujours ce qu’on apporte.


Lorsque j’écris, je donne du pain aux mots et la parole aux morts. La page de papier, le petit trait de plume, la tranche du cahier, c’est mon poids qu’ils supportent. J’ai beau me faire léger, les mots sont lourds quelques fois, les phrases trop pesantes, les images trop noires. Les miracles auxquels on ne croit plus n’arriveront jamais. Il y a pourtant à fleur de tête tant de magie possible, tant de bonheur au bout des doigts. Dans les mûrissements, les germinations, les grouillements, les gésines, ce que féconde la mort alimente la vie. C’est une pâte qui lève grâce au levain du temps. Tout ce qui vit est ripaille et curée, de la fange éphémère à la poussière du pollen. Un immense chaos donne les formes les plus pures. Dans cet espace boulimique, chaque atome est un germe. Chaque fleur est un fruit. Chaque seconde est une boîte de Pandore. Chaque poumon quête la nourriture de l’air. Chaque montée de sève croise la chlorophylle. Bandant le fil de la parole, je me tiens comme un arc de la tête au talon.

 

Jean-Marc La Frenière

paru aux Éditions Trois-Pistoles  «Il faut vivre, disait-elle»

 

Publié dans Prose

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Pas besoin de Roger Tabra

Publié le par la freniere

Un autre parti trop tôt

Publié dans Poésie à écouter

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Les écriveux

Publié le par la freniere

La nouvelle mode littéraire, c'est d'être trash. Plus on détruit l'amour, la beauté, la bonté, plus on est applaudi. Plus on est applaudi plus on a l'impression d'inventer quelque chose ! Placer dans l'écriture un mot ou deux ou plus, arrogants, provocants, donne le ton d'un orchestre qui déraille et qui se croit génial. Et voilà le terreau d'une bande d'écriveux bavant de plume alerte, des mots, des gros, au sens dans tous les sens. Choquer pour se démarquer, ainsi font ceux qui ne savent pas prendre le risque du plus juste sans artifices. On voit ainsi, traînant leurs guêtres dans le politiquement incorrect, la morve au nez, les doigts mouillés d'humeurs, le texte érigé comme un sexe, de jeunes prétentieux ayant tout à apprendre du silence, de nouveaux riches de la parole  inconscients d'ajouter à l'égrégore de l'inepte. Pour tacler le joli, et là ils ont raison, ils condamnent le beau, et là ils sont stupides.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Ils ont dit

Publié le par la freniere

Ils ont dit

L'art ne vient pas coucher dans les lits qu'on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom : ce qu'il aime c'est l'incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle.

Jean Dubuffet

 

Publié dans Ils ont dit

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La corde

Publié le par la freniere

Une nuit
J’ai ouvert la grille
Sur le jardin des ombres


Traces de traîneaux perdus
Pattes d’oiseaux sur la neige
Pistes de loups éperdus

Refus de ces chemins tracés
Non je ne franchirai pas
La distance de la douleur à l’amour
Même si j’entends défleurir les fleurs
Avec leur fil de sang au cœur

Mon ciel suspendu
La corde au-dessus du silence
Que je tresse sans fin
Pour ne pas tomber


Christiane Loubier

 

Publié dans Poésie du monde

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Improésie

Publié le par la freniere

En partenariat avec le Salon du Livre de Trois-Rivières et la
Ligue d'Improvisation Mauricienne, Les Écrits des Forges et
Les Éditions d'art le Sabord

 

présentent :le jeudi 17 mars 2016, 19h-20h au Salon du livre de Trois-Rivières,
Espace Radio-Canada,
1620, Rue Notre Dame Centre, Trois-Rivières

 

Poètes participants :

Monique Juteau
Pierre Labrie
Robert Lalonde
Marie-Hélène Sarrasin
Marco Geoffroy
David Goudreault

 

Deux équipes de trois poètes s'opposent dans un match d'improésie à travers des duels. Les deux équipes ont deux heures pour créer dix poèmes chacune selon les contraintes et thèmes qui leur sont imposés et les proposer au public qui désignera l'équipe gagnante.

