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Aglaé Vadet

Publié le par la freniere

Aglaé, vieux routard,

Fini la petite randonnée
Vide ton sac
Arrache les vertes  jalousies
Les remords monotones

Les ruminations lentes

Les j’aurai du ici
Les pas encore là bas

Dehors le fric dehors les fringues

Les cadeaux sans l’amour

Snobe deux fois plutôt qu’une
Les  fêtes mercantiles
Dans des temples sans dieu.

Quand enfin allégée

Tu fermeras les yeux

Une dernière fois

Sans amertume aucune
Loin des alcools sans joie
Ton âme   en gambadant

Les deux mains dans les poches

S’évadera follette

 

 

 

Si tu….

 

 

 

Si tu veux à tout prix

Nous offrir un poème
Qu’un tout petit vocable
Soit ligne de départ

Soit un petit oignon

Ou un brin de cerfeuil

Que la rosée inonde

Car la fraîcheur des mots

Garantit le refrain

 

Si tu parles d’amour
Sois subtil et modeste

Murmure à peine audible

Chuchotis des amants

Pas besoin de je t’aimeuh…

Les mots que tu tairas

Seront assourdissants

Poète prends ton ut

Que ta chanson soit simple
Ne tortille pas tant, dis net ce que tu veux

Si le matin est clair et le soleil sans voile
Et que le ciel est bleu

Dis que le ciel est bleu

 

Été 2003      


Il est huit heures
Glaé s’éveille
Sur Europe numéro un
On reparle de Raffarin
Qu’est ce qu’il a donc encore fait
Trois fois rin, et rin de rin,
Les nouvelles sont comme la veille
Rien de nouveau
Tout pareil
Ceux qui sont pas inondés
C’est leur maison qu’a brûlé
Un footballeur à l’antenne
Grande idole du ballon rond
La chasse aux lapins de garenne
Ouverte en fin de saison
Pas de crime ce matin-là
Passons à la météo
Il fait beau
Et il fait chaud
Tout pareil
Comme la veille
Aglaé, est ce que tu descends ?
J’arrive,
Chic
Y a un croissant

Aglaé Vadet

 

Publié dans Glanures

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Être poète

Publié le par la freniere

Etre poète, c’est ne prétendre à rien et vouloir tout. C’est d’abord accompagner et chanter la rebellion. C’est en même temps désirer le luxe : chanter les oiseaux dans le ciel, s’extasier devant le printemps ou s’occuper d’une de ces choses si graves dont se préoccupent certains de mes pairs comme transcrire en rimes un bulletin météo. Je pourrais, tant que j’y suis, offrir à l’éventuel lecteur un flacon de Valium.
Pourquoi écrivez-vous, nous demande-t-on, au lieu de poser la question au juge qui délivre une réquisition contre des ouvriers en grève. Mais pour certains, comme pour moi, ceci est la négation de la poésie. Cette poésie-là ne figure pas agenda.

Etre poète, c’est ne prétendre à rien et vouloir tout. Quand on écrit un poème, on écrit toujours le seul poème possible, c’est-à-dire le prochain et on caresse le vœu qu’il se mue en tag, comme il y a dix mille ans mes ancêtres à moi gravaient sur la roche des tags auquel on a donné le nom de « gravures rupestres. » Aujourd’hui on réprime les tagueurs car ils s’approchent trop près des murs gris derrière lesquels on viole les filles.

Quand on écrit on se souvient de tout. On se souvient que la poésie est la première parole. Parole de révolte. Parole brimée, étouffée, empêchée par les uniformes et l’incompréhension de se faire entendre. Parole qui, en premier, vient à manquer. La poésie interpelle la quiétude et le silence, silence des consciences menottées à leur confort. La poésie assume alors la fonction d’être l’empêcheur de béer en rond et en chœur, pareille à un gros nuage prêt à crever. La poésie est l’inverse de la solitude. Car la solitude, elle, porte des noms. La solitude c’est le silence qui dure et nous tue. C’est aussi notre asservissement, l’opposé de la rébellion. La poésie c’est l’adolescence, l’adolescence qui s’étonne de tout, l’adolescence si prompte à la révolte. Mais la poésie est souvent une plaie, une plaie qui s’insurge contre d’autres plaies comme un pleur d’enfants, la faim d’un homme, la soif d’un nomade ou les gémissements de l’amante.

