Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

1007 articles avec glanures

Gilbert Langevin par Serge Otis

Publié le par la freniere

Gilbert_Langevin_.jpg

                                                                          peint sur un dessus de table

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Archéologie de la contreculture québécoise

Publié le par la freniere

  • 16333_207706720850_128224_n.jpg 
  • Depuis que mes années d’université sont passées, je ne cours plus les conférences intellectuelles. Si, ce jeudi soir du 11 avril 2013, je me suis rendu à celle organisée par la librairie Olivieri pour la sortie du numéro de la revue Liberté, c’était plus par un heureux hasard que par l’objectif d’y assister. J’ai d’ailleurs manqué les premières minutes de cette conférence portant sur le phénomène de la contre-culture québécoise dans les années 1960-1970. Une vingtaine d’auditeurs assistaient à la table de discussion animée par Olivier Kermeid. On y retrouvait trois collaborateurs à ce numéro, Catherine Lalonde, Jonathan Lamy et Jean-Philippe Warren.

    Le placard d’invitation était formulé ainsi :
  •    Il est de bon ton de se moquer de la contre-culture aujourd’hui. Les communes, l’amour libre, le LSD et le patchouli, comme tous les clichés, sont en effet souvent risibles. Mais l’héritage de la contre-culture se limite-t-il bien à ces bêtises ?

        Le Québec moderne doit beaucoup, comme on le sait, à la Révolution tranquille, et bon nombre de figures de la contre-culture se sont permis de rappeler le point de départ politique, réformateur et rebelle de cette révolution dont les acteurs sont devenus, au fil du temps, trop dociles. Et si la contre-culture avait servi, entre autres, à pointer du doigt le début de l’endormissement des révolutionnaires tranquilles? Leur lente mais sûre institutionnalisation?

        Avec cette causerie nous désirons prolonger la réflexion aborder dans le dernier numéro de Liberté et nous nourrir d’une question essentielle: que s’est-il passé au juste pendant cette période qui, au-delà des jugements esthétiques ou éthiques, fut marquante pour l’art au Québec? Cette contre-culture existe-t-elle encore? A-t-elle été récupérée par l’industrie culturelle (ses détracteurs diraient qu’elle en a toujours fait partie)? A-t-elle disparu des radars? A-t-elle des héritiers, si oui, lesquels?
  • En fait, ce placard est passablement «caricatural» en lui-même. Qualifier de bêtises les stéréotypes des communes, de l’amour libre, du LSD et du patchouli, donne, tout en s’en défendant, une image quelque peu équivoque de ce que l’on entend parler. Autre élément dissonant : l’opposition entre la «bonne» Révolution tranquille (soudainement mise au pluriel) et la «mauvaise» contre-culture qui serait «le début de l’endormissement des révolutionnaires tranquilles; leur lente mais sûre institutionnalisation». Cette vision manichéenne est simpliste en soi tant la contre-culture a participé de la Révolution tranquille et que sans la Révolution tranquille, l'explosion de la contre-culture n'aurait pas été possible, comme le démontre l'échec de Refus global en 1948. Cette hypothèse de l'endormissement fait écho aux critiques des communistes de l’époque, mais dans les faits, l'endormissement révolutionnaire est venu de ceux-là mêmes qui se faisaient les défenseurs du prolétariat et les encaisseurs de l'État, comme le montrent, encore une fois, le scandale de l'îlot Voyageur, l'éloge de la richesse de «l'économiste» de La Presse et la rigidité centraliste démocratique qui a été celle du Bloc Québécois pendant 20 ans. Après avoir étalé les jugements pré-conçus, le placard nous invite donc à nous interroger sur ces années de contre-culture québécoise. Que s’est-il passé au juste qui déborderait les limites du jugement esthétique et éthique? La contre-culture a-t-elle été récupérée? Est-elle disparue des radars? A-t-elle des héritiers et si oui, lesquels, ce à quoi on associe une caricature de l’Anarchopanda!

