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La poésie

Publié le par la freniere

La poésie

Je n'ai jamais su parler de la poésie
et pourtant, je saurai la reconnaître,
la ressentir comme un cochon devant
sa truffe.

Poésie vérité selon Goethe.
Mentir vrai nous dit Aragon.

La poésie est peut-être cet espace de
liberté, qui permet d'exercer notre
libre arbitre pour fuir tout conditionnement
et affirmer notre vision du monde.

Le poète doit-être "cet allumeur de réverbères"
et s'affronter aux forces des ténèbres
et de l'obscurantisme.

"Ne laissez pas vos lampes s'éteindre !"

La poésie, cette parcelle de conscience
entre des champs contradictoires
et notre rapport à l'invisible.

"La poésie est le trou noir de la réalité"

Cocteau disait:" Il est plus difficile à un
poète de parler poésie qu'à une plante
de parler d'horticulture".

La poésie, c'est le réel, c'est à dire
ce qui dans la vie, nous taraude
au plus profond de nous.

"Dérangez-vous la vie
Déménagez vos idées et vos habitudes
Posez vous les questions différemment
Vos réponses seront peut-être de la poésie"

Ecrire, c'est faire subir au langage
une déconstruction salutaire dans
les entre-deux de la solitude
et n'attendre en retour,

que ton sourire un jour de pluie

Poètes, rangez vos mouchoirs, sortez vos mots à la face d'un monde qui n'a que pour finalité, la vanité et les fausses idoles. Ne restez pas figés sur vos tours d'ivoire. On vous espère, on vous attend dans les caniveaux de l'espoir pour apporter votre modeste lumière et donner du sens à nos vies confisquées. La poésie n'est pas la face honteuse et cachée de la littérature, elle en est le diamant brut.

Richard Taillefer.

 
 
 

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Tristan Cabral : hommage à un poète libertaire

Publié le par la freniere

Tristan Cabral : hommage à un poète libertaire

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Le premier mot

Publié le par la freniere

Le premier mot vient de loin, du fœtus au berceau. Il poursuit sa route sur un table en bois, entre le sel et le poivre, l’apéro, le fromage et le dessert, les verres de plain-pied avec l’azur, les gouttes de pluie sur une assiette, les mottes de beurre de la couleur des pissenlits, les faïences bleu-ciel qui se joignent aux nuages. Les phrases continuent du carré de sable au carré d’as. Je donne un quignon de pain à la grande main du monde, un litre de vin rouge à la soif des hommes. J’ajoute un os à la soupe, des lettres d’alphabet, une pincée d’oignon. La vie colore son visage. Une ombre bouge dans mon dos. Ce n’est pas la beauté qui m’importe, mais l’amour où elle s’épanouit. Un sourire sort de ma bouche comme un oiseau en cage. Je lance mes regards le plus loin possible. La langue passe par mon corps. Elle éponge le cœur.

         Le temps lutte contre la montre, le sang contre l’argent, la nuit contre le jour, la vie contre la mort. On sait très bien ce qu’on ne veut pas. On sait moins bien ce que l’on veut. Les nuages font la moue sur le visage du ciel. J’aime que le temps m’offre son temps, que l’espace agrandisse les routes, que le cœur batte plus vite. J’aime les pauses, la flânerie, le vent d’avant le vent, la fleur avant le fruit, les mots avant la phrase, la rosée avant l’aube, la première page du jour, sa montée vers la cime suivie de sa descente, l’envie avant la vie, le fœtus avant l’homme. J’ai été amibe, bacille ou anémone. J’ai peut-être été bête, pétale, planète, fleur de mai, poisson d’avril. J’ai une langue apprivoisant les loups, une main pour l’outil, une autre pour écrire, deux bras pour l’accolade, deux jambes pour la courte échelle. J’ai une bouche pour mordre, la même pour embrasser, pour sourire et parler.