La poésie peut-être aussi l’erreur souhaitée. Ainsi j’ai affirmé dans mon « Chant d’impatience » - publié il y a 18 ans- que « l’écriture est l’antichambre du suicide. » Dix-huit ans après je suis là, rectifié par la vie : c’est l’exil qui est l’antichambre du suicide.

Dans l’exil, on s’inspire du chant funèbre de l’absence et on écrit la pluie sur son visage recouvert de sueur, le vent sec et amer sur la peau nue, la morsure du froid et le sel sur la plaie. J’ai alors préféré achouik à mon « Chant d’impatience. »

En son secret et en public, le poète se veut porte-parole des réfugiés du Darfour, des Far colombiennes, des paysans de Birmanie, des jeteurs de pierres palestiniens, des berbères dispersés et se sent chez lui « partout où l’homme se redresse. » Il s’autoproclame sentinelle du monde et, par une perversion naturelle et ponctuelle, la poésie devient traumatisme auquel on s’habitue et elle s’accomplit en se nichant dans une perversion durable. Il est des poètes qui furent contraints à l’exil tels Victor Hugo dont on ne cesse de célébrer le centenaire. Son humanisme sélectif ne s’exprimait que s’agissant des Français, et une classe définie de Français. Celui qu’on qualifie de « père des poètes » a gardé un silence qui n’avait rien de poétique lors des conquêtes coloniales ou, pire, lors des enfumades de mes compatriotes du Dahra. C’est dire la différence avec un Villon ou, plus proche de nous, Nazim Hikmet, cet habitant du monde né en Anatolie d’où il nous a fait le récit de sublimes « Paysages humains ». Il est donc, hélas, interdit de céder à cette coquetterie qui fait qu’il est de bon goût, dans les salons douillets, d’admirer Victor Hugo. Une fois ce seuil franchi, il n’y a plus qu’à se mettre en extase devant le talent de Céline, fasciste devant l’éternel.

Certains d’entre nous se disent internationalistes alors qu’il serait plus élégant , et surtout plus neutre, pour certains scribes à l’écriture asexuée de se dire « citoyen (ne) du monde. » comme ils disent une autre fumisterie du genre « l’art pour l’art. » Qu’apporte-t-ils donc à ce monde dont on prend tout ? Pour ceux-là la poésie est juste bonne à faire frémir des vieillards gâteux. Ce sont aussi les mêmes qui nous reprochent de « trop rêver » parce que le rêve, comme la vérité, est révolutionnaire, disait l’autre en ajoutant : « Il faut rêver. »

En Numidie, la poésie est une tradition qui, telle l’espoir, colle à la peau. Chaque berbère se croit sniper du verbe et s’étonne que d’autres poésies se fassent l’écho de sa poésie. C’est peut-être pour cela que je nous sommes un désespoir de l’intégration, car l’intégration exige d’être une branche sèche d’un arbre mort. Or notre arbre ne mourra pas et on transporte ses fruits comme on transporte son baluchon en attendant de trouver un chez soi. Et chez nous c’est la Numidie, ce fantôme qui habite nos insomnies. Les nuits d’exil sont aussi blanches que les neiges de mon Djurdjura et aussi sèches que le sirocco et je fais des rêves aussi colorés qu’un tindi un soir de paix.