  • Ayant manqué le début de la causerie, je suis arrivé au moment où les intervenants discutait d’une manière assez souple sur la contre-culture avec ses icônes : Denis Vanier, Josée Yvon; même Michel Tremblay y est passé. Ma première question en moi-même était «de quoi parlent-ils?» Et j’ai eu un moment de doutes lorsqu’un assistant leur a demandé d’où venait ce terme de contre-culture? Personne à la tablée ne pouvait y répondre et postulait, sur le mode de pensée analogique, à  l’origine anglaise de l’expression Quiet Revolution, qui, «traduit», nous a donné cette périodisation de l'histoire du Québec. J’étais un peu gêné, en tant qu’historien, de voir des gens qui discutent de la contre-culture, des intellectuels visiblement intelligents et passionnés par leur objet, ne s’être jamais posé la question de l'origine de l'expression.

(...)

 

Jean-Paul Coupal

 

 lire la suite ici

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Des nouvelles d'André Duchesne

Publié le par la freniere

duduche_face-copie-1.gif

Arvida nous voici, Pierre-André Coté et André Duchesne en spectacle. Voilà que marchand de rien, on devient un tout caritatif, on en donne. P.A. Coté faisait son tour de chant au Quai des Brumes dans les cadres des 5 à 7 musicaux avec bassiste et drummer, plein de nouvelles "tounes", tantôt douces, tantôt rocks, chantées ou rappées, dans un torrent de mots critiques, amoureux, ou politiquement incorrect, du Vieux câliss à Hochelaga. Bonne voix, bon "picking", la chanson du mois, bon laboratoire pour augmenter les possibilités de "pacing", avoir du choix dans l'agencement des "tounes". P.A. a un bon fond, autant dans ses anciennes chansons que les nouvelles, en plus ses interprétations des grands du folk-rock sont impéccables, il devrait peut-être en assaisonner quelques petites touches ici et là, questions de flatter dans le sens du poil, son public, faut pas lâcher! Du bonbon... acidulé! Merci! Plus tard en soirée, André Duchesne et ses Blondes, Stéphanie Simard au violon et égoine et Marie-Marine Lesvèque aux voix et chants, jouaient au P'tit Bar du Carré St-Louis, à coté de la librairie du Square ou Gaston Miron hante le centre-ville de MTL. André Duchesne doit bien avoir 45 ans de chansons et musiques, j'ai 14 ans la première fois que je l'entend au Sortilèges à Arvida, ensuite au Cegep à Jonquière, il gagne un prix canadien de chanson en 68. Dans le ciment de la Manicouagan... Parce que tu es trop belle...! Ensuite la contre-culture balaye les trois accords et la chanson traditionnelle, pendant plus d'une décennie avec son groupe Conventum, cinq versions du groupe, deux disques. Après la destruction des carapaces, vient le Temps des Bombes ou il revient à la chanson, post-apocalyptique quelque peu prophétique, avec SEPT, qui prédit l'effondrement de building à New-York, fabuleux disque. Une longue vie de musiciens avec des projets qui marchent et ne marchent pas, des musiques de films pour les frères Gagné, André Forcier et d'autres, des projets de recherche contemporaine, des projets alimentaires, des projets refusés, mais toujours une démarche de créateurs à temps plein, pas toujours rose pour les artistes du Québec, qui n'ont aucune reconnaissance sociale, tout orienté par la marchandisation de la culture. (Fuck Le Show-Business). Les disques d'André s'accumulent au fil des années, une vingtaine à date, le dernier en circulation s'appelle "Arrêtez les Machines", la jaquette du disque est une carte des villes fusionnés d'Arvida, de Jonquière et de Kénogami. Il y est tour à tour, chroniqueur judiciaire, chanteur polisson, réviseur de chansons trad, chanteur d'hommage au pères et mères, fondateurs de pays, et n'hésite pas à l'auto-critique avec "On est dans la merde". André Duchesne fait de la chanson étrange à la manière d'Edgar Poe, de Vincent Van Gogh, dans un monde de quinte diminuée, le Diabolus in Musica. On peut dire finalement que tout son corpus pourrait être catalogué dans la catégorie de la chanson actuelle indémodable. Le P'tit Bar a fait un voyage dans le temps hier soir, j'entends Marie-Marine dans la chanson d'André,...je danse dans les étoiles... sublime, elle a pris possession de la chanson, c'est à elle, sans doute, et je me dis que la nouvelle génération va adorer... Il faudrait qu'un producteur fasse un Greatest Hits pour faire passer le flambeau. En attendant prochain rendez-vous au Quai des Brumes le 1er Juin pour le 50e anniversaire de Jean-Christian Guindon, Bye! Vous êtres bien assis là! Salutations arvidiennes et conventumiques.

