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Une poétesse répond à Rambo

Publié le par la freniere

Salut Bernard,

Je viens de regarder attentivement ton entrevue à Tout le monde en parle. Aussi attentivement que j’ai pu regarder tes passages à la Commission Charbonneau. Tu le sais, ça fait longtemps que je m’intéresse à ton travail, à la façon dont tu prends parole pour les travailleurs de la Côte-Nord.

Avant d’aller plus loin, je tiens à te parler des femmes de chez nous. De celles qui aiment jaser de « linge pis de leurs patentes ». Je les connais bien, elles sont mes tantes, mes cousines, ma mère… Et elles tiennent la maison debout. As-tu oublié comment ça marche une famille, sur la Côte-Nord, quand l’homme fait du 40 / 10 ? Honnêtement… Tu le sais comme moi que c’est la femme qui administre. Que c’est elle qui se retrouve avec la charge d’organisation quotidienne que demande une famille. C’est elle qui reste, c’est elle qui éduque, c’est elle qui calcule pis qui poste ben souvent les chèques pour payer les « tarmes », c’est elle qui sait ce qui est bon pour ses enfants, c’est elle qui voit à ce qu’ils manquent de rien chaque jour, c’est elle qui surveille, s’inquiète pis qui mets ses culottes ben souvent. En plus de laver celles des autres. Si tu veux jaser de linge, ça va être à ce niveau-là.

Je comprends que c’était une joke. Mes mononcs en disent des pires plusieurs fois par jour, l’affaire c’est que mes mononcs ne se présentent pas comme député de Duplessis aux prochaines élections. Tu le sais comme moi : tu vas passer, Bernard. On le sait tout le monde que tu vas être élu. Alors je me permets, à titre de citoyenne originaire de la Côte-Nord, de t’exposer mon point de vue qui, je l’espère, sera considéré plus sérieusement qu’un conseil sur des marques de brassières.

Tu as dit, ce soir, vouloir aider la relève de chez nous. Je ne sais pas si ça a été coupé au montage, mais je n’ai pas pu déceler la façon dont tu prévoyais aider cette relève. Je n’ai pas de recette miracle à t’exposer, seulement quelques observations.

Tu trouves-tu ça normal, Bernard, que les hommes de chez-nous travaillent sur la construction de père en fils depuis des générations ? Ça paraît ben, dit de même, ça fait noble… Mais tu penses pas que ça peut être la source du problème ?

Mettons… Parlons de nos enfants. De ceux qui restent et qui resteront peut-être encore à Sept-Îles, Godbout, Rivière-au-tonnerre, Port-Cartier, Havre-Saint-Pierre, mais aussi Baie-Comeau, Betsiamites, Ragueneau, Longue-Rive, Forestville… dans vingt ans. On investit comment dans leur avenir, Bernard ? En envoyant papa faire ses heures pour son chômage c’t’année ? Ça met du pain sur la table une couple de mois, je peux pas te contredire là-dessus, mais à long terme, ça change quoi ? Quand l’école compte trente élèves pis qu’on s’intéresse à rien de plus que ce qui passe à TV ou de c’est quoi la meilleure marque de froque de ski-doo ? Quand on n’a pas de programme culturel pour nos jeunes, quand y’ont jamais vu un noir de leur vie pis qu’y chient dans leurs shorts juste à penser au métro de Montréal… Quand on a un paysage magnifique qui se meurt parce qu’on n’a pas appris que c’était important d’y faire attention ou qu’on refuse simplement d’en faire un attrait touristique parce qu’on a peur des étrangers. Ceux qui immigrent mais aussi les autres : les snobs de la ville qui ont aucune idée de comment ça se passe pour vrai icitte.

Qu’est-ce que ça change, à long terme, que Papa travaille au printemps ? Rien, Bernard. Rien. Les p’tits Kevin, Billy, Derek pis Jordan ils vont faire comme leur père dans vingt ans, parce que c’est ce qu’on leur aura toujours montré : faire son temps en espérant de pas se faire day-offer trop de bonne heure, pour être bon pour avoir son chômage.

