Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Conseil des Haudenosaunee, 1977

Il faut que les peuples qui vivent sur cette terre dépassent le concept étroit de "libération de l'homme" et qu'ils commencent à voir que cette libération doit être étendue à l'ensemble du monde naturel. Ce qu'il faut, c'est libérer toutes choses qui entretiennent la vie - l'air, l'eau, les arbres, tout ce qui entretient la trame sacrée de la vie. 

Publié dans Paroles indiennes

Partager cet article

Repost0

Aphorisme du jour

Publié le par la freniere

Ce que la vie me donne, je le redonne à l'encre.

Publié dans Aphorisme du jour

Partager cet article

Repost0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

L'enfant joue avec la vie
Le vieillard s'appuie sur elle


Adonis

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost0

La tasse dans l'argile

Publié le par la freniere

Il n’est jamais trop tôt. Il n’est jamais trop tard pour aimer. J’ai traversé la vie sans un seul sou en poche. Certains mots sont comme des bouts de souliers qui dépassent. Celui qui se cache ne les voit pas. L’hiver, pour la chronique des faits, je déchiffre la neige. Je vois derrière les choses celles qui n’existent pas, la table dans l’érable, la tasse dans l’argile, la prairie dans l’étable, les dièses du silence, les images dans les mots, les arbres qui s’envolent dans le chant des oiseaux, les sirènes endormies sur le radeau des vagues, le blé qui lève sous la glace, les bras du fleuve dans une goutte de pluie, la maison tout entière dans la tête du marteau, les pas qui pleurent sur le bord d’un fossé, les rêves qui s’étirent dans l’abri du sommeil, l’espérance en voix off sous le strass des écrans, l’autre côté du pain aussi réel que la faim, la bonté dans les fleurs. Des milliards de soleils, au fond de l’infini, permettent l’existence.

Derrière chaque mot l’absolu se profile. On n’en finit jamais d’en retisser la trame, d’en dénouer le fil, d’en pétrir le pain, d’en ravauder l’espoir. Quand j’ouvre mon cahier, j’entends battre le cœur. Je sens monter la mer et le vol des oies blanches. La phrase est comme l’échine des vagues sur le dos du lac. Les lignes sur la page ont des regards d’enfant. Ils voient sans voir, sans savoir. Ils devinent le ciel dans le nid d’un oiseau, sur la buée des vitres et la poussière du pollen. Penché vers la lumière, la langue entre les dents, j’écris comme un enfant. J’épèle chaque lettre pour en extraire le jus, un brin d’éclair, un cil de lune, la beauté des détails. Un invisible doigt caresse les pétales. Les feuilles frémissent au moindre souffle. La terre goûte le ciel quand on aime la vie.

Il ne faut plus marcher sur les pieds du bonheur, écraser les orteils du jour, casser les doigts du rêve, jeter la paille des oiseaux avec les œufs du nid. Sous l’éclat des couleurs, la confidence du monde chuchote dans les ombres et les replis du cœur. Seuls les mots les plus simples recueillent l’inconnu. J’accueille le monde comme on reçoit la pluie, la neige, le soleil, la tempête. Il y a des fleurs qui retiennent leurs parfums et ne les offrent qu’à la mort. La beauté doit bouger comme les ailes du papillon, les plumes de l’oiseau, les vagues sur la mer. Les couleurs dansent sur la toile. Le silence frémit quand il retient son souffle. Tout un vent de lumière soutient l’obscurité. Il n’est jamais trop tôt. Il n’est jamais trop tard. Chaque arrivée est un nouveau départ et nul ne sait jamais où il va.

Chaque pas, chaque geste, chaque mot sont des lieux d’où l’on part. C’est l’histoire entière qui marche dans nos pieds, toute l’argile du monde qui passe par nos mains, toute l’eau des millénaires qui tombe dans une goutte. Des milliards de cris d’insectes, des froissements d’ailes, des mouvements de planètes, des milliers d’odeurs nous font ce que nous sommes. Des milliards de gestes se résument en un seul. Les hommes raisonnables ont raison. Ils ont raison de la vie, de l’amour, de l’enfance. Je ne demande ma route qu’à celui qui s’égare et non aux hommes assis. Ils ont les sens rassis. Un insecte surgit sous sa couette de feuillage. Je le suivrai au bout du monde qui n’est qu’un autre pas. Les oies blanches repartent. Un peu de moi les suit. Un peu de leur envol me reste dans les yeux.