 

Alain-Arthur Painchaud

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

La femme en vol d'Ile Eniger

Publié le par la freniere

Ile-Eniger---La-femme-en-vol---Editions-Parole.jpg

 

La femme en vol c’est l’histoire d’une femme et son intimité amoureuse, familiale, racontée à la troisième personne du singulier. Une histoire qui se révèle par petites touches, comme une peinture. Et justement, cette femme, c’est Fane et Fane aime Jean, Jean qui aime Fane. Mais voilà, Jean aime aussi la solitude et la peinture, et Fane va peu à peu apprendre le prix de cet amour qui est à la hauteur de ses exigences. Aimer Jean, c’est l’accepter tout entier, parce que la solitude et la peinture l’emporteront sur son amour de femme, exigeant, exclusif, immense. Ce que Jean et Fane partagent et ne cesseront de partager, le ciment ou plutôt les ailes de leur amour, c’est une soif éperdue d’authenticité et de liberté.

 

« Bien sûr qu’elle avait eu envie de baisser les bras, de rentrer dans ces rangs bien droits, bien rassurants, bien sagement préparés pour toi dès que tu montres ta tête. Bien sûr que la facilité avait été tentante, la banalité attestée est tellement plus confortable que le contre-courant ! On t’aime quand tu commences à ressembler à tout le monde ! Tu oublies qui tu es, pour quoi tu es, et ceux qui pensent à ta place se font un plaisir d’organiser tes limites. On te coule dans le moule sans qu’un poil ne dépasse, tu es reconnu !


Fane, sa liberté, elle la trouvera dans l’écriture, mais elle est femme et donc capable d’aimer plusieurs choses en même temps, se donner à toutes avec la même force, le même bonheur. Les hommes ne savent pas aimer comme les femmes. Ils aiment autrement, certains ne savent pas du tout aimer, mais Jean lui, il aime Fane et de cet amour est née une Belle Cerise, qui grandira en même temps que ses parents dans un mas retapé de l’arrière-pays niçois. Ce nid d’amour que Fane quittera un jour parce qu’elle doit le faire, parce qu’elle est une femme en vol.

Ce livre est bon comme un pain qui sort du four, beau comme un jardin sauvage, doux comme la fourrure d’un chat et puissant comme le mistral. C’est un roman d’amour qui va au-delà de l’amour, dans ce qui le sublime et le transcende. Ainsi l’amour ne peut mourir, seuls les masques et les oripeaux brûlent, mais quelque chose demeure, le noyau même de l’amour, qui est fait de poésie pure, mystique parfois, une quête éperdue de beauté, d’intensité. Fane n’est pas une femme de compromis, elle s’affirme dans ce qu’elle est, ce qu’elle pense, envers et contre toute attente sociale, elle est libre et seul un amour comme celui de Jean peut la rendre plus libre encore.

 

« – Tu comprends, à choisir un code je n’en vois qu’un : l’amour. Je me fiche que cela paraisse désuet, ou décrété impossible par une tonne de crétins. Il y a une perfection quelque part, je la cherche. Je ne vis pas à contre-courant j’essaie d’aller dans mon courant ».

 

Ce qui peut sembler aux yeux d’autrui comme une dépendance, l’impossibilité de tourner une page, est en fait une plongée dans la source même de l’amour. Un amour inconditionnel où le don devient une immense richesse, et que peut-on donner de plus grand que l’acceptation de la liberté de l’autre. C’est véritablement l’envol au–dessus des contingences, celles qui nous sont imposées par les règles sociales, mais aussi par nous-mêmes. La femme en vol est un bonbon qui fond sous la langue, un bonbon à la menthe poivrée, rafraîchissant, vivifiant. On se régale à le lire, il contient tout un tas de trésors. La simplicité y devient un art de vivre et on touche à l’absolu, quelque chose qui ne se dit pas, mais qui s’éprouve, qui met tous les sens en éveil. C’est de la haute-voltige et heureux soient celles et ceux qui en saisiront toute la profondeur.

