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denis vanier

La grande opération

Publié le par la freniere

Je me sens aller pour toujours,

dormir dans la mémoire de la mer éternelle

les dernières heures volent vers moi

j’ai tout ce que je veux

mais je n’ai plus de corps pour le vivre

on m’a cassé, défiguré, désâmé.

 

Denis Vanier       Porter plainte au criminel, Les Herbes rouges, 2001

 

Il est décédé le 7 octobre 2000 à l’âge de 51 ans. Son œuvre, l’une des plus significatives de son époque, prendra peu à peu la place qui lui revient à côté des plus grands noms de la littérature.

Publié dans Denis Vanier

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Le tournoi des sphères

Publié le par la freniere

            Oui,

surtout avec les appareils

flottant dans le vase d’urine bouillie

et les pansements gelés de l’hiver

sans fruits ni marinades.

 
            On guérit seul

on guérit pauvre de sa naissance,

mais surtout seul.

 

Je ne regrette pas l’isolement.

C’est une identité morale.

On ne meurt qu’entouré

de ceux qui n’y sont pas.

La solitude est toujours la faute des absents,

            ceux qui n’ont pas de voix

pour murmurer au chevet de personne.

 

Même les jours sont seuls,

pleurant dans les ruelles de gazoline,

les matins de nuits blanches immaculées

qui ne tacheront pas les draps

ni plus tard les mouchoirs.

 

Des vautours sont cloués

aux portes épaisses

de celles qui pleurent le long des jambes

les larmes de race prisonnière,

en criant que même les enfants ont peur

des ténèbres de leurs ventres,

encore trop innocents pour savoir

que la mort est le contraire de la solitude.

 

Je le sais, qu’on est seul,

comme de ne pas bander au Paradis

avec les panthères de fudge,

enfermées avec personne

dans les armoires de la garderie.

 
            Même si tu es là,

je partirai toujours mon char battu

dans l’aurore frileuse des granges glacées

où refroidit le sang

            du bétail des Fêtes.
 

Une enfant en fin de chaleur

est née dans la porcherie,

elle ne sera jamais seule

            avec une «maîtrise» au pluriel,

comme ses sœurs disparues.

 
Denis Vanier        Hôtel  Putama, Les Éditions de la Huit, 1991

Publié dans Denis Vanier

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La saillie

Publié le par la freniere

L’homme assis devant son libraire

songe à l’amour sailli

de tous ces mots

 

aux femmes décrites

illustrées et saillantes


un homme sali d’écriture

et d’images déchirantes.

 

Denis Vanier  Le baptême de Judas, Les herbes rouges, 1998

Publié dans Denis Vanier

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L'urgence

Publié le par la freniere

Je souhaite Dieu,

 

condamné à l’éternelle urgence

 

de l’entendre écrire :

 
 
 

l’amour fit de lui

 

un itinérant paranoïaque,

 

traître sans cause

 

seul, sale et affamé

 

sans œufs ni savon,

 

pour qui tout pèse

 

dans une balance immédiate,

 
 
 

un déraciné

 

regardant par terre

 

en disant qu’il est poète,

 

cloué par la rechute

 

au mur de l’asile insensé.

 
 
 
Denis Vanier    Renier son sang, Les herbes rouges, 1996

 

Publié dans Denis Vanier

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L'été s'éteint en chaise roulante

Publié le par la freniere

Il parlera longtemps

des cerises, des fraises et des pêches

qu’il n’a jamais mangées,

des baisers non reçus

lors de cette marche à l’amour

qu’écrase un soleil solitaire.

Nous mangerons bientôt

les conserves bénites

des pharmacies de l’automne.

 
Denis Vanier  
septembre 1998, inédit

Publié dans Denis Vanier

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