Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Je suis l'homme

Publié le par la freniere

je suis l'Homme dont
on soupèse les trous
le vent y siffle
suret, insupportable
l'Homme éparpillé
dans ses empreintes
de pas
l'Homme rugissant
contre un corps d'enfant
bleu d'avoir bu
toute la mer
je suis l'Homme ridicule
je suis l'Homme impuissant
lieu de transit
d'un siècle ignorant
de sa destination
l'Homme indécent

et vous, mes frères
mes soeurs
et vous, mes pères,
mes mères

et vous mes enfants?

mes poches crevées
et mon coeur éclusé
ce monde bat le tambour
dans ma carcasse

pillez mon corps
pilez mes os
empilez mes chairs :
vous ne construirez même pas
les fondations d'un
refuge

je suis l'Homme
sans plus

 

Florence Noel

Partager cet article

Repost0

Mon prochain livre sortira pour les fêtes

Publié le par la freniere

Mon prochain livre sortira pour les fêtes

Partager cet article

Repost0

Dominique Ottavi

Publié le par la freniere

Partager cet article

Repost0

Gaston Mandeville

Publié le par la freniere

Partager cet article

Repost0

Un goût d'ailleurs

Publié le par la freniere

Il y a des mots qui servent à réparer les phrases, des syllabes qui collent, des voyelles en forme de ciseaux. Le vent découpe des oiseaux sur la page du ciel. Hostile à la rivalité, je suis un pauvre qui ne rêve pas d’or pure, pour qui le fait d’être riche est un défaut. Mes sens forment des images et des phrases. Tout a un goût d’ailleurs. Les ombres se calment. Les mots forment des phrases, des poèmes, des rêves, des pensées. Vivre est cette part qui s’en va, l’inextricable écheveau du temps, le fil de la parole dont je serre les nœuds. Le nez traverse une frontière d’odeurs avant d’aborder les parfums d’un pays.

Depuis longtemps, la main géante du vent fracasse les collines. Je voyage des minuscules aux majuscules, du brin d’herbe aux montagnes. J’arpente les sentiers de la Fée Carabosse dont je connais toutes les entourloupettes, le chaos, les nids de poule aux œufs de carbone. Je poursuis la liberté du vent, l’innocence des enfants. Le ciel s’est posée sur la pointe de sapins. La terre fait son pain sous la farine blanche. Le cœur du monde bat dans son armoire humaine, entre les os, les nerfs et la chair fraîche. Chassés du paradis, mêlés aux marionnettes, les mains d’Adam cherchent les seins d’une Ève, Noé son arche, Jonas une baleine.

J’ai étudié longtemps à l’école de Dieu. J’ai tant cru aux sornettes et aux cloches de Pâques, je croyais que des ailes pousseraient aux boiteux, que les pattes de table auraient des cors au pied, que les notes s’accordaient aux chaises musicales. La neige donne la frousse aux ours. Ils hibernent et dorment toutes les nuits d’hiver. Il n’y a plus que des arbres fantômes, des tiges rachitiques, des traces de loup dans les pas des lièvres. Le monde tient à un fil toujours près de se rompre. Je m’accroche à chaque nœud que forment les humains en se donnant la main.

J’ai hâte que les oiseaux reviennent recoudre les nuages, les outardes, les oies blanches, les bernaches. Je reste seul en compagnie des chaises. J’écris avec la soupe à l’alphabet, un potage d’images où l’os prédomine. Quelques virgules suffisent pour relever la sauce parmi les bouts de viande et les morceaux de phrases. De la lumière s’ajoute aux feuilles, du miel aux abeilles et du ciel aux rivières. J’ai jeté mes cigarettes. Je ne fais plus de signaux de fumée en grillant des clopes. Je me contente du mégot des mots, de la braise des phrases. J’allume la parole avec un stylo Bic, son encre à pointe fine, son alphabet mouillé, ses adverbes rouillés.