   

Cathy Garcia

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Fétichisme papal

Publié le par la freniere

On ne sait pas si le pape est pédophile, mais on commence à croire qu’il pourrait être podophile, c’est-à-dire fétichiste des pieds. Des pieds de jeunes prisonniers gitans…  

Le pape qui lave les pieds de ces prisonniers, il est donc fashion – clairement, ça redevient in, les jésuites. On dirait qu’on a élu pape un Père Videla de Calcutta, un David Copperfield de la religion. Le vendredi saint, il s’étend au sol de la basilique de St Pierre pour prier, ayant sans doute choisi cette position succube pour mieux recevoir le Saint Esprit.
C’est l’heure de la pub et le Vatican ne peut pas omettre de se vendre : d’ailleurs, c’est le Vatican qui a dicté la corruption historique du commerce. Dans un temps où rien ne va pour l’Église, où les adeptes fuissent ayant senti l’haleine du loup, il devient strictement nécessaire de survivre. Passée la tentative de séduction par Twitter, complètement incompatible avec le pape précédent, il a fallu élire un bon pantin, prêt à devenir la Lady Gaga des soutanes.
On a donc voulu nous faire croire à une révolution : nouveau nom, nouvelle secte, nouvelles origines, nouvelles tactiques…mais il ne fait pas être dupe – ce sont les mêmes vampires d’auparavant. Ça équivaut à troquer Béla Lugosi par une saga Crépuscule,  surtout que Ratzinger avait un air de Béla Lugosi assez convaincant, même un air de Nosferatu.
(...)
Frans Ben Callado

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Serge Gagné parle des éoliennes en milieu habité

Publié le par la freniere

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Histoire d'oeuf

Publié le par la freniere

229421_10200915830087272_1049395042_n.jpg

 

Quelle meilleure façon de vous souhaiter à tous de joyeuses pâques, même de renarde et de renard, que de vous raconter une histoire... vraie.
J'ai une cane dans ma ménagerie qui a perdu son chum. L'envie de couver lui est venue; elle a pondu quelques oeufs et s'est mise dessus. Mais elle couvait pour rien, étant donné que ses oeufs n'avaient pas été fécondés. Je les lui ai donc enlevés et mis à leur place quelques oeufs de poule qui, eux, l'étaient, fécondés. La cane les a couvés durant 33 jours. Au matin de ce trente-troisième jour, un tout petit poussin est apparu de sous elle. La canne en a pris soin comme si c'était "son" vrai bebé. Assez amusant de voir le poussin la suivre partout. Assez fascinant de voir la cane lever l'une de ses ailes pour que bebé puisse se réfugier dessous. Le poussin a grandi. Moman et bebé étaient inséparables. Le soir, bebé se perchait sur le dos de Moman pour dormir. Aujourd'hui, bebé est une belle poule, mais elle se tient toujours avec Moman. Inséparables. Ce qui m'étonne le plus, c'est que toutes mes autres poules sont parfaitement blanches, de même que Popa coq. Mais bebé Poulette arbore un plumage du plus beau crème qui soit - en fait, son plumage a la même couleur que les coquilles des oeufs que pond Moman cane.

 

Victor-Levy Beaulieu 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

La Fanfare Pourpour au Mexique

Publié le par la freniere

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Paul Rose: un traitement ordurier de Lagacé et Chapleau

Publié le par la freniere

« J'ai un fils enragé », chante Félix Leclerc dans L’alouette en colère. La journaliste Marion Scott du journal The Gazette a fait le lien entre ce chef d’œuvre et Paul Rose. Dans son article, paru le 14 mars, elle cite même, pour rendre compte du combat de Paul Rose et des felquistes, ces vers de la chanson :

J'ai un fils dépouillé
Comme le fût son père
Porteur d'eau, scieur de bois
Locataire et chômeur
Dans son propre pays

Il est absolument incroyable que les meilleurs articles commentant le décès de Paul Rose, mis à part celui de Jean-François Nadeau dans Le Devoir, soient ceux de The Gazette et du Globe and Mail.