Voilà : je cherchais une chute à cette divagation immodeste et je viens de la trouver en l’héritage de Jean Senac, un poète d’Algérie, un poète assassiné : « J’ajoute les points, les virgules. Soyons humbles : sans les Hommes je ne serais qu’arbre sec. »

Djamal Benmerad

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Chair et chant

Publié le par la freniere


J’ai récupéré quelques livres. Deux cartons. Il m’a fallut fouiller dans la grange. Deux petits cartons seulement. Ma maison est empilée dans une grange au loin. Là je n’ai rien. Un lit, un bureau. Et maintenant quelques uns de mes livres. « Tu devrais prendre des objets, ta télé… ». J’ai souri. Quels objets ? Ils me sont devenus indifférents. Dérision que ce reste de meubles et de cartons empilés dans une grange. Raccourcis d’un naufrage. Non rien. Deux cartons de livres. Je n’ai pas vraiment choisi.

Un jour je sortirai tout dans le grand champ pour mettre le feu à ces lambeaux de vie. Pour qu’il ne reste rien.

Et puis mes échanges avec « S » me ramènent à Joë Bousquet. Le hasard fait qu’Il se trouvait dans un des deux cartons. Je relis. J’avais oublié presque tout. Mais pas sa rage, pas son exigence, pas la pureté du trait, pas son tranchant. Une parole aiguisée comme un poignard. Cette lutte avec le silence. Contour des chairs, contour du corps. Une poésie sur le fil tendu entre l’immobile et le silence. Faire éclater chaque heure. Extirper le pas du vide, le remettre dans l’abondance de la voix

« Si tu vis à la façon dont vole
Un oiseau,
                                                         Tu fais le monde nu

                                                         Jusqu’à l’œillet des yeux. » (J. Bousquet)

C’est Fleur qui me l’a fait connaître. « Traduit du silence ». Fleur j’en ai parlé ici. Fleur cherchait dans le théâtre son corps de paroles, sa chair mue par la chair. Elle lisait Bousquet et jouait du violon. Fleur avait la peau blanche et les rêves écarlates.                           

C’est étrange comme la chair dans l’écriture fait peur. Comme si on la trouvait de trop, presque indécente.

La matière du mot c’est la chair.
La parole invente d’abord un corps à la mesure du désir.

Le Verbe chair, c’est quand même la pierre angulaire de la création. Un sacre dans la nuit. Le souffle, sur, dans, à travers la matière.

Si le verbe ne fait pas trembler la chair, alors….

Bousquet prend des notes. Noter, c’est marcher comme le chasseur à l’affût. C’est lui la proie. Il se traque. Il se débusque. S’empêche la fuite….

« Dire à Nelli (son ami confident) qu’on ne fait pas un livre avec des idées ; même si l’on admet comme lui que toute idée pose un rapport nouveau.

Sentir les événements, les écrire : ensuite entrer dans le texte, le dépasser sans le voir ; et fort de ses certitudes, agir, opérer l’acte le plus simple avec ces boulets aux pieds.

Après avoir vécu sur cet écrit pouvoir le relire sans s’arrêter à rien et n’en percevant que le chant.

Exemple de Nelli : Chopin… » (J. Bousquet)

Que le chant… D’abord la voix. Le texte doit tenir dans sa voix. Tenir en entier. L’œil seul est muet et il n’entend rien au chant. Beethoven est sourd, mais il continue de jouer. L’œil n’est pas suffisant, il a besoin de ses doigts pour entendre.

Le chant relie la chair au verbe.

Que le chant… L’exhalaison de la matière du mot. Le dépassement du mot dans sa traversée. Chopin jusqu’à la dissonance. Aller jusqu’au bout de l’audible, juste avant que l’harmonie se casse. Il y a cet instant juste avant la brisure. Dans Chopin, il y a toujours un point d’effondrement, une note par où passe la lumière.

C’est l’accident dans la parole qui la révèle.
L’impacte.
Le trou juste avant le mot. Juste après.

Décider d’écrire dans les trous, dans les manques. Se donner une chance de mourir. Là.

Inventer de l’éternité pas parce que c’est beau. Parce qu’il le faut.