Deux formes de duels sont possibles :
- Le poème comparé : les équipes lisent leur poème l'une après l'autre puis le public vote
- Le poème mixte : les deux équipes lisent leur poème ensemble par vers ou strophes alternatives (selon les modalités énoncées dans les contraintes).
Un tirage au sort déterminera l'ordre de lecture des poèmes.

Les poètes reçoivent les consignes et contraintes 2h avant le début du match. Ils recevront dix fiches indiquant : le titre du poème, la contrainte, le style "à la manière de" et la longueur du poème ainsi que quelques spécifications en cas de poème mixte.
Par exemple :
• Poème comparé ayant pour titre "L'hiver", écrit à la manière de Victor Hugo, contrainte : doit rimer en "ver", longueur : un sonnet.
• Poème mixte ayant pour titre "L'hiver", écrit à la manière de Victor Hugo, contrainte : doit rimer en "ver", longueur : un sonnet. On tire au sort pour que soient lus de manière alternative les vers.

Matériel à disposition : un dictionnaire



Liste des pénalités :

 

Non-respect de la carte thème /Non-respect de la catégorie /Cabotinage /Confusion /Retard de jeu /Procédure illégale / Décrochage /Nombre illégal de joueurs /Accessoire illégal /Cliché /Manque d’écoute /Rudesse /Mauvaise conduite – majeure


Animateurs: Jocelyn Garneau et Samantha Bérubé
Arbitre : Laurence Gélinas
Coach des équipes : Delphine Lefèvre et Martin Goneau

Publié dans Glanures

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Les lignes de la main

Publié le par la freniere

On ne lit plus les lignes de la main sous les mailles des mitaines. C'est la mort que l'on héberge et que la vie nourrit, mais c'est l'amour qui donne un sens aux gestes, une parole aux mots. Les nuages en bataille annoncent un orage. Leur ouate s'effiloche en neige ou en grésil. Les os craquent dans les arbres. Le froid dévore la lumière. Il en fait des glaçons, du givre sur la vitre, de la rougeur aux yeux. Mes pieds font les cent pas parmi les cendres bleues. Un soleil effiloché tatoue la peau du froid. Dans la remise du jardin, je compatis à la tristesse des outils. La pioche s'empoussière en attendant l'été et les doigts du râteau gratte le dos de l'air. Une simple promesse, une lueur au fond des yeux, agitent mon crayon. Avec un mot ou deux, je tiens les œufs au chaud dans un panier de terre. J'attends les nénuphars sur l'épaule de l'eau, l'écume de la mousse, même les mouches nous agaçant la peau, le dard des abeilles assoiffé de pollen. La tache rousse d'un renard sur le drap de la neige, les yeux ronds d'un chevreuil, le vent couleur d'averse, les épinoches en deuil, les hurlements d'un loup, nous surprennent chaque fois. Je veux cueillir des pommes dans un jardin d'enfants, délivrer la sirène de son château de sable, mais il est tard maintenant. La vie pèse plus lourd. Les étoiles s'étiolent sur l'émail du temps.

 

&

 

Tout nous vient de la terre, de l'eau du puits au lait du pis, du vin des vignes aux petits pois, des petits poings du temps à la robe des blés. Quand le ciel est trop bas pour se tenir debout, je me nourris de mots et de cris éperdus. Je ne suis pas du bois dont on fait les potences. Je suis de l'homme et de l'érable. Je débite les ormes en planches de salut. Je ne suis pas né d'un dieu, mais de ces bêtes immenses qui mordent l'infini, d'une petite maison abritant l'âme des morts, d'un diable aux milles caresses, des mots traînant le monde avec leurs pattes de mouche, d'une saison mal famée, des têtes fanées dans la maison des fous. Des oiseaux blancs titubent au-dessus des ordures et transpercent du bec des sacs de misère. Je resterai malade, s'il le faut, tant que le monde sera plein de malades. Je suis seul et j'attends, je ne sais qui ou quoi. J'apprends ma voix dans les sentiers d'hiver. Avec le temps qui passe, j'habite désormais un cimetière d'amis. Debout sur mes blessures, j'affronte les matraques. Je traîne dans les ruines ma besace d'aveugle. La danse des rainettes fait couiner mes poumons. Le temps laisse du gris sur la poussière des choses et les canettes rouillent dans l'herbe saccagée. Le pays de Merlin n'enchante plus personne ni le joueur de flûte rameutant ses brebis. Je cherche le chemin où les pas se détraquent. Les hommes en armes et les porteurs de bottes tannent la peau des pauvres. Locataire d'un corps que je n'ai pas choisi, je le paie de mon sang. Les souvenirs remontent à la surface du papier. C'est tout un monde qui meurt, quand quelqu'un disparaît.

