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51 articles avec andre laude

Ne parle pas aux soleils gris

Publié le par la freniere

Ne parle pas d’amour
aux oiseaux des murs

Tiens-toi tranquille
ne dérange pas l’horizon du silence

Sois secret comme l’île
peuplée de totems et de lances

Retiens ce qu’il reste de nuit
sous tes paupières

En cas de détresse danse
danse danse

Jusqu’à ce que Mère Terre
écoute ta blessure

Danse jusqu’à ce que tes dents
blanches rient

Mais ne parle pas d’avenir infini
aux soleils gris
aux lunes de tristesse et d’errance.

 

André Laude

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Laude, cet inconnu

Publié le par la freniere

Laude, cet inconnu

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Faire-part

Publié le par la freniere

Jetons d'absence

Olga Katz, ma mère, juive polonaise, morte à Auschwitz. Parfois les sombres vents venus de Pologne, me ramènent l'odeur maternelle. Une odeur de peaux, de dents, de crânes, de tibias, d'omoplates carbonisés. Alors je pleure comme un enfant dans le noir.

Absent à moi-même, je descends et monte les rues sans identité. Rue Pelleport,

rue Etienne-Marcel, rue des Abbesses, rue François 1er ...

Quand un flic m'arrête brutalement, c'est, forcément, qu'il m'a pris pour un autre.

Un autre que j'ignore, et qui m'effraie.

Plus de vingt ans après on me torture toujours. Course du rat à travers la chambre.

Mais où ont-ils caché la gégène.

Rien! Les Aurès coulent, mince et muette poussière, entre mes doigts couverts de bleus

J'ai aimé Françoise d'amour fou. Elle avait quinze ou seize ans. Elle est morte de leucémie le jour de pâque. Pourriture aujourd'hui, et moins que ça. Je ne peux plus toucher une femme sans toucher l'os mortel, nauséabond déjà.

Je ne posède rien sinon quelques gadgets de base. Je n'habite nulle part. je défraie la chronique. Je dors dans des ruines chaque nuit renouvelées. dans la position du tireur couché, qui, depuis Sodome et Gomorrhe, cherche, en vain, la cible vivante.

Brouillards

Brumes

Corbeaux

Epouvantails

Silences

sang

Sueur et

Larmes.

Il n'y a plus de damnés

Au numéro que vous avez demandé.

Cette nuit les cadavres flottent

Entre deux eaux.

Le plat du jour

Se mange froid

Et le commun des mortels

Se contemple

Commettant un meutre ordinaire

Avant de rafler le pauvre argent.

Olga Katz

Un nom gravé dans le marbre.

J'essaie d'imaginer

La cuisse, la couleur des yeux.

L'absence est un film d'OZU,

Aux sous-titres illisibles.

Olga Katz

Etait lettres.

Comment toucher le flanc

Le sein gonflé de lait

Cette nuit la chaîne est brisée

Auschwitz

J'y suis allé

Je n'ai rien vu.

Des barbelés

Une herbe rase.

Des touristes coréens turbulents.

J'en suis revenu

Les mains vides.

 

André Laude

.

 

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Comme un début de foule humaine

Publié le par la freniere

Terre de Nazim
Terre d’Abdou
Terre d’Abraham

Terre de Paris,
nue et blessée
cité interdite
aux vitrines reflétant la plus haute solitude.

Une population bariolée de visages
crispés
broyée par l’étau des sueurs d’angoisse.

Et l’engrenage des mots qui font des plaies béantes :
Métro, Sommeil, Chômage, Banlieues d’insécurité
– les chasseurs de faciès ne dorment que d’un œil –
Pluie, vent glacial, chambres sordides éclairées par les larmes
Les poings serrés de rage, de détresse, d’insomnie.

Là-bas, très loin, l’épouse, la tendre fiancée
Couleur jasmin, couleur cacao, couleur de luth,
de jardin submergé par la marée des oiseaux,
libres et scintillants.


Terre de Nedjma
Terre de femmes au triple au quadruple exil
De femmes de silence voilées, d’effacement
Terre de Wolof et Terre de Sétif.

Terre de Paris
qui file entre les doigts comme le sable des déserts.

Ville Lumière
qui pointe mille épées vers les cœurs brisés
les corps colonisés par le plomb de la fatigue,
de l’heure d’hiver qui aiguise l’angle de la rue.
Parfois, un sourire de l’Autre, l’inconnu
Et c’est comme un début de foule humaine
Sur les lèvres ;
Au plus profond des yeux.