Je fais la chaîne avec les arbres et les oiseaux, la sève et l’eau d’érable, les plantes et les ruisseaux, le clair de lune et de soleil. Je saute à la corde à danser avec la ligne d’horizon. Les secondes de l’enfance me remontent à la bouche. Je hume les parfums, l’aubépine, le sureau, le lilas, le rouge des framboises, les yeux noirs du tournesol. J’ai hâte que la colline remette son tablier de fleurs, sa casquette d’urubu, que la fontaine soit bordée de cresson et de mousse, que la brume soit rose jusqu’aux fesses des nuages. Les sentiments s’élèvent quand on monte. Le cœur bat la chamade sur les chemins de l’eau et les sentiers pédestres.

Les mains jointes pour prier ne valent pas les mains ouvertes pour donner. Ce ne sont pas les dieux qui ont laissé des traces, bâti des cathédrales, érigé des dolmens, fait prier les croix de bois. Ce sont les hommes. Ce ne sont les fantômes qui hantent les tombeaux. Ce sont les souvenirs. Ce n’est pas le feu qui réchauffe la terre. C’est la main à la pâte, à la roue, à l’épaule. Un écureuil surgit entre deux parenthèses, écalant quelques mots, l’écorce d’une phrase. Une couleuvre se glisse parmi les lignes. Je reviens souvent à la rivière Larose pour parler aux poissons, aux galets, aux arbres, aux écrevisses. Je mords à l’hameçon du temps, au rapala du rêve. La fin épouse le début comme la main manie le geste, la faim marie le pain, la fontaine la soif. Il n’y a pas de dernier mot. La même phrase se poursuit d’une lettre à l’autre, de livre en livre, des maux dits en mots tus. Une parenthèse s’ouvre sur la vie. Elle se ferme trop tôt.


Jean-Marc La Frenière

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Brèves de poésie

Publié le par la freniere

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Chaussés de bottes de sept lieux

Publié le par la freniere

Chaussés de bottes de sept lieux

Chaussés de bottes de sept lieues
Buvons à ton chapeau de coyote rayé
Ma douce ma voix ma rivière
Ma rayonnante scriboulinante
Mon anti-satanique rataplanche
Ma Grande Ourse ma Bételgeuse
Mon astragale ma vlimeuse
Ma charmante désincarnée
Ma divertisseuse invétérée
Ma discoureuse de temps qui s’arrête
Entre tes doux bras d’élégance
Tu me slimouchines
Tu me karpates
Ma sidérapante mon envolée
Ma non-catalepsie dans les radiations
Engouffrées au point chaud
Ma rembourrade ma contorsionnée
Ma grégorienne bleu-baiser
Ma sauterelle grande traverseuse
De Terre-Neuve jusqu’en Alaska
Tu me ritournelles des chants sacrés
Ma loveuse mon escoflambeuse
Certains soirs d’orignaux apaisés
Quand je compte sur toi
Comme sur mes doigts d’orteils
Hissé jusqu’à la finesse
De ton âme qui luit claire
De scrimalimeuse de ciboulette
De belle vie que nous menons

Jean Désy, « Chaussés de bottes de sept lieues… », Hymne à l’amoune, Montréal, Mémoire d’encrier, 2019

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Le règne végétal

Publié le par la freniere

Le règne végétal

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète

Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui

Que chaque nœud du bois renferme davantage

De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt

Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme

À la tombée du soir contre un angle verni

Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles

Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris

Car tel est le bonheur de cette solitude

Qu'une caresse toute plate de la main

Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes

La légèreté d'un arbre dans le matin.

René Guy Cadou
Hélène ou le règne végétal
Pierre Seghers éditeur, 1951

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Le sentier poétique de St-Ferdinand

Publié le par la freniere

Le sentier poétique de St-Ferdinand

Les arbres se dissolvent dans la brume de l’aube. Le lac est recouvert d’une ouate rosâtre que le soleil dissipe. Les chenilles des skidoos laissent des cicatrices sur la neige, les lames des patineurs des arabesques sur la glace. Je suis l’un des seuls raquetteurs. Tantôt j’irai marcher dans le sentier poétique. J’aurai l’air d’un nain dans une forêt d’arbres géants, d’un gnome parmi les fées sous sa capine de laine. Sans charpentier ni maçon, je me fais une raison comme on fait sa maison. Il me suffit des mots et de l’image des mots. Je n’ai jamais appris ma table de multiplication. Je préférais déjà la table des matières et les tables bancales. À la petite école, je comptais sur mes doigts. Aujourd’hui je compte sur mon loup, la lune, le soleil. Je me fie à l’intelligence des arbres. Il suffit de fermer les yeux pour voir plus loin, d’écrire quelques mots pour toucher à la vie, de combler les trous de mémoire pour voyager dans le temps. Il suffit de rêver pour agrandir le réel.

