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14 articles avec denis vanier

Entouré de ceux qui n'y sont pas

Publié le par la freniere

Entouré de ceux qui n'y sont pas

On guérit seul
on guérit pauvre de sa naissance,
mais surtout seul.

Je ne regrette pas l’isolement.
C’est une identité morale.
On ne meurt qu’entouré
de ceux qui n’y sont pas.
La solitude est toujours la faute des absents,
ceux qui n’ont pas de voix
pour murmurer au chevet de personne.

Même les jours sont seuls,
pleurant dans les ruelles de gazoline,
les matins de nuits blanches immaculées
qui ne tacheront pas les draps
ni plus tard les mouchoirs.

Des vautours sont cloués
aux portes épaisses
de celles qui pleurent le long des jambes
les larmes de race prisonnière,
en criant que même les enfants ont peur
des ténèbres de leurs ventres,
encore trop innocents pour savoir
que la mort est le contraire de la solitude.

Je le sais, qu’on est seul,
comme de ne pas bander au Paradis
avec les panthères de fudge,
enfermées avec personne
dans les armoires de la garderie.

Denis Vanier

Hôtel Putama, 1991

 

 

 

Publié dans Denis Vanier

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L'urine des forêts

Publié le par la freniere

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Il me faut réintégrer ce réel que je fuis.

En ce sens, les objets me sauvent

de l’accalmie mentale,

voire d’un désespoir impitoyable.

Je regarde le miroir

orné d’étoiles phosphorescentes

depuis que nos baisers ne s’entendent plus.

J’y vois cette femme-objet

dont j’aimerais tant qu’elle m’aime.

Ceci n’est pourtant que l’absence photographiée,

une image déchirée

dans mon cœur.

 

Je parle aux objets dans la nuit,

je n’existe pas

sans liens à soupeser.

Une fenêtre est trahie

par le drap de l’amour :

un rideau en caoutchouc mauve.

Un insecte se promène sur mon bureau,

                        je l’achève

                        ainsi que ce texte,

                        comme la fin d’une vie.

 

Je ne comprends rien à l’univers.

 

Ce sont les objets dont s’émane la vie abstraite

qui seuls me retiennent à la réalité.

Une peine d’amour

qui coule le long de mes joues

comme l’urine de la forêt.

 

Denis Vanier

Publié dans Denis Vanier

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Entretien avec Denis Vanier

Publié le par la freniere

Publié dans Denis Vanier

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La star du rodéo

Publié le par la freniere

 

 

Publié dans Denis Vanier

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Entouré de ceux qui n'y sont pas

Publié le par la freniere

            On guérit seul

on guérit pauvre de sa naissance,

mais surtout seul.

 

Je ne regrette pas l’isolement.

C’est une identité morale.

On ne meurt qu’entouré

de ceux qui n’y sont pas.

La solitude est toujours la faute des absents,

            ceux qui n’ont pas de voix

pour murmurer au chevet de personne.

 

Même les jours sont seuls,

pleurant dans les ruelles de gazoline,

les matins de nuits blanches immaculées

qui ne tacheront pas les draps

ni plus tard les mouchoirs.

 

Des vautours sont cloués

aux portes épaisses

de celles qui pleurent le long des jambes

les larmes de race prisonnière,

en criant que même les enfants ont peur

des ténèbres de leurs ventres,

encore trop innocents pour savoir

que la mort est le contraire de la solitude.

 

Je le sais, qu’on est seul,

comme de ne pas bander au Paradis

avec les panthères de fudge,

enfermées avec personne

dans les armoires de la garderie.