Le monde est un départ, depuis toujours et pour toujours. Nous sommes ce qui est là, l’avant d’avant, l’après d’après. Il faut partir de là. Les lichens parlent sur la pierre. Les herbes tendent leurs bras comme un lutteur hagard. Il suffit de si peu, un chat surgi de l’ombre comme une chaise qui craque, une éraflure sur la pierre, la tête d’un pont qui sourit, un baluchon de larmes qui ne pèse plus rien. Il n’y a pas de nuit sans matin. Il n’y a pas de route sans ligne d’horizon. La vie n’attend personne. Elle court devant nous sans regarder derrière. On ne peut pas dompter la bête curieuse du temps. C’est à nous de relever les morts, de soigner les blessés, de baliser la neige, de trouver le chemin entre les lignes de fuite et les points de rencontre.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

La sagesse qu'un sage cherche à communiquer a toujours un air de folie.

Herman Hesse

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost0

Ce monde n'est pas le mien (Maroc)

Publié le par la freniere

Ce monde n’est pas le mien

et je n’ai pas d’autre monde

Je ne dispute à personne son royaume

Je ne convoite

ue ce qui a été délaissé

par les convoitises :

un arpent de terre en jachère

un mouchoir de ciel

imbibé de lavande

un filet d’eau

plus pour le plaisir des yeux

que pour la soif

un fruit resté seul sur l’arbre

des livres hors commerce

usés à force d’être lus

des amitiés pour le simple repos du cœur

une étoile complice pour les confidences

en cas de douleur

des miettes pour attirer

les hirondelles de la vision

un bâton solide de pèlerin

pour entreprendre

encore et toujours

le seul voyage qui en vaille la peine

celui au centre de l’homme

 

Abdellatif Laâbi    Écris la vie, Éditions de la différence

Publié dans Poésie du monde

Partager cet article

Repost0

Armistice

Publié le par la freniere

Le soleil grimpe tranquillement
pendant que je pisse sur les ronces
si chacun remplit sa part du contrat
tout devrait bien se passer

Thomas Vinau

etc-iste.blogspot.com/


Publié dans Prose

Partager cet article

Repost0

De l'esker au whisky

Publié le par la freniere

Un bras ou une jambe en moins n’empêchent pas la danse, mais si le cœur n’y est pas, ce sont des pas de marionnette. Quand on confond la colonne vertébrale et la colonne de chiffres, on ne marche plus, on rampe. Il ne s’agit pas de vivre mieux mais de vivre. Je ne veux que danser et redresser l’échine cardiaque. Je dois trouver en moi les mots qu’on m’a volé, les pépites d’or dans le sac du pauvre. Je dois cracher le bâillon et redresser les vignes déchirées, les tiges piétinées dans le jardin des hommes. Ne cherchez pas Dieu dans les missels. Pour l’abeille en prière, la fleur est une cathédrale. Le ruisseau est un sexe dégorgeant sa lumière dans un trou de verdure.

Trop de chanteurs se pendent avec leur corde vocale. Trop de chiens s’étouffent avec leurs aboiements. Trop de cœurs s’immolent au crématoire du profit. Trop d’hommes s’entretuent pour une fausse auréole. L’écriture ne guérit pas. Elle entretient la fièvre, le feu, la flamme. Même à 30 degrés sous zéro, l’encre ne gèle pas. Les phrases forment sur la page une brume légère. Le sens y navigue à l’estime comme un vieux baroudeur. La phrase n’est pas une collection de mots, à moins que le livre soit un musée. Je n’ai que mon cœur à offrir. Je donne mon sang au fil de l’encre.