Une main dans une main, c’est comme une aile sur l’épaule, un gond sur une porte. La porte s’ouvre d’un coup d’aile. La vie, c’est plus qu’un bouchon sur l’eau. C’est un sillon, une écharde, une ride, une cicatrice dans la terre, une entaille dans la peau, un poil dans la main, une âme dans la chair. Ce sont des mots qu’on suce avec sa langue. C’est l’audace des mains et le courage des gestes. C’est le portage des images en canot d’écorce, le partage des phrases. Il fut un temps où les bêtes et les hommes vivaient en harmonie. Aujourd’hui, trop d’insectes et d’oiseaux disparaissent. Trop d’animaux sont en voie d’extinction. Les plantes et les hêtres s’étiolent. Des nœuds se forment dans les êtres, se nouent et se dénouent. Des œufs pourrissent dans les nids. Le sang coule à côté des blessures.

Je traverse en raquettes le sentier poétique. Il commence dans la cour de l’ancien hôpital et continue dans le bois, derrière les courts de tennis et le parc d’enfants. Il est bordé d’un côté par un jardin de land-art. On ne sait pas s’il s’arrêtera un jour. Il y a plus de poètes qu’on pense sur le territoire. Des bénévoles l’ont conçu pour soigner les cicatrices d’éoliennes et rendre hommage à Georgette Boulianne des Sœurs de la Charité. Le sentier poursuit son œuvre, un jardin laissé en héritage aux habitants du village. En été, le sentier serpente dans les fougères et les ajoncs. L’hiver, il s’habille de glace et de grésil. Une chienne noire nommée Bella y dévore les bonhommes de neige. Tout l’espace du monde est à portée de la main. Un seul pas mène plus loin que le bout du monde. Je m’arrête à chaque plaque où l’on présente un poète. On a gravé dans le temps des bribes de poèmes. Entouré de collines, d’un lac et de ruisseaux, je continue à lire dans les mots invisibles, les traces de belettes, de cerfs et de lièvres, les voyelles du vent, les ailes des maisons, les signaux de fumée, le texte de la faune, les pages de la flore laurentienne. C’est comme une graine qui lève dans l’humus des yeux, la fleur d’un regard, la tige d’une image.

Jean-Marc La Frenière

 

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Autumn in New-York

Publié le par la freniere

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Ni Diu ni mestre

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Très cher Québec

Publié le par la freniere

Très cher Québec

Je suis née aux confins de ta terre, mais sais-tu que mes ancêtres t’ont vu naître?

Sais-tu combien de nations autochtones il y a sur « ton » territoire?

Sais-tu que je ne suis pas une Innu?

Sais-tu que je ne suis pas une Première nation? Je suis une Inuk, du peuple inuit.

Sais-tu que mon langage n’est pas l’innu(-aïmun), mais l’inuktitut?

Sais-tu comment s’appelle le peuple qui vivait autrefois sur ce territoire à la place des condos ou des maisons?

Sais tu comment s’appelait ce territoire avant qu’on y mette des saints partout?

Sais-tu comment ces mêmes gens qui ont planté tous ces saints dans ce décor ont traité mes ainés, mes ancêtres?

Et sais-tu combien d’autochtones sont morts ces dernières semaines aux mains des forces de l’ordre à travers le Canada?

Sais-tu combien sont morts sans que jamais on ne l’apprenne?

Sais-tu combien de commissions d’enquête le gouvernement a menées pour confirmer que les choses n’allaient pas bien dans nos communautés?

Sais-tu combien de femmes sont disparues dans les communautés à travers le pays récemment?