 

André Laude

 

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La fleur parmi les ruines

Publié le par la freniere

Le petit homme gris
a tout envahi
Il prolifère
vermine inexpugnable
Le petit homme
dicte la loi
Poisson froid
singe hurleur
je le croise partout
sous divers masques
Il a tué ma joie
mon rire d'enfant
Il a brisé mes élans
purs vers les hauteurs
là où l'on peut toucher
la transparence
Il a noirci mes matins
Ses crimes sont innommables
mais nul trouble en lui
Depuis la nuit des temps
je fais la guerre totale
au petit homme gris
C'est sans doute lui
qui l'emportera
Mais cette guerre-là
vaut mieux, bien mieux
que toute paix séparée
Le petit homme gris
n'a pas encore gagné !


André Laude

 

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Un feu me brûle

Publié le par la freniere

un feu me brûle

j'ignore son nom

sur tes lèvres

déchiffrées par doigts d'aveugle

j'ai désiré

silence et paix

un feu me hante

il me courbe me façonne

me fait ange le matin

démon au crépuscule

un feu plus cruel que la mort

pourtant précise dans ma chair

un feu me crée

un feu m'enterre

depuis toujours depuis le plus lointain vagissement

il commande en chef

il ordonne et j'obéis

larve ou prince lauré d'infini

il me dicte le chemin la parole et le sang du moment

il m'épuise et désagrège mes os

il multiplie les abcès

autour de mon cœur organe

tumultueux impossible à tenir en laisse

il me ravage

je l'aime fais l'amour avec lui le hais

il me déchire jusqu'aux souches quaternaires

il m'approfondit m'installe en pleine clarté

m'enfouit dans la ténèbre purulente

il me condamne m'exécute me donne le coup de grâce

il hurle quand il accouche de ma figure humide

un feu me déporte

m'exile aux frontières

m'interdit le corps et l'extase

le chant et l'unité

un feu me traque

quand je dors

quand je caresse la putain

le marin blond suédois de Toulon

quand je tente de pénétrer

par les yeux

la réalité de la chèvre et du chien

quand arc tendu jusqu'à rompre

je m'efforce désespérément de m'éveiller

poireau, chou, carotte, caillou, giroflée, radis

mi-rose mi-noir

un feu aura raison

un feu aura mon sexe

ma chair morte depuis longtemps

mes jambes de fuite Mes hanches de vertige

un feu qui ne se nomme pas

dans toutes les langues connues de la planète

y compris celles à venir

et que nous ignorons encore

 

André Laude

 


 

 

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Je suis un mensonge qui dit la vérité

Publié le par la freniere

«Je suis un mensonge qui dit la vérité»: je n’ai jamais vraiment aimé le poète bricoleur d’Orphée et du Sang d’un poète. Pourtant, cet aveu qu’il jeta un jour n’a cessé de m’occuper, de me hanter. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux? Qu’importe si Blaise Cendrars le merveilleux voyageur de l’espace du dehors et de l’espace du dedans – frère en cela de Michaux, de Segalen et de quelques autres – n’a pas accompli tous les périples qu’il narre, qu’importe s’il n’a pas fait l’amour avec toutes les femmes qu’il évoque dans sa prose rythmée par les roues des express internationaux, qu’importe s’il n’a pas vraiment vu dans la forêt brésilienne une vieille locomotive des commencements de l’âge d’or du rail, envahie, mangée par les exubérantes fleurs tropicales, les serpents pythons et les fourmis rouges. La littérature n’est qu’un fantastique artifice pour dire quelque chose de vital, de l’ordre de la nécessité. L’écrivain n’a pas à rendre de comptes. Il donne des contes aux petits et grands enfants de la planète, ballottés entre étoiles énigmatiques et drames violents, quotidiens. À un certain degré d’intensité, le rêve devient réalité irréfutable, vécue.

 André Laude

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Il est des jours

Publié le par la freniere

Il est des jours où l’on aimerait bien attraper son destin par la queue. Mais nos pauvres doigts tout rongés d’impuissance ne peuvent que saisir les pages du journal où défilent, à grandes coulées de lettres noires, les fabulations d’un monde pathologique.

Alors on prend l’escalier, on va à la rencontre de la rue, du trottoir des autres. On se mêle à la foule, on erre dans les lieux sacrés qui ont vu tant d’autres promeneurs aux mêmes yeux fatigués, au même sourire triste et désabusé. On devient témoin en même temps qu’acteur. On voudrait autre chose, on voudrait que les autres aussi désirent autre chose, autre chose que cette faillite où sombre la ville dans un grand éclat de vitres brisées. On s’use les doigts sur les touches de la machine à écrire, on devient mercenaire de l’écriture.