 

&

 

Le temps laisse du gris sur la poussière des choses. Le pain retourne à sa farine jusqu'au germe du blé. L'odeur d'une fleur reconstitue la terre. La liberté frissonne parmi les amulettes. Le temps rêve de feu dans une boite d'allumettes. L'aimant des yeux racole tant d'images que mon regard se perd au bord de l'horizon. Une lumière me fait signe du fond de l'impossible. J'écoute la musique que font toutes les langues. Un arbre que ratissent tant de becs d'oiseau se rapproche du ciel. Le plus haut que l'on soit, il faut encore s'élever. Au bout de l'escalier, il y a toujours une marche, celle qu'on ne voit pas, qu'on imagine à peine, qu'on dessine du pied. Je me perds d'un étage à l'autre dans la maison du temps. Le bois chuchote sous la poussière des meubles. Chaque nouvelle phrase est une fissure dans l'émail des éviers. L'âme dépaysée du monde court de la bibliothèque au frigidaire. Les anges passent en silence sauf le bruit des ailes et du sang dans les veines. La manche d'un manteau vide laisse passer le vent. C'est comme l'air qui palpite dans les trous d'une flûte. Un livre me soutient quand tout le reste lâche, la mémoire d'une phrase, le tacet des musiques, une mèche de cheveux, un billet de spectacle, une cicatrice au front, une vieille rature dans le livre des heures, la clé numéro neuf sur un tableau d'hôtel. Dans mon petit carnet, il y a à chaque page une velléité d'écrire. Le pouce entre deux pages ouvre une porte sur l'ailleurs. D'un lieu sans arbre, sans brindille, sans ortie, les mots recomposent une forêt traversée de ruisseaux. L'obscurité se masse où l'on ferme les yeux, mais la lumière toujours finit par apparaître.

 

&

 

 

Une porte qui claque fait sursauter le rêve. Est-ce le vent qui souffle ou un ange qui passe, l'espace dans une boite qui veut se déplier, un chat qui cherche la sortie, les deux poings de l'angoisse qui cognent sur la porte, la lumière du monde qui s'arrache à l'abîme? La pluie au fil interminable recoud toutes les choses. Lorsque la neige se démaille, je touche au monde par les trous. Le corps du pays palpite sous les pieds. Le bout du monde recule une gare après l'autre. Les yeux des vaches broutent la lueur des wagons. Le poème est un bâton d'aveugle qui sonde l'infini. J'écoute japper le chien noir des nuits blanches, l'os du rêve à la gueule. Je partage un fromage avec la solitude, le café noir de l'angoisse et les œufs du matin assaisonnés de larmes. Le cœur du bois ne cesse pas de battre. Il fait grincer les chaises, les pattes de table, les planches à nœuds. L'écriture ne m'a pas servi, elle m'asservit. Je ne sais plus que faire de tous les mots biffés, de toutes les ratures. Les mots ne suffisent pas à faire pousser l'espoir. J'ai dans les yeux la tristesse d'un loup. J'ai beau me perdre et m'égarer, je me retrouve toujours dans la région du cœur. Je veux toucher la terre avec la main des mots, boire à l'eau de la vie, comprendre la magie, brûler le banc des accusés et le papier monnaie. Quand je fouille mes poches, il ne me reste que mes mains. Ça suffit pour écrire ou caresser ma blonde, cueillir des fleurs dans une poubelle, piger dans le sourire des pauvres pour faire du bonheur avec de petits riens, m'ouvrir le cœur comme un paquet de bonbons. Le vent s'habille en courant d'air. Depuis longtemps déjà mes jouets sont rouillés. À leur place, il y a des choses qui commencent, des rires qui éclosent, des bulles qui explosent, du silence et des mots. À la place d'une cravate, je me suis mis des ailes. Je dois les replier pour traverser les portes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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