L’arbre ne fait pas du beau, il fait de l’arbre. Il fait de la puissance d’arbre. Il est constant dans son désir d’arbre. Il est constant dans sa chair d’arbre.

Il s’efforce. Autour du nœud. Autour de la folie qui durcie sa mémoire. Il invente ses branches dans les saisons à venir. Autour du nœud ligneux. Et il appelle le vent et la tempête. Et il appelle ce qui peut le briser. Ce qui doit le briser. L’arbre écrit.

On le sait à cause du chant.
Et de ses renaissances perpétuelles.

Et la bûche dans le feu dit son poème, raconte sa légende. Les amoureux qui s’y chauffent le savent. Ils entendent, ils écoutent la voix de l’arbre, la chair de l’arbre. Et le feu est l’âme de l’arbre. Et quand le bois craque c’est un silence qui se contracte, c’est le chant de la puissance de l’arbre. C’est la chaleur des étés, c’est les neiges d’hiver, c’est le vol des oiseaux. Et jusqu’aux cendres.

 
Franck Nicolas

http://franckreveur.canalblog.com/



 

 

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Hands

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Jusqu'à quand ?

Publié le par la freniere

Un pays bombarde deux autres pays. L'impunité pourrait paraître stupéfiante si elle n'était pas habituelle. Quelques timides protestations parlent d'erreurs. Jusqu'à quand continuera-t-on à appeler les horreurs des erreurs ?

Cette boucherie de civils s'est déchaînée à partir de l'enlèvement d'un soldat. Jusqu'à quand l'enlèvement d'un soldat israélien pourra-t-il justifier la négation de la souveraineté palestinienne ? Jusqu'à quand l'enlèvement de deux soldats israéliens pourra-t-il justifier la séquestration du Liban tout entier ?

La chasse aux juifs fut durant des siècles le sport favori des Européens. Auschwitz fut le terme d'un antique fleuve qui avait charrié bien des épouvantes à travers toute l'Europe. Jusqu'à quand les Palestiniens et d'autres Arabes continueront-ils de payer pour les crimes qu'ils n'ont pas commis ?

Le Hezbollah n'existait pas lorsque Israël ravagea le Liban lors de ses invasions antérieures. Jusqu’à quand continuerons-nous de croire au conte de l'agresseur agressé, qui pratique le terrorisme car il a le droit de se défendre du terrorisme ?

L'Irak, l'Afghanistan, la Palestine, le Liban. Jusqu'à quand pourra-t-on continuer d'anéantir impunément des pays ?

Les tortures d'Abu Ghraïb, qui ont réveillé un certain malaise universel, n'ont rien de nouveau pour nous latino-américains. Nos militaires ont appris ces techniques d'interrogatoires à l'Ecole des Amériques, dont le nom a changé mais pas les pratiques. Jusqu'à quand continuerons-nous d'accepter que la torture soit considérée comme légitime, comme c'est le cas en Israël, au nom de la légitime défense de la patrie ?

Israël a fait la sourde oreille à quarante-six recommandations de l'Assemblée Générale et d'autres organismes des Nations Unies. Jusqu'à quand le gouvernement israélien continuera-t-il d'exercer le privilège de la surdité?

Les Nations-Unies recommandent mais elles ne décident pas. Lorsqu'elles décident, la Maison Blanche les en empêche, car elle exerce son droit de veto. La Maison Blanche a utilisé son droit de veto, au Conseil de Sécurité, contre quarante résolutions condamnant Israël. Jusqu'à quand les Nations-Unies continueront-elles d'agir comme si elles étaient le prête-nom des Etats-Unis ?

Depuis que les Palestiniens ont été délogés de leurs maisons et dépouillés de leurs terres, beaucoup de sang a coulé. Jusqu'à quand le sang continuera-t-il de couler pour que la force justifie ce que le droit refuse ?