Et cette nausée, cette angoisse qui vous ronge le cœur, on essaye de la noyer à grands verres, «verres de mémoire» disait Hardellet. Mais il n’en sort souvent qu’une nuit désenchantée où traînent les cadavres bleuis d’un futur froid repassé. Parfois une rencontre, la nuit étincelle, et c’est l’émerveillement de l’impossible sacrifié sur l’autel des petits matins.

On reprend son chemin. On chasse les étoiles avec un filet à papillons percé, usé jusqu’à la corde de vaines tentatives. On crie, on hurle, on vocifère, on se déchire à grands coups de mots – ces dents du mystère –. On essaye d’aimer, mais c’est difficile, et on ne récolte souvent qu’une fine poussière qui accroche les revers du manteau. On marche dans le désert, au milieu des autres. Quelle étrange solitude!

Ainsi va André Laude, Don Quichotte de la ville, cette ville qui le tue, où il renaît chaque jour, des étincelles au bout des doigts, avec une farouche magie.

 

André Laude

 

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Plus que jamais la poésie est urgente

Publié le par la freniere

Plus que jamais la poésie est urgente. Vitale comme le pain et le vin. Nécessaire comme la pluie et le soleil, les néons et les nuits polaires. À l’heure où s’effondre définitivement le rêve révolutionnaire nourri d’octobre 17, à l’heure où l’abjecte massification, l’uniformisation dans le pire médiocre s’accélèrent, à l’heure où en dépit de certaines apparences, la « liberté » de l’individu - fondement incontournable de toute civilisation rétrécit, à l’heure où les politiques s’épuisent, où les tyranneaux prolifèrent, où les nationalismes, les intégrismes se réveillent, où la pauvreté enflamme les têtes autant que les slogans stupides et simplistes, la poésie est, d’abord et avant tout, une « arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance. Totale.

Irrécupérable. Sur tous les fronts.

Résistance contre ce qui endeuille l’être, souille, mutile, brise, l’élan de l’individu vers le « Champ des possibles », l’immense continent de la Vie encore inconnu, qui attend son Christophe Colomb. La poésie ne relève pas des dogmes établis. Elle est cet outil pour l’homme qui lui permet de prendre la mesure de sa non-finitude, de sa majesté et de son mystère émouvant et inépuisable. Elle est le vent qui le pousse dans le dos dans sa marche à l’étoile, l’éclair qui l’arrache à l’humus pour le projeter à hauteur d’astres de plomb et de feu.

Langages, étranges copulations de mots, bouleversements de syntaxes, volontés de dialogue, énoncés du monde sensible, fouillements des ténèbres, cris d’amour, d’humour surtout « noir », enracinements dans l’errance, la glèbe ou la « big city », explosions de désespoir qui s’ouvre curieusement sur quelque innommable espérance, la poésie est aussi, dans sa plus haute condensation, germination, acte.

Acte qui implique que tout poète authentique, fut-il élégiaque et soumis aux subtils secrets métaphysiques, est un réfractaire, un vrai outlaw, Hölderlin, Rimbaud, Maïakovski même combat ! Poètes Solitaires. Poètes Solidaires.

Jusqu’au revolver, la jambe pourrie, la raison « saccagée ».

La poésie est ce dont l’homme - même s’il l’ignore ou feint de l’ignorer - a le plus besoin pour tracer au flanc du monde la cicatrice de sa dignité. La poésie : un vertige permanent entre la lune et le gibet.

Sans Poésie – libre, follement libre – l’univers serait boule morte. La poésie aux lèvres rouges : la potion magique pour guérir, peut-être, l’angoisse électrique de l’inconnu qui écrivit une certaine heure de fièvre sur les murs de Mai 1968 : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

André Laude

 

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Une présence brûlante

Publié le par la freniere

C’est une présence brûlante que je nomme
dans la fleur d’eau qui tremble entre les feuilles
dans l’acier rigide du pont dans la pomme
L’agenouillement du soleil au bord du fleuve
C’est une présence brûlante que je nomme
quand s’avance puissant comme une étrave
Parmi la houle brutale des hommes
douleur contre douleur sang contre sang
Sous la paupière lourde de l’étoile
Au fond du limon obscur qui râle
déchiré par les crocs du feu et de la pierre
À l’heure où s’éternise en moi la note grave
d’une flûte de berger ligoté dans la toile
d’araignée des brumes
À l’heure où une bande de cerfs allume
Un incendie de prunelles autour de la mare
Et que de mon seul corps je couvre toute la terre
Pareil à une tapisserie de forêts de plaines et de céréales
C’est une réalité durable que je nomme
C’est un ordre d’amour que je sers

André Laude

Publié dans André Laude

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