Et si la solution était dans l’ouverture, dans la culture, dans la connaissance ? Et si c’était pour nos écoles qu’il fallait que tu gueules fort à l’assemblée nationale ? Si on éduquait nos flots, sacrament ! Ils feraient peut-être mieux que nous autres, plus tard ? Ils auraient peut-être des nouvelles idées, développeraient peut-être des compagnies ? Ils verraient peut-être que ceux d’ailleurs viennent pas les voler, mais que ce sont peut-être des gens avec qui ils pourront éventuellement échanger et même, faire affaire ?

Moi aussi j’t’année de me faire fourrer par en arrière, Bernard. Quand on sait que la Romaine sera jamais rentable, mais qu’on a convaincu ma région qu’elle était nécessaire pour créer des emplois, ses emplois; les seuls emplois qu’on occupe de père en fils, depuis des générations… Je me dis qu’il serait temps que « les miens » se prennent en mains pour faire partie de la solution.

 

Érika Soucy

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Cassandre Prévost

Publié le par la freniere

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Lettre à Michel Chartrand

Publié le par la freniere

Lettre à Michel Chartrand

Mon cher Michel, en février 1971, de prison, tu m’écrivais une très belle lettre. Je te réponds aujourd’hui en guise de cadeau pour tes 100 ans.

Tout l’automne, j’ai passé mes journées avec toi, belle façon de vivre mon deuil, de laisser émerger la sérénité à travers la tristesse. Les Innus disent qu’un être ne meurt jamais, qu’il vit dans le coeur et la pensée des autres. Grâce à mon petit livre hommage (À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand — Témoignages et réflexions sur son parcours militant, Éditions Trois-Pistoles) fait avec la complicité de ton vieux pote Jean Gladu, alias Leonardo, des centaines de personnes ont vibré à tes pensées, au rappel de tes actions, à l’évocation de tes valeurs, à ton espoir. Bonheur, beauté, dignité, démocratie, solidarité, socialisme…

Depuis que tu as quitté cette terre, il y a six ans, il s’en est passé des choses. Mobilisation sans précédent de la population pour soutenir le mouvement des étudiants qui, à partir d’une revendication simple, a réussi à canaliser les énergies contre les politiques néolibérales, dites d’austérité. Mais, toi, tu aurais compris qu’il s’agissait de bien plus que des mesures d’austérité budgétaire : le projet de nos gouvernements est de détruire les acquis sociaux arrachés par les mouvements syndical et populaire, de liquider ce qu’il reste de l’État « providence ». Comme tu l’avais constaté en 1968, cette fois encore, les jeunes ont réussi à mobiliser les moins jeunes et les personnes âgées. Tous marchaient ensemble dans les rues. Le 22 avril 2012, nous étions 250 000 à célébrer nos luttes, nos espoirs et notre Terre, formant un gigantesque arbre dans le parc Jeanne-Mance, à Montréal.

 

Indignation

En 1995, tu te disais profondément honteux que toi et les Québécois blancs ayez mis autant de temps à prendre conscience que ta ville, Montréal, était en territoire mohawk, que nous étions encore ignorants et insensibles à ce que vivaient nos soeurs et nos frères des nations et communautés amérindiennes dont nous occupions les terres. Idle No More, Wapikoni mobile, Présence autochtone et mille et une actions témoignent aujourd’hui de la détermination des Premiers Peuples d’être enfin respectés et de faire reconnaître leurs droits. On apprend enfin à les connaître et on commence à les respecter.

Toi qui as toujours vilipendé les guerres impérialistes et les coups d’État qui établissent des dictatures politiques (ou économiques) ; là où les peuples menacent le système d’exploitation et d’oppression, tu serais profondément meurtri par le carnage au Moyen-Orient organisé et entretenu par les grandes puissances qui alimentent les mouvements islamistes et xénophobes tous azimuts.

Mais tu aurais été heureux d’apprendre qu’une large coalition d’une gauche démocratique qui veut prendre les choses en main et convertir l’indignation en changement politique, Podemos, participe à la direction de plusieurs grandes villes espagnoles ; ce n’est qu’une partie du pouvoir, certes, mais cela permet d’améliorer sérieusement la vie des gens au quotidien, de faire de l’éducation politique et que tous, ensemble, grugent le pouvoir et expérimentent de nouvelles formes de démocratie.

Même le peuple chilien, dont tu as tant admiré l’imagination et le courage, se lève et des dizaines de milliers de jeunes ont déferlé comme les vagues du Pacifique à Santiago. Tu avais bien raison, vieux sage, il faut garder confiance dans la jeunesse et dans sa capacité de révolte.

