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Il y a

Publié le par la freniere

Il y a ceux qui n’arrivent à rien,

ceux qui reviennent de tout,

ceux qui n’arrivent qu’à eux sans regarder les autres,

ceux qui s’étouffent en érigeant des murs,

ceux qui se pendent à ce qui reste de vie,

ceux qui parlent sans rien dire,

ceux qui disent tout d’un simple geste,

ceux qui survivent au froid en allumant des mots,

quelques mots, quelques phrases,

quelques cris dans le désert,

quelques flash en couleurs dans la routine grise,

quelques coups d’ailes pour ceux qui veulent voler,

quelques battements de cœur pour ceux qui n’en ont pas,

quelques trous dans les murs pour respirer plus large,

de la broue dans le toupet,

des coups de main, des coups de cœur,

quelques syllabes sonores pour les sourds et muets,

quelques bulbes de fleur pour les toits végétaux,

quelques billes d’enfant pour ceux vieillis trop vite,

quelques bulles d’air pour l’oxyde de carbone,

quelques bulles d’air pur,

quelques bulles de savon dans la crasse,

quelques miettes du pain pour la famine du monde,

quelques gouttes de pluie sur le bitume sale,

quelques flocons d’avoine pour les tempêtes de neige,

quelques éclats de rire, des vers dans la pomme,

deux ou trois verres sous la cravate,

de l’âme dans les gestes pour faire grandir l’homme.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Brume

Publié le par la freniere

Me faudra-t-il hurler comme une chienne à la mort?

Les oiseaux boitent dans le smog des villes

et les poissons se noient dans une mare de pétrole.

Tous les égouts mènent à la mer

et les mouettes au dépotoir.

Accroupi dans les bruits, j'écris sur du bois mort.

À l'écoute des herbes, j'étudie le miracle.

La santé est mal vue dans un monde de malades.

Je marche dans les ruines

où les chiens policiers traquent les anarchistes.

J'accompagne les mûres dans leur habit de ronces.

Je porte dans la voix des chemins insoumis.

Je sème dans la nuit le blanc des cerisiers.

J'avale des contre-ut sur une portée aphone.

Je regarde le monde avec des yeux d'enfant

sur un nid de paupières.

Je dépiste l'immonde derrière les apparences.

Sur la Carte du Tendre le sang

coule sans cesse d'une blessure béante.

Empalée sur un cou, ma tête pousse un cri.

Je dessine un radeau dans le sillage des naufrages.

On entasse des milliers d'émigrants

dans des camps sans latrines.

À chaque fois qu'on tue,

qu'on abat, qu'on torture,

je soulève le monde avec des bras cassés.

Je peux toucher la mort

avec la main qui manque.

On a planté partout des barreaux immobiles.

Les balles en caoutchouc qu'on tire sur la foule

peuvent crever des yeux.

Les têtes qui cognent contre les murs

ont perdu la langue entre la douche et la seringue.

On porte tous sous la peau une tête de mort.

Des idées noires se mêlent aux poèmes oubliés.

Loin des injures et des commandes, i

ll y a des mots qui font du bien.

J'apporterai des rames aux barques insensibles.

 

jml

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Brumes industrielles

Publié le par la freniere

Brumes industrielles

Les jardinières aux jonquilles cœur de Volcan en béton armé éclaboussent de bleu le jaune des cheminées
De la brume ou du souffre des cavaliers métalliques navires à quai en pleine ville se diluent d’impressions en soleil
Le Levant au bout de la digue s’éveille sur les ailes des goélands transatlantiques.


 

***

J’ai décroché tous les tableaux qui ornent la nuit
Sans abat-jour, elle me brûle les yeux
J’ai éteint tous les livres qui chantent la vie
Sans rythme, elle me rend sourd
J’ai gommé tous les bleus qui colorent la mer
Sans nuage, elle a un goût de fiel
Et lorsque l’Etoile sans sourire nargue le crépuscule
De son œil de lune, la musique reste aphone


 

***


 

Quelques pétales rouges dans la gouttière effeuillent le zinc d’un toit parisien
Ses larmes grises s’évaporent des ardoises qui couvrent la Seine
Sous un pont aérien
J’ai vu un chat assis sur un coquelicot


 

***


 

Les cendres bleues du petit matin
Dans les paupières d’un lac asséché
Scintillent sur la colline
Les corbeaux bleus du mois de janvier
Dansent sur les branches endormies
Des ombres malines


 

***


 

J’ai des ancêtres aux yeux rouges
Dans les cendres de mes peines
J’ai de la terre au goût amer
Dans ma bouche en décomposition
J’ai de la sueur de lait caillé
Dans les trous de mes veines
Et les pierres à mes poignets
Comme le goudron sous mes pieds
Arrachent les ailes des libellules


 

Yann Dupont


 


 

Brumes industrielles

Publié dans Poésie du monde

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Il existe pourtant...