L’été, chez les pauvres, porte une robe de pissenlits. Il n’a pas le sourire guindé des bouquets de fleuriste mais la couleur du soleil. Les plus grands sages ne crient pas. Ils murmurent à peine. Les majuscules ont l’air de sauterelles qui se cherchent des ailes. J’écris en minuscules qui se tiennent la main. Penchées sur la page, avec leurs traits obliques, elles ressemblent à la pluie, à l’avoine, à la vie. Le sort des empires n’a pas plus d’importance que le sexe des anges. Le cours de la Bourse n’est rien face au cours des rivières. Les plus beaux mots n’ont rien à faire dans la tête. Ils en sortent en chantant.

Je déambule le cœur en neige, l’épaule en bandoulière, une main pleine de pouces, les deux pieds dans les plats. J’apprends à ne rien faire, à jouer de l’archet sur la crosse d’un fusil. Je mets des feuilles aux poteaux de téléphone, des pétales au bois de rose, des pédales au néant, des racines jusqu’à la tête des arbres, des vagues de caresses aux hanches des chaloupes. Pour mourir debout et les yeux grand ouverts, il faut manger sa vie jusqu’au trognon. Tous les lupins frissonnent à l’appel du pollen. Je l’écris comme je le peux, par la babiche et le muskeg, la batêche et l’épinette, le cométique et le mohawk, l’oumiak et le pergélisol. Je dépose mes mots dans les herbes vivantes, mes images dans les rues, là où le cœur du pain cherche le blé.

Le vent trouve toujours sa route. Le chant des oiseaux n’a pas l’arrogance des dieux mais l’urgence du nid. On peut avec des mots et des couleurs recoudre des morceaux de vent, en faire un cerf-volant, un arc-en-ciel, un paysage neuf aux routes imprévues. On peut avec des notes et du silence imaginer la couleur du temps. On peut avec des miettes de pain dessiner un oiseau et refaire le fruit à partir d’une écorce. Les ailes du papillon s’éclairent de pollen, celles de l’oiseau caressent l’eau du ciel. La langue du vent lèche les arbres, les herbes, le lichen, le dos bleu des lavandes. Quand la musique fait la pause, les notes se reposent dans le silence entre les choses. Branchés sur l’horizon, les yeux rechargent leur accu et font tourner sans fin la grande roue des images.

Sur les rues de la ville, le ciel se déploie en auvents de terrasse. Les yeux se réfugient derrière les verres fumés, le rêve dans les verres, le rire du soleil au fond des décolletés. Qui se souvient des signaux de fumée, des danses de la pluie, des pistes de racoons, des mots traversant l’Amérique en froc d’orignal et du chant des chamanes ? Fallait-il choisir entre la rose et l’androïde, la rouille des bazous et la poussière des bisons, le son des gazous et la puanteur du gasoil, le vert des gazons et la brun de la terre, l’esker et le whisky, la gomme d’épinette et l’odeur de l’encens, le cuir et la soutane, l’argent et l’eau de pluie, le sieste et l’heure de pointe, la file indienne et celle des autos, bumper à bumper dans le trafic du pétrole. De la batèche à la batoche, de Bastiscan jusqu’à Bouctouche, mêlant l’amériquois, le françoys et le slang, des sons cherchent leur sens dans la langue autochtone. Embarqué sur le canot du cœur, avec une jambe de bois en guise d’artimon, des mots d’écorce mal gossés sur la page, je resterai toujours un coureur des bois, un trappeur perdu entre la piste et l’autoroute, la source et l’embouchure, la gorge et la coulée. Je resterai cet homme à la recherche de sa naissance, de La Rochelle à Grande-Allée, des cimetières morainiques jusqu’au delta des cuisses, du grand lac tellurien aux banquises d’Arctique.

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost0

Parfois

Publié le par la freniere

il m'arrive
parfois de te voir
 
je m'approche de toi
mais étrangement
tu es là sans l'être vraiment
 
je m'approche de toi
 
j'effleure ta peau
encercle tes cils
caresse tes lèvres
 
mais comme un vol d'oiseaux fous
ton corps se fane en un millier de fragments
 
puis tu t'en vas
 
tu te réveilles et je meurs
 
je ne subsiste que
dans la demeure de tes rêves
 
Umar Timol
 

Publié dans Prose

Partager cet article

Repost0

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Le sang des enfants, qu’est-ce donc, sinon le sang maternel ?

Walt Whitman

Publié dans Ils ont dit

Partager cet article

Repost0