 

Terre-Mère

Plus encore qu’hier, il nous faut prendre conscience qu’on ne peut plus vivre sans penser aux conséquences de nos actes, qu’on doit se mobiliser et convaincre que seules les luttes pourront limiter la barbarie : destruction de l’écosystème, des villes et villages, pillage légal et illégal des ressources, assassinats, génocides…

La Terre-Mère est à un point de non-retour. On l’a détruite et on continue, entre autres par l’exploitation minière et des énergies fossiles. Air, sol, eau, tout est en danger. Seules des mobilisations massives, et à l’échelle de la planète, pourront stopper l’inévitable, car le futur est maintenant.

Tu as fait ce que tu devais faire ; ta fille Hélène ajouterait que tu n’as fait que ton devoir. À nous de poursuivre. Nous, que tu surnommais souvent les « glorified slaves »mus par le désir de consommer davantage, de faire carrière, de se replier sur soi…

Tu disais qu’il y avait des coups de pied au cul qui se perdaient, nous en aurions bien besoin pour nous secouer un peu plus. Non seulement il faut faire plus, mais aussi autrement. Dans des médias alternatifs et dans Le Devoir, des voix se lèvent, argumentent et disent qu’il faut reconstruire le système de l’éducation, que c’est par l’instruction que les jeunes se socialiseront et découvriront la solidarité ; qu’il n’y a pas de santé publique sans prendre en considération les facteurs sociaux qui affectent la santé ; que 15 $ l’heure est une question de dignité ; qu’on ne construira jamais un pays sans les peuples et nations autochtones. Tu vois, on continue et tu nous inspires encore.

Tu as toujours prétendu que tu n’avais pas de leçons à nous donner, mais il demeure que plus on te connaît, plus ton exemple nous aide à avancer vers plus d’humanité et de démocratie.

Je te salue, vieux frère et mon cher petit papa.

Suzanne Chartrand

 

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La petite bibliothèque ambulante

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La petite bibliothèque ambulante

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La jetée de Chris Marker

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Les moutons

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Les moutons

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Collage de Vincent Courtois

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Critique du ciel et de la terre   28x28 cm   2009

Critique du ciel et de la terre 28x28 cm 2009

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C'est tout ce que j'ai à déclarer

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C'est tout ce que j'ai à déclarer

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The spirit of the blues

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Asli Erdogan provisoirement libérée

Publié le par la freniere

Asli Erdogan provisoirement libérée

Même muselée, ou sévèrement censurée, la presse turque exulte: Asli Erdogan est libérée. Faut-il – peut-on? – y voir le signe de la mobilisation internationale que sa détention a occasionnée? Toujours est-il qu’après 97 jours de calvaire, l’auteure est libérée. Et avec elle la traductrice Necmiye Alpay, après 85 jours de détention – et le jour de son 70e anniversaire.

Les pétitions, les tribunes, les lettres ouvertes s’étaient multipliées au cours des dernières semaines pour demander aux gouvernements et politiques d’agir, de faire pression sur la Turquie.

Nous nous élevons contre l’état d’urgence et toutes ses mesures antidémocratiques. Nous voulons que soit reconnue notre liberté de pensée et d’expression. Le travail d’un éditeur est de faire circuler les idées et les rêves ; nous voulons pouvoir faire notre travail sans subir l’oppression, les menaces et le danger. Et en dépit de l’oppression, nous déclarons: nous sommes toujours une maison d’édition; nous ne cessons pas le travail! Nous faisons appel à la solidarité!L

es éditions Evrensel (Turquie)

Emprisonnées depuis le 19 août pour Asli Erdogan et le 31 août pour Necmiye Alpay, les deux femmes étaient accusées d’association avec une organisation terroriste. Par là même, elles auraient agi pour tenter de briser l’unité de l’État turc, mais également avoir activement pris part à des actions visant à perturber le pays. Mais également d’avoir diffusé de la propagande terroriste.

Malgré les objections de l’accusation, le tribunal turc a donc fini par céder aux demandes de libération conditionnelle, alors qu'il avait été requis une peine de prison à perpétuité contre Asli Erdogan.

Reste que l’audition pour le procès aura lieu le 29 décembre, ce qui ne libère pas totalement les deux femmes.

 

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