Publié le par la freniere

Publié dans Poésie à écouter

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Abrakabaret

Publié le par la freniere

Abrakabaret

Publié dans Glanures

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Dire

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, j'ai l'impression d'écrire en copropriété. Lire un seul, c'est en lire plusieurs, un labyrinthe de noms, un corridor d'alibis, personnages fictifs ou réels. Ne me cherchez pas dans la foule. Je suis derrière la coulisse, dans la marge. C'est de là que j'écris. Je marche encore avec un mot devant l'autre comme une main tendue.

jml

Publié dans Dire

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Jusqu'à l'argile

Publié le par la freniere

 

L’écriture est dans mes pieds. Je ne fais que la suivre, du petit feu dans une boite d’allumettes jusqu’à la gueule d’un volcan. Étranger de moi-même, je suis chez moi partout. J’invente mes déserts, mes oasis, mes routes. Ma chair s’accroche aux nerfs des images. Mon stylo bave comme un chien, de pattes de mouches en vols d’oiseaux. Je me dépouille de tout pour être nu jusqu’à l’argile. Écrire, c’est deviner les pas sur une place déserte. Pourquoi la majuscule au début d’une phrase ? On dirait une maîtresse d’école au sourire empesé. Les petits mots voudraient sortir du rang. Les voyelles font les cancres et les consonnes sourient. Quand les mots se bousculent à n’en savoir que dire, c’est comme un hôpital agité d’aliénés. L’électrochoc des idées les transforme en baudruches. J’ai un vide dans la tête, un trou noir, un vélo. Ses roues grincent à l’envers, énervant le silence. Il n’y a rien derrière les choses. Le tout est sous la peau, dans l’âme et dans le cœur. J’avance dans la nuit avec des mots qui déshabillent les fantômes.

Où sont les vieilles sur la galerie voyageant en berçante, les chiens errants, les guenilloux, les quêteux, les fous de village, les gamins de ruelle ? Où sont les mots en forme de lèvres, les poignées de main, les accolades ? Qui se souvient de la vie, cette merveille ? Dans le cimetière du vent, des tombes verticales dressent leurs pales effilées. Tous les poèmes écrits se souviennent des premières paroles. Les morts ne sont pas cette chair pourrissant dans la terre mais l’âme des chamans nourrissant l’écriture. Plus les cadavres s’enlisent, plus les âmes s’élèvent jusqu’à couper le souffle. Il y a de l’ours, du bison, de la babiche dans ma voix. Il y a de la marmotte, de l’érable, du loup dans mes gênes. Il y a du Peau-Rouge, du Celte, du françoys dans mes héritages. Il y a du Miron, du Giguère, du Gauvreau dans l’encre de mes mots. J’avance avec mes pattes de mouche en animal poétique. Malgré le froid, le gel, les arbres sans leur jupe de feuillage, montrent la nudité des branches, les vergetures du temps sur leurs cuisses végétales. Une aile de mésange fait chanter l’aubépine. Les mots caquettent sous le ventre des poules.

Une faucille de lune fauche le bleu du soir, éclaboussant d’étoiles les yeux du paysage. Le vent laisse tomber les vêtements des arbres, la robe blanche des cerisiers, la jupe rouge des érables, la chemise des ormes. Les museaux des chevreuils réchauffent les bourgeons. Les loups grattent la neige. Ici, sur mon cahier, les ronds polysémiques de l’alphabet ouvrent des yeux humains. Même quand il fait beau, est-il possible d’oublier les bombes, les attentats, les guerres ? Malgré les somnifères, les prozac, les mensonges, le sang versé tache la vie. Les cadavres n’ont plus rien à cacher. Le monde à grande échelle n’a plus que des barreaux de prison. J’habite le petit, le minuscule, le peu. Le cœur percé à jour, les mains débordant de voyelles, je m’accroche au brin d’herbe, à la goutte, à la paille. Je marche à l’intérieur de moi, cherchant le bistouri oublié dans un ventre, l’écharde sur le cœur, le poisson dans le dos, la balle dans la tête. Chaque mot est une roche expulsée d’un volcan. Il n’y a pas de pays sous chaque drapeau, de sang sur chaque main, de bague à chaque doigt. Il n’y a pas d’argent dans chaque poche, de chaîne à chaque chien, de cage à chaque oiseau. Il y a de l’âme dans chaque homme, de l’amour à chaque mot.

Je traverse le monde en ermite manqué. Je traîne dans mon sac deux ou trois Vernet, du Bobin, du Rimbaud, du Miron. Lié à rien, je me délie de tout. J’écris sans logies, sans ismes, sans idéologie, avec des mots vrais comme la peau, la rosée, le sang frais des grenades, de celles que l’on mange. Je ne prône pas l’ignorance mais la santé des mots, la vérité noyée dans la couleur des langues, la clarté du bonheur, la bonté des idées, la beauté des poèmes. D’un coup de langue, je lape l’infini comme un lait sémantique.