Révolutionnaire ou « terroriste »?

Révolutionnaire ou vulgaire terroriste?, telle serait la question, nous dit Patrick Lagacé dans sa chronique parue dans La Presse du 15 mars.

Pendant que Lagacé et Chapleau, dans son ignoble caricature du 16 mars, faisaient le choix de « vulgaire terroriste », le Globe and Mail exprimait son respect pour le parcours politique de Paul Rose, sans évidemment l’endosser, en titrant la pleine page qui lui est consacrée dans son édition du 15 mars: « FLQ leader was a separatist to the end. Imprisoned 13 years for Pierre Laporte murder, he renounced violence, but not revolution » (Le leader du FLQ est demeuré un séparatiste jusqu’à la fin. Emprisonné 13 ans pour le meurtre de Pierre Laporte, il a renoncé à la violence, mais non à la révolution.)

 

pour lire la suite

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0

Je ne veux pas être un gourou

Publié le par la freniere

Il me vient cette image à l’esprit, vue dans une publicité sans doute : celle d’un homme perdu dans le désert. Devant lui, incongru dans un paysage de dunes à perte de vue, un panneau jaune avec un point marqué d’une flèche : « Vous êtes ici. » L’image résonne avec la situation présente, dans laquelle nos repères vacillent et perdent leur capacité à nous ancrer. Dans laquelle, pourtant, il importe plus que jamais de savoir se situer, ici et maintenant, en s’efforçant de trouver des réponses à quelques questions. Quelles sont mes valeurs ? Quelle doit être la suite ? Par où aller ?

 

En ce qui me concerne, le Pierre Rabhi engagé sait à peu près où il en est. J’ai des convictions solides : l’agroécologie, l’humanisme. Je me sens à ma juste place. Et puis il y a le Pierre Rabhi intime, fragilisé par des interrogations profondes en lien avec son passé. J’ai beaucoup d’énergie dans ce que j’entreprends, mais je reste un enfant qui n’a pas connu sa mère.

 

Je n’ai même pas de photo d’elle. Faute de connaître celle qui m’a mis au monde, je me sens comme un clandestin sur cette planète. Par la suite, j’ai connu des arrachements successifs, j’ai peiné à trouver mon identité en ayant grandi dans une double culture. Ces vieilleries de notre grenier psychologique, nous les traînons alors qu’il faudrait apprendre à s’en débarrasser. C’est ainsi. On dit du chagrin qu’il émousse ou qu’il aiguise. Je crois qu’il m’a plutôt aiguisé. Mais, par moments, il m’émousse encore. Lors d’une réunion avec mes collaborateurs, il y a quelques jours, j’ai fondu en larmes. Je me sentais très chargé par mon histoire, par l’état du monde.

 

Certains voudraient faire de moi un maître à penser. Je me sens parfois happé comme un étendard lors d’événements où ma présence est souhaitée. Lorsque les gens viennent me dire : « Vous me faites du bien, vous me donnez du courage », je pourrais en profiter pour faire le gourou. Mais je réponds : « Ce n’est pas moi, je ne suis qu’un canal, un porte-voix. Pierre Rabhi, c’est 52 kilos tout mouillé. »

 

J’en reviens à mon petit panneau jaune. Savoir se situer, c’est bien sûr se situer dans ses valeurs. Mais aussi dans son histoire, dans ses relations aux autres. Il y a en chacun de nous un tyran et une victime. Ces failles, si nous ne les accueillons pas pour les panser, font le lit des idéologies, du dogmatisme religieux, du conformisme militant. On se cherche un sauveur, une appartenance, une ligne de conduite et l’on néglige de prendre sa part de responsabilité à l’égard de soi et des autres. Or le changement de société ne peut advenir sans un changement des individus. Il ne sert à rien de chercher à rafistoler le modèle sans travailler d’abord à se rafistoler soi-même. Mes chagrins me rattrapent en même temps qu’ils me font avancer. Voilà où j’en suis.

 

Pierre Rabhi

 

Publié dans Glanures

Partager cet article

Repost 0