L'histoire se répète, jour après jour, année après année, et pour un Israélien mort, ce sont dix Arabes qui sont tués. Jusqu'à quand la vie de chaque Israélien continuera-t-elle d'avoir dix fois plus de valeur que celle des autres ?

Relativement à leur population, les cinquante mille civils, femmes et enfants pour la plupart, morts en Irak, équivalent à huit-cent mille pour les Etats-Unis. Jusqu'à quand continuerons-nous d'accepter, comme si c'était normal, le massacre d'Irakiens, dans une guerre aveugle qui a oublié les motifs pour lesquels elle a été engagée ? Jusqu'à quand continuera-t-il d'être normal que les vivants et les morts soient de première catégorie ou bien de deuxième, de troisième ou quatrième ?

L'Iran développe l'énergie nucléaire. Jusqu'à quand continuerons-nous de croire que cela est suffisant pour prouver qu'un pays est dangereux pour le reste de l'humanité ? La soit-disant communauté internationale ne s'angoisse pas le moins du monde de voir qu'Israël
possède deux cent cinquante bombes atomiques, bien que ce pays vive en permanence au bord de la crise de nerfs. Qui détient le pouvoir d'étalonner le danger international ? Est-ce donc l'Iran qui a lancé des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ?

A l'ère de la globalisation, le droit de pression est plus puissant que le droit d'expression. Pour justifier l'occupation illégale des terres palestiniennes, on donne à la guerre le nom de paix. Les israéliens sont des patriotes et les palestiniens des terroristes, et les terroristes sonnent l'alarme universelle.

Jusqu'à quand les moyens de communication continueront-ils d'être les instruments de la peur ?

Le massacre actuel, qui n'est pas le premier ni ne sera je le crains le dernier, se déroule-t-il donc dans le silence ? Le monde est-il devenu muet ? Jusqu'à quand les voix de l'indignation continueront-elles de clamer dans le désert ?

Ces bombardements tuent des enfants : plus du tiers des victimes, presque la moitié. Ceux qui osent le dénoncer sont accusés d'antisémitisme. Jusqu'à quand continuerons-nous d'être antisémites, nous qui critiquons les crimes du terrorisme d'état ? Jusqu'à quand accepterons-nous ce chantage ? Les juifs qui sont horrifiés de ce qui se passe en leur nom sont-ils antisémites ? Les arabes, qui sont autant sémites que les juifs sont-ils antisémites ? N'y aurait-il pas des voix arabes pour défendre la patrie palestinienne et s'opposer à l'asile de fous fondamentaliste ?

Les terroristes se ressemblent : les terroristes d'état, qui sont de respectables responsables gouvernementaux et les terroristes privés, qui sont des fous indépendants ou des fous organisés depuis l'époque de la guerre froide contre le totalitarisme communiste. Et tous agissent au nom de Dieu, qu'il s'appelle Dieu, Allah ou Jéhovah. Jusqu'à quand continuerons-nous d'ignorer que tous les terrorismes méprisent la vie humaine et que tous s'alimentent mutuellement ? N'est-il pas évident que dans cette guerre entre Israël et le Hezbollah, les victimes, ce sont des civils libanais, palestiniens, israéliens ? N'est-il pas évident que les guerres d'Afghanistan et d'Irak et les invasions de Gaza et du Liban ont fait le lit de la haine et du fanatisme ?

Nous sommes la seule espèce animale spécialisée dans l'extermination mutuelle. Nous affectons quotidiennement deux mille cinq cent millions de dollars aux dépenses militaires.

La misère et la guerre sont filles du même père : comme certains dieux cruels, celui-ci dévore les vivants et les morts. Jusqu'à quand continuerons-nous d'accepter que ce monde amoureux de la guerre soit notre unique monde possible ?

Eduardo Galeano

traduit par Simone Bosveuil-Pertosa

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Les pierres parlent

Publié le par la freniere

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Au nom des miens

Publié le par la freniere

J’entends, je lis « la barbarie israélienne » et mon cœur saigne devant l’incompréhension et l’injustice.