D’un seul coup de crayon, je fais entrer le monde dans un noyau de pêche, le ciel dans un verre, la mer dans un mot. Je mets l’azur en boite. J’émiette sur la table un nuage de pain. Je parsème d’étoiles quelques croissants de lune. Je mets du sel sur la langue et des images en poudre dans le café du jour. Assis face à la mort, j’attends en déjeunant l’apparition des mots, l’afflux des métaphores, l’arrivée du facteur. Lorsque je basculerai dans le néant verbal, je reviendrai sûrement mi encre mi papier dans un livre fantôme. Si je fus mauvais père, je lègue à mes enfants le devoir de vivre, un cri d’amour et de révolte, un besoin de bonté, des pages de tendresse nécessaires à l’espoir.

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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Dans le presqu'été

Publié le par la freniere

nous nous serons recueillis au bord des corps comme s’ils étaient un dernier feu, nous aurons entouré les cendres de chants, d’homélies, de prières, de mots secrets ; les petites flammes de nos cierges éclairaient-elles assez leurs ascensions. une fois cent ans et une rose blanche puis une seconde fois cent ans de vie, une seconde rose. nos fronts descendaient si bas qu’ils frôlaient la terre noire où dorment des milliers de fois mille corps comme autant de fleurs aux printemps. qu’entendions-nous avec nos cœurs trop gros, enflés de pleurs, d’amour surtout.

ensemble, nous nous serons penchés et avec nos pauvres mains, celles avec lesquelles nous avons partagé le chagrin et la compassion, l’amour le plus simple, nous aurons pris la terre, tendrement, à peine une poignée, et couché en elle le berceau et la racine. notre berceau, notre racine. deux fois la neige sur les fleurs blanches. deux fois l’éclaircie. un doigt de soleil tombant au juste moment de l’adieu.

tous ensemble nous nous sommes sentis seuls, aussi seuls que nous étions assemblés. si seuls qu’il nous aura fallut toutes nos mains toucher, nos corps vifs serrer, nos yeux ouverts sur nos souvenirs, pour nous rappeler que l’hiver meurt, que le printemps passe, que l’été viendra avec sa chaleur comme nos cœurs battent vivants, comme les enfants rient dans le presqu’été. et nous nous serons souris au-dessus des larmes avec cette vaillance rare et généreuse de vouloir la force pour l’autre. la douceur, aussi.

Catrine Godin

Publié dans Poésie du monde

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Homme d'érable

Publié le par la freniere

à Gilles Vignault

Homme d’érable et d’aubépine, de la chair de poule au frisson boréal, j’ai voyagé dans le pays des wendigos, dans les portages et les rapides, entre la chasse-galerie et le skaï des minounes, les poudreries et les battures, l’appel du grand large et les neiges nomades, de la mémoire à l’amnésie. J’ai les bras débordant de rivières, une langue à sucre et à cambouis, une parlure pas trop propre. Je ne parle pas comme Sollers mais comme un débardeur. J’écris avec mes doigts sur le ventre des pierres. On reconnaît ma voix à l’accent de ma peau, à la couleur de mes pas. Les dents usées sous le sourire, je mords dans le pergélisol et le schiste endormi. Saint-Laurent, Saint-Laurent, je remonte le fleuve et son langage d’eau dans le tangage des pitounes, ousmiak frayant sa route dans les sauts blancs des bélugas, vieux sachem dansant autour du bivouac. Des premières brumes du continent jusqu’aux baisers neigeux, du Mérimack jusqu’au Yukon, de la Bretagne jusqu’à Lowell, nous sommes mêlés au sang de tous, hurons, iroquois, irlandais, des lakotas aux nez percés, des italiens aux polonais. Notre langue se cherche de la ditche au fossé, de la swamp à la dèche. Je suis venu d’avant sans retrouver l’ensuite. J’aime l’orage et son parfum d’ozone, les nœuds qui tiennent l’arbre debout, les têtes de caboche qui affrontent la mort avec des mots d’amour, les rêves de la nuit qui se prolongent en phrases. Je suis venu d’après sans retrouver l’avant. Nous sommes sans vraiment savoir qui nous sommes. Il est difficile d’avancer dans l’à peu près du monde. On ne revient jamais par la route qu’on suit. Elle s’éparpille dans les pas. J’ai l’âme écartelée du pôle nord au pôle sud. Je remonte dans un kayak de mots sur le lac calé des voix amérindiennes, oumigmak perdu dans la froidure des hummocks, du cercle des tipis à celui des igloos, de l’architecture des moraines à celle des toundras. Des flèches d’amour dans mon carquois, cherchant l’aïeule du crétacé, je rafistole de babiche le kométique du cœur. Je remonte le fleuve, ses mesures de gigues, ses danses de la pluie, entre la glace et la débâcle.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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Gaston Bachelard

Publié le par la freniere

Publié dans Glanures

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