 

Denis Vanier   Hôtel Putama, Éditions de la Huit, 1991

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La maison des horreurs

Publié le par la freniere

 

Laisse renverser cette huile tiède

sur tes draps de lin

sous la laideur des laines engorgées

 

Il faut tout brûler

            blanchir sa mémoire

dans le vinaigre de l’espace

 

tue ta sœur

couvre-la d’huîtres et de miel

 

            Il n’y a aucune crème pour apaiser

ne serait-ce que l’effacement

c’est pourtant avec celle-ci

qu’on lave ses cheveux

après la commotion

 

quelque chose ne germe plus

où reposent des plaques de thé humides et piquantes

 

un bouton creux

où appuyer en cas d’urgence

pour nous rappeler que l’intimité

est la propriété d’autrui

 

ma figure s’émiette lentement

ma peau flotte dans l’air

nous assistons au lever

de la tumeur blanche sous l’œil

 

même après je ne me souviens plus

comment on meurt

 

avant j’avais au moins mal

pour me le faire dire

 

(Hôpital St-Luc décembre 89)

 

Denis Vanier       Les stars du rodéo


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Arraché vif

Publié le par la freniere


À Gérald Godin

...

Quand elles passent
et que je dors sous mes trucks de désir
les filles se maquillent
aux miroirs
la rue est notre dernier cadeau
nous n'habiterons plus que la couverture du trottoir
où le mal s'endort aussi
dans les toilettes du grand café
les lavabos débordant d'enfants somnolents.


Mais qui a faim et soif et pleure
en embrassant le parquet d'une église
qui illuminera la couveuse d'étable
qui seule réchauffe nos mains
tout en sachant que les médicaments
seront remplacés par le souffle animal
pour l'être vacant
la saignée de porc, le plus creux des symboles intimes
car, faute de soins, ses enfants
mourront de virus rampants,
calcinés dans les flammes
du foyer qui n'existe pas
à côté de la peau de zèbre
des soupiraux du métro-intérieur.


Il est interdit de flâner
dans les corridors du ciel.
C'est Noel et tout saigne de froid
aux fronts «des hommes qui ont soif»
et vomissent
jusqu'à l'extinction des feux.


Même la vie ferme ses portes
demain nous écrirons
ce qui ne se passera pas.


...


Même mort ils me tuent encore
il faut souffrir en tant qu'êtres nuls
il n'est plus d'images que l'obsession de la prison de soi
où l'illusion est plus belle qu'ailleurs
et vivre veut dire devenir l'amante
de l'invisible qui rampe en nous.


Tout est brisé
surtout l'heure juste de l'amour
quand le merveilleux est un compte à régler.
Même plus de souvenirs
que l'avenir meurtri
le reste de mon corps s'offre aux couleurs
de la chambre noire où avoir mal
n'est qu'un soupçon d'éternité.


Mes yeux ne pleuraient
que pour notre patinoire de demain
afin de bénir ce meurtre qu'est la vie.


Denis Vanier                      Hôtel Putama, Éditions de la Huit, Québec, 1991

 


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Le lézard du lounge

Publié le par la freniere

Les cils tombés d’autant de caresses

je souffre d’images brutales

aux odeurs évanouies

excédé de lieux et visions :

l’aversion des textures du paysage

toujours antérieur

imprimé de strangulations botaniques

éternellement épeurantes.

 

S’il s’agit d’un «retour»

rien n’a changé,

 

je mourrai comme j’ai vécu :

dans un garage

le gaz au fond

rejoindre le passé

qui m’aura tant pesé.

 
Denis Vanier         L’hôtel brûle, La Castor astral, 1992

Publié dans Denis Vanier

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Celle qui n'aime pas les fleurs

Publié le par la freniere


L'obscène beauté de cette femme
se penchant en brûlant ses roses,
le matin je l'éveille
en pleurant sur son ventre sans amour.

Denis Vanier        
Le baptême de Judas, Les Herbes rouges, 1998

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La grande opération

Publié le par la freniere

Je me sens aller pour toujours,

dormir dans la mémoire de la mer éternelle

les dernières heures volent vers moi

j’ai tout ce que je veux

mais je n’ai plus de corps pour le vivre

on m’a cassé, défiguré, désâmé.

 

Denis Vanier       Porter plainte au criminel, Les Herbes rouges, 2001

 

Il est décédé le 7 octobre 2000 à l’âge de 51 ans. Son œuvre, l’une des plus significatives de son époque, prendra peu à peu la place qui lui revient à côté des plus grands noms de la littérature.

Publié dans Denis Vanier

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