 

 

Au nom de

Daniel, médecin dans un hôpital près de Tel Aviv, qui sauve des vies sans se demander la couleur ni la religion de celui qu’il soigne, un homme "bien", drôle, intelligent et ouvert au monde,

Au nom de

Nadia, mère au foyer, qui élève ses trois fils dans le respect et l’amour, qui tremble pour eux dans leurs gestes les plus simple de la vie – comme toute mère, certes, mais avec des raisons supplémentaires,

Au nom de Yona,

Jeune étudiant paisible de Haïfa, qui étudie la théologie dans une yéshiva, un beau garçon robuste et farceur qui aujourd’hui est appelé comme réserviste, lui qui n’a même jamais joué au cow-boys et aux indiens,

Au nom de

Yaïr encore au lycée mais qui aimerait bien devenir médecin,

Au nom de

Ilon, un petit diablotin encore en primaire et qui connaît le nom de toutes les marques de voitures de la création,

Au nom de

Michèle, éducatrice d’enfants trisomiques, qui prépare avec frénésie le mariage de sa fille aînée pour le mois de décembre,

Au nom de

Simon, prématurément à la retraite pour raison de santé, un brave type qui se couperait en dix pour rendre service à son prochain,

Au nom de

Karen, amoureuse depuis plusieurs années d’un garçon adorable, ils vont enfin se marier, appelée à l’armée,

Au nom de

Hélène, 18 ans qui rêve de connaître le monde, de voyager…,

Au nom de

Tsion 15 ans qui ne pense qu’à draguer les filles,

Au nom de

Cécile, professeur de math, réputée venir à bout des « cas » très difficiles, mère de cinq enfants dont la dernière, Esther, est née au mois d’avril. Cécile habite Haïfa avec son mari Michaël et ses enfants, au moment où j’écris, ils sont certainement dans un abri avec la chaleur et les cris et la peur… Cécile, elle a vu la maison de sa voisine détruite, elle sait qu’à deux rues de chez elle, un vieux bonhomme est mort, pas eu le temps d’aller à l’abri… Cécile qui est venue vivre à Haïfa parce que c’est une ville oecuménique, une ville modèle où vivent les juifs et les arabes en parfaite harmonie comme nulle part ailleurs au moyen orient. Cécile qui espère que ses enfants ne seront jamais obligés d’aller se battre parce qu’aucune mère digne de ce nom ne peut souhaiter voir ceux qu’elle a mis au monde mourir, et surtout pas à la guerre…


Au nom de Cécile, mais aussi, au nom d’Elinore, étudiante, au nom de Denise et Hubert, retraités, au nom de Jacqueline, d’Estelle et de ses enfants, de Judith, de Joëlle, de Richard…

… je réfute la dénomination de « barbares », je ne vois ici que des gens très ordinaires, qui vivent qui pleurent qui rient et qui n’ont qu’un désir : vivre comme vous comme moi sans la peur sans l’inquiétude du lendemain, des gens prêts à beaucoup de sacrifices, mais prêts aussi à se défendre, des gens qui ne sont pas tous du même avis, qui s’engueulent, se disputent, qui parlent politique, mais qui sont tous d’accord sur une chose : la vie d’abord, quelle qu’elle soit, alors où sont les barbares ? Donner une nationalité à la barbarie voilà qui est étrange !