Sais-tu combien de jeunes s’enlèvent la vie tous les ans chez nous? Tu ne veux pas savoir!!!

Sais-tu que chez moi on écoute les aînés (inutuqait)? On les respecte, ils sont notre mémoire et notre sagesse.

Sais-tu combien de mes oncles ont été arrachés de leur village quand ils étaient enfants pour aller se faire « désindianiser » dans des pensionnats?

Sais-tu que mon père a vu ses chiens se faire massacrer par la GRC?

Sais-tu comment toutes ces douleurs se transmettent de génération en génération?

Pourquoi notre fête n’est elle pas reconnue? Pourquoi n’est-elle pas un jour férié tout comme le 24 juin ou le 1er juillet? Où sont les grands réseaux télévisés qui financent la Saint-Jean et le Canada Day? Pourquoi ne pourrions-nous pas organiser une gigantesque fête populaire ou tu pourrais apprendre de nous? On pourrait même inviter les Allochtones à venir jouer avec nous.

Notre fête est le jour le plus long de l’année. C’est le jour du solstice d’été.

On parle de deux solitudes au Canada, mais comment pouvez-vous ne pas nous considérer dans cette incompréhension à deux têtes? Est-ce parce que vous nous prenez pour acquis? J’ai toujours pensé qu’on devrait plutôt parler de trois solitudes.

Aujourd’hui, nous sommes des citoyens de seconde zone sur notre propre territoire. Le territoire de nos ancêtres et de nos croyances.

Où sont nos services?

Où est notre eau?

Où sont nos soins pour la santé mentale?

Où sont nos quotas pour notre musique et pour notre art?

Où sont nos visages à la télé?

Tu t’es battu pour que ta langue survive, à coup de lois. Pourquoi avez-vous essayé de tuer la mienne, les nôtres? Tu me dis que je chante dans une autre langue, tu parles même parfois de musique du monde??? Pourtant notre musique appartient à ce territoire, celui sur lequel tu vis.

Je n’arrive toujours pas à comprendre que la douleur d’avoir perdu notre maison, notre fierté, notre assurance, nos droits ancestraux, notre autonomie puisse être éclipsée par n’importe quelle autre douleur collective.

On voit les autochtones comme un seul et même bloc. Pourtant nous sommes si différents et diversifiés. Nos langues, nos coutumes… Il y a une chose qui nous réunit, c’est le rapport au territoire. Mais, je ne peux pas représenter tous les autochtones. Je ne suis pas assez. Et personne n’a le droit de me demander ça, ni à aucun autre autochtone.

Ma mère ne parlait ni le français ni l’anglais. Elle s’est battue pour que j’apprenne le français. Elle me faisait chanter *Une colombe est partie en voyage* (Céline Dion) tous les soirs après l’école. Elle me faisait monter sur une chaise devant les amis et la famille. J’ai dévoré Leclerc, suis tombée en amour avec la poésie de Desjardins et les chansons de Leloup. J’ai même flirté avec le trad. Pourquoi est-ce que aujourd’hui je me sens plus proche d’une Kim Thuy ou d’un Dany Laferrière? Pourquoi ai-je le sentiment de venir d’ailleurs. D’être une déracinée chez moi.

J’ai été curieuse de vous dès ma naissance.

Dans deux jours tu me verras chanter pour ta Saint-Jean, dans toutes les télés ou presque. Je serai là en amie. J’ai encore tant de choses à apprendre de vous, de nous et même de moi-même. Mais je commence à m’impatienter. Tout le monde doit faire preuve de curiosité aujourd’hui. Tes enfants devraient apprendre à l’école à dire Nakurmiik, Kwei…

Aujourd’hui c’est notre fête. Soyons fiers, et quand je dis nous je dis les Attikameks, les Cris, les Innus, les Naskapis, les Algonquins, les Abénaquis, les Malécites, les Micmacs, les Hurons-Wendat, les Mohawks et les Inuits. Le territoire nous unit et probablement la douleur que chacun de nous a vécu ces derniers siècles. Je veux simplement vous dire à quel point je vous aime, je nous aime!

-Elisapie

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