J’ai hâte de retrouver mon loup, les chevreuils et leur chapelet de crottes, la course des lièvres, les écureuils courant à l’envers des branches, croquant des noix sur la pelouse, le poil roux des tamias, mes gestes de chasseur et ma cabane dans le bois, l’intelligence des érables, la tendresse des bêtes, l’alphabet des plantes, la sagesse des pierres, la fraîcheur des ruisseaux. Je suis en beau calvaire devant la condition du monde, la cruauté des guerres, le sang versé des hommes, la pauvreté du cœur.

Les bras du monde rembobinent leurs veines, la colline ses torrents, la forêt ses sentiers. Mes souliers débobinent leurs pas. Je mets la table où ma blonde n’est pas. Elle n’est pas loin, presqu’à portée de main. Elle bouge dans la pièce d’à côté où je n’ai pas accès. Son regard me scrute. Elle respire dans le souffle du vent. C’est pour elle que j’écris et mes petits-enfants. Les miens ne lisent plus que des mots virtuels, des avatars et des tweets.

Je rêve d’un arbre pour les oiseaux, de céréales pour le pain, de vignes pour le vin, de contes pour les enfants. Ils se fabriquent des jouets avec des bouts de rien, de boutons de chemise, des trombones, des clous rouillés, des planches vermoulues. Ils se fabriquent un trousseau de clefs pour les serrures du temps. J’attends que remonte la ligne d’horizon, que le soleil y boive entre les écrevisses et les paumes terreuses.

 

Jean-Marc La Frenière

Partager cet article

Repost0

Fonderie d'Art d'Inverness

Publié le par la freniere

Partager cet article

Repost0

Dans la maison de l'être

Publié le par la freniere

La vie c’est un baiser que les lèvres dessinent,

le crayon dénouant le fil de la parole,

le fil rompu du temps que les aiguilles affolent,

la sève qui germine dans la boue des labours,

le pain qui lève dans le four,

l’orage qui soulève le vent du Wyoming,

ce sont les éléments qui composent la vie,

le bleu du ciel, le rouge des joues,

le vert de la flore qui colorent le monde,

le pointu des sapins, la courbe des collines,

la langue du pays que parle chaque atome,

les sauts de saumon dans l’argot des rivières,

le vocabulaie des érables,

l’alphabet des étoiles,

la morsure des ans et l’usure des choses,

les fleurs de romarin que les abeilles tètent,

les poules qui picorent les graines qu’on leur laisse,

les vers qui se dressent pour boire l’eau de pluie,

les microbes, les virus, et les antipoisons,

la rosée du matin et la brume du soir,

les battements du cœur dans le tempo des nerfs,

les frissons, la chair de poule et les poils dressés,

c’est la force du oui dans l’étiolement du non,

les galets ricochant sur le lac,

l’eau fraîche des eskers, la glace des icebergs,

les pointillés du temps entre les parenthèses,

la marée des virgules dans les textes anciens,

le cœur tombé dans l’herbe comme une fleur des champs,

le sucre du sureau et le parfum du thym,

le jardin qui jaunit après tant de couleurs,

les feuilles ratatinées sous l’auvent de l’automne,

le museau de la biche, le cuir des épaulards,

les épaulettes du vent sur le dos des collines

les sursauts du navire dans le naufrage du monde,

les choses de l’enfance parmi les vieux jouets,

le regard posé sur la beauté du monde,

le feu des allumettes, le courage des mains,

les biceps des mots, les muscles du silence,

les étoiles qui brillent sur la toile noircie,

les marins qui se noient à l’appel de sirènes,

le rire des ados dans l’essaim des Vespas,

les rots de l’ivrogne et la broue dans le toupet,

les fanfreluches et les frous-frous,

les flots, les vagues et les rapides,

la braise sous la cendre et le feu sous la glace,

c’est l’âtre qui s’allume dans la maison de l’être.

 

24 novembre 2019

Jean-Marc La Frenière

Partager cet article

Repost0

St-Venant-de-Paquette

Publié le par la freniere

Partager cet article

Repost0

Mes livres

Publié le par la freniere

Mes livres

Partager cet article

Repost0

Un jour, un livre

Publié le par la freniere

Un jour, un livre

Partager cet article

Repost0