Michèle Menesclou

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Chasseur de pierres

Publié le par la freniere

 

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 J’ai emprunté les ornières humides et profondes

Au flanc de la montagne d’Aujour

Là où l’air se raréfie

Prés du lac, au Jas des Aigues

J’adore ces moments singuliers

Où je m’échappe à moi-même

Où je décide d’aller à la rencontre de la terre

De me fondre à la glaise, à traquer les pierres

Je me sens en infidélité

L’impression étrange de tromper le monde

Un moment de solitaire intimité et d’indécence

Impartageable

Et pourtant, je ne peux garder secret

Ce que la nature m’a livré…

J’ai assisté comme un adolescent inhibé et médusé

A la première division cellulaire des pierres

Je vous la livre dans sa brutalité clinique…  

 

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 Par la suite c’est comme pour les humains

Ça se multiplie, ça se multiplie

A l’infini ou presque…

Quant à l’intérieur

C’est un mystère

Je ne peux en dire plus

Plus tard peut-être…

 

La prochaine fois

J’espère pouvoir assister à l’acte

Je vous ramènerai alors

Promis,

La scène primitive

Des pierres

Jean-Luc Gastecelle 

 

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Volti

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Lettre d'Himalaya

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Khampa Dzong, au début de ce mois de septembre 20..

Mon cher amour,

J’ai peu de temps, il fera bientôt froid dans ma maison, et méditer, puis s’endormir, la seule vie possible de mes membres. Ici, je sens toujours l’ancienne déchirure de ma plèvre, dans ce chaos de roches noires désolées, ces glaciers de lumière. Un grand ciel clair et pur infiniment, des steppes éternelles.
Le vent s’est levé pour taillader mes lèvres, les tuméfier, ce soir sur le chemin j’ai laissé une trace de sang dans la boue froide.
Et, seule entre les murs de ce que j’aime appeler mon toit, une chaleur de lampe d’autel qui danse, une statue dorée scintille un peu sur des textes pâlis qu’on m’a prêtés pour ma pensée.
Oui, croirais-tu cela ?
Me voici dans les immensités de pierre à lire ainsi dans Gyaoguwn. Sur une chaise…! J’y ai plié la robe rude que cette jeune aveugle m’a tissée le mois dernier, tu te souviens…

Mon cher amour, j’ai peu de temps, et le son même de ce mot, « amour », est étonnant comme une angoisse. On lui donnerait plutôt des écorces d’agrumes en entourage, un bol d’épices, une étoffe très rouge.
Je ne sais pas ce que je dis en te le prononçant : peut-être cette obsédante roue de sensations, ces lignes claires perpétuellement gravées sur ma peau et qui te représentent vivant et chaud, peut-être. Et peut-être ai-je seulement décidé de te donner ceci, que nul autre avant toi n’a touché, nul regard effleuré :

Voilà, j’ai été habitée d’un souffle.

Pas un de ces souffles naturels de notre poitrine ou de la bouche, celui qui croise les remontées de vagues quand on perd l’équilibre sur les galets, ou celui de la surprise quand l’oyster catcher criaille violemment vers toi (tu as frôlé son nid de sable)
Non, un souffle libre, indépendant, un orbe d’existence.
J’ai été habitée de lui, et même je l’entendais parfois me contredire, nous discutions à coup de descente et de remontée de l’air, parfois il me vient à l’esprit que je n’ai jamais été aussi heureuse que pendant ces longs étirés instants.
Jusqu’à ce qu’il s’arrête.
Nous étions familiers, intimes, à nous savoir par cœur et un après-midi, je me souviens, c’était le jour où ce jeune africain du sud un peu fou m’avait accompagnée tout près d’un bac à sable, au pied de la maison sur pilotis d’Emile Jeanneret.
Alors, le souffle m’a quittée.
D’une seconde à l’autre seconde, j’ai su son absence comme le son direct de la cloche à prière, ici, dans la montagne.
Je ne l’ai plus jamais revu.

C’est un cadeau étrange, je le sais.
Un cadeau vide, de souffrance, d’une rature à peine éteinte.
Mais j’aime le mettre dans ma lettre, comme on mettrait un fil de la robe pliée ou une traînée discrète de ma lampe allumée dans le froid.
J’aime te l’envoyer, comme une chaise triste sur la mer.
Comme les mots de ma nuit sombre
Comme demain comme aujourd’hui et comme hier tu manqueras.

Isabelle Servant

http://insoluble.free.fr/

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